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    Gamal Abd el-Nasser (1918 - 1970)

     

    Un héros pour l'Égypte

     

     

    Gamal Abdel Nasser jeune (15 janvier 1918 - 28 septembre 1970)

    Né le 15 janvier 1918 dans la famille d'un modeste fonctionnaire égyptien, Gamal Abd el-Nasser est le premier dirigeant issu du peuple qu'ait eu l'Égypte depuis... plus de deux mille ans.

    Jeune officier, il devient un héros de la guerre contre Israël. Le 20 octobre 1948, lors de la bataille de Fallouga, il doit se rendre à l'ennemi avec son unité mais bénéficie des honneurs militaires de la part des officiers israéliens en raison de son courage et de sa résistance remarquable. Cet exploit lui vaut l'admiration de ses concitoyens.

    Indigné par la corruption du gouvernement monarchique et son allégeance aux Britanniques, Nasser fonde le mouvement progressiste des « Officiers libres » et prépare le renversement du régime en accointance avec le mouvement islamiste des « Frères musulmans »... auquel tout l'oppose par ailleurs.

    Jeanne Lafont
     

    Gamal Abdel Nasser a Mansoura, en 1960 (15 janvier 1918 - 28 septembre 1970)

    La conquête du pouvoir

    Dans la nuit même du 22 au 23 juillet 1952, tous les points névralgiques de la capitale sont occupés par les insurgés. Le coup d'État est un succès. Le roi Farouk 1er est renversé.

    Vainqueur du bras de fer qui l'oppose à la monarchie, Nasser se sent cependant encore trop jeune et trop peu connu pour apparaître à l'avant-scène. Il fait réveiller le général Mohamed Naguib (41 ans), un aîné plus connu et plus prestigieux que lui, et lui remet le commandement en chef des armées et la présidence du Conseil de la Révolution, qui dirige les Officiers libres.

    Homme intègre et sympathique, au demeurant très populaire, Néguib n'a ni l'étoffe ni l'ambition d'un chef. Il rêve d'un régime parlementaire à l'anglaise tandis que Nasser oeuvre pour une dictature de salut public, avec un parti unique dont il serait bien évidemment le guide.

    À la manœuvre, Nasser impose aussitôt une réforme agraire majeure par laquelle il confisque les domaines royaux, limite la grande propriété foncière et permet à un million de petits paysans de racheter à des conditions avantageuses les terres des grands féodaux. Il impose aussi les militaires à tous les rouages de l'État.

     

    Nasser et l'ambassadeur britannique Ralph Stevenson, 20 octobre 1954 (DR)

    Quand la République est proclamée, Naguib en devient le président et bientôt aussi le Premier ministre. Mais il se montre incapable de faire le tri entre les factions qui se disputent le pouvoir.

    Il ne tarde pas à entrer en conflit avec les jeunes Officiers libres groupés autour de Nasser, qui le jugent trop accommodant avec la confrérie islamiste des Frères musulmans.

    Le 19 octobre 1954, après de longues négociations, Nasser obtient des Britanniques qu'ils retirent leurs troupes du canal de Suez dans un délai de vingt mois. Ainsi le pays retrouve-t-il sa souveraineté après deux millénaires d'assujettissement à l'étranger ! Une semaine plus tard, à Alexandrie, devant une foule enthousiaste Nasser s'en félicite. C'est alors qu'un militant de la confrérie des Frères musulmans tire huit fois sur lui... et le rate. Sa popularité atteint le zénith !

    Le 14 novembre 1954, il peut enfin déposer Naguib et devient le chef absolu de l'Égypte. Élu président de la République le 25 juin 1956 avec plus de 99% des voix, il prend le titre de « raïs » (président ou chef, d'après un mot arabe qui désignait autrefois un dignitaire ottoman). Il peut dès lors installer un pouvoir dictatorial selon ses vues, adossé à l'armée et à une police politique redoutable.

    Mohamed Naguib et Gamal Abd el-Nasser

    Le champion des opprimés

    Le nouveau chef de l'Égypte s'attire très vite une immense popularité parmi ses concitoyens les plus humbles. Il s'adresse à la population dans sa langue de tous les jours et non en arabe littéraire. Fidèle à ses origines, il a aussi la réputation de manger des galettes de fèves comme tous les Égyptiens modestes. Musulman à la piété discrète, il tient la religion en lisière et jamais n'invoque l'islam.

    Il promet aux Égyptiens mais aussi aux foules du tiers monde (le mot vient de faire son apparition) une revanche sur les anciennes puissances coloniales. Il est accueilli en leader du monde arabe à la conférence des non-alignés de Bandoeng et offre une base arrière aux chefs du FLN en lutte pour l'indépendance de l'Algérie

    Comprenant que son aura est liée au poids économique de son pays, il projette la construction d'un grand barrage à Assouan, en vue d'étendre l'irrigation et produire de l'électricité. 

