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    La transfusion de sang jeune comme

    cure de jouvence ?

     

    Marie-Céline Jacquier, Futura-Sciences

     

    Cela évoque un film d'horreur ou une histoire de vampire, pourtant ces recherches sont bien réelles. Une communication scientifique présentée cette semaine à un congrès décrit les résultats d'une expérience où du plasma humain jeune a été injecté à des souris âgées. Résultat : le sang d'adolescents fait rajeunir.

     

    Le plasma, la partie liquide du sang, transporte des milliers de protéines. Mais au cours du vieillissement, il contient souvent de plus en plus de protéines inflammatoires, d'où l'idée que le sang jeune offre une cure de Jouvence à des sujets âgés. Pour tester cette hypothèse, des scientifiques de la société Alkahest ont injecté du sang d'adolescents de 18 ans à des souris âgées de 12 mois, ce qui correspond à environ 50 années humaines. Leur protocole est décrit dans le New Scientist. Pendant trois semaines, les souris ont reçu deux injections par jour, puis leur comportement a été comparé à celui de sujets jeunes (trois mois) ou âgés.

     

    Malgré la barrière de l'espèce entre l'Homme et les souris, celles-ci semblaient avoir rajeuni. Les chercheurs les ont placées dans un labyrinthe pour tester leur mémoire : les souris âgées avaient plus de mal à se déplacer dans le labyrinthe que celles traitées avec le plasma humain qui faisaient les mêmes performances que des souris jeunes. Leur mémoire s'était améliorée. Les chercheurs ont aussi regardé des coupes de cerveau : les animaux traités avaient plus de nouveaux neurones. Le plasma de jeunes humains semblait donc favoriser la neurogenèse, un processus important pour la mémoire et les apprentissages.

     

    Injection de plasma : d'autres essais en cours

     

    L'étude a été présentée lors du congrès de la Society for Neuroscience à San Diego mais n'a pas été publiée dans une revue à comité de lecture. Alkahest a démarré un essai clinique à l'université Stanford avec 18 personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer pour savoir si le plasma jeune peut avoir le même effet chez l'Homme.

     

    Une autre start-up américaine, Ambrosia, recrute des volontaires pour un essai clinique sur des personnes de plus de 35 ans qui recevront des injections de plasma jeune. Cet essai a suscité des critiques car 8.000 dollars sont demandés aux participants pour couvrir les frais. Les études dans ce domaine intéressent aussi le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, qui finance une recherche sur des traitements anti-âge basés sur le sang.

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    Rajeunir le corps et l'esprit ?

    Article initial de Janlou Chaput, paru le 7/05/2014

    Depuis plus d'un siècle, certains scientifiques pensent trouver dans la transfusion de sang issu d'un individu jeune des éléments permettant de prolonger la jouvence. Deux études indépendantes et publiées le même jour confirment l'intérêt de telles pratiques... au moins chez les souris.

     

    Au début du siècle dernier, le savant russe Alexandre Bogdanov (de son vrai nom Alyaksandr Malinovsky et aucunement apparenté aux frères Igor et Grichka Bogdanov) se faisait remarquer à plusieurs titres. Économiste marxiste et grand ami de Vladimir Ilitch Oulianov (plus connu sous le nom de Lénine), il a inspiré les révolutionnaires bolcheviques de 1917. Également médecin, il a beaucoup travaillé sur les transfusions sanguines. Selon lui, elles pouvaient favoriser le rajeunissement du corps et de l'esprit. Une hypothèse qu'il testa sur lui-même... et qui précipita sa perte. En 1928, à l'âge de 54 ans, le Soviétique décédait après avoir récupéré le sang d'un jeune homme parasité par le paludisme et touché par la tuberculose.

