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    28 février 1921

    Les marins de Cronstadt contre Lénine

     

     

    Le 28 février 1921 débute la révolte des marins de Cronstadt. C'est l'acte de désespoir des plus passionnés des révolutionnaires bolcheviques, déboussolés par l'évolution du régime de Lénine vers une dictature brutale.

    On peut dire que ce soulèvement et son échec marquent la fin de la période révolutionnaire ouverte en Russie en 1917 par la Révolution démocratique de Février et la Révolution bolchevique d'Octobre.

    André Larané
     

    Les marins de Cronstadt en 1917

     
    Des révolutionnaires déboussolés

    En cet hiver 1920-1921, la situation est tendue à Cronstadt. Les marins de la célèbre base navale russe, en face de Petrograd (Saint-Pétersbourg), ont témoigné plusieurs fois dans les dernières années de leur engagement en faveur de la révolution et du socialisme.

    Soutenus par un solide esprit de corps, ces quelques milliers de marins ont été plusieurs fois requis par Lénine et le chef de l'Armée Rouge, Trotski, pour combattre les contre-révolutionnaires. Ainsi ont-ils été envoyés en première ligne à Kazan, au coeur de la Russie, pour reprendre la ville à la légion tchèque en 1918.

    Mais la guerre civile s'achève le 16 novembre 1920, avec la reddition à Sébastopol de l'« Armée blanche » de Wrangel. La dictature de Lénine et du parti bolchevique perd sa principale justification et les marins de Cronstadt, trois ans après la Révolution d'Octobre, ne la supportent plus.

    Les bolcheviques manipulent à leur guise les conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats (en russe, conseil se dit soviet). Pour se maintenir envers et contre tout au pouvoir, ils multiplient les exécutions sommaires, réquisitionnent les récoltes et réduisent les paysans et les prolétaires des villes à la famine. Les menaces de grève enflent. A Petrograd, les ouvriers, prétendument héros de la Révolution, sont contraints de travailler sous la menace des fusils !

    Aux trois millions de combattants tués au cours de la précédente guerre civile (plus deux millions morts des suites de maladies ou de blessures), il faut ajouter environ cinq millions de paysans et d'ouvriers victimes de la famine et des exécutions sommaires.

    A Cronstadt, les marins sont d'autant plus révoltés que le commandant de la base, Fedor Raskolnikov, affiche le train de vie ostentatoire d'un nouveau riche et illustre l'ascension d'une nouvelle classe de privilégiés.

     

    Une insurrection spontanée

    L'équipage du cuirassé Petropavlosk réclame la réélection des Soviets, la liberté pour les socialistes de gauche (!), le droit pour les paysans et les artisans de travailler librement, à la seule condition de ne pas employer de salariés...

    L'auteur de la résolution, un certain Petritchenko, appelle de ses voeux une troisième révolution après celles de Février et d'Octobre 1917. Il est rejoint par l'équipage du cuirassé Sébastopol, lui-même guidé par un mécanicien du nom de Perepelkine. Le lendemain, la résolution du Petropavlosk est adoptée à Cronstadt au cours d'un meeting qui réunit 12 000 personnes.

    Les représentants des bolcheviques sont emprisonnés et un comité révolutionnaire provisoire présidé par Petritchenko prend le commandement de la ville. Cette « Commune » va durer seize jours.

    A Moscou, Trotski, commissaire à la guerre, demande au futur maréchal Toukhatchevski de réduire la rébellion. Début mars, une première attaque par des soldats à pied se déplaçant sur la surface gelée du golfe de Courlande est repoussée avec succès par les marins. 80% des assaillants périssent sur la glace.

    Une deuxième offensive a lieu quelques jours plus tard avec pas moins de 45 000 soldats soigneusement équipés de tenues d'hiver. L'offensive débute en pleine nuit et se poursuit le jour suivant. Les soldats de l'Armée rouge entrent dans la citadelle et progressent rue après rue. Après la reddition des marins, ils se vengeront de leurs frayeurs dans un bain de sang. Petritchenko et quelques 8 000 marins réussissent toutefois à s'enfuir jusqu'en Finlande, en parcourant une dizaine de kilomètres sur la glace.

     

    Changement de cap

    Lénine comprend que le massacre des marins ne suffira pas à rétablir l'autorité des bolcheviques. Il tire très vite les enseignements de la révolte. Le 21 mars 1921, tandis que sont massacrés les vaincus de Cronstadt, il annonce devant le Congrès de son parti la mise en oeuvre d'une Nouvelle politique économique (NEP) destinée à relancer l'initiative paysanne.