    Par la voix du Secrétaire d'État John Foster Dulles, les États-Unis conditionnent leur aide financière à une mise sous tutelle des finances de l'État, selon un schéma qui, au XIXe siècle, a conduit à l'asservissement de l'Égypte et de plusieurs autres pays (Tunisie, Chine...). Aux États-Unis même, le lobby cotonnier milite contre le barrage, dans la mesure où il pourrait encourager la concurrence du coton égyptien !

    Décontenancé, le raïs a l'idée de financer son barrage avec les redevances du canal de Suez et, le 26 juillet 1956, dans un discours retentissant, à Alexandrie, fait part de sa décision de le nationaliser en indemnisant les actionnaires français et britanniques. À vrai dire, sa décision n'a proprement rien de révolutionnaire. Les Occidentaux eux-mêmes recourent à des nationalisations et celle du canal doit de toute façon survenir à l'échéance de la concession, en 1968, soit huit ans plus tard.

    Mais Britanniques et Français prennent la mouche. Sans doute ne supportent-ils pas cet affront, venant après celui de l'Iranien Mossadegh. Ils encouragent Israël à attaquer l'Égypte et envahir le Sinaï le 29 octobre 1956. Eux-mêmes proposent leur « médiation »et larguent des parachutistes sur le canal une semaine plus tard, sous le prétexte de séparer les belligérants.

    Devant la réprobation internationale et surtout le ton comminatoire de leur allié américain, pourtant à l'origine du drame, ils se replient piteusement et transforment de ce fait la défaite militaire de Nasser face à Israël en éclatante victoire politique.

    Le raïs se garde toutefois d'avouer à ses concitoyens qu'il a concédé aux Israéliens le droit d'emprunter le détroit de Charm el-Cheik, au débouché du golfe d'Akaba. Des Casques bleus de l'ONU doivent garantir sur place, au Sinaï, la libre circulation des navires. C'est un coup de canif dans la souveraineté de l'Égypte.

    Diabolisé par les Occidentaux, il surmonte sa haine des communistes et se rapproche de l'URSS. Il équipe son armée d'armes tchèques (en fait soviétiques) et obtient des Soviétiques leur concours pour la construction du barrage d'Assouan.

    À l'intérieur, il élimine toute forme d'opposition, impose un parti unique, l'Union socialiste arabe, et traque les Frères musulmans jusqu'à faire pendre leur chef. À la faveur de la guerre contre Israël, il expulse les Européens et fait aussi interner les juifs égyptiens qui, jusque-là, cohabitaient sereinement avec leurs concitoyens ; promptement expulsés, la plupart rejoignent Israël et vont renforcer son potentiel militaire !

     

    Échecs de la renaissance arabe

    Nasser, premier leader égyptien issu du peuple, juge dès lors que la vallée du Nil n'est pas à la hauteur de ses ambitions. Il veut dès lors incarner la renaissance du nationalisme arabe.

    Il promeut le panarabisme, un mouvement sans connotation religieuse qui prône la réunion politique de tous les Arabes. Son discours reçoit l'aval de Michel Aflak, un Syrien à l'origine du parti de la renaissance arabe, le parti Baas, qui se veut laïc, nationaliste et socialiste.

    C'est ainsi que le 1er février 1958, l'Égypte et la Syrie annoncent leur fusion au sein d'une République Arabe Unie (RAU). C'est la reproduction de l'empire de Saladin... Mais le roi Fayçal d'Arabie séoudite, allié des États-Unis, mobilise contre Nasser et ses alliés soviétiques tous les gouvernants arabes hostiles au panarabisme. 

    L'union ne dure guère. Dès octobre 1961, les Syriens, exacerbés par l'arrogance de leurs partenaires, dissolvent la fédération. Les Égyptiens installés en Syrie se voient chassés sans ménagement.

    Il s'ensuit un durcissement brutal de la dictature. Nasser craint en effet que la bourgeoisie cosmopolite et éclairée du Caire et d'Alexandrie ne rejoigne la bourgeoisie de Damas dans l'opposition à son régime. À titre préventif, il nationalise toutes les entreprises importantes du pays et en confie la direction à l'armée. Tandis que les élites quittent à la hâte le pays, l'économie sombre dans le marasme.

     

    Nasser et Khrouchtchev inaugurent le barrage d'Assouan le 16 mai 1964, en présence d'Ahmed Ben Bella et Salam Aref (DR)

    Pour ne rien arranger, le raïs envoie des troupes combattre au Yémen, à la pointe de la péninsule arabe, où l'imam a été renversé le 27  septembre 1962 par un colonel émule du raïs égyptien. La guerre civile entre républicains et royalistes entraîne l'intervention aux côtés de ces derniers du roi Fayçal d'Arabie séoudite. Les troupes égyptiennes, 60 000 hommes soit le quart des effectifs de l'armée, ne tardent pas à s'enliser dans ce conflit fratricide qui va durer cinq ans, jusqu'à ce qu'éclate la guerre des Six Jours entre Israël et ses voisins.

