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    Beaune par la grâce de Guigone de Salins

    Par Vincent Noyoux
    source : Détours en France, n°163, octobre-novembre 2012, p. 42
    Publié le 20/01/2015

    L'hôtel-Dieu de Beaune, chef-d'œuvre de l'art bourguignon, doit son existence à Guigone de Salins, femme du chancelier des ducs de Bourgogne, Nicolas Rolin. Guigone de Salins a laissé sa marques aux Hospices de Beaune et son souvenir flotte aussi dans les ruelles de la ville.

    Toitures des Hospices de Beaune, à l'hôtel-Dieu
    Ce qui attire d’abord l’œil, lorsque l’on entre dans la cour des Hospices de Beaune, ce sont les motifs colorés que dessinent les tuiles émaillées sur les toits.

    Les Hospices de Beaune

    C’est dans ce décor extraordinaire que les sœurs hospitalières accueillirent, à partir de 1452, les « pôvres » que le chancelier Rolin et sa femme, Guigone de Salins, avaient entrepris de secourir.

    Détail de la toiture des Hospices de Beaune, avec un angelot
    Détail des faîtages. Guigone de Salins décida des formes des girouettes armoriées et des épis de plomb.

    C’est aussi là que se tient chaque année la vente des vins des Hospices de Beaune, où l’on peut acheter aux enchères la production du domaine de l’hôtel-Dieu.

    Qui était Guigone de Salins ?

    Son nom ne figure pas sur l’acte de fondation, mais Guigone reste omniprésente à l’hôtel-Dieu des Hospices de Beaune. Sa figure austère coiffée d’une cornette orne le revers du retable du Jugement dernier, chef-d’œuvre du peintre flamand Rogier van der Weyden. Ses armoiries décorent les vitraux et tapisseries de la chapelle où elle est enterrée.

    N’est-ce pas Guigone de Salins qui a incité Nicolas Rolin à consacrer une part de sa fortune à une cause humanitaire ? Au lendemain de la guerre de Cent Ans, la Bourgogne est ravagée par la famine et les épidémies. Les raids des écorcheurs, ces soldats sans solde livrés à eux-mêmes, ajoutent une touche d’horreur au tableau. En 1443, le chancelier et sa femme, reconnaissants des grâces dont ils ont été comblés, font édifier un hôpital pour les pauvres malades.

    Luxe et aumône

    Une remarquable toiture en ardoise couvre la salle des Pôvres, immense nef de 50 mètres de long. Les lits des malades rappellent des alcôves avec leurs baldaquins, leurs dossiers lambrissés et leurs couvertures de laine rouge. En levant les yeux, les alités pouvaient admirer la charpente en lambris de chêne. Leur confort était assuré : couche douillette, bouillotte, vaisselle en étain, lave-mains… Pour les soigner, Guigone constitua une communauté non religieuse de sœurs hospitalières, une audace pour l’époque ! Les sœurs accueillirent les malades sans discontinuer jusqu’au XXe siècle.

    Hospices de Beaune, la salle des Pôvres
    La grande salle des Pôvres donnant sur la chapelle, comme pour associer le rétablissement du corps au salut de l’âme.

    Depuis sa fondation, l’hôtel-Dieu a bénéficié de nombreuses donations. C’est grâce à Maître Bétault que la salle Saint-Hugues a accueilli les malades aisés.

    Hospices de Beaune, salle Saint-Hughes
    La salle Saint-Hughes accueillait les patients les plus aisés.

    Au fil du temps, les dons, toujours plus nombreux, enrichirent les Hospices, qui possèdent encore 61 hectares de vignes. La célèbre vente aux enchères de vin perdure depuis 1859. Avant de quitter l’hôtel-Dieu, il faut jeter un œil aux jolis pots de faïence de la pharmacie, où Guigone, à la fin de sa vie, faisait elle-même les préparations de l’officine. Elle fait partie du réseau des hôtels-Dieu et apothicaireries. Déshéritée en partie par son beau-fils Guillaume, elle termina ses jours à l’hôtel-Dieu en tant que simple hospitalière.

    Hospices de Beaune, salle Saint-Louis
    Construite au XVIIe, la salle Saint-Louis et sa collection de tapisseries et de mobilier bourguignons.
     

    L'inventaire général de Bourgogne a mené depuis 1988 une étude exhaustive et a mis en lumière quelques 2 500 meubles (lits, coffres…) et 2 500 objets (tapisseries, tableaux, sculptures, pots à pharmacie…), dont on peut voir une partie dans la pharmacie et dans la salle Saint-Louis.

    La collégiale Notre-Dame

    La rue d’Enfer débouche sur le parvis de la collégiale Notre-Dame. C’est ici, sous le large porche, que Nicolas Rolin prononça en latin l’acte de fondation de l’hôtel-Dieu. Fille de Cluny, la collégiale de style roman bourguignon renferme, dans son chœur, une belle série de tapisseries illustrant la vie de la Vierge. Celles-ci furent commandées par le cardinal-évêque d’Autun Jean Rolin, fils de Nicolas d’un précédent mariage. à l’extérieur, la galerie du cloître apparaît dans un beau jardin.

    Beaune, la collégiale
    Le portail de la collégiale Notre-Dame, seul élément d’inspiration gothique d’un ensemble nettement roman.

    Beaune, le chœur de la collégiale
    Le chœur de la collégiale Notre-Dame, orné de tapisseries évoquant la Légende dorée.

    Dans la galerie du cloître, les quatre fenêtres à accolades au-dessus des arcades signalent les anciens appartements de Guigone de Salins. Veuve de Nicolas Rolin, la pieuse dame pouvait assister à la messe depuis sa chambre. Dernière flânerie par les rues Maizières et Paradis, qui suivent le tracé des remparts à l’époque de Guigone. Elles ceinturent le cœur historique de Beaune : quelques dizaines de mètres, dont on n’a jamais fini de faire le tour.

    Beaune, appartements de Guigone de Salins
    Les appartements de Guigone de Salins, dans le complexe de la collégiale.

     

     

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