     

    Néanmoins, son idée n'est pas morte avec lui. Ces dernières années, quelques études ont abouti à des résultats allant en ce sens, montrant notamment un rajeunissement du cerveau ou de cellules souches du foie. Cependant, il reste encore de nombreuses inconnues dans ce domaine. Deux d'entre elles viennent de tomber le même jour, dans deux revues différentes, fruit de deux études indépendantes. Elles apportent des arguments plutôt convaincants en faveur de la théorie d'Alexandre Bogdanov ou des autres scientifiques qui, avant lui, y avaient songé.

     

    Des souris parabiotiques à la transfusion plasmatique

    D'abord, évoquons les travaux de Tony Wyss-Coray (de l'université Stanford aux États-Unis) et de ses pairs publiés dans Nature Medicine. Dans un premier temps, ils se sont inspirés de travaux plus anciens recourant à des souris parabiotiques, c'est-à-dire pour lesquelles les systèmes circulatoires ont été chirurgicalement liés, et partageant un seul et même sang, comme si elles étaient siamoises. En focalisant leur recherche sur l'hippocampe, structure du cerveau impliqué dans l'apprentissage et la mémoire, ils ont remarqué les bénéfices occasionnés pour les rongeurs âgés lorsqu'ils étaient liés à un animal bien plus jeune, tandis que les souriceaux ont vu leur cerveau vieillir prématurément.

     

     
    Les vampires tireraient leur immortalité du sang de leurs jeunes victimes, selon la légende, qui pourrait se fonder sur des arguments scientifiques. © Justin McIntosh, Wikipédia, cc by 2.0
     

    L'originalité de leur travail réside cependant dans une seconde expérimentation, jamais tentée auparavant malgré la possibilité technique de la réaliser depuis des années. S'il y a des différences au niveau cérébral, constate-t-on des bénéfices au niveau comportemental ? Pour le savoir, les scientifiques ont procédé à des transfusions plasmatiques vers des souris âgées (18 mois) et les ont soumises aux tests classiques pratiqués chez les rongeurs : la piscine de Morris, qui consiste à mesurer la faculté à retrouver une plateforme immergée sous de l'eau non translucide, et dans une situation dite de conditionnement contextuel par la peur, pour voir à quelle vitesse les animaux allaient apprendre à se figer.

     

    Lorsque le plasma (le sang moins les cellules) provenait d'un individu jeune (trois mois), les souris âgées réussissaient les tests avec bien plus de brio que leurs homologues ayant reçu une transfusion d'un individu de leur âge. L'apprentissage et la mémoire semblent donc affectés par la qualité et l'âge du plasma circulant. Une découverte qui, à terme, pourra être exploitée contre les démences comme la maladie d’Alzheimer.

     

    Après la tête, les jambes

    Reste à déterminer d'où viennent ces propriétés. De nombreuses moléculescirculent dans le plasma. Lesquelles interviennent dans le rajeunissement ? Une petite partie de ce vaste mystère pourrait avoir été élucidée, à en croire la revue Science du dimanche 4 mai. Derrière cette recherche, Amy Wagers, de l'université Harvard, qui a révélé avec ses collaborateurs l'impact de la protéineGFD11.

     

    Cette molécule est abondante dans le plasma des souris jeunes, mais son taux diminue au fur et à mesure du vieillissement, si bien qu'elle faisait office de candidate idéale pour cette recherche. Lorsqu'elle est directement injectée chez des souris âgées, les performances s'en ressentent : plus de force et d'endurance. Les muscles semblent apprécier cette cure de GFD11.

     

    Ces deux publications mettent donc en évidence les avantages à tirer potentiellement des molécules plasmatiques pour rajeunir le corps et l'esprit. Néanmoins, ces considérations demeurent tout à fait théoriques, et la mise en pratique demande toujours de nombreuses précautions et surtout des évaluations préalables. Le chemin est encore très broussailleux et demande à être élagué avant de songer à aller beaucoup plus loin.

