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    Compostelle : la triade romaine de Melle

     

    Par Hugues Dérouard
    source : Détours en France Hors-série Compostelle
     

    Ceinturée par les vallées de la Béronne et de son petit affluent, la cité des Deux-Sèvres, à trente kilomètres de Niort, possède encore trois églises romanes fondées pour l’accueil des pèlerins. Melle demeure aujourd’hui un haut lieu spirituel sur le chemin de Tours.

    L'église Saint-Hilaire de MelleL'église Saint-Hilaire de Melle.

    Les rois Francs y puisaient l’argent dans ses mines jusqu’au Xe siècle, mais c’est surtout son héritage religieux que l’on retiendra, tant il est riche. La cité conserve encore trois églises romanes – c’est la « triade romane » : Saint- Hilaire, la plus vaste ; Saint-Pierre, la plus modeste ; Saint-Savinien, la plus ancienne. À l’intérieur d’une en- ceinte fortifiée, cette dernière s’appuie contre les anciens remparts. Fait rare en Poitou, sa nef unique surmontée d’un clocher carré présente une charpente en bois. Vous pourrez y voir quelques magnifiques chapiteaux sculptés : ici un poisson tête en bas, là un homme à grosse tête, nu et couché...

    Après le temps de la richesse des mines d’argent vint celui de l’opulence religieuse de Melle

    Chapiteau sculpté de Saint-HilaireDétail d'un chapiteau de Saint-Hilaire.

    Construite hors de la ville, l’église Saint- Hilaire est l’un des joyaux du Poitou. Son portail nord est célèbre pour sa niche qui abrite la statue équestre d’un homme semblant vouloir écraser un petit personnage craintif : cela symboliserait le triomphe du christianisme sur le paganisme. Bel exemple de l’art poitevin roman, la très sobre mais harmonieuse église Saint-Pierre, qui date du début du XIIe siècle, accueille le pèlerin, portail sud, par une belle figure du Christ assis entre deux saints. Vous pourrez y voir quelques beaux chapiteaux dont l’un représente un Tireur d’épines... une image qui n’est pas sans rappeler la souffrance du marcheur ! Sur un éperon rocheux, le Vieux-Melle date de l’époque féodale. Il ne subsiste qu’une tour le long de la rue des Fossés. Des portions de tours dans la partie des anciens remparts dominent aussi la rue de la Petite- Motte. Vous vous promènerez avec plaisir dans les ruelles médiévales, bordées de maisons anciennes, aux noms pittoresques : Tire-Boudin est l’une d’entre elles...

     

    Art et Culture 3:  Compostelle : la triade romaine de Melle

     

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    Villa Ephrussi de Rothschild, un

    joyau de la riviera

     

    Par Détours en France
    source : Hors Série - 40 visites privées pour redécouvrir le patrimoine, 2012, p.124
     

    Entre 1905 et 1912, Béatrice Ephrussi de Rothschild se fit construire l’une des plus extraordinaires villas de la Côte d’Azur, digne des plus beaux palais vénitiens. 

    Villa

    L’architecte Jacques- Marcel Auburtin, succédant à plusieurs illustres confrères, concrétisera le rêve de la baronne : un somptueux palazzo de style Renaissance. La couleur rose de la façade, qui étonne souvent le visiteur et se marie si bien aux parterres fleuris du jardin à la française, est une fantaisie des années 1950. À l’origine, les murs étaient ocre jaune . 

    Aujourd’hui propriété de l’Institut de France, cette folie Belle Époque digne des plus beaux palais vénitiens présente l’incroyable collection d’objets d’art de la baronne.

    Un rêve de milliardaire

    Un caprice de diva. En 1905, après avoir découvert la Riviera française, l’excentrique baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild, fille du baron Alphonse de Rothschild et ex-épouse du banquier Maurice Ephrussi, décide de se faire construire, sur la partie la plus étroite de la presqu’île de Saint-Jean-de-Cap-Ferrat, un palais marqué par la Renaissance italienne. À partir de 1907, une dizaine d’architectes se succèdent, en cinq ans de chantier, pour répondre à ses exigences !