    Dans le même temps, il liquide les derniers partis politiques à l'exception du sien et interdit toute forme de discussion au sein du parti communiste.

     

     

    Éphéméride du Jour 5:  Les marins de Cronstadt contre Lénine - 28 février 1921

     

     

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    27 février 1848

    Ouverture des Ateliers nationaux

     

    Le 27 février 1848, quelques jours après la fuite du roi Louis-Philipe, le gouvernement provisoire de la IIe République décide, à l'initiative de Louis Blanc, d'ouvrir des Ateliers nationaux pour donner du travail aux chômeurs, à Paris et en province.

    Alban Dignat
     

    Ateliers nationaux sur le Champ de Mars (Paris)

    Trop généreuse République

    Le ministre des Travaux Publics Marie ouvre des chantiers dans toutes les grandes villes. Mais très vite, les pouvoirs publics sont débordés. Dès le mois d'avril, plus de cent mille personnes sont prises en charge sans que l'on ait des travaux à leur confier. Certaines escouades sont amenées à creuser des tranchées pour les reboucher ensuite !

    Cette mesure se révèle coûteuse et inefficace. Qui plus est, les chantiers deviennent des foyers d'agitation révolutionnaire.

    La victoire des républicains conservateurs aux élections de l'Assemblée constituante, le 23 avril 1848, amène un durcissement de l'action gouvernementale et la dissolution des Ateliers nationaux le 21 juin 1848. Désespérés, les ouvriers s'insurgent.

    La répression est sanglante. Elle consacre la rupture entre la République et la classe ouvrière...

     

    Victor Hugo dénonce la fainéantise

    Le débat parlementaire du 20 juin 1848 sur les Ateliers nationaux donne au député Victor Hugo l'occasion d'un bel effet de tribune, inattendu dans sa bouche :

    « Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n'avaient connu jusqu'alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l'aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (...).
    Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople »

     

    Éphéméride du Jour 5:  Ouverture des Ateliers nationaux-27 février 1848 et Cri d'amour dans la Rosenstraße-27 février-6 mars 1943

     

    27 février-6 mars 1943

    Cri d'amour dans la Rosenstraße

     

    Le 27 février 1943, les nazis raflent à Berlin les derniers Juifs de la ville. Il s'agit pour la plupart d'hommes mariés à des femmes de souche « aryenne », autrement dit « de bonne race allemande ». Plusieurs centaines attendent dans un bâtiment de la Rosenstraße d'être déportés dans un camp d'extermination. Mais leurs épouses vont obliger le pouvoir à faire marche arrière.

    Des Allemands face à l'horreur

    À la veille de ce drame, la plupart des Juifs encore présents en Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale ont déjà été déportés dans des camps d'extermination dans le cadre de la Solution finale mise au point par Hitler et ses sbires.

    Seuls ceux mariés à des non-juifs - en allemand, les Mischehen - ont été provisoirement épargnés, ainsi que leurs enfants - les Mischlinge. Ils sont au nombre de 20 000 environ, dont la moitié à Berlin. Dépouillés de l'essentiel de leurs biens et chassés de leur profession, ils sont astreints aux travaux forcés dans des usines de munitions.

    L'administration nazie est gênée dans son oeuvre de mort par les liens affectifs qui rattachent ces juifs aux autres Allemands. Elle s'efforce par tous les moyens de persuader les conjoints non-juifs de demander le divorce et dans ce cas, le conjoint délaissé ne tarde pas à être arrêté et déporté. Mais relativement rares sont les couples qui acceptent ainsi de se séparer.

    Cependant, le 31 janvier 1943, les Allemands essuient à Stalingrad une cuisante défaite et le 13 février 1943, à Berlin, devant une foule hystérique, le ministre de la propagande Joseph Goebbels proclame la « guerre totale ». Pour Hitler, il n'est plus question d'épargner les derniers Juifs allemands. C'est ainsi que le 27 février 1943, la garde personnelle du Führer arrête les Juifs sur leurs lieux de travail par centaines cependant que des hommes de la sinistre Gestapo (la police politique) se rendent à leur domicile et enlèvent leurs enfants.