     

    Interview : la génétique pourrait-elle inverser le vieillissement ?  Ralentir le

    vieillissement, voire l’inverser, voilà ce que pourrait offrir la génétique dans les

    années à venir. Mais où en est actuellement la recherche sur ce sujet ?

    Futura-Sciences a interviewé Vera Gorbunova, chercheuse en biologie, lors

    de son allocution à TEDxCannes, afin d’en savoir plus. 

     

    Biologie:  La transfusion de sang jeune comme cure de jouvence ?

     

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    Le Lei gong teng, une plante chinoise pour

    traiter l’obésité ?

     

     

    Une plante provenant de la médecine chinoise traditionnelle et appelée Tripterygium wilfordii, ou Lei gong teng ou encore « vigne du tonnerre divin », pourrait fournir un traitement de l’obésité grâce à un composé, le célastrol, qui favorise l'action d'une hormone coupe-faim, la leptine. Des souris obèses traitées au célastrol mangent moins et perdent jusqu’à 45 % de leur poids.

     

     

    La « vigne du tonnerre divin » favoriserait l'action de la molécule de leptine, une hormone coupe-faim. © Eric Smith

    La « vigne du tonnerre divin » favoriserait l'action de la molécule de leptine, une hormone coupe-faim. © Eric Smith

     
     

    La leptine est une hormone dérivée des adipocytes (les cellules de graisse) qui signale au cerveau que l’organisme dispose de suffisamment d’énergie. Si la signalisation via la leptinefonctionne mal, l’individu mange trop et peut souffrir d’obésité, une cause majeure de développement de maladies qui réduisent l’espérance de vie telles que le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l'hypertension ou la stéatose hépatique non alcoolique. Des médicaments qui favorisent l’action de la leptine pourraient donc être efficaces pour traiter l’obésité.

    Mais la leptine ne réduit pas la faim chez des individus obèses, qui ont pourtant de hauts niveaux d’hormone dans le sang. Si des souris minces reçoivent de la leptine, elles mangent moins et perdent du poids, mais ce n'est pas le cas chez des souris obèses DIO (Diet-induced Obesity), d’où l’idée que l’obésité soit associée à une résistance ou une insensibilité à la leptine. De plus, il a été montré précédemment que la résistance à la leptine était associée à une réponse au stress dans une structure cellulaire particulière : le réticulum endoplasmique. L’augmentation du stress du réticulum endoplasmique dans le cerveau jouerait un rôle dans le développement de la résistance à la leptine.

    Dans un article paru dans Cell, des chercheurs ont utilisé une nouvelle approche pour identifier des molécules qui augmenteraient la sensibilité à la leptine afin de traiter l'obésité. Ils se sont servis d’une base de données contenant des profils d’expression génétique de cellules humaines traitées avec plus d’un millier de petites molécules. Ils ont ainsi trouvé une molécule avec un profil d’expression pouvant être associé à une amélioration de la fonction du réticulum endoplasmique et une sensibilité à la leptine : le célastrol, un composé naturel extrait des racines de la planteTripterygium wilfordii, aussi appelée thunder god vine (« vigne du tonnerre divin ») ou encore Lei gong teng.

    La leptine joue un rôle dans la sensation de satiété.
    La leptine joue un rôle dans la sensation de satiété. Elle informe le cerveau qu’il faut arrêter de manger quand les réserves sont suffisantes. © Brave Heart, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

     

    Une perte de poids plus efficace qu'une chirurgie de l'obésité

    En seulement une semaine de traitement avec le célastrol, des souris obèses ont réduit leurs apports alimentaires d’environ 80 % par rapport à des souris obèses non traitées. À la fin de la troisième semaine, les souris traitées ont perdu jusqu'à 45 % de leur masse corporelle de départ, notamment en brûlant des graisses stockées. L’effet du célastrol était même plus important que celui d’une chirurgie bariatrique chez la souris où la perte de poids est d’environ 35 à 40 %. De plus, le célastrol réduisait les niveaux de cholestérol et améliorait la fonction hépatique et le métabolisme du glucose.