    Ce nouveau conflit est provoqué par Nasser lui-même, qui ordonne la fermeture du golfe d'Akaba, seul débouché maritime israélien vers la mer Rouge et l'océan Indien. Il débouche sur une victoire écrasante d'Israël et une humiliation toute aussi écrasante du raïs. Dès le 9 juin, il annonce son retrait de la vie politique. Dans tout le monde arabe, c'est la consternation. Les foules, nullement rancunières, réclament son retour. Il ne se fait pas trop longtemps prier et revient sur sa décision dès le lendemain. 

    Néanmoins très affaibli, Nasser doit composer au sommet arabe de Khartoum, le 31 octobre 1967, avec ses anciens rivaux et notamment le roi Fayçal d'Arabie séoudite. Il accepte de retirer ses troupes du Yémen. Ses échecs flagrants, en dépit de sa popularité intacte, consacrent la faillite du panarabisme laïc et ouvre un boulevard aux idéologies islamistes promues en premier lieu par les Séoudiens.

    Le roi Fayçal d'Arabie et le président Gamal Abdel Nasser assistent à la poignée de main entre Yasser Arafat et le roi Hussein de Jordanie, Le Caire, 28 septembre 1970 (DR)

    Un désastre aux allures d'apothéose

    Gamal Abdel Nasser trouve encore la force, au Caire, en présence du roi Fayçal, de réconcilier le roi Hussein de Jordanie et le chef charismatique de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), Yasser Arafat, après que le premier a réprimé une insurrection palestinienne au prix de plusieurs milliers de morts (« Septembre Noir »).

    Il meurt d'une crise cardiaque dans la nuit qui suit cette conférence, le 28 septembre 1970. Il a 52 ans. Sa disparition soulève une émotion considérable en Égypte et dans l'ensemble du monde arabe. Cinq millions de personnes accompagnent sa dépouille vers sa dernière demeure. 

    Le vice-président Anouar el-Sadate, qui a participé avec lui au renversement de la monarchie, lui succède avec des pouvoirs tout aussi dictatoriaux, après avoir eu soin d'éliminer ses partisans avec l'appui des Frères musulmans !

    En douceur, il s'éloigne de l'URSS, libéralise l'économie égyptienne, obtient une demi-victoire face à Israël dans la guerre du Kippour et, fort de ce succès, conclut la paixavec son voisin. Cela lui vaut de recevoir le Prix Nobel de la Paix avec le Premier ministre israélien Menahem Begin et le président américain Jimmy Carter... mais aussi d'être assassiné lors d'une parade militaire par des officiers de la mouvance des Frères musulmans.

     

    Éphémérides du Jour 5:  15 janvier - Gamal Abd el-Nasser (1918 - 1970) Un héros pour l'Égypte

     

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    8 novembre 1942

     

    Débarquement en Afrique du Nord

     

    du site Herodote.net

    Le 8 novembre 1942, les troupes anglaises et américaines débarquent en Afrique du Nord sous le commandement du général américain Dwight Eisenhower. C'est l'opération « Torch ».

     

    Débarquement américain sur la plage près d'Oran (opération Torch, 8 novembre 1942)
     
    Résistance insensée

    Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique du Nord française (départements d'Algérie, protectorats du Maroc et de la Tunisie) s'était placée sous l'autorité du gouvernement de Vichy, lui-même inféodé à l'occupant allemand.

    L'idée d'un débarquement en Afrique du Nord revient à Winston Churchill. Dans la guerre contre l'Allemagne, le premier ministre britannique a toujours manifesté une prédilection pour les attaques périphériques, à l'opposé de ses alliés américains qui auraient préféré une attaque frontale avec, dès 1942, un débarquement sur les côtes françaises.

    Pour Churchill, l'opération « Torch » présente le double avantage de soutenir l'armée britannique qui, sur le front égypto-libyen, résiste à l'Afrika Korps de Rommel, et d'offrir une base commode pour un futur débarquement sur les côtes européennes.

    Un total d'environ 100.000 hommes est mobilisé en grand secret pour débarquer à Casablanca, Oran et Alger. Il s'agit de soldats américains à l'exception de 20.000 Britanniques qui débarquent à Alger.

    Au dernier moment, tandis que les flottes d'invasion sont déjà en vue des côtes, le général Juin, commandant en chef des troupes françaises d'Afrique du Nord, est sollicité par le consul américain Murphy de bien vouloir s'abstenir de leur résister. Le général renvoie le consul vers son supérieur, l'amiral François Darlan, dauphin du maréchal Pétain, qui se trouve par hasard à Alger où il est venu rendre visite à son fils malade.

    Darlan ressent comme un camouflet l'initiative anglo-saxonne. Il donne à ses troupes l'ordre de résister à l'invasion avec le risque que cela ne permette aux Allemands, présents en Tunisie, de se ressaisir et de renvoyer les Anglo-Saxons à la mer. Mais il finit par signer la reddition d'Alger après un baroud d'honneur. Même chose à Oran, où le général Eisenhower débarque à la nage, sa jeep ayant chaviré.

    À Casablanca, il en va bien autrement. La flotte d'invasion bombarde la ville et frappe également deux navires remplis de réfugiés civils en provenance de Conakry et de Dakar, qui entraient malencontreusement au même moment dans le port.