    Jardins

    « C’était elle, la vraie architecte… Avec son caractère bien trempé, elle savait exactement ce qu’elle voulait, elle a même commandé une maquette grandeur nature, avant la construction. La baronne y réside quelques hivers, mais cesse d’y habiter en 1916, raconte Pacôme de Galliffet, le directeur de la Villa. À la mort de la baronne, sans descendance, e n 1934, le palazzino est légué à l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France. »

    "Un moment inoubliable"

    Découvrir la villa Ephrussi, juchée sur un promontoire entouré de neuf jardins, est un moment inoubliable. L’isthme offre en effet ici des points de vue magiques sur la Grande Bleue : d’un côté, à l’ouest, on domine la rade de Villefranche, de l’autre, la baie de Beaulieu. Ce palais à la façade aujourd’hui rose et sertie de marbre fut appelé Villa Île-de-France, ce domaine lui rappelait le luxueux paquebot du même nom.

    « La propriété est construite un peu comme le pont d’un bateau, la cabine figurant la maison, et les jardins à la française, la proue. Ici, on a l’impression d’avancer dans l’eau… D’ailleurs, la trentaine de jardiniers au service de la baronne se devaient d’être habillés en matelot, avec béret et pompon rouge ! »

    Eau

    Passionnée d’art, mais aussi de voyages, Béatrice Ephrussi de Rothschild a créé autour de la villa neuf jardins tels des musées de la flore terrestre. Celui à la française est animé de jeux d’eaux musicaux. Autour du bassin du jardin espagnol (ci-contre, à droite) prospèrent arums, daturas, grenadiers.

    À l’intérieur de la villa, le décor est digne des plus beaux palais vénitiens. Voyez le patio, lieu des grandes réceptions, qui en met plein la vue avec ses arches portées par des colonnes en marbre rose de Vérone. Il ouvre sur le grand salon, remarquable avec ses boiseries peintes provenant de l’hôtel de Crillon, son plafond orné d’une toile du peintre vénitien Giandomenico Tiepolo ou encore ce tapis de la chapelle royale de Versailles… Quelque 7 000 objets d’art collectés par la famille sur plusieurs générations sont présentés dans la villa.

    Architecture

    Les pièces de la villa sont distribuées autour de ce patio couvert. C’est dans cette immense pièce aux colonnes de marbre rose de Vérone que la baronne donnait ses réceptions fastueuses. Y sont aujourd’hui exposées des oeuvres d’art médiévales et Renaissance.

    « Ici sont regroupées les collections qu’elle détenait dans au moins cinq de ses demeures. Béatrice de Rothschild était une grande collectionneuse : elle faisait venir des oeuvres par train à Beaulieu, qu’elle sélectionnait ensuite sur le quai de la gare !, sourit le directeur. Elle était capable d’acheter une chapelle uniquement pour avoir un retable, une statuaire ou une fresque. » Partout, transparaît la passion de la baronne pour le xviiie siècle. « Béatrice de Rothschild collectionnait d'ailleurs des robes Marie-Antoinette, une reine qui l’a marquée par sa beauté, son excentricité… », précise le directeur.

    Les neuf merveilles 

    Architecture

    Béatrice de Rothschild (1864- 1934) n’aura pas vu son parc achevé. Aujourd’hui, la villa est entourée de neuf jardins à thème. Dans le prolongement du palais, le jardin à la française est le plus imposant. Sa perspective s’achève avec le temple de l’Amour, réplique de celui du Trianon à Versailles.

    Autour, on y effectue un vrai voyage au gré des jardins de Sèvres, espagnol, florentin, japonais, provençal et exotique, et une roseraie (plus de cent variétés). Mais notre préférence va au ravissant jardin lapidaire. Au pied d’un camphrier et d’un laurier de Californie sont dispersés tous les éléments architecturaux trop monumentaux pour être à l’intérieur : ici, dans un désordre très calculé, des gargouilles médiévales, là, des bas-reliefs d’édifices Renaissance, gnomes provençaux, arceaux…

    Dans la villa Ephrussi, on peut admirer une incroyable collection de porcelaines de cette époque, avec des pièces de Saxe, de Sèvres, ainsi que des tapisseries de la Manufacture royale des gobelins, des tableaux de Fragonard… L’étonnant salon chinois renferme deux panneaux de laque à la feuille or du XVIIIe siècle provenant du palais d’été de Pékin. Il faut voir aussi l’insolite salon des singes. La baronne possédait deux primates. « Ils ont la faveur d’être promenés par un majordome choisi parmi les anciens généraux de la garde du tsar », s’étonnait l’un des architectes de la villa.

