• Art de Vivre 2: La France en famille

     

     

    La France en famille

     

    Traîner ou pas les héritiers dans une escapade outre-mer? Tout dépend de l’endroit. Quand la région offre à la fois tourelles médiévales, grottes préhistoriques et bonne bouffe, ça commence bien!


    Par Crystelle Crépeau du magazine Chatelaine

     

    Art de Vivre 2:  La France en famille

    Photo: Getty Images


    La nuit tombe. Les minitouristes courent encore dans les ruelles tortueuses, des venelles parfois si étroites qu’elles ne laissent passer qu’un adulte à la fois. Ils se prennent tantôt pour Lancelot, tantôt pour d’Artagnan. Aucun ne semble tenté par un héros moderne. On les comprend : ils ont pour terrain de jeu le cœur de Sarlat-la-Canéda, l’une des cités médiévales les mieux conservées d’Europe, qui a servi de décor à plusieurs films historiques.

    Leurs parents semblent moins enclins à l’aventure. Ils étirent le temps à une table installée sur la place de la Liberté, là où se tiendra le marché dès l’aube. Ils tapent du pied au son d’un groupe local de rockabilly, s’empiffrent de foie gras, d’aiguillettes de canard et de pommes de terre salardaises. Peu soucieux du sort de leur progéniture, ils se contentent de la repérer au son.

    En inspirant une bouffée de cette soirée parfaite, je dois me rendre à l’évidence : il est possible de prendre des vacances en France avec des enfants et d’en profiter.

    Il faut dire que la Dordogne s’y prête à merveille. Ce département à l’est de Bordeaux, dans la région Aquitaine, offre à la fois nature, histoire et bonne bouffe. Qui n’a pas entendu parler de la fameuse cuisine du Périgord ? (Car oui, la Dordogne, c’est l’ancien comté du Périgord, dont le nom demeure très ancré dans l’usage.) Mais, surtout, c’est une destination qui ressemble encore à un secret bien gardé. Ici, pas de sites touristiques en carton-pâte avec gigastationnements. Pas de mers infinies de visiteurs. On se promène sur des routes de campagne qui débouchent tantôt sur un joli village, tantôt sur un petit château.

     

     

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    La vallée de la Vézère compte plusieurs sites préhistoriques classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Ci-contre, atelier de peinture de pigments naturels.

     

    Sur les traces des hommes des cavernes

    On peut aussi voir dans ce coin de pays plusieurs sites préhistoriques classés au patrimoine mondial de l’Unesco. La vallée de la Vézère, du nom de la rivière qui y serpente, compte une vingtaine de cavernes dont les parois ont été peintes, sculptées ou gravées par nos ancêtres de l’ère paléolithique. Parmi elles, la fameuse grotte de Lascaux, découverte en 1940. Le nombre de peintures qu’on y trouve et la finesse de leur exécution ont jeté un nouvel éclairage sur cette période que l’on associe trop souvent à un bipède trapu barbouillant sa maison de façon aléatoire.

    Enfin, c’est l’image que j’en avais. Et, je dois l’admettre, je me rendais à Lascaux à reculons. Notamment parce que les galeries originales ne sont plus ouvertes au public depuis belle lurette. On a plutôt construit une réplique à quelques jets de pierre. L’idée de perdre un avant-midi ensoleillé dans une fausse grotte ne m’enchantait guère… J’ai cédé devant l’insistance des enfants, et en me rappelant que plus de 250 000 touristes la visitent chaque année. Il devait bien y avoir une raison.

    Deux heures plus tard, j’en suis ressortie convertie, complètement groupie de Cro-Magnon et de son art. Que s’est-il passé ? Je n’en suis pas encore certaine. D’abord, il faut mentionner que le fac-similé est troublant de réalisme. Chaque cavité de la grotte originale a été reproduite au centimètre près. Les peintures ont été recréées avec les mêmes pigments naturels qu’à l’époque. Une entreprise d’une minutie folle qui s’est déroulée sur une dizaine d’années.