    Après trois jours de combats, on comptera au total environ 1400 morts du côté français, essentiellement à Casablanca, et 400 morts du côté allié. L'Afrique du Nord passe alors sous le contrôle anglo-américain... tout en conservant l'administration et les lois de Vichy.

     

    Le choix de Darlan

    Nonobstant ses graves compromissions avec les Allemands, l'amiral Darlan reçoit le titre de « haut-commissaire pour l'Afrique du Nord » à l'initiative du président américain Franklin Roosevelt. Il est vrai que ce dernier s'est laissé convaincre que le régime de Vichy était prêt à basculer du côté allié par l'ambassadeur de Vichy à Washington, Alexis Léger, plus connu en littérature sous le nom de Saint John Perse.

    Cette décision suscite beaucoup de remous dans les cercles gaullistes, en Angleterre, ainsi que dans les maquis de France. Darlan sera assassiné à Alger le 24 décembre 1942 par un jeune fanatique royaliste et la fonction de haut-commissaire sera reprise par l'intègre et naïf général Henri Giraud, rival du général de Gaulle, en lequel le président américain persiste à ne voir qu'un intrigant.

     

    Le reflux de l'Axe

    Hitler réagit à l'invasion de l'Afrique du Nord par l'occupation de la « zone libre », en France, en violation des accords d'armistice du 22 juin 1940 avec le maréchal Pétain. C'est l'opération « Attila »... La flotte française en rade à Toulon se saborde le 27 novembre sur ordre de l'amiral Jean de Laborde, pour échapper aux Allemands sans avoir à se livrer aux ennemis traditionnels de la marine française, les Anglais !

    Les Allemands et leurs alliés italiens occupent d'autre part la Tunisie, protectorat français que revendique l'Italie. C'est ainsi que les 70.000 juifs tunisiens vont devoir se soumettre au port de l'étoile jaune, cas unique hors du continent européen...

    Cependant, dans le désert libyen, à El-Alamein, le général Montgomery repousse l'Afrika Korps de Rommel. Pris en tenaille, les Allemands et les Italiens n'ont pas d'autre issue que de se retrancher sur Bizerte, en Tunisie, d'où ils regagneront l'Europe en mai 1943. C'est la première reculade des nazis depuis le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

    En janvier 1943, Roosevelt et Churchill se retrouvent à Casablanca pour une conférence où ils préparent la libération complète de l'Afrique du Nord et l'invasion de la Sicile.

     

    Éphéméride du Jour 5:  8 novembre 1942- Débarquement en Afrique du Nord

     

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    6 novembre 1956

    L'expédition de Suez tourne au fiasco

     

    du site Herodote.net

    Le 6 novembre 1956, à minuit, prend fin l'expédition de Suez. Les parachutistes français et britanniques doivent cesser le feu quelques heures à peine après avoir sauté sur le canal et défait les troupes égyptiennes.

    Imposé par les Soviétiques et les Américains, ce cessez-le-feu sonne pour la France et la Grande-Bretagne la fin de l'ère coloniale et la fin de leur influence au Moyen-Orient. Il annonce aussi l'émergence du tiers monde et des pays arabes ainsi que l'intervention des États-Unis dans la politique moyen-orientale.

    André Larané
     
     
    Maladresses américaines

    Gamal Abd el-Nasser (38 ans), arrivé à la tête de l'Égypte quatre ans plus tôt, rêve de moderniser son pays. Il veut commencer par construire un barrage à Assouan, en amont du Nil, pour régulariser le débit du fleuve, doubler ou tripler les surfaces irriguées du pays et fournir de l'énergie hydroélectrique.

    La société allemande Hochtief a établi le devis de ce projet pharaonique dont on parle depuis déjà deux siècles : 1,2 milliard de dollars. Le « raïs » égyptien (chef) demande aux Américains de l'aider à le financer.

    Washington, qui tient à conserver de bonnes relations avec l'Égypte, signe un accord de principe en février 1956.

    Mais voilà que Nasser, qui affiche un anticommunisme farouche et se veut neutre dans la guerre froide qui oppose l'URSS aux États-Unis, formule quelques critiques contre les alliances tissées par les Américains au Moyen-Orient (le pacte de Bagdad). Qui plus est, dans son souci de préparer une revanche contre Israël, il reçoit des armes du bloc soviétique, notamment de Tchécoslovaquie.

    Il n'en faut pas plus pour inquiéter le Sénat américain et, le 19 juillet 1956, le secrétaire d'État John Foster Dulles retire l'offre de prêt américain à l'Égypte et invite la Banque mondiale à en faire autant ! Le 22 juillet, les Soviétiques eux-mêmes précisent qu'ils ne veulent pas financer le barrage.

    C'est une humiliation amère pour les Égyptiens et leur jeune président de la République. De dépit (peut-être sur une suggestion des Américains eux-mêmes !), Nasser décide de se procurer l'argent en nationalisant le canal de Suez. Il prévoit d'indemniser les actionnaires de la Compagnie, essentiellement français et Britanniques.

    Il annonce sa décision à la radio... en l'accompagnant d'un mémorable éclat de rire.