    Les malheureux sont conduits dans cinq centres de détention au coeur de Berlin. L'un d'eux est situé au 2-4, Rosenstraße (rue des roses). Le bâtiment est à deux pas de la Burgstraße, une rue où se trouve le quartier général de la Gestapo pour les affaires juives.

    Le soir, des épouses constatant l'absence de leur mari se rendent devant le centre de détention. Le lendemain, un dimanche, jour chômé, elles sont plusieurs centaines qui crient devant la façade: « Rendez-nous nos maris ! » Leurs maris, à travers les murs, leur répondent comme ils peuvent. La manifestation se prolonge les jours suivants et même après la tombée de la nuit, malgré un froid glacial. Elle rassemble par moments plusieurs centaines de personnes dont quelques hommes.

    La Gestapo, rapidement alertée, fait intervenir la police. Mais à peine les policiers dispersent-ils le groupe que celui-ci se reconstitue aussitôt. Une brigade SS est appelée à la rescousse. Elle menace de mitrailler les manifestants mais la détermination de ceux-ci ne faiblit pas. Enfin, au bout d'une semaine, Goebbels, de guerre lasse, se résigne à suspendre la rafle des Mischehen. À partir du 6 mars, les détenus du 2-4, Rosenstraße sont autorisés à rejoindre leur famille.

     

    Bibliographie

    Cet épisode peu connu des persécutions antisémites montre que les citoyens allemands pouvaient faire fléchir les nazis et freiner le génocide juif... sous réserve de le vouloir vraiment.

    Il a fait l'objet d'un film remarquable : Rosenstraße

    On peut lire sur la résistance civile au nazisme le livre très bien documenté de Jacques Semelin : Sans armes face à Hitler, la résistance civile en Europe 1939-1943 (préface de Jean-Pierre Azéma, Bibliothèque historique Payot, 1989, 270 pages). De ce livre est tiré le récit ci-dessus.

    André Larané
     
     

    Éphéméride du Jour 5:  Ouverture des Ateliers nationaux-27 février 1848 et Cri d'amour dans la Rosenstraße-27 février-6 mars 1943

     

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    20 février 1846

    La France impose à la Chine un traité de tolérance

     

     

    Le 20 février 1846, le gouvernement français de Louis-Philippe 1er impose à la Chine un édit de tolérance en faveur du christianisme.

    L'édit concédé par le vieil empereur Daoguang autorise la pratique de la religion dans les principaux ports et interdit toute forme de persécution. Il ordonne même la reconstruction des vieilles églises détruites lors des persécutions précédentes. Il s'agit d'un nouvel épisode dans l'histoire en dents de scie des relations entre le monde chinois et le christianisme.

    Alban Dignat
     

     
    Le christianisme en Chine

    Le christianisme s'est acclimaté en Chine dès les premiers siècles de notre ère. Plus tard, au Moyen Âge, des ecclésiastiques ont amorcé des contacts avec la cour impériale mais c'est surtout au XVIIe siècle que ces efforts ont porté leurs fruits grâce aux missionnaires jésuites et en particulier au premier d'entre eux, Matteo Ricci.

    Au siècle suivant, l'étroitesse d'esprit de quelques prélats du Vatican, opposés à tout compromis sur les rites traditionnels chinois, vaut aux Jésuites d'être interdits de prédication et bientôt chassés de la Cour.

     
    Une prédication virulente

    Au XIXe siècle, la Chine des empereurs Qing entre en décadence et accuse un retard croissant sur l'Occident.

    Avec l'appui militaire de leur gouvernement, les hommes d'affaires anglais imposent à l'empereur Daoguang, sur le trône depuis 1820, l'ouverture de plusieurs ports et la liberté de commerce de l'opium.

    Les Occidentaux sont dès lors perçus par les Chinois non plus seulement comme des « barbares » de peu d'importance mais comme des intrus menaçants. Cette mauvaise réputation retombe sur les missionnaires et les communautés chrétiennes, qui s'en trouvent violemment persécutés.

    Le plénipotentiaire du roi Louis-Philippe 1er exige en conséquence du gouvernement impérial un édit pour empêcher ces persécutions. Selon son habitude, celui-ci se soumet dans l'idée de gagner du temps.

    Les persécutions n'en reprendront pas moins au bout de quelques années. Elles fourniront à l'empereur Napoléon III et au gouvernement britannique le prétexte à de nouvelles interventions militaires qui se concluront en 1860 par la mise à sac du Palais d'Eté, à Pékin, et par de nouveaux avantages commerciaux pour les « diables roux » !

