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    Ce que tu penses que ton chat veut VS ce qu’il veut vraiment

     

    Les chats et leurs mystères… Toutes les semaines de nouvelles études nous prouvent qu’on ne sait que très peu de choses concernant leur comportement. Et si finalement on faisait fausse route ? Voici quelques exemples très simples qui vont t’aider à décrypter ce qu’il veut vraiment.

     

    Il n’arrête pas de miauler donc tu penses qu’il veut à manger… mais en fait il veut te manger toi

    Eh oui ! Selon une étude menée cette fois par des chercheurs de l'Université d'Edimbourg et l'équipe du zoo du Bronx, nos petits chats mignons sont avant tout des félins « impulsifs » et « névrotiques »… Ambiance ! Alors n’oubliez pas de le nourrir car sinon il finira par vous avaler tout cru.

     

    Il vient se blottir contre toi donc tu penses qu’il veut des câlins… mais en fait il veut juste se réchauffer

    Evidemment qu’il se sert de toi pour une bonne raison. Non mais franchement des câlins… Tu y croyais vraiment ?

     

    Il n’arrête pas de se frotter à toi donc tu penses qu’il est content de te voir… mais en fait il veut juste marquer son territoire

    On est vraiment en train de te décevoir là non ? Quand tu rentres du boulot c’est un peu un rituel : il se frotte contres tes chevilles de la tête à la queue. Pour toi c’est comme s’il te criait « Bienvenue à la maison ! ». Le problème c’est qu’il essaie juste de laisser son empreinte olfactive sur toi. D’ailleurs si tu regardes bien il fait la même chose avec la chaise… sympa !

     

    Il te fait des léchouilles sur la main donc tu penses qu’il te fait des bisous… mais en fait il attend le meilleur moment pour te mordre

    Tu es là tranquille à lui caresser son petit bidon poilu (oui, on parle toujours de ton chat) quand il commence à te lécher la main… comme c’est mignon. Tu penses qu’il te remercie de tout l’amour que tu lui portes et d’un coup sans que tu t’y attendes, c’est le drame : la MOR-SURE ! Car oui, quand ton chat te lèche ça veut dire « tu commences à me soûler » et rien d’autre.

     

    Il se lèche tout le temps donc tu penses qu’il est coquet… mais en fait il se débarrasse juste de ton odeur

    Alors oui, la langue râpeuse des chats leur sert principalement de peigne. Mais la toilette, leur deuxième activité préférée après la sieste, c’est aussi un moyen pour eux de faire une remise à zéro niveau odorat et de s’enduire de son odeur personnelle. Un peu comme quelqu’un qui se parfumerait tout le temps quoi.

     

    Il cligne des yeux donc tu crois qu’il veut dormir… mais en fait il essaie de te dire qu’il t’aime

    On savait bien que les chats n’étaient pas des êtres au cœur de pierre ! Même si on doit bien l’avouer, c’est quand même hyper subtil comme preuve d’amour…

     

     

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    Comme nous, les chats se souviennent

    du contexte des événements vécus

     

    Selon une étude menée par des scientifiques japonais, les chats auraient une mémoire épisodique, c'est à dire la capacité de se remémorer des événements passés et de leur contexte.

     

    Chat
     

    Attention, les chats ont la mémoire moins courte que vous ne l'imaginiez.

     

    © CATERS NEWS AGENCY/SIPA
     

    COGNITION. Fin novembre 2016, une étude parue dans Current Biology, avait déjà établi que les chiens, à l'instar des humains, possèdent une mémoire épisodique (processus cognitif leur permettant de se souvenir des événements ponctuels passés et de leur contexte, c'est à dire : quand, quoi et où). Des chercheurs japonais, qui avaient précédemment déclaré dans une étude loufoque que "les chats sont capables de saisir les lois de la physique", affirment désormais que ces animaux possèdent également une mémoire épisodique.

     

    Quand, quoi et où : les composantes de la mémoire épisodique

     

    L'étude parue en janvier 2017 dans la revue Behavioural Processes, recourt au même protocole qu'une étude similaire menée chez le chien en 2012. Le mode opératoire ? Dans une première expérience, les chats ont d'abord été placés un à un dans une pièce où quatre écuelles de tailles, de formes et de couleurs différentes ont été disposées. Chacune d'entre elles contenaient de la nourriture. Durant cette phase dite d'exposition, les félins ont pu accéder à deux des écuelles. Les résultats révèlent que celles-ci ont été choisies au hasard. Ensuite, les animaux ont été évacués de la salle durant 15 minutes, avant d'être réadmis à l'intérieur. Les animaux ont ainsi choisi préférentiellement les gamelles où ils n'avaient pas encore mangé et qui contenaient une plus grande quantité de nourriture. Cette expérience a donc révélé que les chats se souviennent du "où", l'une des composantes de la mémoire épisodique.

     

    Les chatons disposent d'une mémoire tampon

     

    Le protocole a ensuite été répété, à une nuance près : la contenance des gamelles. Cette fois-ci, deux écuelles seulement étaient remplies de nourriture tandis qu'une autre était vide et que la dernière contenait un objet non comestible. Lors de la phase d'exploration, les chats (différents de ceux de la première expérience) se sont dirigés au hasard vers l'une des écuelles, se redirigeant au besoin vers une autre contenant de la nourriture. Après les 15 minutes de pause et une fois de retour dans la salle, la majorité des félins se sont ensuite dirigés vers la seconde écuelle pleine (non visitée) contenant de la nourriture, ignorant celle vide et celle avec l'objet. Selon les tests statistiques, le choix des chats n'a rien d'aléatoire, contrairement à la première expérience : il s'agirait bel et bien d'un choix.

     

    Pour les chercheurs, cette seconde expérience révèle que les félins se souviennent à la fois du "où" mais également du "quoi", ce qui constitue une seconde composante de la mémoire épisodique. De quoi prouver que les chats sont capables de reconstruire mentalement des événements ponctuels qu'ils ont vécus. La prochaine étape, pour les chercheurs, sera de préciser au bout de combien de temps s'efface cette "mémoire tampon".

     

    Articles sur les chats:  Comme nous, les chats se souviennent du contexte des événements vécus

     

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    Articles dur les chats:  Hilarant : quand des chats prennent la pose comme des pin-up !

     

     

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    Le chat, notre ami félin

    Figure tutélaire du foyer

     

     

    Notre époque a vu évoluer les rapports entre le chat et l’espèce humaine. D'animal tantôt divinisé, tantôt diabolisé, il est devenu le compagnon prisé de personnages illustres. Têtes couronnées, écrivains, célébrités s’entichent du petit félin, réconfort de tous les instants ou complice d’une démarche artistique.

    Son caractère indépendant, qui lui a valu tant de faveurs et tant d’avanies, en est venu à symboliser notre temps épris de liberté.

    Michèle Ressi
     

    Chat angora blanc guettant un papillon, Jean-Jacques Bachelier, vers 1761, musée Lambinet, Versailles.

    Sous Louis XV, l’angora blanc règne

    Les Lumières libèrent l’homme du poids de la religion et le chat en profite. La connaissance des races animales progresse avec les naturalistes, mais face au petit félin domestique, un combat inégal oppose deux grands noms de la science : Buffon et Moncrif.