    La molécule favorisait la perte de poids chez des souris obèses mais était inefficace chez des souris ayant une déficience pour la leptine ou son récepteur. Le célastrol agirait donc en augmentant la sensibilité à la leptine, comme le confirment les résultats obtenus chez les souris minces. Le célastrol était inefficace chez la souris mince et les chercheurs pensaient que c'était dû aux niveaux de leptine circulante. Ils ont donc augmenté la leptine circulante en l’injectant à des souris minces traitées avec du célastrol ; ils ont observé que la consommation alimentaire et le poids étaient alors réduits.

    D’après Umut Ozcan, auteur de cette étude et endocrinologue au Boston Children’s Hospital et à laHarvard Medical School, « si le célastrol fonctionne chez les humains comme chez les souris, il pourrait être un moyen puissant pour traiter l’obésité et améliorer la santé de nombreux patients souffrant d’obésité et de complications associées, comme la maladie cardiaque, la maladie du foiegras et le diabète de type 2. » Cependant, même si aucun effet toxique n’a été relevé chez la souris, il faut rester prudent quant à l’utilisation du produit chez l’Homme : des études toxicologiques et des essais cliniques sont nécessaires pour démontrer l’innocuité de la molécule chez les humains.

     

    Biologie:  Le Lei gong teng, une plante chinoise pour traiter l’obésité ?

     

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    La fatigue chronique serait une

    maladie biologique

     

    La fatigue chronique est une maladie biologique et non psychologique car elle peut être identifiée par des marqueurs dans le sang : c'est ce qu'affirme une étude publiée récemment. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour un traitement contre cette maladie.

     

    Par WASHINGTON-AFP

     

    Le syndrome de la fatigue chronique peut finir par être difficilement supportable par la personne qui en est atteint. L'état de fatigue ne cède pas au repos et le sommeil n'est pas réparateur ce qui finit par affecter le moral. © Lars Zahner, shutterstock.com

    Le syndrome de la fatigue chronique peut finir par être difficilement supportable par la personne qui en est atteint. L'état de fatigue ne cède pas au repos et le sommeil n'est pas réparateur ce qui finit par affecter le moral. © Lars Zahner, shutterstock.com

     
     

    Une découverte publiée dans le journal Science Advances constitue la première preuve physique solide que le syndrome de fatigue chronique (SFC) est une maladie biologique, et non un désordre psychologique, et que la maladie comporte des étapes distinctes, affirment les auteurs de cette recherche de la Mailman School of Public Health, à l'université Columbia, aux États-Unis. Sans cause ni traitement connus, le syndrome de la maladie chronique, connu sous le nom d'encéphalomyélite myalgique (ME/CFS), a longtemps laissé les scientifiques perplexes. Il peut provoquer une fatigue extrême, des maux de tête, des difficultés de concentration et des douleurs musculaires.

     

    « Nous avons maintenant la confirmation de ce que des millions de gens atteints de cette maladie savaient : la ME/CFS n'est pas psychologique, affirme Mady Hornig, professeur associé en épidémiologie à la Mailman School et principal auteur de l'étude. Nos résultats devraient accélérer le processus pour établir un diagnostic (...) et découvrir de nouveaux traitements en se concentrant sur ces marqueurs sanguins. »

     

    Dans le sang circulent de nombreuses molécules. Parmi elles, certaines permettent de diagnostiquer certaines maladies.
    Dans le sang circulent de nombreuses molécules. Parmi elles, certaines permettent de diagnostiquer certaines maladies. © J. Gathany, CDC

     

    Les cytokines, des marqueurs de la fatigue chronique

     

    Les chercheurs ont testé les niveaux de 51 marqueurs du système immunitaire dans le plasma de 298 malades et de 348 personnes en bonne santé. Ils ont découvert que le sang des patients atteints de la maladie depuis trois ans ou moins comportait des niveaux plus élevés de moléculesnommées cytokines. En revanche, le sang des patients ayant contracté la maladie depuis plus de trois ans ne présentait pas ce niveau de cytokines. Le lien semble inhabituellement fort avec une cytokine appelée interferon gamma, liée à une fatigue qui suit beaucoup d'infections virales, selon l'étude. Cependant les niveaux de cytokine n'expliquent pas la gravité des symptômes, qui fluctuent selon les jours. Les malades souffrent certains jours et d'autres jours pas du tout.