     

    Éphéméride du Jour 5:  La France impose à la Chine un traité de tolérance - 20 février 1846

     

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    8 février 1867

    Naissance de l'Autriche-Hongrie

     

     

    Le 8 février 1867, l'empire autrichien cède la place à une Double Monarchie austro-hongroise. Le nouvel État va perdurer un demi-siècle seulement mais laisser le souvenir d'une civilisation et d'un art de vivre sans pareil.

    Communément appelé Autriche-Hongrie, il se présente comme l'union de deux pays indépendants : l'empire autrichien proprement dit et le royaume de Hongrie. Ces deux États ne sont plus unis que par l'allégeance à un même souverain, François-Joseph 1er.

    Fabienne Manière
    De l'Autriche à l'Autriche-Hongrie (1850-1914)
     
     

    Éphéméride du Jour 5:  Naissance de l'Autriche-Hongrie - 8 février 1867



    À l'issue de la tourmente napoléonienne, la famille des Habsbourg recueille les fruits de six siècles d'effort. Elle se constitue un empire au coeur de l'Europe.

    Cette construction multinationale improbable doit faire face aux nouveaux États-Nations, en premier lieu la Prusse. S'ensuit une tentative de confédération, l'Autriche-Hongrie. Elle durera un demi-siècle...

     

    La montée des Habsbourg

    Francois-Joseph 1er de Habsbourg-Lorraine dans sa jeunesse  (Vienne, 18 août 1830 - 21 novembre 1916)

    La création de l'Autriche-Hongrie est l'aboutissement d'un très long processus historique qui a débuté au XIIIe siècle.

    Il a permis à une famille issue du modeste château des Habsbourg, situé en Suisse, de dominer toute l'Europe centrale par le biais de fructueuses alliances matrimoniales.

    Les Habsbourg ont même régné sur les Pays-Bas ainsi que sur l'Espagne et ses colonies d'outre-mer pendant quelques décennies, au temps de Charles Quint, archiduc d'Autriche, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne !

    Après le règne tourmenté de Charles Quint, ils se recentrent sur leur combat traditionnel contre les Turcs qui menacent Vienne et les peuples chrétiens du bassin du Danube.

    En 1804, devançant une décision du nouvel empereur des Français, Napoléon 1er, François II échange le titre symbolique d'empereur du Saint Empire romain Germanique (ou empereur d'Allemagne) contre celui d'empereur d'Autriche et prend le nom de François 1er.

    Le nouvel empire recouvre les possessions héréditaires d'Europe centrale sur lesquelles les Habsbourg exercent une autorité réelle...

    Heureuse construction ! Un diplomate a pu dire en 1848 que « si l'Autriche n'avait pas existé, il eut fallu l'inventer », indispensable qu'elle était pour servir de protection aux pays danubiens face aux appétits des géants allemand et russe (on a pu vérifier a contrario la justesse de cette affirmation au XXe siècle).

     

    Espoir d'une fédération danubienne

    En 1866, suite à la défaite de Sadowa face à la Prusse, l'empereur François-Joseph 1er renonce à ses dernières prétentions sur l'Allemagne et l'Italie. Il choisit de s'intéresser désormais à ses différents peuples.

    Sous l'influence de sa femme Élisabeth de Wittelsbach (« Sissi »), sensible au charme des nobles hongrois, il transforme ses États en une confédération bicéphale.

    Mais dans cette nouvelle structure, les Autrichiens de langue allemande et les Hongrois se partagent le pouvoir sur le dos des Tchèques et des Slaves du sud.

    Cette faiblesse causera sa perte...

    En attendant, l'unité de l'Empire reste assurée par l'allégeance de tous les sujets à un souverain commun, François-Joseph 1er, et par un ministère d'Empire chargé des affaires communes : Affaires étrangères, finances et guerre, avec une armée commune.

     

    Quelques mois après la signature du compromis, François-Joseph et Élisabeth ceignent à Budapest la couronne de saint Étienne, saint patron et premier roi de la Hongrie.

    La Hongrie devient un royaume indépendant dénommé officiellement Transleithanie d'après une rivière, la Leitha, qui marque la limite entre les deux nouvelles entités.

    Autour de sa capitale, Pest (aujourd'hui Budapest), elle comprend le coeur de la Hongrie historique mais aussi la Croatie, la Transylvanie et la Slovaquie.