    Rivière

    Entre fantaisie et raffinement, la villa Ephrussi n’a pas fini de surprendre les visiteurs…

     

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    Sillonnez le Vaucluse, une terre

    d'Histoire

     

    Par Léa Billon
     
     

    Le Vaucluse a été le théâtre d’une histoire singulière et mouvementée qui lui confère aujourd’hui une identité forte et originale. Profitez du Festival d'Avignon pour (re)découvrir la culture et le patrimoine de ce département. 

    Vaison-la-Romaine, un passé grandeur nature

    vaison-la-romaine

    Ancienne capitale des Voconces, Vaison-la-Romaine était une ville romaine prospère dont témoignent les vestiges de riches maisons et la qualité des décors des monuments encore visibles de nos jours. D'une balade sur le site de la Villasse dont les colonnes dessinent les anciennes boutiques organisées autour d'un ensemble thermal, vous pourrez ensuite visiter le site de Puymin avec son théâtre antique creusé dans le flanc nord de la colline. Le pont romain, monument architectural majeur, relie la ville basse à la cité médiévale. La visite du musée Archéologique Théo Desplans sera l'occasion d'approcher de plus près les vestiges aux décors sompteux.

     

    Orange, une ville romaine de deux mille ans d’histoire

    orange

    De par son emplacement au coeur des Côtes du Rhône et sur la voie Agrippa, Orange est restée depuis l’Antiquité un lieu de passage important. Son Théâtre Antique doit sa notoriété à la conservation exceptionnelle de son mur de scène. C’était le lieu essentiel de la vie de la cité où l’on diffusait la langue et la culture romaines. Incontournable, l’Arc de Triomphe est le témoin exceptionnel de l’art romain provençal. Pour compléter ces deux monuments, la ville d'Orange vous offre un musée d'Art et d'Histoire, installé dans un hôtel particulier du 17ème siècle et qui comporte une section gallo-romaine et une section consacrée à l’histoire d’Orange, de la préhistoire à nos jours. Enfin, grâce à son climat ensoleillé, la ville est entourée de crus prestigieux tels Gigondas et Châteauneuf du Pape.

     

    Les fantômes du Théâtre

    Le spectacle « Les Fantômes du Théâtre » invite à un voyage fabuleux dans le temps.

    Mondialement connus ou plus insolites, les personnages qui ont foulé la scène de ce lieu réapparaissent grâce à la magie du multimédia. Les fantômes vous entraînent au cœur des grandes heures qui ont rythmé 20 siècles d’histoire du Théâtre Antique. Le voyage se déroule dans quatre grottes situées derrière les gradins du Théâtre.

    Le réalisateur de ce voyage est Bruno Cohen, scénographe, metteur en scène, grand spécialiste des théâtres virtuels et des scénographies spectaculaires. Il mêle, dans ce parcours, théâtre optique,  projections vidéo et extraits musicaux pour faire revivre l’histoire.

    Renseignements au + 33 4 90 51 17 60.

     

    Châteauneuf-du-Pape, cru prestigieux, jadis résidence d’été des Papes

    chateauneuf-du-pape

    Le premier Pape d'Avignon fut sans nul doute l'un des premiers exploitants viticoles de Châteauneuf. Sous Jean XXII, le vin de Châteauneuf figure régulièrement parmi ceux que les officiers se procurent pour la maison du Pontife. C'est lui qui a le plus contribué au développement et à la renommée du vin de Châteauneuf. Jean XXII lui lèguera la première dénomination de son histoire, celle de "Vin du Pape" sous laquelle il sera reconnu avant de devenir "Le Châteauneuf‐du‐Pape". C'est également à Jean XXII que l'on doit la construction du château, alors résidence d'été du Pape. Ebranlé durant les guerres de religions et la Seconde Guerre Mondiale, il a gardé une partie de son donjon, un pan de mur et le « cellier pontifical ». 