    Ensuite, déambuler dans ces galeries souterraines, en silence, malgré le groupe dense de visiteurs, a quelque chose de mystique. Seule la voix du guide résonne sur les parois.

    Chevaux, cerfs et bovins dansent sur les murs et les plafonds à la lumière des torches. Les hommes qui les ont dessinés ont utilisé les reliefs de la roche pour simuler des mouvements. Manifestement, rien n’a été improvisé. Il a aussi fallu faire preuve d’ingéniosité pour fabriquer des pinceaux et des pochoirs, construire des échafauds pour atteindre la voûte, faire brûler de la graisse dans des bols de pierre pour s’éclairer. Dans les dents, l’image du rustre faisant de la gouache aux doigts…



    Art de Vivre 2:  La France en famille

    Photo: Philippe Wojazer / Reuters / Corbis


    Plusieurs autres de mes préjugés sur l’ère paléolithique allaient en prendre pour leur rhume au fil des visites, la région comptant moult sites et musées sur le sujet. J’ai d’ailleurs bassiné les enfants durant des jours avec mes nouvelles connaissances. « Saviez-vous que l’homme des cavernes n’habitait pas dans les cavernes ? Il s’en servait comme abri temporaire, mais vivait dans des campements. Saviez-vous qu’il était plus grand, plus costaud et qu’il avait un plus gros cerveau que les gens de l’époque médiévale ? C’est parce que la nourriture était alors abondante et que les humains ne se côtoyaient pas encore massivement. Saviez-vous que… » Heureusement pour eux, les châteaux, le bon vin et les truffes allaient faire diversion.

     

    Déjeuner au jardin de la princesse

    En Dordogne, personne ne vous dira combien on trouve de châteaux ; il y en aurait « mille et un ». C’est un peu vrai. Mais pour les dénicher, mieux vaut avoir un bon GPS. Car on peut rouler longtemps sur les chemins sinueux sans croiser autre chose que des maisonnettes au toit de lauzes – dalles de pierre imbriquées –, des champs vallonnés et de la forêt. Aucun panneau géant ne vient entacher le paysage pour annoncer les attractions touristiques.

     

     

    Art de Vivre 2:  La France en famille

    Photo: L Reiz / CRTA


    La plupart des châteaux offrent des visites guidées ou des ateliers adaptés aux enfants. Mes chevaliers en herbe ont adoré revêtir une véritable armure, assister à des démonstrations de tir au trébuchet, créer leur propre blason et déambuler dans les donjons et les salles de guerre.

    Mais pour les parents, les plus belles découvertes sont souvent sur les petits sites. Un manoir qui abrite un mobilier complet datant de la Renaissance. Des jardins « à la française » où se perdre des heures entières. Un salon de thé à l’ombre d’une tour médiévale. Je garde d’ailleurs un vif souvenir d’un dîner au château de Losse. Ou plus exactement à la maisonnette de pierre en retrait de la forteresse, où un chef sympathique vous accueille comme si vous étiez chez lui. On appelle cet endroit le Jardin de la princesse. Je me sentais plutôt comme Alice au pays des merveilles. Surtout en voyant défiler les salades de légumes croquants, le poisson fumé et le foie gras proposés en format goûter. Comment se contenter d’un seul choix ? Sans compter que, monter au haut de tours de château pendant tout un avant-midi, ça laisse de la place pour cet irrésistible gâteau aux petits fruits.

     

    Art de Vivre 2:  La France en famille

    On peut flâner des heures durant dans les jardins des châteaux et dans les nombreux petits villages de la Dordogne.

     

    Des amis pour qui les voyages sont d’abord l’occasion de faire bombance m’ont demandé de décrire cette fameuse cuisine du Périgord. Hum… riche et goûteuse ; on ne lésine pas sur les sauces. Mais surtout simple et fraîche, car la plupart des restaurants tablent sur les nombreuses spécialités de la région (noix, pommes, fraises, canard, oie, agneau). J’ajouterais empreinte de « toute la fierté périgourdine », ce qui n’est pas peu dire. Bonne chance, si vous êtes tenté par un vin fait chez les voisins, comme les prestigieux pomerols ou saint-émilions. On vous vantera âprement les crus de Bergerac ou de Domme.