    François Augustin Paradis de Moncrif (1687-1770), acteur, chanteur, musicien, libertin, courtisan et amoureux des chats, est le premier auteur de leur réhabilitation. Un brin philosophe et prophète en son pays, il assure : « N’en doutez point, dans les sociétés, aux spectacles, aux promenades, aux bals, dans les académies même, les chats seront reçus, ou plutôt recherchés. »

     

    Gravure à l'eau-forte par le Comte de Caylus d'après Charles Coypel, Les Chats,  François-Augustin de Paradis de Moncrif, Paris, Quillau, 1727.

    Sous forme de onze lettres à la marquise de B., sur le modèle des Lettres Persanes de Montesquieu, son Histoire des Chats (1727) raconte les heurs et malheurs de l’animal et sa place dans la mythologie, l’art et la société. Illustrée par Coypel et rééditée, elle devient un succès de librairie. Il y a beaucoup d’esprit dans cette apologie du chat, pimentée de parodie contre la pédanterie.

    Le succès de Moncrif fait des jaloux. Voltaire le rebaptise Mongriffe, puis « grand historiogriffe du royaume », quand il brigue la place d’historiographe royal. 

    Reçu à l’Académie française en 1733 (appuyé indirectement par le roi contre Marivaux !), un plaisantin lui gâche sa cérémonie en lâchant un chat dans la salle. 

    Le public se déchaîne en miaulements. Son discours de réception est parodié : Le Miaou, signé du seigneur Raminagrobis, publié « À Chatou, chez Minet, Au chat qui écrit, 1734. » En dépit de ces moqueries, Moncrif continua d’aimer les chats... à la différence notable de Buffon.

    Naturaliste à la plume leste, ce dernier n'est pas avare de poncifs. Son discours sur la fausseté des chats, leur propension à faire le mal alors que le chien est toute sincérité, franchise et attachement au maître, relève d’un anthropocentrisme peu scientifique : « Le Chat est un domestique infidèle, qu’on ne garde que par nécessité ».

    La suite reste un modèle du genre, certes bien écrit et plaisant au second degré, mais à ne pas suivre, quand on prétend à la rigueur. L’amateur de chat appréciera avec un certain sourire ce portrait psychologique à charge.

     

    Malins, hypocrites et pervers

    Œuvres complètes, Buffon, 1830, éd. F. D. Pillot, Paris.

    « Quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l’âge augmente encore, et que l’éducation ne fait que masquer. De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, lorsqu’ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons ; ils ont la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal, le même penchant à la petite rapine ; comme eux ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier les occasions, attendre, choisir, saisir l’instant de faire leur coup, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloignés jusqu’à ce qu’on les rappelle. Ils prennent aisément des habitudes de société, mais jamais des mœurs : ils n’ont que l’apparence de l’attachement ; on le voit à leurs mouvements obliques, à leurs yeux équivoques ; ils ne regardent jamais en face la personne aimée ; soit défiance ou fausseté, ils prennent des détours pour en approcher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu’elles leur font.  »
    Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière. Tome VI, Les Animaux domestiques, 1756.

    Dans une citation connue, Buffon fait dire une absurdité à son illustre confrère et rival, le naturaliste suédois Carl von Linné : «  Classer l’homme avec le singe, le lion avec le chat, dire que le lion est un chat à crinière et à queue longue, c’est dégrader, défigurer la nature, au lieu de la décrire et de la dénommer.  »

     

    Le Chat d'Angora, illustration de l’ouvrage Histoire naturelle générale et particulière avec la description du cabinet du roy, tome VI, Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, De Seeve (dessin), 1755, BnF, Paris.

    De tous les rois de France, Louis XV le « Bien-Aimé » est celui qui aima le plus les chats. Comme Richelieu, il a un faible pour l’Angora blanc, race naturelle, originaire d'Angora, en Turquie (aujourd'hui Ankara).

    Ce chat à la fourrure mi-longue, si différent des européens à poil court, importé en Occident au siècle précédent par le poète et aventurier italien Pietro Delle Valle, est devenu le chat roi à la cour, prisé de tous les nobles et furieusement à la mode dans la bonne société des Lumières.

    Chaque matin, Louis XV fait venir son Angora dans sa chambre. Il le regarde aussi jouer sur la table du Conseil, pendant les réunions. Il s’ennuie dans ce métier de roi si peu fait pour sa nature et se divertit comme il peut, avec des chats joueurs et tendres comme avec des maîtresses jeunes et belles.

    Le roi interdit aussi pour de bon les bûchers de chats à la Saint-Jean, « tradition barbare », mais durable au-delà de toute raison !

    L’histoire continue et la vie de chat va changer avec l’intérêt soutenu que lui porte désormais le public. Il devient un véritable fait de société. Un siècle plus tard, sa réhabilitation est consommée...

    Chat sur un fauteuil, Théophile Alexandre Steinlen, 1878, musée d'Orsay, Paris.

    Micetto, alias Petit Minet, chat romantique
     

    Le premier grand romantique du XIXe siècle, René de Chateaubriand, évoque dans ses Mémoires d'outre-tombe son passé de diplomate sous la Restauration et sa vie parisienne, rue d’Enfer (aujourd'hui Denfert-Rochereau) avec Micetto, alias Petit Minet, authentique bâtard : « J'ai pour compagnon un gros chat gris-roux à bandes noires transversales, né au Vatican dans la loge de Raphaël : Léon XII l'avait élevé dans un pan de sa robe où je l'avais vu avec envie lorsque le Pontife me donnait mes audiences d'ambassadeur. Le Successeur de saint Pierre étant mort, j'héritai du chat sans maître (...). On l'appelait Micetto, surnommé « le chat du Pape ». Il jouit, en cette qualité, d'une extrême considération auprès des âmes pieuses. Je cherche à lui faire oublier l'exil, la chapelle Sixtine, et le soleil de cette coupole de Michel-Ange sur laquelle il se promenait loin de la terre. »
    Chateaubriand parle en connaisseur et en amoureux ! « J’aime dans le chat ce caractère indépendant et presque ingrat qui le fait ne s’attacher à personne, et cette indifférence avec laquelle il passe des salons à ses gouttières natales. (…) On le caresse, il fait le gros dos, mais c'est un plaisir physique qu'il éprouve, et non, comme le chien, une niaise satisfaction d'aimer et d'être fidèle à son maître, qui le remercie à coups de pied. Buffon a maltraité le chat. Je travaille à sa réhabilitation, et j'espère en faire un animal à la mode du temps. ». Mission accomplie.

     

    L’atelier du peintre, Gustave Courbet, 1855, musée d'Orsay, Paris.

    XIXe, le « siècle du chat »

    Le chat séduit les auteurs, artistes, intellectuels et autres amateurs sous son charme. Compagnon idéal, il dort beaucoup mais veille la nuit, s’agite et « parle » peu. Après Chateaubriand, il séduit et inspire les poètes du siècle.

     

    La fille au chat avec une robe rouge, John White Alexander, 1896, Brooklyn Art Museum, États-Unis.

    Charles Baudelaire rend aussi hommage à ce félin. Il l’évoque maintes fois dans son recueil Les Fleurs du mal (1857) qui fera couler tant d’encre et donnera lieu à un procès :
    « Les amoureux fervents et les savants austères
    Aiment également, dans leur mûre saison,
    Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
    Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires. »
    .

    L’auteur de Cyrano de Bergerac savoure quant à lui la douce présence de cet animal à sa table d’écriture :
    « C'est un petit chat noir effronté comme un page,
    Je le laisse jouer sur ma table souvent.
    Quelquefois il s'assied sans faire de tapage,
    On dirait un joli presse-papier vivant. »

    (Edmond Rostand, Les Musardises , 1887-1893)

     

    Tournée du Chat noir de Rodolphe Salis, 1896, Théophile-Alexandre Steinlein, université Rutgers,  Zimmerli  Art Museum, New Brunswick, New Jersey, États-Unis.