     

    Les Dentelles de Montmirail 

    dentelles-de-montmirail

    Les Dentelles de Montmirail, c'est cette région qui donne aux crus des Côtes du Rhône méridionaux leurs lettres de noblesse : Gigondas, Vacqueyras, Beaumes-de-Venise, Sablet, Séguret, dont le renom s'est exporté dans le monde entier. Ici, la vigne s'étale en coteaux et plaines, dont l'immensité est rompue par ces véritables villages de crèche, qui vivent au rythme de son mûrissement. Selon la saison, le paysage se teinte de vert vif ou de brun mordoré. Les Dentelles séduisent également par la variété des activités qu'elles offrent : flâneries dans les villages, activités de plein-air comme l'escalade, la randonnée pédestre, le vélo et le VTT.

     

    Le Mont-Ventoux, un géant qui culmine à 1912 m

    mont-ventoux

    Géant de Provence qui regarde vers les Alpes au Nord et vers la Méditerranée au Sud, le Mont-Ventoux domine la Provence. C'est une terre, baignée de vignes, de vergers, de lavande, où l'on aime poser ses valises pour les vacances... Ou pour toujours. C'est aussi le paradis des sportifs avec le défi personnel et physique de l'ascension à vélo ou en randonnée ; en hiver, il se fait station de montagne où l'on pratique le ski et la randonnée en raquettes. Le Mont-Ventoux, c'est également une terre de saveurs avec la truffe, la cerise des Monts de Venasque (lire aussi Sur la route de la cerise des Monts de Venasque), la fraise de Carpentras...

     

    Fontaine-de-Vaucluse et ses mystères

    fontaine-de-vaucluse

    Fontaine de Vaucluse, cette « Vallis Clausa », a donné son nom au département, le Vaucluse. Ici, au pied d'un figuier qui semble veiller sur cette mystérieuse source, l'eau jaillit au printemps des tréfonds de la terre en écume frémissante qui crée des arcs-en-ciel au soleil ; en été, c'est un gouffre profond et sombre que l'on découvre, et le figuier dévoile ses racines, tel un chercheur d'or, creusant la terre à la recherche d'une richesse qui se cache en profondeur…

     

    L'Isle-sur-la-Sorgue, capitale des antiquaires

    isle sur la sorgue

    A Isle sur la Sorgue, changement de décor. La Sorgue chante dans les roues à aube, au fil des canaux qui rappellent Venise, et où l'on croise parfois des nego chin, ces « gondoles provençales ». Suivez les quais, et vous trouverez en chemin les échoppes des antiquaires, dont cette petite cité est l'une des capitales européennes.

     

    Les 7 « Plus Beaux Villages de France »  

    roussillon-et-gordes1. Roussillon
    2. Gordes

    Dans la famille des sept « Plus Beaux Villages de France » en Vaucluse, je voudrais….prendre le temps !

    Le jeu commence à Séguret, village médiéval des Dentelles de Montmirail qui apparait comme une crèche provençale grandeur nature. A flanc de colline, il se fond dans la roche au milieu d’un océan de vignes. Lavoir, fontaines, placettes se découvrent à l’ombre des ses ruelles.  

    Plus au sud Venasque s’avance sur son éperon rocheux jusqu’à ses impressionnantes murailles d’où il domine la vallée de la Nesque et vous offre une vision panoramique grandiose.  

    Ménerbes ressemble à un vaisseau de pierre amarré au cœur du Luberon. Une vue imprenable sur le Luberon et les Monts de Vaucluse, des ruelles et des placettes bordées d’hôtels particuliers du XVIIIe siècle donnent un charme fou à ce village perché. 

    Eblouissement à Roussillon, où le soleil enflamme les maisons colorées d’ocre rouge et or. Assurément, ce village ne ressemble à aucun autre.

    Perdez-vous avec délice dans le labyrinthe des ruelles de Gordes bordées de maisons en pierre sèche. Ne ratez pas le coucher de soleil quand tout s’embrase, maisons étagées à flanc de colline et château renaissance qui coiffe le village.

    En véritable connaisseur, vous apprécierez le doux farniente sur une terrasse de Lourmarin, toujours animé. Luberon en toile de fond, château, platanes et oliviers, temple, palette des toits du village, beffroi, chapeau vert du clocher de l’église… Le village est un vrai bijou. 