     

    « On dirait que les malades atteints de ME/CFS sont frappés de plein fouet par les cytokines jusqu'à la troisième année environ. À ce moment-là le système immunitaire montre des signes d'épuisement et les niveaux de cytokine chutent », explique Mme Hornig.

     

    Cette découverte pourrait soutenir la théorie selon laquelle la maladie frapperait des patients vulnérables qui contractent un virus commun comme celui d'Epstein-Barr, à l'origine des mononucléoses, et qui ne parviennent pas à s'en remettre.

     

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    Science décalée : le bâillement, ventilateur du cerveau

     

    Pourquoi le bâillement est-il si répandu dans le monde animal ? L’origine et l’intérêt de ce processus physiologique restent mal compris des scientifiques, qui tentent de l’expliquer le plus précisément possible avec les indices qu’ils trouvent. Et il existe une hypothèse qui considère que ce réflexe permet de ventiler et refroidir le cerveau. Celle-ci vient de se pourvoir de nouveaux arguments.

     

     
     

    Le bâillement est un processus naturel dont l’origine et la cause demeurent sans explication ferme. Dans de nombreuses cultures, il est de bon ton de mettre sa main devant la bouche de peur que les esprits maléfiques ne profitent de la porte ouverte pour s’insinuer dans le corps du bâilleur. © Skpy, Flickr, cc by sa 2.0

    Le bâillement est un processus naturel dont l’origine et la cause demeurent sans explication ferme. Dans de nombreuses cultures, il est de bon ton de mettre sa main devant la bouche de peur que les esprits maléfiques ne profitent de la porte ouverte pour s’insinuer dans le corps du bâilleur. © Skpy, Flickr, cc by sa 2.0

     
     
     

    Silencieux ou bruyant, spontané ou non, durant entre quatre et dix secondes… Le bâillement frappe tout le monde et à tous les âges, même dans le ventre de maman. C’est un caractère partagé par l’ensemble des vertébrés, à l’exception singulière de la girafe, bien qu’il ne soit contagieux que chez les primates. Quant à son utilité, la question n’a pas été fermement tranchée. Et s’il permettait de rafraîchir le cerveau ? C’est du moins l’hypothèse défendue et argumentée de nouveaux éléments dans Physiology & Behavior.

     

    Le contexte : la théorie du bâillement comme thermorégulateur

     

    Le psychologue états-unien Andrew Gallup, de l’université d’État de New York, étudie le bâillement humain depuis des années maintenant. Il a même proposé une théorie qui fait polémique dans l’univers des spécialistes, suggérant que ce réflexe spontané contribuerait à la thermorégulation de la tête, en faisant entrer subitement un important volume d’air frais.

     

    Selon lui, pour qu’elle soit validée, elle doit répondre à trois critères. Les bâillements doivent se faire plus fréquents lorsque la température grimpe, car dans ces conditions, le corps a besoin de réguler la température. Mais ceci est valable jusqu’à un certain niveau : lorsque l’air extérieur dépasse les 37 °C, une grande bouffée d’oxygène ne serait en rien bienfaitrice, auquel cas nous devrions être amenés à moins bâiller. À l’inverse, lorsqu’il fait suffisamment frais dehors, il devient inutile de perdre encore cette précieuse chaleur.