    Le chat noir lui-même est réhabilité et devient l’emblème d’un célèbre cabaret montmartrois, haut-lieu de rencontre du Tout-Paris et symbole de la vie de bohème que chante Aristide Bruant :
    « Je cherche fortune
    Autour du Chat Noir
    Au clair de la lune
    À Montmartre, le soir. »
    .

    Le « siècle du chat » renoue avec la ferveur qui entourait cet animal du temps des pharaons. Il préfigure aussi sa popularité contemporaine.

    L’Angleterre donne l’exemple, avec l’exposition féline de 1871, organisée au Crystal Palace de Londres par Harrison Weir, peintre anglais : « Les chats, allongés sur des coussins écarlates, offrent au regard de chacun la beauté de leurs robes. Ils ne font aucun bruit, tout juste un léger ronronnement, lorsqu’ils lapent le lait qu’on leur apporte. » 

     

    Madame Robert Locke a fondé le Beresford Cat Club en 1899. Elle posséda les premiers chats siamois enregistrés en Amérique appelés « Calif », « Siam » et « Bangkok ».

    Plus de 170 chats sont réunis, classés en deux catégories : British Shorthair - vedette de l’expo, croisement de chats régionaux à poil court - et Persan - race exotique à poils longs, chérie par la reine Victoria et future star féline. 

    La mode des expositions félines gagne les USA en 1898 (au Madison Square Garden de New York), puis les principaux pays du monde. La France suit en 1925, avec son Cat Club (créé en 1913).

    Les premières reproductions sélectives aboutissent à la création de nouvelles races. Le marché est « porteur », les associations félines se multiplient, le snobisme s’en mêle… et la nature est complice : la génétique des chats favorise les mutants.

    Événement rare, la découverte d’une nouvelle race : le Siamois aux yeux bleus, venu du Siam (actuelle Thaïlande), vénéré des moines et des rois, gardien du temple depuis le XIVe siècle.

    Le major Owen Gould, ambassadeur à Bangkok, parvient à importer un couple. Il faut ensuite que la race survive au climat d’Europe occidentale… Le Siamois vivra son nouveau destin de « Prince des chats », à partir de 1930.

     

    Races et histoires

    Le Siamois.

    Chaque race a une légende, celle des Siamois est charmante. Ces chats appartenaient aux princesses de Siam. Ils accompagnent les jeunes filles allant au bain, jusqu’à la rive. Chacune se débarrasse de ses bagues et autres bijoux, enfilés à la queue du chat qui l’enroule entre ses pattes, en lieu sûr… Un jour, voyant revenir sa maîtresse, un chat se dresse trop vite, les bijoux roulent dans l’eau et se perdent. Le lendemain, les princesses prirent soin de faire un nœud au bout du porte-bijou et après le bain, on défait le nœud. Mais à force de nouer et dénouer la queue, il s’y forma une nodosité qui est demeurée depuis.


    Le Manx

    Autre légende plus lointaine, autre histoire de queue : celle du Manx, chat de l’île de Man… qui n’en a pas (de queue). Dans sa hâte d’avant le déluge, Noé aurait refermé la porte de son arche sur la queue du Manx, à jamais coupée. Ce chat étonnant à voir serait arrivé sur l’île de Man (d’où son nom) lors du naufrage de l’invincible Armada en mer d’Irlande.
    L’absence de queue est une dégénérescence spontanée, conséquence des accouplements consanguins répétés, favorisés par l’isolement géographique de l’île.

     

    L'Apothéose des Chats à Montmartre, Théophile-Alexandre Steinlen, 1905, musée de Montmartre, Paris.

    XXe siècle, le chat, enfin ami de l’homme

    Le chat a finalement triomphé de la haine issue des superstitions et retrouvé un public d’adorateurs comme au temps des pharaons ! Animal de compagnie préféré à son rival le chien, il génère un marché florissant. Il inspire des œuvres à son image et à sa gloire. Voilà sans nul doute le grand gagnant du bestiaire historique.

    « Le chat est le seul animal qui soit arrivé à domestiquer l’homme », peut joliment écrire l'anthropologue Marcel Mauss.

     

    Colette et ses chats,  Henri Manuel, 1935, DR

    Pour citer des auteurs fans de chat, on a l’embarras du choix. Pour n’en citer qu’un, le choix est simple. Le chat habite la vie et l’œuvre de Madame Colette.

    Surnommée «  Minet-Chéri » par Sido sa mère, entourée de chats dans son village natal de Bourgogne, elle sera souvent prise en photo avec des chats, dans la rue, au jardin, à sa table de travail.

    Elle incarne La Chatte amoureuse dans une pantomime au Ba-Ta-Clan (1912).

    Elle invite le chat dans Claudine à l‘école, fait converser un Angora gris, Kiki-la-doucette et un Bulldog, Toby-chien dans Dialogues des Bêtes. Elle eut un chat sauvage venu du Tchad, Bâ-Tou, parfaitement apprivoisé. On retrouve Saha, chatte de Colette, dans son roman La Chatte.

     

    Colette, amoureuse des chats

    Colette dans les jardins du Palais-Royal, Henri Manuel, 1935, DR.

    « À fréquenter le chat, on ne risque que de s’enrichir. Serait-ce par calcul que depuis un demi-siècle, je recherche sa compagnie ? » (...) « Je n’eus jamais à le chercher loin : il naît sous mes pas. Chat perdu, chat de ferme traqueur et traqué, maigri d’insomnie, chat de librairie embaumé d’encre, chats des crèmeries et des boucheries, bien nourris, mais transis, les plantes sur le carrelage; chats poussifs de la petite bourgeoisie, enflés de mou; heureux chats despotes qui régnez chez Claude Farrère, sur Paul Morand - et sur moi. », Colette, AmoursLes Vrilles de la vigne (1908). Colette resta sans chat à la mort de Chatte Dernière, son Chartreux - sa race préférée. Mais à la fin de sa vie, on la voit assise sur le trottoir devant chez elle, jardin du Palais-Royal, entourée de chats errants, authentiques « gouttières ».

     

    Félix et Charlie Chaplin partagent l'écran dans un moment mémorable de Felix in Hollywood, 1923.

    Le chat est vedette dans les dessins animés, avec Félix le Chat qui naît en 1917. Tom et Jerry (gros chat domestique gris, souris brune et importune) font couple depuis 1940, en 163 courts métrages d’animation, 7 Oscars et une foule de produits dérivés. Citons aussi Fritz le chat, Le chat du RabbinLe Chat tout court (signé Geluck) n’en finit pas de faire son retour depuis trente ans.

    Hollywood a inventé des Oscars félins (souvent attribués aux roux, qui crèvent l’écran), des films le mettent en vedette (Le Chat de Granier-Deferre, d’après Simenon), mais le chat est moins présent au cinéma et à la télévision que le chien. Raison évidente : il est impossible à dresser.

    On l’utilise comme figurant admirablement photogénique, simple passant, fantôme suggéré, ou faisant ce qu’il fait naturellement : laper du lait (dans La Nuit américaine de Truffaut), chasser un oiseau, cracher, s’étirer, dormir… et grimper aux rideaux.