    Enfin grimpez jusqu’au château d'Ansouis

     

    Les Ocres du Luberon

    ocres-roussillon

    La terre est rouge flamboyante, par endroit orangée. Parfois elle tire sur le jaune ou même le vert et avec le soleil couchant, elle vire au violet sombre. Les ocres colorent les paysages du Luberon. Suite au retrait de la mer il y a plusieurs millions d’années, les gisements calcaires accumulés ont été transformés en sable ocreux sous l’effet de pluies diluviennes.

    En randonnée pédestre ou à vélo, immergez-vous au plus près des ocres pour en apprécier les mille couleurs.

     

    L'Abbaye de Sénanque

    abbaye-de-senanque

    L’Abbaye cistercienne de Sénanque illustre magistralement cet art roman provençal et constitue l’un des ses plus purs joyaux. Bâtie en 1160, rien ne vient ici distraire la prière, ni vitraux, ni statues, ni fresques ; l’ensemble est sobre et profondément harmonieux. Désertée en 1969, six moines s’y réinstallent en 1988 et vivent, comme leurs prédécesseurs, de prière et de travail.

    Visite de l’abbaye à heures fixes et uniquement guidées (renseignements).

     

    Art et Culture 3:  Sillonnez le Vaucluse, une terre d'Histoire

     

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  • Galerie des Glaces de Versailles : la splendeur retrouvée

    Par Hugues Dérouard
    source : Hors série Collection Versailles
    Publié le 07/07/2015

    C’est la plus célèbre galerie du monde et le symbole du faste de Versailles. Après trois années de travaux, le chef-d’œuvre de Mansart et de Le Brun à la gloire de Louis XIV a retrouvé son éclat d’origine.

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    La Galerie des Glaces a été restaurée en 2007. La restauration a pris en compte l’éclairage, étudié pour fournir une intensité similaire à celle des bougies.

    Elle est tellement célèbre que l’on imagine qu’elle a toujours été là ! Pourtant, le Roi-Soleil ne décida de faire édifier cette fastueuse galerie des Glaces – à la place de la terrasse à l’italienne aménagée par Le Vau face aux jardins – qu’à la fin de la guerre de Hollande. C’était en 1678, l’année qui marque l’apogée du règne de Louis XIV. Alors que Versailles allait devenir le siège du gouvernement, la Grande Galerie, comme on l’appelait à l’époque, avait pour but d’immortaliser la gloire du souverain. Aujourd’hui encore, lorsqu’on pénètre dans cette pièce conçue par Jules Hardouin-Mansart, on se sent petit... Longue de soixante-treize mètres, large de dix mètres cinquante, haute de douze mètres trente, cette galerie démesurée est baignée par la lumière qui entre par dix-sept grandes fenêtres et se reflète dans dix-sept panneaux de glace sur le mur opposé. Elle est encadrée à gauche (à l’ouest) par le salon de la Paix, et à droite (à l’est) par le salon de la Guerre.

     

    Les exploits du Roi-Soleil

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    L’importante restauration de la galerie, en 2007, a permis de retrouver les couleurs originales de Le Brun, telles que le bleu lapis-lazuli.

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    Au centre du plafond de la Grande Galerie, le morceau de bravoure de Le Brun : Leroi gouverne par lui-même (partie droite de la photo).

    Impossible ne pas lever les yeux : les plafonds peints de la voûte décrivent les exploits politiques et militaires du Roi-Soleil. L’Histoire sur mille mètres carrés ! Ces impressionnantes compositions ornées d’allégories et de trompe-l’œil exaltent avec emphase les premières années du règne de Louis XIV, de 1661 à la paix de Nimègue, en 1679. L’auteur de ce morceau de bravoure ? Le peintre du roi, Charles Le Brun, bien sûr, qui est là au sommet de son art. Sur cette immense voûte, il est question de politique intérieure – les ovales au centre illustrent les quatre fondements du gouvernement : Justice, Finances, Commerce, Arts – mais aussi de politique extérieure. Il est fait notamment allusion aux guerres de Hollande et de Dévolution, mais il s’agit surtout d’une charge – non dénuée d’humour d’ailleurs – contre les puissances européennes, rivales du royaume.