     

     

    Venant peu après la nationalisation des pétroles iraniens par le Premier ministre Mossadegh, la nationalisation du canal de Suez soulève l'enthousiasme des foules arabes, y compris en Algérie, alors sous occupation française.

     

    Maladresses européennes

    Pris de court, les Français et les Britanniques, qui perçoivent les droits de péage sur le canal, protestent mais hésitent sur la conduite à tenir.

    Là-dessus se greffent des facteurs extérieurs : le socialiste Guy Mollet, chef du gouvernement français, reçoit le 4 août un télégramme de Robert Lacoste, un militant qu'il a nommé quelques mois plus tôt ministre résident en Algérie. Lacoste lui demande de punir Nasser, coupable d'héberger au Caire les chefs de la rébellion algérienne et dont la radio La voix des Arabes diffuse des messages séditieux.

    Guy Mollet se rallie à l'idée d'une guerre préventive contre l'avis de Pierre Mendès France et du président de la République René Coty. Il est soutenu par le ministre de la Défense Maurice Bourgès-Maunoury mais aussi le ministre de la Justice, un certain François Mitterrand, qui plaide pour la « défense de la civilisation » contre un émule de Hitler !

    De son côté, le jeune État d'Israël, fidèle allié de la France, manifeste le souhait d'une guerre préventive contre l'Égypte, soupçonnée de vouloir laver l'affront subi par les Arabes en 1948.

    Une conférence internationale s'ouvre à Londres le 16 août en vue de trouver un compromis. Les Américains suggèrent un contrôle international du canal mais Nasser le refuse.

     

    Préparatifs de guerre

    Pendant ce temps, dans la discrétion, les militaires français et britanniques acheminent des troupes vers Chypre en toute hâte. A Paris, le président du Conseil Guy Mollet obtient un large accord du Parlement à une intervention militaire. À Londres, le Premier ministre conservateur Anthony Eden a plus de difficulté à rallier sa majorité à la perspective d'une guerre.

    Nasser, qui a vent de la menace, réunit le 23 septembre à Ryad, en Arabie séoudite, une conférence arabe en vue de nouer des alliances. Il réussit à constituer une alliance sous commandement égyptien avec la Syrie et la Jordanie.

    Les Israéliens ne restent pas inactifs et intensifient leurs achats d'armes. Ils reçoivent en urgence 24 chasseurs Mystère IV commandés trois ans plus tôt en France. Ils reçoivent également des chars français AMX.

    Le 16 octobre, Anthony Eden et Guy Mollet se rencontrent à Paris. Ils se mettent d'accord sur le principe d'une intervention militaire mais les Britanniques, craignant de se fâcher avec les Arabes, ne veulent pas se compromettre publiquement dans une action commune avec Israël...

     

    Manigances anglo-franco-israéliennes

    Qu'à cela ne tienne. Le 22 octobre, le Premier ministre israélien David Ben Gourion (70 ans) se rend discrètement en France avec son chef d'état-major Moshe Dayan et Shimon Pérés. La délégation rencontre à Sèvres, près de Paris, Guy Mollet ainsi qu'un représentant britannique.

    Il est convenu deux jours plus tard que les Israéliens, décidés à « rompre l'encerclement », attaqueront les Égyptiens et qu'ensuite, Français et Britanniques adresseront un ultimatum aux adversaires et occuperont la zone du canal sous prétexte de les séparer !

     

    Le 29 octobre, les troupes du général Moshe Dayan se lancent dans le Sinaï. Elles mettent en déroute l'armée égyptienne. Elles sont appuyées en secret par quelques avions de l'armée française préalablement débarrassés des insignes tricolores !

    Comme prévu, le 30 octobre, Londres et Paris envoient un ultimatum conjoint au Caire et à Tel Aviv, enjoignant aux combattants de cesser le feu et de se retirer à 10 miles du canal. A défaut d'une réponse dans les douze heures, les forces franco-britanniques interviendront d'autorité.

    Israël s'incline mais l'Égypte, comme on peut s'y attendre, rejette l'ultimatum.

    Le lendemain 31 octobre, Français et Anglais détruisent au sol les avions égyptiens. Et, les 5 et 6 novembre, les parachutistes sautent sur Port-Saïd, à l'endroit où le canal débouche sur la mer Méditerranée. Personne ne se soucie d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée trois jours plus tôt, le 1er novembre...

    Pendant que l'attention du monde se porte sur le canal de Suez, les chars soviétiques entrent à Budapest et répriment le soulèvement des Hongrois contre leur régime communiste.

     

    Menaces soviétiques

    À peine les paras français et britanniques touchent-ils terre dans la zone du canal que le maréchal Nicolas Boulganine, chef de l'État soviétique, menace d'intervenir avec des fusées intercontinentales à tête nucléaire si l'attaque n'est pas stoppée !

    Les États-Unis, hostiles à Israël, sont également très remontés contre l'État hébreu, la France et plus encore la Grande-Bretagne, leur traditionnelle alliée, qui a agi sans les avertir. Le président Dwight Eisenhower (qui vient d'être réélu le 6 novembre avec un pourcentage record de 57% des électeurs) joint sa voix aux Soviétiques pour exiger un cessez-le-feu.