     

    Chat roux dormant, Pierre Bonnard, musée Bonnard, Le Cannet, France.

    « Comme chien et chat »

    Cette expression connue est devenue le titre et le thème d’un téléfilm dont - fan de chat - l'auteur de ces lignes a écrit le scénario (1980). Le producteur et le réalisateur ont pris le risque d’un tournage avec deux animaux (du chenil Lesourd) en covedette avec deux sociétaires (de la Comédie-Française), Gisèle Casadesus et Robert Manuel. Le mastiff (80 kilos) bavait, bougonnait, bêtifiait à l’envi et crevait l’écran. Quant à l’Angora, la star et sa doublure, l’une prenait des pauses de statue ou de coquette, l’autre adorait plus que tout grimper aux rideaux et retomber sur ses pattes. Effet garanti. Le public applaudit, la critique aussi.

    La multiplication des races de chat, initiée au XIXe siècle, correspond à une forte demande. Sur une centaine de races, quelque 60 sont reconnues par le fameux LOOF (Livre Officiel des Origines Félines) qui veille jalousement sur les standards (morphologie, couleur) assortis d’une échelle de points détaillés à l’extrême, avec l’indispensable pedigree pour être un vrai « chat de race », donc, de prix. Une façon de reconnaître la valeur marchande du chat, mais aussi ses qualités, l’intérêt affectif qu’on lui porte.

    Après avoir culminé vers 1950, la popularité du Siamois aux yeux bleus, tête ronde et corps robuste, a connu un déclin. Pour suivre la nouvelle norme du standard et gagner des points, on l’a rendu longiligne et anguleux. Ce physique d’anorexique a compromis la survie du Prince des chats. On revient aujourd'hui au Siamois traditionnel, selon Le Livre d’or des chats (EDL).

     

    Le Sphynx

    Autre cas, le Sphynx, avec un « y » et sans poil ni moustache. En 1966 à Toronto, une gouttière noir et blanc met bas un petit chat nu. On s’empresse de fixer la race, en croisant la mère et le fils. On favorise la reproduction en croisant avec le Rex Devon, porteur d’un gène similaire. Le « PFGM » (petit félin génétiquement modifié) est baptisé, mis sur le marché. Air de vieillard décharné, tête de E.T., peau plissée sur la couche de gras qui lui permet de vivre, malgré sa frilosité. 

    Dans son Dictionnaire amoureux des chats (2008), Frédéric Vitoux s’indigne avec raison : « L’énigme que pose ce sphynx, c’est au fond celle de l’insondable bêtise, sinon de la perversité, de certains éleveurs de chats. »

    Parmi les plus rares, le Savannah, un tigré entre 2000 et 5000 €, et le Bengal, allure de petit léopard, 1000 à 3000 €. Très séduisants, mais un « gouttière » tigré l’est aussi.

     

    L'Ashera

    L’Ashera, le chat le plus cher du monde, ne figure pas encore au LOOF. Issu d’un croisement entre un léopard d’Asie, un serval africain et un chat domestique, il peut atteindre 14 kg. Prix minimum, 22 000 $, le type hypoallergénique avec des marques inhabituelles montant à 125 000 $. Est-ce bien raisonnable ?

    Saluons l’Européen à poil court, reconnu comme race à part entière en 1983, et en 2007 par le LOOF qui lui assigne des standards et le rebaptise EuropeanShortair – « so smart ». Reste le vrai bâtard aussi beau que le primé hors de prix, plus résistant, naturellement épargné par la consanguinité… Il attend qu’on l’adopte, dans un refuge.

    Malgré la multiplication des races, le chat reste un chat. Il ne subit pas les mêmes excès que les 340 races de chiens (dont les nains, les toys), les vaches (laitières obèses), les poules (pondeuses en batterie), toutes les bêtes à viande (industriellement productives). En cela aussi, il est privilégié.

    Nourri et soigné comme jamais, son espérance de vie augmente régulièrement. « Les chats savent faire la différence », énonce ce slogan publicitaire de Whiskas. Rien n'est moins sûr ! D’abord, c’est le maître qui achète. Et comment faire la différence entre une cinquantaine de marques (grand public ou vétérinaires, aliments médicalisés ou spécifiques) vendues dans les grandes surfaces ou sur des sites dédiés, en ligne ?

    Marché de la nourriture et des produits de santé pour animaux : 54 milliards d'euros en 2013, pour le monde. En France (record d’Europe), le « petfood » atteint un milliard d’euros pour nos 12 millions de chats - et 623 millions pour les 7,4 millions de chiens. La segmentation du marché rend perplexe : croquettes spéciale « chatons », « chat stérilisé », « chat sensible », « chat d'intérieur » parfois rebaptisé « tigre de salon ». Les seniors ont leur régime, et les obèses, leurs produits light. Le chat étant toujours raffiné ou gourmand, les « coffrets traiteur », « recettes du chef », « double délice » s’alignent.

     

    Un monde fait pour les chats

    « Au cours des siècles, le chat édifia toute une civilisation basée sur l’invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n’avait en réalité qu’un seul but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert. C’est dire que l’homme inventa des millions d’objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d’osier et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique (…)
    Mais, de tout cela, les hommes ne savent rien. À leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l’être. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats.  » 

    Jacques Sternberg, Contes glacés (1974).

     

    Chats à la fenêtre, Nicolas Tarkhoff, 1903, musée du Petit Palais, Genève, Suisse.

    XXIe siècle, l’aventure continue

    Quelques repères sont autant de preuves et de raison d’espérer en la belle et longue vie du chat.

    1. Notre sensibilité à l’animal est de plus en plus vive, en contrepartie d’une vie trop mécanisée ou virtuelle. La loi de 2014 améliore le statut des ex « biens meubles ». Des lanceurs d’alerte (associations et autres) dénoncent les abus devenus insupportables au public : expérience sur les animaux, trafics et traitements indignes.

    En mai 2016, les banquets de chats et de chiens en Chine ont choqué les Chinois qui vivent de plus en plus nombreux avec ces animaux de compagnie. C’est un cercle vertueux, on ne mange pas son ami, on ne le maltraite pas.

    2. L’attrait de l’homme pour le mystère et la spiritualité du chat est tout à l’honneur des deux intéressés. La ronron-thérapie est reconnue, en passe de devenir une branche de la naturopathie pour les malades, y compris les enfants (autistes) et les gens âgés, les adultes déprimés... Quel beau mariage d’amour et de raison !

    3. Un chat bien né, pas (trop) génétiquement modifié ni surprotégé, ne craint pas le réchauffement climatique (ni le froid si le Gulf Stream faiblit) : sa fourrure isolante, sa résistance naturelle, sa remarquable capacité d’adaptation en témoignent depuis la préhistoire.

    4. Le chat court partout sur le Net depuis quelques années. Animal totem, phénomène du « lolcat », vidéos et trucages à gogo. Ça plaît. Mais est-ce bien l'animal lui-même qui crée cet engouement ?

    Pour finir en beauté et en majesté cette histoire de bientôt dix mille ans, retrouvons les auteurs qui ont rendu hommage au chat.

     

    Le chat en citations

    « Le chat ne nous caresse pas, il se caresse à nous. »,
    Rivarol, Anecdotes et bons mots (1812), aristocrate de l’esprit, amoureux de la langue et des chats.