    Les habitants de langue magyar (les Hongrois) représentent à peine la moitié de la population de cet ensemble très divers composé aussi de Slaves, d'Allemands, de Roumains, de gitans, de juifs etc... Ils sont redevables à la monarchie des Habsbourg de leur donner la préséance sur les autres minorités.

    Le reste de l'empire autrichien devient la Cisleithanie. Il comprend une majorité d'Allemands autour de Vienne et dans les monts Sudètes du nord de la Bohême, ainsi que de fortes minorités italiennes et slaves (Bohême, Slovénie et région polonaise de Cracovie).

    Il n'a pas de langue officielle, au contraire de la Transleithanie, et toutes les langues de l'empire sont même autorisées au Parlement qui devient de ce fait une attraction théâtrale très prisée !

    La ligne de partage entre Cisleithanie et Transleithanie correspond à peu de choses près à l'ancienne limite du Saint Empire romain germanique, dissous en 1806.

     

    Arrogance des Hongrois

    Gyula Andrassy (8 mars 1823, Vlachovo - 18 février 1890, Volosko)

    Les nobles hongrois, aussi appelés magnats, sont les grands gagnants du compromis austro-hongrois. Ils bénéficient de privilèges et d'exemptions fiscales qui les dissuadent de toute ouverture démocratique en Transleithanie. Ainsi imposent-ils le hongrois comme langue officielle de la Transleithanie et privent-ils les Slaves du droit de vote.

    Oublieux de la défaite de Sadowa, ils poussent l'empereur et roi François-Joseph 1er à se rapprocher de l'Allemagne. Ils voient en effet dans une alliance pangermaniste la meilleure garantie contre les revendications autonomistes des minorités slaves.

    À son homologue autrichien qui lui reproche son attitude vis-à-vis des Slaves, le Premier ministre hongrois Gyula Andrassy lance : « Occupez-vous de vos Slaves, nous nous occuperons des nôtres ».

     

    Gloire et mort de l'Autriche-Hongrie

    Tandis qu'il satisfait les Hongrois, le Compromis offre aux autres minorités l'espoir d'une évolution favorable de leur statut dans le cadre d'une fédération élargie. 

    Les Tchèques, qui se réclament du prestigieux royaume de Bohême, sont les grands perdants de l'affaire mais ils sont aussi conscients de l'avantage d'appartenir à un grand ensemble danubien et placent leurs espoirs dans l'avènement d'une triple monarchie.

    Par sa structure politique très souple, propre à apaiser les tensions internes, l'Autriche-Hongrie est un précurseur de l'Europe actuelle.

     

    Portrait de femme, par Gustav Klimt

    Elle va bénéficier pendant ses cinquante ans d'existence d'un immense rayonnement culturel et d'une expansion économique rapide. Le développement économique est particulièrement visible au début du XXe siècle en Hongrie comme en Bosnie-Herzégovine. 

    De Trieste à Cracovie, toute l'Europe centrale en conserve la nostalgie dans son architecture comme dans son art de vivre.

    Mais la double monarchie va se trouver fragilisée par l'entêtement des nobles hongrois à refuser tout nouveau compromis qui donnerait quelques droits aux Tchèques et aux autres Slaves.

    L'Autriche-Hongrie s'effondrera à l'issue de la Grande Guerre, suite à l'agitation des tchèques Tomas Masaryk et Édouard Benès ainsi qu'aux revendications territoriales de l'Italie et de la Roumanie.

    Invoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le président américain Woodrow Wilson et le président du Conseil français Georges Clemenceau autoriseront l'éclatement de la  « Mitteleuropa » (Europe centrale en allemand).

    L'auraient-ils voulu qu'ils n'auraient pu empêcher l'éclatement du vieil empire, épuisé par une guerre trop longue, en une myriade de petits États.

    L'Autriche-Hongrie, forte de 50 millions d'habitants, avec une capitale rivale de Paris, Londres ou Berlin, va céder la place à plusieurs États rivaux, arc-boutés sur le mythe de leur identité nationale, linguistique ou ethnique : Autriche, Hongrie, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie.

    À l'exception de la petite Autriche, tous ces États se caractériseront par une aussi grande hétérogénéité de langues, de cultures et de religions que feu la Double Monarchie.