    À la Chambre des Communes, à Londres, la majorité conservatrice se fissure. Le Premier ministre, malade et découragé, jette l'éponge. Il annonce sa décision à Guy Mollet et celui-ci ne peut rien faire d'autre que l'imiter.

     

     

    L'intervention franco-britannique aura duré en tout et pour tout 40 heures et se sera soldée par quelques centaines de morts dont douze Français et dix-neuf Britanniques.

    Anglais, Français et Israéliens retirent leurs troupes le 22 décembre. Une force internationale est installée sur la ligne d'armistice.

     

    Le triomphe personnel de Nasser

    L'expédition ratée de Suez a des conséquences très graves pour Londres et Paris, outre qu'elle amène la démission du gouvernement d'Anthony Eden et affaiblit celui de Guy Mollet.

    Les deux puissances européennes essuient une grave perte de prestige, en particulier face aux pays émergents du tiers monde. Il apparaît évident que la « diplomatie de la canonnière » telle qu'elle était pratiquée à l'époque coloniale, ne paie plus. L'heure de la décolonisation approche en Algérie et en Afrique noire.

    L'URSS et surtout les États-Unis prennent la place des Européens au Moyen-Orient et leur rivalité va rythmer la diplomatie mondiale pendant près de quatre décennies.

    Pour Nasser, la défaite militaire prend l'allure d'un triomphe diplomatique.

    Son prestige ne va dès lors cesser de croître tant dans son peuple que parmi les déshérités du tiers monde, malgré (ou à cause) de ses échecs : faillite de l'union politique avec la Syrie, construction aventureuse du barrage d'Assouan, deuxième défaite face à Israël dans la guerre des Six jours...

    Il gouvernera le pays jusqu'à sa mort, le 28 septembre 1970, à 52 ans.

     

    Éphéméride du Jour 5:  6 novembre 1956 - L'expédition de Suez tourne au fiasco

     

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    5 novembre 1757

    Frédéric II vainc Soubise à Rossbach

     

    du site Herodote.net

    Le 5 novembre 1757, Frédéric II de Hohenzollern vainc les Français et les Autrichiens à Rossbach, en Saxe. La manière dont le roi de Prusse retourne en sa faveur une situation désespérée lui vaudra d'être appelé Frédéric le Grand.

    Jean-Jacques Werling
     

    L'Europe sur le pied de guerre

    L'année précédente a débuté la guerre de Sept Ans. D'aucuns la considèrent comme la première guerre mondiale car elle s'est déroulée sur tous les continents.

    Frédéric II a conclu avec le roi d'Angleterre George II, également Prince-Électeur du Hanovre, un traité de « neutralité ». Du coup, l'impératrice Marie-Thérèse et le roi de France Louis XV ont enterré officiellement une rivalité de 250 ans et négocié un « renversement des alliances ». Ils se sont alliés à la tsarine Élisabeth, fille de Pierre le Grand, ainsi qu'à la Suède, la Saxe et l'Espagne.

     

    Débuts difficiles pour la Prusse

    Dans un premier temps, l'armée anglaise du duc de Cumberland est défaite par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal.

    Le roi de Prusse ne peut plus compter que sur lui-même. Il remporte deux premières batailles sur les Impériaux, les troupes de Marie-Thérèse, à Lobositz et Prague. Mais le sort des armes se retourne et il perd successivement les batailles de Kolin, contre les Autrichiens (18 juin 1757) et Gross Jägersdorf, contre les Russes (30 août 1757).

    Là-dessus, il apprend qu'une armée austro-française est entrée en Saxe. Elle compte 42 000 hommes sous le commandement du maréchal Charles de Soubise et du feld-maréchal Joseph Friedrich von Sachsen-Hildburghausen. Lui-même n'a que 22 000 hommes à leur opposer.

     

    Le retournement : Rossbach

    Le roi, risquant le tout pour le tout, se met à la tête de son armée et va au-devant de l'adversaire. Le 4 novembre, il campe à Rossbach, à 35 kilomètres au sud-ouest de Leipzig.

    Le lendemain, les alliés franco-autrichiens entreprennent de contourner le camp prussien. En dépit de sa supériorité numérique, le maréchal de Soubise n'est pas pressé d'en découdre, au contraire de son homologue autrichien. Il maintient son armée en formation de marche sans rien voir de la position prussienne dont il est séparé par une colline.

    Le roi comprend rapidement l'avantage qu'il peut tirer de cette situation. Comme il a pris la précaution de se déplacer avec un minimum de bagages, il remanie complètement son dispositif en un rien de temps.

    Sous le commandement d'un cavalier émérite, le général von Seydlitz, la cavalerie prussienne barre la route à la colonne ennemie. L'infanterie se déploie derrière elle en ordre d'attaque oblique.