    « De tous les animaux, les femmes, les mouches et les chats sont ceux qui passent le plus de temps à leur toilette. »,
    Charles Nodier, Maximes et pensées, cité dans le Dictionnaire universel de la langue française (1835)

    « J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure. »,
    Hippolyte Taine, Vie et opinions philosophiques d’un chat, Voyage aux Pyrénées (1858), historien.

    « Lorsqu'un chat accorde sa confiance à un homme, c'est sa plus belle offrande. »,
    Charles Darwin, naturaliste anglais du XIXe s, bien inspiré par la lecture de notre Buffon national.

    « On explique l'amour que certains personnages politiques portent aux chats par le mépris qu'ils ont des hommes, qu'a peu d'exceptions près ils tiennent pour des animaux rampants. »,
    Champfleury, Les Chats : histoire, mœurs, observations, anecdotes (1869), ami d’Hugo et des chats.

    « Si l'on pouvait croiser l'homme avec le chat, ça améliorerait l'homme mais ça dégraderait le chat. »,
    Mark Twain, Note book (posthume), romancier, journaliste, homme d’affaires et humoriste anglais.

    « Je ne suis pas un ami et je ne suis pas un serviteur. Je suis le Chat qui s’en va tout seul, et je désire entrer dans votre Grotte. »,
    Rudyard Kipling, Histoires comme ça (1902), premier lauréat anglophone du Nobel littéraire en 1907.

    « Je souhaite dans ma maison :
    Une femme ayant sa raison,
    Un chat passant parmi les livres,
    Des amis en toute saison
    Sans lesquels je ne peux pas vivre. »
    ,
    Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire (1911), poète.

    « Le temps passé avec un chat n'est jamais perdu. »« Il n'y a pas de chat ordinaire. »,
    Colette, pour mémoire, pour le plaisir… et au bonheur des chats.

    « Avec les qualités de propreté, d'affection, de patience, de dignité et de courage que possèdent les chats, combien d'entre nous, je vous le demande, pourraient devenir des chats ? »,
    Fernand Méry, Sa Majesté le chat (1956), vétérinaire vedette et fan du Siamois.

    « Si je préfère les chats aux chiens, c’est parce qu’il n’y a pas de chat policier. »,
    Jean Cocteau, voisin et ami de Colette au Palais-Royal.

    « Chaque fois qu'une maîtresse me quitte, j'adopte un chat de gouttière : une bête s'en va, une autre arrive. »,
    Paul Léautaud, Journal littéraire (1954 à 1966). Ce misogyne a hébergé 300 chats dans sa longue vie.

    « Il y a deux moyens d'oublier les tracas de la vie : la musique et les chats. »,
    Albert Schweitzer, Prix Nobel de la Paix (1952), médecin, musicien et théologien.

    « Et quand je vois passer un chat je dis : "Il en sait long sur l'homme" »,
    Jules Supervielle, Le Jeune homme du dimanche et des autres jours (1952), poète.

    « Un chat c’est l’ensorcellement même, le tact en ondes… c’est tout en brrt, brrt de paroles… Bébert en brrt il causait, positivement… Maintenant il brrt , brrt pour lui seul… il monologue sur lui-même… comme moi-même… il est abruti comme moi-même… »,
    Louis-Ferdinand Céline, Féérie pour une autre fois I et II (1952 et 1954), écrivain et médecin, maître de Bébert le chat.



    Brigitte Bardot (DR)

    « Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. »,
    Alberto Giacometti, Écrits (posthume), artiste peintre et sculpteur.

    « Le chat est à nos côtés le souvenir chaud poilu, moustachu et ronronnant d'un paradis perdu. »,
    Léonor Fini, Miroir des chats (1977), artiste peintre, entourée de 17 chats de toutes races et couleurs.

    « Un chien, un chat, c'est un cœur avec du poil autour. »,
    Brigitte Bardot, TF1, 1991. Star au cinéma, elle crée en 1986 la Fondation à son nom et milite pour la cause animale : « J'ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes ; je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux. »

     

    Articles sur les chats:  Le chat, notre ami félin - Figure tutélaire du foyer

     

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    Le chat, notre ami félin

    Dieu ou diable

     

     

    Comme tous les animaux, le chat a une histoire, assortie de légendes noires ou dorées, nourries de ses relations avec l’homme. Ce petit félin a également une préhistoire, bien plus ancienne que celle de l’homme, et il en garde la mémoire.

    Les initiés prêtent volontiers sept vies au Chat, voire neuf. C’est dire la richesse et la complexité du personnage !

    Michèle Ressi
     
     

    Chat tenant une perdrix dans la gueule, mosaïque romaine, musée national d’archéologie, Casa del Fauno, Pompéï, Naples.

    Il était une fois… Il y a cinquante millions d'années

    « Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu, il trouva que c’était bien. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d’esclave jusqu’à la fin des temps… », Jacques Sternberg, Contes glacés (1974)

    Le chat a conquis la Terre il y a 50 millions d’années. À cette époque reculée, il était déjà ce petit carnivore au corps élancé et à la longue queue si familier.

    Nos propres ancêtres, les premiers hominidés, ne sont apparus que quarante millions d’années plus tard. Le genre Homo arrive il y a 3 millions d’années, avec une lente évolution marquée par les outils de plus en plus perfectionnés dont il se sert au cours des trois Âges – de pierre, de bronze et de fer. Homo sapiens, notre ancêtre direct, est apparu il y a à peine 200 000 ans. 

     

    Chat, mosaïque romaine, musée national d’archéologie, Casa del Fauno, Pompéï, Naples.

     

     

    L'homme et le chat, qui ne partagent guère de points communs, vont pourtant se rencontrer vers 7 500 avant J.-C. Commence alors l’« âge du chat » domestique.

    Un fait remarquable est que le chat garde la mémoire de cette vie d’aventure. S’il dort au minimum 16 heures sur 24, ce n’est ni par paresse, ni par faiblesse, mais pour être toujours en pleine forme si on l’attaque, se réveillant en une fraction de seconde.

    Il recouvre ses excréments de terre ou de litière, non par souci de propreté, mais pour dissimuler sa trace à l’ennemi ancestral. Il hérisse son poil pour paraître plus gros que nature, face aux autres félins ou prédateurs supérieurs en poids. Il rêve en grondant, vibrant de tout son être, en souvenir de chasses et de combats préhistoriques.

    Armé d’une gueule carnivore aux douze incisives et de quatre pattes aux griffes rétractiles, ce guerrier poids léger fait reculer des molosses, au nom de la lutte des races toujours d’actualité entre chiens et chats. Tout cela vaut même pour le plus pacifique de nos minets domestiques – un sauvage, malgré tout.

     

    Chanoine, le chat de Victor Hugo, The Bristish Library, Londres.

     
    Le chat, muse des poètes

    « Dieu a inventé le chat pour que l'homme ait un tigre à caresser chez lui. », Victor Hugo. Les amis de l’auteur ont bien connu Chanoine, le chat (Abyssin) qui lui inspira ce mot célèbre. Il vécut avec un autre chat nommé Mouche, et offrit à sa petite-fille un Gavroche (nom du gamin des Misérables).


    Le Rendez-vous des chats, lithographie  illustrant  la mise en vente de l’ouvrage de Jules Champfleury, Les Chats, Edouard Manet, 1868.

