• Éphéméride du Jour 4: Exécution de Marie-Antoinette - 16 octobre 1793

     

    16 octobre 1793

     

    Exécution de Marie-Antoinette

     

     

    La reine Marie-Antoinette est guillotinée le 16 octobre 1793, dix mois après son mari Louis XVI.

    Le procès du roi et sa condamnation à mort pouvaient s'expliquer par la volonté des républicains d'en finir avec le principe monarchique qu'il incarnait et de briser le lien affectif qui rattachait la masse des Français à la dynastie.

    Le procès de la reine n'est quant à lui motivé par aucune nécessité politique mais il est provoqué par une intensification de la Terreur, sous l'effet des menaces d'invasion...

    Fabienne Manière
     

    Marie-Antoinette quitte la Conciergerie pour l'échafaud, par Georges Cain (musée Carnavalet)

    Une reine mal-aimée

    Le 1er août, Bertrand Barère, député à la Convention et porte-parole du Comité de Salut public, fait voter un décret qui met en jugement la reine déchue en même temps qu'il programme la destruction de tous les symboles de la royauté.

    La reine Marie-Antoinette est le quinzième et avant-dernier enfant de l'impératrice d'Allemagne, Marie-Thérèse de Habsbourg, et de son mari, François de Lorraine. Elle a été mariée au Dauphin Louis à 14 ans, en 1770, le roi Louis XV ayant souhaité rapprocher les deux grandes puissances rivales du continent européen, l'Autriche et la France.

    Mais le mariage a été d'emblée critiqué par l'opinion publique. Celle-ci, sous la monarchie comme, plus tard, sous la République, a toujours rejeté la perspective d'une alliance avec Vienne, lui préférant l'amitié du roi de Prusse.

    Pendant toute la durée de son règne, Marie-Antoinette est surnommée avec dédain l'« Autrichienne ». Elle doit faire face à l'impopularité et aux ragots. Sa réputation est atteinte par des affaires auxquelles elle n'a aucune part comme le vol d'un collier de diamants auquel Alexandre Dumas a consacré un roman célèbre : Le collier de la Reine.

    Crime de haute trahison

    Après le départ forcé de la famille royale de Versailles pour les Tuileries, le 5 octobre 1789, Marie-Antoinette prend la mesure du bouleversement en cours. Elle va dès lors montrer une énergie inattendue mais l'appliquer bien à tort à une cause perdue, le retour à l'Ancien Régime.

    Attachée à ses prérogatives royales, elle use de son influence sur le faible Louis XVI pour entraver la marche vers une monarchie constitutionnelle, au grand dam de La Fayette, qu'elle déteste, et de Mirabeau, l'un des chefs de l'Assemblée constituante, qui, par intérêt financier, s'est en secret rallié au roi. Son entrevue avec la reine, le 3 juillet 1790, se solde par un échec.

    Mirabeau étant mort le 2 avril 1791, le roi tombe plus que jamais sous la coupe de son épouse. Celle-ci reprend la suggestion de Mirabeau de fuir vers l'Est et de se placer sous la protection des armées fidèles à la monarchie. Elle reçoit pour cela l'aide de son fidèle ami, un beau Suédois du nom d'Axel de Fersen. Mais la fuite échoue piteusement au relais de poste de Varennes, dans l'Argonne, le 20 juin 1791.

    La reine, dès lors, cache à peine son souhait d'une intervention militaire contre la France et en appelle à son frère l'empereur François II, qui règne à Vienne. « Nous n'avons plus de ressources que dans les puissances étrangères ; il faut à tout prix qu'elles viennent à notre secours. Mais c'est à l'Empereur de se mettre à la tête de tous et à régler tout », écrit-elle à un confident en août 1791. 

    Il va sans dire que ces tractations plus ou moins secrètes avec l'ennemi, assimilables à un crime de haute trahison, pèseront lourd dans son procès. Elles vont conduire à une déclaration de guerre de la France au « roi de Bohême et de Hongrie » en bonne et due forme le 20 avril 1792.

    Son refus de tout compromis avec les députés de l'Assemblée législative vaut à Marie-Antoinette un nouveau surnom, celui de Madame Veto. Survient la journée fatale du 10 août 1792, qui voit la prise des Tuileries et la chute de la monarchie.