     

    Le bâillement serait-il une façon de ventiler et donc de refroidir notre tête et notre cerveau ?
    Le bâillement serait-il une façon de ventiler et donc de refroidir notre tête et notre cerveau ? © Steve A Johnson, Flickr, cc by 2.0

     

    Dans une étude précédente, parue dans Frontiers in Evolutionary Neuroscience, ces deux premiers aspects avaient été montrés par le chercheur. En effet, en menant un petit sondage en été et en hiver auprès de la population de Tucson, dans le désert de l’Arizona, les scientifiques ont montré que seule la température extérieure influait sur la fréquence du bâillement en réponse à des photos de bâilleurs. L’été y est chaud (37 °C en moyenne), tandis que l’hiver y est très doux (aux alentours de 20 °C). Conformément à ses prédictions, le bâillement est plus contagieux lorsque les températures ne sont pas trop élevées et que la thermorégulation a un sens (45 % de réponses durant la saison « froide » contre 24 % l’été). Cette fois, accompagné de collègues de l’université de Vienne, Andrew Gallup a voulu vérifier le troisième point fondamental de son hypothèse, en reproduisant le protocole établi en 2011, mais dans la capitale autrichienne, au climat tout à fait différent.

     

    L’étude : les Viennois bâillent davantage l’été

     

    Les auteurs sont donc allés rencontrer 120 piétons qui se promenaient dans la ville impériale, la première moitié entre décembre et mars (température moyenne : 1 °C), et la seconde de juin à octobre (température moyenne : 19 °C), toujours entre 13 et 15 h, afin de s’assurer que la luminosité ne viendrait pas fausser les résultats. D’autres paramètres ont été mesurés, comme l’humidité de l’air ou le temps de sommeil des participants, afin de les confronter pour évaluer l’impact de chacun.

     

    Lors de chaque rencontre, les scientifiques proposaient aux volontaires de jeter un œil à 18 photos de bâilleurs, pour voir leur réponse. En tout, 36 des 120 participants n’ont pu réfréner leur bâillement. Pour l’essentiel d’entre eux, des gens croisés durant l’été (25). La température ambiante constitue le seul facteur responsable de ce constat. Des résultats attendus par Andrew Gallup.

     

    En effet, en combinant ses deux études, il parvient à montrer qu’il existe, selon lui, une fenêtre thermique du bâillement, matérialisée par une courbe en cloche. Pour les températures trop basses ou trop élevées, ce processus physiologique réflexe est peu fréquent, tandis qu’il se généralise lorsque l’air ambiant est doux, aux alentours de 20 °C.

     

    Fréquence du bâillement (yawn) en fonction de la température extérieure. Andrew Gallup a pu obtenir cette courbe en combinant deux études.
    Fréquence du bâillement (yawn) en fonction de la température extérieure. Andrew Gallup a pu obtenir cette courbe en combinant deux études. © J. Mossen et al.Physiology & Behavior

     

    L’œil extérieur : chaud ou froid ?

     

    De nouveaux arguments viennent donc étayer cette théorie, qui en soi n’est pas complètement novatrice. Hippocrate, le célèbre médecin de l’Antiquité grecque, imaginait déjà le bâillement comme une façon d'évacuer la fièvre et la surchauffe. Désormais, l’idée est légèrement différente, mais Andrew Gallup pense malgré tout que c’est une façon de réguler la température corporelle, et d’éviter que le cerveau n’entre en ébullition.