    Champfleury, auteur lui aussi amoureux des chats, décrit l’animal qui habitait place Royale (actuelle place des Vosges) : « Au milieu s’élevait un grand dais rouge, sur lequel trônait un chat qui semblait attendre les hommages de ses visiteurs. Un vaste collier de poils blancs se détachait comme une pèlerine de chancelier sur sa robe noire. La moustache était celle d’un magyar hongrois, et quand solennellement l’animal s’avança vers moi, me regardant de ses yeux flamboyants, je compris que le chat s’était modelé sur le poète et reflétait les grandes pensées qui emplissaient le logis. »

     

    Œuvre d’art en bronze symbolisant la déesse Bastet, 26ème dynastie de Saite (664-525 avant J.-C.), musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne, DR.

    L’Âge d’or du chat

    Soucieux de son confort, le chat a élu territoire auprès de l’homme qui, séduit par son minois et son efficacité, le désigne volontiers par l'onomatopée « miaou », d'où dérive le verbe miauler. Mais l'animal restera toujours un peu sauvage ! Il est impossible de le dresser comme le chien ou le cheval, et avec lui, n’existe aucune relation de domination-soumission. L’homme peut simplement mettre à son service ses qualités innées de chasseur et l’accueillir en sa maison pour le plaisir partagé.

    La première domestication remonte au IVe millénaire avant J.-C. Elle concerne le chat sauvage d’Afrique (Felis Libyca) cousin de l’Abyssin actuel. C'est un parfait chasseur en tenue de camouflage et grand amateur de petits rongeurs.

     

    La déesse Bastet, bronze, Antiquités égyptiennes, Guillaume Blanchard, musée du Louvre, Paris, DR.

    Les paysans égyptiens l'emploient pour protéger les silos à grain où ils entreposent les récoltes de blé, ressource vitale pour ce peuple de laboureurs. Il chasse aussi les vipères à cornes et sécurise les alentours du foyer où il est désormais le bienvenu, à côté du chien jaune et des petits singes verts.

    Il se révèle si utile qu'il ne tarde pas à être divinisé. Un cas unique dans l’Histoire. La divinité Bastet, représentée sous la forme d'une chatte ou d'une femme à tête de chat, incarne la fécondité, la joie et la beauté.

    Elle cohabite dans le panthéon égyptien avec le taureau Apis, symbole de puissance sexuelle, le bélier Amon, associé au soleil, le chien ou chacal Anubis qui préside aux funérailles, le serpent Apophis qui lutte avec le soleil etc. 

     

    Chat égyptien, statuette représentant Bastet, musée de Senckenberg, Francfort-sur-le-Main.

    Animal sacré entre tous, le chat fait l’objet d’un culte particulier à Bubastis, capitale régionale du delta du Nil. À lui la plus joyeuse fête du calendrier égyptien et le plus beau temple ! Dans son enceinte, une foule de chats sacrés et de prêtres chats vivent en meute et se reproduisent à l’envi, respectés, comblés d’offrandes, mais exposés à des sacrifices périodiques - on choisit de préférence des chatons, dûment bénis, momifiés, puis vendus comme reliques sacrées. La ville fait aussi commerce de statuettes et d’amulettes.

    Hérodote décrit les festivités qui entourent la déesse : « Péniches et bateaux de toutes espèces, remplies d'hommes et de femmes, flottaient tranquillement le long du Nil. Les femmes jouaient de la musique sur des cymbales et des tambourins et celles qui n'avaient pas d'instruments les accompagnaient avec des battements de main et des danses. Du vin de la vigne était bu en quelques jours plus que dans tout le reste de l'année. Tel était ce festival et, dit-on, pas moins de sept cent mille pèlerins célébraient la fête de Bast, en même temps ». On a cru que le « père de l’Histoire », témoin de l’événement au IVe siècle avant J.-C., avait grossi le nombre de pèlerins pour en exagérer l’importance, mais des fouilles récentes font justice à l’historien grec.

     

    Chat d’Héliopolis décapitant le serpent Apophis, tombe d'Inherkhaou, Deir el-Medineh, Égypte.
    Le chat divinisé : Bastet
     

    En la divinité Bastet, la femme symbolise la lumière, la chaleur et le soleil, cependant que la chatte représente le mystère, la nuit et la lune. Soignant les maladies, Bastet veille sur l’âme des morts. Lors de ses colères, elle peut devenir une redoutable guerrière, prenant parfois une tête de lionne, reflet de la double nature du chat et source d’une légende où Bastet fit miracle : le serpent cobra avait avalé le soleil, Râ (ou Rê) le magnifique : vallée plongée dans les ténèbres, chacals silencieux.
    Envoyée sur terre pour sauver l’Égypte, Bastet mordit la nuque du cobra qui rendit l'âme…en même temps que le disque solaire. Et le Nil sortit de la nuit. Ayant planté ses crocs tout près du soleil, Bastet avala des parcelles de son éclat qu’elle transmit à sa descendance. Ainsi, lorsque la pupille du chat se rétracte (dans la lumière), ses yeux s’entourent d’un cercle doré, comme celui de Râ.

    Les pharaons édictent des lois protectrices des chats, incarnations de Bastet : un homme qui tue un chat, même par accident, risque la peine capitale ! Les chats sont par ailleurs surprotégés : « Lorsqu'il survient un incendie, il arrive à ces animaux quelque chose qui tient du prodige. Les Égyptiens, rangés par intervalles, négligent de l'éteindre, pour veiller à la sûreté de ces animaux; mais les chats, se glissant entre les hommes, ou sautant par-dessus, se jettent dans les flammes. Lorsque cela arrive, les Égyptiens en témoignent une grande douleur » (Hérodote).

     

    Momie d’un chat, Antiquités égyptiennes, musée du Louvre, Paris.

    Si grande est la vénération de l'animal qu’à sa mort, son maître se rase les sourcils en signe de deuil pendant soixante-dix jours, soit le temps de la momification. Plus la famille est riche, plus les funérailles sont pharaoniques et le sarcophage somptueux. Des souris embaumées accompagnent le défunt dans son autre vie pour le rassasier et le divertir.

    À la fin du XIXe siècle, on a découvert à Tell Basta (ex-Bubastis) 300 000 momies de chats : corps cernés de bandelettes colorées, face couverte d'un masque où se devinent les yeux, les oreilles et les vibrisses (moustaches).

     

    Lancer de chats « à la Perse ». Cambyse à Péluse, Paul-Marie Lenoir, peinture sur toile, 1872, collection privée.

    Entre légende et vérité, l’histoire du siège de Péluse, en Basse-Égypte (525 av. J.-C.) confirme cette vénération. Comme la ville résistait à l’armée des Perses, Cambyse leur chef aurait fait peindre des chats sur les boucliers de ses soldats : lors de l’attaque, pas un Pélusien n'osa toucher à l’image divine et Péluse tomba aux mains de l’ennemi ! 

    Il existe une version plus prosaïque selon laquelle les Perses auraient propulsé des chats sur les défenseurs de la ville à coups de catapultes, ou pire encore, inventé la technique du bouclier félin, en y fixant de vrais chats.

    Quoi qu'il en soit, ce fut la fin de l’Égypte indépendante. Ce fut aussi la fin de l'Âge d'or pour le chat. Les Perses, ensuite, l'ont vénéré, mais bien moins que les Égyptiens. Quant aux Grecs et Romains de l’Antiquité, ils furent nettement moins sensibles à sa grâce féline et l'employèrent surtout à garder les réserves de blé - même si les Romains étaient déjà pourvus en belettes apprivoisées, très bonnes chasseuses de rats.

    Après le meilleur, le chat va connaître le pire. À l'évidence, cet animal suscite adoration ou haine, mais jamais indifférence.