    Infâmes accusations

    Marie-Antoinette conduite à l'échafaud, croquis attribué au peintre David

    La famille royale est enfermée dans l'enclos du Temple, une ancienne demeure des Templiers située à l'emplacement de l'actuelle mairie du 3e arrondissement de Paris.

    Dans cette ultime épreuve, Marie-Antoinette, qui n'a plus depuis longtemps de rapport charnel avec son mari, retrouve pour ce dernier estime et sympathie.

    Dans la prison se retrouvent le couple royal, leurs deux enfants, le Dauphin Louis et sa jeune soeur Marie-Thérèse, surnommée « Charlotte » et plus tard « Madame Royale », ainsi que la soeur de Louis XVI, Madame Élisabeth.

    Après l'exécution du roi, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette a la douleur d'être séparée de son fils, le petit Louis XVII (8 ans). Il est confié à un cordonnier, le citoyen Simon, pour être élevé en domestique et en sans-culotte (il mourra deux ans plus tard dans des conditions sordides).

    Le 1er août 1793, la reine est arrachée à sa fille et à sa belle-soeur et transférée à la Conciergerie, sur l'île de la Cité. Enfin arrive son procès, le 14 octobre. Il sera bouclé en deux jours.

    Prodigue et légère du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette témoigne de courage et de fermeté devant le Tribunal révolutionnaire présidé par Jacques Billaud-Varenne, membre du Comité de Salut public et redoutable propagandiste de la Terreur.

    Elle fait face avec dignité à d'infâmes accusations d'inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, le polémiste et jacobin Jacques Hébert. Robespierre lui-même déplore ces accusations nauséeuses qui affectent l'image de la Révolution...

    Extrait de l'audience du 15 octobre 1793

    Après la déposition d'Hébert, le président Hermann interpelle l'accusée : « Qu'avez-vous à répondre à la déposition du témoin ? » D'une voix tremblante, elle répond : « Je n'ai aucune connaissance des faits dont parle Hébert».
    Hébert reprend la parole et accuse la reine et Madame Elisabeth d'avoir traité l'enfant en roi en lui donnant en toutes occasions la préséance. Marie-Antoinette se tourne vers Hébert et demande : « L'avez-vous vu ? »
    Hébert : « Je ne l'ai point vu, mais la Municipalité le certifiera », puis il coupe court à l'aparté et, changeant de sujet, il se lance sur une autre affaire.
    Un juré dont on n'a pas le nom se lève et demande : « Citoyen-Président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils ». Le président répète la question et la reine se lève - « vivement émue » affirme le procès verbal - : « Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère ». Elle se tourne vers la foule : « J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».

    Deux témoins, les frères Humbert, rapportent qu'un courant passe dans la foule, même les tricoteuses se sentent remuées. L'audience est suspendue quelques minutes et la reine, se penchant vers son avocat Chauveau-Lagarde, lui demande à voix basse : « N'ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? »
    – Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien ; mais pourquoi cette question ?
    – C'est que j'ai entendu une femme du peuple dire à sa voisine : vois-tu comme elle est fière !

    Marie-Antoinette lors de son procès(plaque de lanterne magique, collection de Michelle Lorin, association Marie-Antoinette)

    Épilogue

    Quoi qu'il en soit, la reine n'échappe pas à la condamnation à mort. Le jour de l'exécution, vers midi, elle quitte la Conciergerie, les mains entravées dans le dos, et monte sur une charrette. Elle est conduite au pied de l'échafaud, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), au milieu d'une foule vociférante. 

    Elle monte dignement vers la guillotine et la légende veut qu'elle ait marché sur le pied du bourreau Samson et se soit excusée en femme du monde : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l'ai pas fait exprès ». Elle a 38 ans.

    Sa belle-soeur, Madame Élisabeth (29 ans), est à son tour guillotinée le 10 mai 1794. Sa fille Marie-Thérèse (« Charlotte ») aura plus de chance. Elle fera l'objet d'un échange contre des prisonniers français et quittera la France pour l'Autriche le 19 décembre 1795, le jour de ses 17 ans. Elle mourra en 1851 dans son pays d'adoption.

    Le 21 janvier 1815, les restes de la reine Marie-Antoinette seront transférés avec ceux de Louis XVI dans la basilique Saint-Denis, traditionnelle nécropole des rois de France.

     

     

    Éphéméride du Jour 4:  Exécution de Marie-Antoinette - 16 octobre 1793

     

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