    Art total

    Observez la composition située à l’extrémité de la galerie, côté salon de la Paix. Le lion de l’Espagne, renversé, a perdu de sa superbe... Au milieu de la voûte, voyez Le roi gouverne par lui-même, un Louis XIV superbe, représenté en empereur romain, au côté de Minerve, l’allégo- rie de la sagesse. « À l’origine, la galerie devait illustrer Apollon, métaphore de Louis XIV. On décida ensuite de remplacer Apollon par Hercule, explique Nicolas Milovanovic, conservateur au château et spécialiste de Le Brun. Finalement, et là est la nouveauté, Louis XIV lui-même choisit d’être représenté en personne. »

    « On passe de l’allégorie à l’ héroïsation », résume Béatrix Saule, conservatrice en chef. « Certes, l’iconographie est au service de la politique royale, explique Nicolas Milovanovic, mais c’est aussi un grand hommage à l’art et aux artistes. Dans la galerie des Glaces, on peut parler d’art total : des glaces, des groupes de stuc doré, des bas-reliefs de bronze et de plomb et les peintures de la voûte. Il s’agit là d’un véritable chef-d’œuvre. » Un chef-d’œuvre d’autant plus éblouissant qu’il a retrouvé son éclat d’origine, grâce à la première restauration complète. Adieu, suif des bougies, altérations dues à la foule de visiteurs, humidité... La galerie a retrouvé les couleurs de Le Brun.

    L'allée aux 357 miroirs

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    Que serait la galerie sans la transparence un peu trouble de ses trois cent cinquante-sept miroirs au mercure ? Superbe et inédit à l’époque, ce décor est le fruit d’une véritable prouesse technique : la fabrication de ces miroirs impliquait un mélange à chaud d’étain et de mercure, un procédé très toxique du fait des vapeurs de ce métal. « Depuis 1850, ce procédé est totalement interdit », rappelle Vincent Guerre, miroitier-antiquaire, à l’origine de la restauration des glaces de la galerie. « L’ensemble des miroirs de la galerie a été traité, seuls quarante-huit ont été remplacés. On s’est rendu compte, lors la restauration, que plus de 70 % d’entre eux étaient d’origine. Ils avaient été repolis et re-étamés sous Louis-Philippe, mais ils avaient surtout bien traversé les siècles. Nous n’avons reposé bien sûr que des miroirs au mercure, qui sont aujourd’hui très rares et très coûteux. Une dizaine vient des magasins du Sénat, et la majorité de mon stock. Nous les avons biseautés à l'identique. »

    Dans les combles...

    dt_hs-versailles-ancienne_facade-br.jpgL’ancienne façade du château, telle qu’on peut la voir au-dessus de la galerie des Glaces.

    dt_hs-versailles-treuil-br.jpgLe treuil actionnant le lustre du salon de la Paix est situé à l’extrémité de la galerie des Glaces. Remarquez au-dessus de la poulie, le détecteur de fumée... On n’ose imaginer un incendie dans ces combles royaux qui font l’objet d’inspections régulières.

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    Peu de gens ont eu le privilège de visiter cet endroit secret ! Nous sommes ici dans les combles de la galerie des Glaces. Vue d’ici, la voûte de Le Brun est beaucoup moins spectaculaire ! Mais dans ce sombre grenier, il est possible de découvrir, torche en main, quelques vestiges de la terrasse à l’italienne, ouverte sur le ciel et les jardins, aménagée par Le Vau en 1668. Elle sera masquée par la volonté de Mansart qui, à partir de 1678, y fit aménager la galerie des Glaces du Roi-Soleil.

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    Compostelle : Conques, merveille de

    l'art roman

     

    Par Hugues Dérouard
    source : Hors-série Compostelle
     

    Un ermite choisit au VIIe siècle ce site admirable, dans l’Aveyron, pour se retirer du monde. Aujourd’hui, Conques, village à flanc de colline, se blottit tout autour de sa basilique Sainte- Foy, sanctuaire majeur de la via Podiensis. On le découvre dans les pas d’un randonneur.

    Au creux de la vallée du Dourdou, Conques
    Au creux de la vallée du Dourdou, Conques.