     

    Chat momifié, fouilles de Saint-Germain-en-Laye, vers 1862, photographie de Charles Marville (1813 – 1879), Gilman Collection, Metropolitan Museum of Art, New-York. Vestiges retrouvés à l’emplacement de la chapelle construite par Saint Louis au XIIIe siècle.  Le protocole régissant alors les inaugurations de monuments voulait, pour que la construction soit durable, qu’on introduisît dans les premières pierres un chat vivant, de préférence noir.

    Malheur aux chats noirs

    Au Moyen Âge comme à la Renaissance, le chat garde une réputation de surnaturel héritée des cultes égyptiens. Mais son mystère et sa beauté sont interprétés comme autant de marques démoniaques.

     

    « Chasse aux sorcières », gravure, XVIe siècle.

    Les procès d’animaux sont dans les mœurs du temps, mais le cas du chat est particulier. Il n’est pas jugé pour tel ou tel méfait, supposé ou réel. Symbolisant le Diable, il est fatalement criminel…

    Et haro sur le chat noir ! Compagnon des sorcière ou diable incarné, c'est la principale victime de ce racisme religieux ! Brûlée dans les bûchers, crucifiée aux portes des maisons, noyée par sacs entiers, la race a quasiment disparue.

    Quelques poils blancs sous le cou peuvent toutefois sauver la bête : « marque de l’ange » ou « doigt de Dieu ». Une superstition vaut même protection : arracher un poil blanc porte bonheur. Voilà pourquoi la plupart de nos chats noirs ne sont pas tout noirs, ils portent un petit médaillon blanc, souvenir d’une vieille et tragique histoire.

    Mais aujourd'hui encore, le chat de race Bombay, même s'il affiche fièrement sa couleur - noir de noir -, est loin d'être aussi populaire que l'Abyssin, le Persan, le Siamois, le Birman et autre Chartreux... Et dans les refuges de la SPA, le chat noir (de gouttière) reste le dernier adopté et le premier euthanasié.

    « Je suis le diable »
     

    Chat noir (détail), estampe Hishida Shunso, XIXe siècle, musée Eisei Bunko, Tokyo.

    « Je suis le diable. Le diable ! Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux vert poison, veinés de brun, comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes ! Combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille, peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive – pour tout dire, diabolique. Je suis le diable, et non un simple chat », Colette, La Paix chez les bêtes (1916).

    Noirs ou pas, les chats participent aux feux de la Saint-Jean. Le roi Louis XI va lui-même allumer les fagots où sont jetés les chats, criant et se démenant comme des diables, enfermés dans leurs sacs. La scène se passe à Paris, place de Grève : le peuple raffole du spectacle.

    Henri IV interdira en 1604 ces bûchers de chats à la Saint-Jean, à la demande de son fils, futur Louis XIII, dauphin de trois ans. Mais il faudra attendre la fin du XVIIIe siècle pour que cette coutume disparaisse totalement.

    Une autre fête a cours : le lancer de chats. La tradition l’associe à Ypres, en Flandre occidentale. Cette cité drapière importe la laine d'Angleterre. Une fois tissé, le drap est entreposé dans les Halles et attire les souris venues y nicher. Les autorités font appel aux chats pour manger les souris. Ils accomplissent si bien leur mission qu'ils en viennet à se multiplier à leur tour.

    La solution trouvée contre la surpopulation féline ? Lors du Carême, lancer les chats depuis le beffroi des Halles aux draps. Aucun chat ne survit à une chute de 70 mètres. La tradition va perdurer jusqu’en 1817 !

     

    Sacrifice de chats, gravure, XVIe siècle.

     
    Légendes et superstitions

    Une légende entre mille : les sorcières ont un troisième sein, pour allaiter leur chat. Quand la bête a faim, elle suce le sein jusqu’au sang.
    Plus connues, les danses de Sabbat : on s’y rend la nuit, de préférence le jeudi, en chevauchant un balai, ou un cochon, un bouc noir, un crapaud, un chat ou le Diable en personne. Après la panse (le repas, répugnant ou symbolique) vient la danse (en fait, la copulation). Les sorcières avouent le « coït diabolique ». Les chats sont acteurs ou témoins, selon l’imagination des participants. Les témoignages abondent, sous la torture ou sous le coup de l’hystérie.
    La pharmacopée médiévale reflète les superstitions : selon le manuscrit des Kiramides au XIIe siècle, les testicules de chat noir, avec du sel, font fuir les démons, et un cœur de chat noir attaché au bras gauche supprime toute douleur. Plus couramment, des crottes de chat entrent dans la préparation de recettes contre la chute des cheveux ou l'épilepsie. La moelle de chat se retrouve dans les onguents contre l'arthrite et la goutte. La chair de chat soigne le mal de dos et les hémorroïdes. Suivant que l'affection est de cause chaude ou froide, on recourt au chat noir ou blanc.

    Est-ce l'effet de ces traditions attachées à la sorcellerie ? Le fait est que le célèbre chirurgien et médecin Ambroise Paré a les chats en horreur : « Les chats n’infectent pas seulement par leur cervelle, mais aussi par leur poil, leur haleine, leur regard. » Le roi Henri III en a pour sa part une peur bleue. Il s’évanouit à leur vue et encourage leur massacre. 

    Mais gardons-nous de généraliser ces outrances. Les chats demeurent appréciés pour leur utilité à divers titres. Certains sont sacrifiés aux besoins vitaux de l’homme. Les fourrures de chats domestiques, moins chères que le renard et l’agneau, sont destinées au peuple. Les pelletiers attrapent les vagabonds ou récupèrent les cadavres

     

    Chats dératisateurs offrant le produit de leur chasse, détail d’une miniature, Harley 4751, XIIIe siècle, Collections of the British Library, Londres.

    Pour éviter que son chat ne finisse en couverture, carpette ou coussin, on conseille de lui brûler les poils… ou de le garder à la maison. 

    Il arrive aussi que l'on se nourrisse de viande de chat en cas de famine ou de siège. En Espagne, le rôti de chat est même fort prisé, jusque sur les tables princières.

    Mais les chats sont surtout appréciés pour leurs qualités de chasseurs, tant par les paysans dont ils protègent les greniers que des moines dont ils protègent les bibliothèques. 

    Et les marins, traditionnellement très superstitieux, en font un porte-bonheur. Sur les bateaux, il empêche les rongeurs de s’attaquer aux cordages et aux voiles. Passager accueilli comme un sauveur, le chat marin mène une vie de Pacha ! « Peu importe que le chat soit gris ou noir, pourvu qu'il attrape les souris », proverbe chinois récité par Deng Xiaoping.

    Muezza, la chatte du Prophète
     

    Chat boule, école Siyah Qalem, Hazine 2160, XVe siècle, Palais Popkapi, Istanbul, Turquie.

    Dans les pays orientaux, le chat est bienvenu dans les maisons, à l’inverse du chien. Les musulmans lui accordent même une place au paradis. Peut-être en souvenir de Muezza, une chatte qui aurait protégé Mahomet d'une attaque de serpent.

    Aimée du Prophète, elle l'accompagnait au prêche, à la mosquée, où les chats sont encore admis et dorment en paix. Une tradition veut qu'un jour, pour ne pas la réveiller, Mahomet coupa la manche du plus précieux de ses manteaux.