     

    Son point de vue ne fait pas l’unanimité, et des études contradictoires ont même été publiées, comme ce travail mené par le chercheur finlandais Hannu Elo dans Sleep Medicine. Il montre que le bâillement ne s’accompagne pas d’une baisse significative de la température. Difficile de s’y retrouver, donc…

     

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    Science décalée : la musique, une langue pour notre cerveau

     

    On dit souvent de la musique qu’elle est un langage universel. L’expression semble appropriée car notre cerveau recourt aux mêmes zones du cerveau pour activer l’une et l’autre dès lors qu’on est un peu exercé à la pratique d’un instrument…

     

     
     

    Lorsqu’on joue de la musique, le cerveau dédie très vite des zones normalement réservées au langage à la pratique de l’instrument. © Jsome1, Flickr, cc by 2.0

    Lorsqu’on joue de la musique, le cerveau dédie très vite des zones normalement réservées au langage à la pratique de l’instrument. © Jsome1, Flickr, cc by 2.0

     
     

    Pourquoi aime-t-on tant la musique ? Des scientifiques de l’université de Liverpool (Royaume-Uni) apportent de nouveaux éléments en expliquant que cette succession de notes pourrait vraiment nous parler, au sens propre du terme, puisque notre cerveau exercé l’interpréterait comme une langue.

     

    Le contexte : parole et musique de concert

     

    Parmi les supposés propres de l’Homme, beaucoup ont dû être revisités. Le rire par exemple. Mais la musique reste intimement liée à notre espèce, voire peut-être à notre genre. Partout dans le monde, et surtout depuis des millénaires, ces sonorités mélodieuses et en rythme donnent la cadence aux sociétés humaines. La plus vieille flûte jamais retrouvée est datée de 35.000 ans, à une époque où les Néandertaliens n’avaient pas encore disparu. Mais les origines exactes de la musique demeurent encore un peu floues.

     

    Cependant, il est évident que ces accords choisis pour leur harmonie touchent directement nos émotions et nous parlent. À tel point que de nombreux spécialistes pensent que le langage et la musique sont apparus de concert, ou du moins que les deux sont étroitement liés. Deux études récentes apportent de nouveaux arguments étayant cette thèse. L’une d’elles rapproche davantage la poésie de la musique que du langage. La seconde révèle que des processus cérébraux sont communs aux deux facultés typiquement humaines.

     

    Deux recherches, évoquées ensemble lors du congrès annuel de la Société britannique de psychologie, tendent à confirmer cette deuxième recherche, qui portait sur des pianistes de jazz… en l’élargissant à des pratiquants et à des non-initiés à la musique.

     

    Le cerveau traite chaque capacité dans des zones particulières. Et au niveau de l’hémisphère gauche, il gère aux mêmes endroits le langage et la musique.
    Le cerveau traite chaque capacité dans des zones particulières. Et au niveau de l’hémisphère gauche, il gère aux mêmes endroits le langage et la musique. © Mark Lythgoe, Chloe Hutton, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

     

    L’étude : le cerveau qui s’exprime

     

    Dans le premier travail, 14 musiciens et 9 non-musiciens ont été invités à participer à des tâches de génération verbales et musicales en même temps qu'étaient mesurées les variations du flux sanguin dans l’hémisphère gauche du cerveau. Pour les habitués des instruments, les deux activités font travailler les mêmes régions cérébrales, ce qui n’est pas le cas chez les autres.

     

    La seconde étude n’a porté que sur des non-musiciens, participant à des expériences pour évaluer leur aptitude à générer des mots et à percevoir la musique. Au début, les profils des flux sanguins étaient très différents. Mais ils sont devenus bien plus proches après que les participants ont eu le droit à une demi-heure de pratique instrumentale.

     

    L’œil extérieur : la musique provient du langage

     

    D’abord, il est important de rappeler que les effectifs utilisés sont trop faibles pour que les résultats puissent être généralisés à l’espèce dans son entier. Mais cette première approche laisse entrevoir une fois de plus le lien qui réunit musique et langage au niveau cérébral.

     

    L’association serait même si étroite que des régions que l’on pensait impliquées dans les processus du langage s’activent en cas de production de musique après seulement quelques instants de pratique. Les mécanismes cognitifs déjà en place et utiles à la parole sont donc très vite réquisitionnés dès lors qu’il s’agit de jouer d’un instrument.

     

    Biologie:  la musique, une langue pour notre cerveau

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