    Ils tomberont aussi sous des dominations autrement plus brutales que celle des Habsbourg, réalisant par là la prédiction du prince Charles Schwarznberg fait en 1891 à un nationaliste tchèque : « Si vous et les vôtres détestez cet État, que ferez-vous de votre pays, qui est trop petit pour se défendre tout seul? Le donnerez-vous à l'Allemagne? À la Russie? Car vous n'aurez pas d'autre choix si vous abandonnez l'union avec l'Autriche » (*).

    Bibliographie

    On peut lire sur l'Autriche-Hongrie le palpitant ouvrage de François Fejtö : Requiem pour un empire défunt, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie (Lieu Commun, 1988).

     

    Éphéméride du Jour 5:  Naissance de l'Autriche-Hongrie - 8 février 1867

     

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    Les Zoulous humilient Sa Majesté

     

    Guerrier zoulou

     

    Le 22 janvier 1879, une armée zouloue de 20 000 hommes attaque les Anglais à Isandhlwana, dans la région du Transvaal, en Afrique australe.

    Les assaillants sont les héritiers de la nation guerrière fondée quelques décennies plus tôt par le fameux roi Chaka.

    Trop confiants dans leur supériorité, les Anglais ont négligé de fortifier leur campement. En moins d'une heure, ils perdent dans l'attaque près d'un millier d'hommes (et plus d'officiers qu'à Waterloo !). Les Zoulous en perdent de leur côté 2 000. C'est la plus grande défaite de l'Angleterre en Afrique.

    Son retentissement est immense à Londres et va précipiter la soumission de l'Afrique australe.

     

    L'Ultime Attaque, Zulu Dawn (film de Douglas Hickox, 1979)

    Ambitions britanniques

    Quelques années plus tôt, des diamants ont été découverts dans la région de Kimberley, à la limite de la colonie britannique du Cap, du royaume zoulou et des petites communautés de paysans hollandais (les Boers). Sous la pression des colons et des prospecteurs, le gouverneur du Cap, sir Bartle Frere, veut soumettre l'ensemble de la région et lance un ultimatum au roi zoulou Cetewayo...

    Les Zoulous, au pied de la montagne d'Isandhlwana (ou Isandlwana) se regroupent en unités homogènes, par classe d'âge, avec des sagaies au lieu d'arcs et de javelots. Leur tactique est celle de la « tête de boeuf ». Elle consiste à prendre l'ennemi entre de rapides colonnes latérales avant de l'écraser contre le front du dispositif. Cette attaque frontale avait complètement échoué quarante ans plus tôt à la bataille de la Rivière de sang, face à des troupes britanniques concentrées et dotées d'une puissance de feu efficace. 

    Cette fois, elle réussit au-delà de toute espérance car les Anglais ont malencontreusement étiré leur ligne, de sorte que l'une des cornes zouloues a pu envelopper leur aile tandis que le front de boeuf a submergé le centre.

    Après ce désastre, de violents débats s'ensuivent à Londres entre l'austère William Gladstone, chef de l'opposition libérale (whig), et le Premier ministre conservateur (torie) Benjamin Disraeli, au pouvoir depuis 1874 et farouche partisan des conquêtes coloniales.

    Piqué au vif, le Premier ministre envoie 10 000 hommes en Afrique australe, pour combattre les Zoulous. Après six mois de campagnes meurtrières et une bataille décisive à Kambula, le 29 mars 1879, les Britanniques s'emparent enfin du roi Cetewayo, le 4 juillet 1879. C'est la fin des guerres zouloues... et bientôt la fin de l'Afrique indépendante.

    Les dirigeants européens rivalisent de vitesse pour planter leur drapeau sur les dernières terres insoumises de la planète, malgré une opinion publique majoritairement opposée à ces expéditions coûteuses et vaines. À l'exemple de Benjamin Disraeli, le républicain français Jules Ferry, l'empereur allemand Guillaume 1er et le roi des Belges Léopold II s'appuient sur les aventuriers et les militaires pour achever de soumettre le continent africain.

     

    La bataille d'Isandhlwana, d'après une gravure de l'époque

    Sources

    Les gravures de cette page et les sources documentaires sont tirées de l'excellent ouvrage de Henri Wesseling : Le partage de l'Afrique (1880-1914), Denoël, 1996.

    Alban Dignat

     

    Éphéméride du Jour 5:  Les Zoulous humilient Sa Majesté - 22 janvier 1879

     

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