     

    Pour l’amour du chat

    Au XVIe siècle, le petit félin sauvage, successivement dieu, puis diable, accède au statut d’animal de compagnie. L’Europe découvre le Persan, première race à poil long. Sa beauté, associée à sa rareté, attire les familles royales ainsi que l’aristocratie française et italienne. Les cours princières se montrent accueillantes à ces chats de luxe naturellement exotiques, signe extérieur de richesse et d’originalité, sans autre utilité que sentimentale.

    Un cas unique comme le note Michel Tournier : « Le chat semble mettre un point d'honneur à ne servir à rien, ce qui ne l'empêche pas de revendiquer au foyer une place meilleure que celle du chien » (Le Miroir des idées, 1994).

    « Le plus petit des félins est un chef-d'œuvre », écrit Léonard de Vinci qui ne laisse toutefois du chat que quelques études et dessins, rien de plus. Montaigne se montre plus prolixe à propos de sa chatte, Madame Vanity : « Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d’elle ? Nous nous entretenons de singeries réciproques. Si j’ay mon heure de commencer ou de refuser, aussi a elle la sienne » (Les Essais, 1580).

    Sur les manuscrits de l'auteur des Essais, de grands espaces vides intriguaient les exégètes. Ils ont fini par comprendre : c’est la forme du corps de la chatte qui dormait et que sa plume a contourné, plutôt que de réveiller la belle ! Mahomet avait eu les mêmes égards pour sa Muezza.

     

    Esquisses, Léonard de Vinci, XVIe siècle.

    Joachim Du Bellay pleure Belaud
     

    En fait de sensibilité animale, le poète Joachim Du Bellay surpasse notre philosophe féliphile. La perte de son chat Belaud, qui précède de peu sa propre mort à 38 ans, lui inspire cette épitaphe, l’un des premiers poèmes du genre :
    « Maintenant le vivre me fâche ;


    Le chat de Syrie décrit par Aldrovandi au 16ème siècle.

    Et afin, Magny, que tu saches
    Pourquoi je suis tant éperdu,
    Ce n'est pas pour avoir perdu
    Mes anneaux, mon argent, ma bourse ;
    Et pourquoi est-ce donc ? pour ce
    Que j'ai perdu depuis trois jours
    Mon bien, mon plaisir, mes amours.
    Et quoi ? ô souvenance gréve !
    À peu que le cœur ne me crève,
    Quand j'en parle, ou quand j'en écris :
    C'est Belaud mon petit Chat gris :
    Belaud, qui fut par aventure
    Le plus bel œuvre de que Nature
    Fit onc en matière de Chats :
    C'était Belaud la mort aux Rats,
    Belaud, dont la beauté fut telle,
    Qu'elle est digne d'être immortelle…  »

    (Épitaphe d’un chat,1568).

    Avec la guerre de Trente Ans, les chats et les souris s’introduisent dans le bestiaire historique. Quand Louis XIII et son ministre Richelieu entrent dans le conflit, leurs ennemis s'autorisent l'ironie. Printemps 1640, les Espagnols affichent un message en deux octosyllabes sur une porte de la ville d’Arras :
    « Quand les Français prendront Arras
    Les souris mangeront les chats. »

    Mais les Français regagnent du terrain. Ils prennent Arras le 9 août 1640 et enlèvent une lettre audit message :
    « Quand les Français rendront Arras
    Les souris mangeront les chats. »

    Louis XIII affectionne les chats qui sont rois à sa cour, mais son principal ministre les adore. Certes, le cardinal Richelieu reste dans l’Histoire comme le « sphinx à robe rouge » qui a « foudroyé plutôt que gouverné les humains » (Michelet). Mais pour les chats, c’est un amant sans égal qui déroge à l'hostilité habituelle entre les hommes de pouvoir et cette race réputée insoumise.

     

    « Les chats et les rats », reproduction de l'estampe de J. Lagnet, XVIIe siècle, Zincographie, Archives départementales du Pas-de-Calais.

    Richelieu, un cardinal cha(t)rmé

    « Le tyran mitré de la France trouva pourtant un cœur de chair près de la miaulante engeance. Dans les rares et courts moments que les politiques tourments nécessitaient d’intermittence, Un panier de chatons charmants divertissait son Éminence. », François Maynard, poète en disgrâce. Épigramme vengeresse à la mort de Richelieu (1642).



    The Cardinal’s Leisure, Charles Édouard Delort, peinture sur toile, avant 1885, Detroit Institute of Arts. Richelieu en compagnie de ses chats et du père Joseph.

    Ce grand malade des nerfs invente la « ronron-thérapie ». Il joue chaque matin avec ses chats et dort avec ses favoris, Persans ou Angoras. Au Conseil des ministres, il cache des chatons dans ses manchons.
    Au Palais Cardinal, l’actuel Palais Royal, deux domestiques sont affectés au service des chats, nourris au blanc de poulet. Une vaste pièce leur est réservée, la chatterie attenante à sa chambre, et son médecin personnel veille sur leur santé.
    À la mort du cardinal, ses quatorze chats héritent d’une maison et d’une pension. Leurs noms pour le moins originaux, couchés sur son testament, entrent dans l'Histoire : Felimare (tigré), Gavroche (bâtard d’Angora), Gazette (l’indiscret), Lucifer (noir de jais), Ludovic le Cruel (tueur de rats impitoyable) et Ludoviska (son amante polonaise), Mimi-Paillon (Angora doré), Mounard le Fougueux (querelleur et capricieux), Perruque (tombée de la perruque du poète Racan), Pyrame et Thysbé (deux amoureux souvent entrelacés), Racan (du nom du poète et académicien), Rubis sur l’ongle (hyper soucieux de son apparence), Serpolet (adorateur du soleil), Soumise (sa favorite, Angora blanche).

    À la génération suivante, à la cour de Louis XIV, la bonne société prend goût à ces animaux. Laurence Bobis, auteur d’une thèse sur l’histoire du chat, cite l’exemple singulier de « Mme de La Sablière, amie de La Fontaine, qui résolut de se défaire de sa passion des chiens en les remplaçant par des chats noirs et fut définitivement séduite par ces animaux. »

    Notre fabuliste national lui-même érige les animaux, dont le chat, en personnages littéraires : « Je me sers des animaux pour instruire les hommes. » (La Fontaine, Fables, Dédicace au Dauphin, 1668). Nulle prétention scientifique chez l’auteur. Une douzaine de ses fables (sur 240) présentent le chat en tête d’affiche.

     

    Le chat, la belette et le petit lapin, Granville, vers 1840, bibliothèque municipale de Nancy

    Dans Le Chat, la belette et le petit lapin, il dénonce la justice de son temps avec un chat à double visage qui porte deux noms empruntés à Rabelais : Raminagrobis et Grippeminaud :
    « C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un chat faisant la chattemite,
    Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas... »
    .

    Chez son contemporain Boileau, le chat devient un passant anecdotique :
    « Je ne puis rien nommer, si ce n’est pas son nom,
    J’appelle un chat un chat et Rolet un fripon. »
     (Satire I, 1668).  

    Retenons encore de Molière la réplique culte du répertoire de L’École des femmes (1662). Le vieil Arnolphe, jaloux, veut tout savoir des nouvelles du jour. La réponse d’Agnès à son tuteur : « Le petit chat est mort. » Enfin, Le Chat botté ou Maître Chat, héros des Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault  (1697), va devenir mondialement célèbre. Une promotion qui anticipe sur la fin de l’histoire...

     

    Mon petit félin Wistity

     

    Articles sur les chats:  Le chat, notre ami félin - Dieu ou diable

     

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