    Mais le suprême joyau du terroir, c’est sans aucun doute la truffe noire. Marchés, musées, week-ends thématiques, visites de truffières, on célèbre un peu partout le Tuber melanosporum, qui affectionne les sols calcaires du coin. Pour l’apprécier comme il le mérite, il vaut la peine de prévoir au budget vacances un repas plus raffiné mettant à l’honneur le précieux champignon. Ne serait-ce que pour faire une pause des croûtes sur le pouce et des menus pizzas-burgers-coupes glacées auxquels on se contraint souvent en voyageant avec ses héritiers. Surtout que plusieurs bonnes tables offrent des formules pour enfant ou acceptent sans problème d’adapter les plats et les portions.

    Les miens parlent encore d’un souper au Moulin du Roc, un magnifique petit hôtel d’une quinzaine de chambres aménagé dans un moulin du 17e siècle. Bon, ils n’ont conservé aucun souvenir du foie gras poêlé et des pâtes maison à la truffe noire qui ont fait se pâmer leurs géniteurs – d’ailleurs ils ont mangé du poisson. Mais le chariot à desserts et une certaine tarte au chocolat hantent toujours leurs rêves.

    Pas intimidés une miette par les nappes blanches, la coutellerie Laguiole et le mobilier antique, ils se sont vite sentis à l’aise avec le personnel, visiblement habitué aux petits visiteurs. Au point de s’immiscer dans une conversation sur la façon traditionnelle de trouver les truffes, avec les chiens et les porcs, et d’annoncer avec fierté au chef propriétaire – étoilé au Guide Michelin, je le précise – que leur père avait été couronné, à huit ans, champion du « cochon graissé » du Festival du Ranch El Ben. Grand grand moment de fierté parentale. Mais c’est aussi ça, voyager avec des enfants.

     

    Art de Vivre 2:  La France en famille

    Pour s’imprégner d’une ville, rien ne vaut une virée au marché. Les étals regorgent de spécialités locales.

     

     

    Art de Vivre 2:  La France en famille

    Photo: L Reiz / CRTA


    Se perdre dans le bois sans y perdre sa chemise

    Se lancer dans une escapade familiale outre-mer n’est pas donné. Surtout quand chaque transaction en euros nous fait remettre en question le prochain versement au fonds d’études (après tout, c’est l’équivalent d’un bac en histoire, ce voyage, non ?). Mais il y a moyen d’éviter les mauvaises surprises au moment de faire les comptes.

    Plusieurs centres d’information touristique offrent des visites guidées gratuites de leur ville, dont certaines sont adaptées aux petits marcheurs. Il faut voir l’expression des fans d’Astérix quand ils constatent que des Romains ont foulé le même sol qu’eux ou que des murs portent encore des traces de boulet de canon. À la fin du parcours, ce sont les parents qui ont de nouveau six ans et demi.

    Une autre jolie façon de combiner économies et plaisir est de profiter des nombreux campings de la Dordogne. Certains sont tout près des attractions. Le site de la chaîne Indigo à Sarlat, par exemple, est à 500 mètres de la vieille ville.

    Et nul besoin de partir avec 50 kilos d’équipement. La plupart des endroits offrent des hébergements « prêts à camper » : maisonnettes, roulottes, tentes prospecteur. C’est d’ailleurs dans cette région qu’ont été créées les fameuses Huttopia qui peuplent depuis quelques années nos parcs nationaux.

    En plus d’être économique, l’option camping permet aux enfants de profiter de la nature et de se dégourdir les jambes après une journée de visites. C’est aussi formidable pour jouer la carte du chantage : un musée = une baignade dans la piscine !

     

     

     

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