    Un sentier caillouteux plonge à la découverte de Conques, l’un des fleurons du chemin. C’est ici qu’est venu s’installer au VIIesiècle le moine Dadon, en ce « lieu désert, asile des bêtes sauvages».

    Au cœur de la vallée du Dourdou, l’abbatiale Sainte-Foy apparaît en majesté, surplomblant des logis aux toits de lauze. Empruntez la ruelle Émile-Roudiès, bordée de demeures médiévales à colombage... Bientôt vous arriverez, ébloui, devant le merveilleux tympan de l’abbatiale, assurément l’un des plus beaux tympans romans de France. Il s’agit d’une représentation du Jugement dernier. Appréciez la richesse des détails ! Inscrit dans une voûte romane, sous un fronton triangulaire, il comporte cent vingt-quatre paysages sur trois niveaux. Au centre trône le Christ en majesté avec, à sa droite, les élus au paradis, et à sa gauche, les damnés en enfer.

    L'abbatiale Sainte-Foy à Conques
    Le chevet éclairé des vitraux à Soulages

    La pièce maîtresse est la statue reliquaire de sainte Foy, à l’origine de la prospérité de l’abbaye.

    Puis entrez à l’intérieur de l’abbatiale. Très sobre, elle affiche un plan caractéristique des sanctuaires qui avaient pour but d’accueillir de nombreux pèlerins, avec une vaste nef au plafond élevé. Admirez les vitraux modernes et sobres de Pierre Soulages, réalisés en 1987 et 1994, ils donnent un aspect contemporain au lieu. Vous pouvez observer le Trésor de Sainte-Foy qui comporte des pièces d’art uniques de l’époque carolingienne.

    La pièce maîtresse est la statue reliquaire de sainte Foy, à l’origine de la prospérité de l’abbaye. Elle est conservée dans le musée du Trésor, à côté des ruines du cloître. Elle date du Xe siècle. Taillée dans du bois d’if et recouverte de feuilles d’or et d’argent, elle montre la sainte rayonnante. Sa couronne et son trône symbolisent sa gloire céleste. Depuis sa création, la statue reliquaire, ornée de pierres précieuses, a connu de nombreuses transformations et embellissements. Ses avant-bras tendus à l’horizontale et les mains tenant chacune un petit tube destiné à recevoir une fleur, ont été façonnés au XVIe siècle. 

    C'est pour magnifier les reliques, qui faisaient l'objet d'un culte fervent au Moyen Âge, que les maîtres de l'orfèvrerie religieuse créèrent tant d'œuvres d'art.

    Balade dans le bourg
    Balade dans le bourg.

    N’oubliez pas pour autant l’intérieur du village. Il s’est bâti dans une conque, élevé de maisons aux murs de schiste. En quantité dans la région, ce matériau est utilisé avec discernement, enjolivé de grès rose ou de calcaire blanc qui encadrent parfois les ouvertures. Mais surtout, si vous êtes attentif, vous vous apercevrez, au détour d’une calade, que des pierres de réemploi des anciens bâtiments monastiques ornent également quelques façades. Chaque demeure possède sa cave, pièce importante en cette terre jadis vigneronne ! Assurément, vous apprécierez flâner dans les petites ruelles pentues du merveilleux bourg de Conques.

    Sainte Foy, une part de mystère
    «Lorsque nous avons paru devant elle, l'espace était si resserré, la foule prosternée sur le sol était si pressée, qu'il nous fut impossible de tomber à genoux... En la voyant pour la première fois, toute en or, étincelant de pierres précieuses et ressemblant à une figure humaine, il parut à la plupart des paysans qui la contemplaient, que la statue les regardait d'une manière vivante et qu'elle exauçait de ses yeux leurs prières.» Ainsi Bernard d’Angers décrit-il la statue de sainte Foy vers 1010. Restaurée en 1955, elle livre une part de son mystère : sa tête d’or et son corps en bois d’if ne sont pas de la même époque. Son visage, à l’allure plutôt masculine, serait celui d’un empereur romain ! Sa petite taille (85 centimètres) n’atténue en rien la fascination pour la représentation de cette sainte, brûlée puis décapitée à 13 ans, en 303 de notre ère.

     

    Art et Culture 3:  Compostelle : Conques, merveille de l'art roman

     

     

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