    La bataille s'engage vers 4 heures de l'après-midi. Soubise n'a plus la possibilité de se déployer. De plus, un corps de cavalerie prussienne tombe sur son flanc droit. Les combats proprement dits durent très peu de temps. Les troupes franco-autrichiennes, surprises, se battent dans le plus grand désordre et ne pensent bientôt plus qu'à prendre la fuite.

    Soubise perd 10 000 hommes, blessés, morts ou prisonniers, et toute son artillerie, contre moins de 500 pour Frédéric II. Le maréchal résumera plus tard sa défaite en ces termes : « L'infanterie combattit sans empressement et céda à son inclination pour la retraite ».

    La honte de la défaite atteint la favorite de Louis XV, la marquise de Pompadour, à qui Soubise a dû son élévation à la tête de l'armée française, mais celle-ci en mesure mal l'ampleur...

    Voyant le roi déconfit à l'annonce de la défaite, la marquise, qui est en train de se faire portraiturer par La Tour, le réconforte en ces termes : « Il ne faut point s'affliger : vous tomberiez malade. Après nous, le déluge ! ».

     

    La postérité d'un vaincu

    Le maréchal Charles de Soubise, prince de Rohan et duc de Vintadour, devient l'objet de mille moqueries à Paris après sa piteuse défaite de Rossbach.

    On compose une chanson à sa gloire :
    « Soubise dit, la lanterne à la main,
    J'ai beau chercher, où diable est mon armée ?
    Elle était là pourtant, hier matin.
    Me l'a-t-on prise, ou l'aurais-je égarée ?
    Ah! je perds tout, je suis un étourdi.
    Que vois-je ciel ! Que mon âme est ravi !
    Prodige heureux, la voilà ! La voilà !
    Eh ventrebleu ! Qu'est-ce donc que cela ?

    Je me trompais, c'est l'armée ennemie. »

    Cela n'empêchera pas le maréchal de poursuivre une existence de courtisan et de galant homme jusqu'à sa mort, en 1787, à 72 ans, à la veille de la Révolution. Il restera dans la postérité avec une sauce culinaire à son nom !...

     

    Le maréchal Charles de Soubise (1715-1787)

     

    Frédéric II ne s'arrête pas là

    Soulagé, le roi de Prusse ne perd pas de temps et se tourne vers la Silésie que les Autrichiens étaient sur le point de reprendre. Breslau (aujourd'hui Wrozlaw) est déjà tombée entre leurs mains.

    Avec les troupes dispersées en Silésie et son armée de Rossbach, le roi reconstitue une force de 35.000 hommes et va au-devant des Autrichiens, au total 65.000 hommes sous le commandement de Charles de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse. Ce dernier ne doute pas d'en finir rapidement avec « ce corps de garde berlinois qui ose affronter une puissante armée » !

    Le 5 décembre 1757, à Leuthen, l'avant-garde de Frédéric attaque de front les positions ennemies tandis que le gros de son armée déborde l'ennemi par son flanc gauche, selon sa tactique de l'attaque oblique. La surprise des Autrichiens est totale et leur retraite se transforme vite en débâcle, livrant la Silésie au roi de Prusse.

     

    Éphéméride du Jour 5: 5 novembre 1757 - Frédéric II vainc Soubise à Rossbach

     

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    30 octobre 1439

     

    Le duc Amédée VIII devient pape

     

    Le 30 octobre 1439, une poignée de pères conciliaires réunis à Constance proclament la déchéance du pape Eugène IV. Ils élisent à sa place le duc Amédée VIII de Savoie, 56 ans.

    Le nouveau pape est intronisé l'année suivante sous le nom de Félix V. Mais son élection par une fraction seulement des cardinaux et son effacement ultérieur devant un rival font que l'Église catholique le considère comme le dernier des « antipapes » (ou papes concurrents du pape officiel) qui ont émaillé son Histoire, notamment lors du Grand Schisme (1378-1415).

    Gabriel Vital-Durand
     
     

    Un duc favorisé par le destin

    Amédée VIII recevant la tiare (Anthelme Trimolet, XIXe siècle, Chambéry ; musée des beaux-arts)

    Selon Charles-Eugène, Maréchal-prince de Ligne, l'existence idéale consisterait à vivre « comme un page à dix ans, une jolie femme à vingt, un colonel de chevau-légers à trente, un gouverneur à quarante, un ambassadeur à cinquante, un homme de lettres à soixante, un duc à septante et... un cardinal à quatre-vingts ans »(Mémoires, vers 1790) ! Eh bien, c'est là le destin d'Amédée, huitième du nom, dit  le Paisible, premier duc de Savoie.

    Le futur pape naît à Chambéry le 4 septembre 1383. Son grand-père Amédée VI, le Comte Vert, puis son fils Amédée VII, le Comte Rouge, ont bien bataillé pour étendre la Savoie vers Berne, Lyon, Nice et Milan.

    Leur comté, qui s'est constitué autour de Chambéry, fait partie du Saint Empire. Par les guerres et les mariages, il se présente comme l'une des plus puissantes principautés d'Europe occidentale.

    Mais le jeune prince perd son père à l'âge de huit ans, en 1391, des suites d'un accident de chasse. De mauvaises langues évoquent un empoisonnement dont se serait rendue coupable la propre mère du défunt, Bonne de Bourbon, cousine du roi de France Charles V.

    Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi profite de la discorde entre la mère et la veuve pour précipiter le mariage de sa propre fille, Marie de Bourgogne, avec le jeune Amédée.

    Les noces sont célébrées avec faste le 29 octobre 1393 à Chalons-sur-Saône. Les jeunes époux ont... dix et sept ans ! Sitôt après leurs noces, ils vont être séparés pour dix ans.

     

    Un souverain éclairé

    Amédée tombe sous la coupe de son beau-père, le duc de Bourgogne, qui garde l'oeil sur ses affaires pendant qu'il reçoit une éducation plutôt soignée.

    Ensuite les jouvenceaux vont filer un amour de vingt ans qui donnera le jour à sept enfants. Marie meurt en couches en 1422. Quant à Amédée, il se révèle rapidement de taille à gérer son comté de Savoie. Il compense l'absence de dispositions militaires par des talents diplomatiques hors du commun.

    Au septentrion, il consolide ses relations avec Berne. À l'ouest, il repousse la frontière jusqu'à la Saône et réussit par des manoeuvres habiles à prendre la succession des comtes de Genève et à s'installer au couvent des Dominicains de Plainpalais, tandis que son vidame réside en la Tour de l'Isle, une bastille plus imposante.

    Il reste en bonne intelligence avec les évêques de Genève, notamment Jean de Brogny, et reçoit le pape Martin V en grande pompe à la cathédrale Saint-Pierre. Au Midi, il vient à bout des princes rebelles, les Grimaldi, les marquis de Saluces et de Montferrat. À l'Orient, il conquiert le val d'Ossola au Sud des Alpes et renforce ses positions en Valais. Il finit par reprendre le Piémont, qui s'était détaché de la Savoie un siècle plus tôt.

    Amédée accueille le pape Benoît XIII à Nice en 1404 et invite l'empereur allemand Sigismond à Chambéry en 1416. Ce dernier s'acquitte de sa dette en élevant la Savoie au rang de duché. Amédée se pique de droit et de lettres. Il rédige les « Statuta Sabaudiæ » qui serviront de code civil au duché et fonde l'université de Turin.

     

    Bonne chère à Ripaille

    Le duc Amédée VIII de Savoie, qui ne craint pas le voisinage des clercs, fonde le prieuré de Ripaille en 1410, près du lac Léman, et y installe des chanoines réguliers de Saint Augustin qui relèvent de l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune. Il fonde aussi l'ordre des chevaliers de Saint Maurice, qui prendra plus tard le nom des Saints Maurice et Lazare.

    Le site de Ripaille est agrandi et modernisé. C'est un ensemble monumental qui comprend, outre le prieuré, un palais agrémenté de sept tours, un parc splendide et un port bien défendu avec des galères. Selon le chroniqueur, « si la demeure d'Amédée n'était pas indigne d'un roi ou d'un pape, celles de ses compagnons auraient pu être offertes à des cardinaux ».

    Certains esprits forts ne manquent pas de suggérer qu'à défaut de la compagnie des femmes, l'on y fait bonne chère et mène grand train. Un adage du temps affirme d'ailleurs : « facere ripaliam, hoc est indulgere ventri » (faire ripaille, c'est soigner son ventre). De là nous vient l'expression populaire : « faire ripaille », synonyme de faire bombance.

     

    Le pape Félix V (également duc de Savoie sous le nom d'Amédée VIII) se réconcilie avec Nicolas V (

    La tiare pontificale, consécration suprême

    Le 7 novembre 1434, le duc de 51 ans, au faîte de sa gloire et de ses succès, convoque sa cour et sa parentèle à Ripaille pour leur annoncer qu'il se retire dans son prieuré. Il laisse le pouvoir à son fils Louis, comte de Genève, sans abdiquer toutefois.

    Son autorité morale ne fait que s'accroître et lorsque le pape Eugène IV vient à déplaire au Sacré Collège, les cardinaux, qui souhaitent se réunir en conclave à Bâle, s'arrêtent pour se refaire une santé... à Ripaille.

    Ne vont-ils pas soudain s'aviser que leur hôte - en odeur de sainteté - pourrait bien être de taille à réconcilier la chrétienté déchirée par le Grand schisme d'Occident ?

    Et voici notre grand homme élu pape. Il n'accepte la charge qu'après beaucoup d'hésitations, le 15 février 1440, et prend le nom de Félix V. Il est intronisé le 23 juillet 1440 dans la cathédrale de Lausanne.

    Il prend Enée Piccolimini comme secrétaire, lequel deviendra Pie II. Las, Eugène IV s'accroche à la tiare. Le nouveau duc Louis Ier poursuit des chimères en Orient d'où son épouse, la séduisante Anne de Chypre, rapportera le Saint Suaire à Chambéry. Selon un chroniqueur, « elle est une femme incapable d'obéir unie à un homme incapable de commander ».

    Coup de théâtre en avril 1449. Félix V, désabusé par les intrigues du Saint Collège et désormais tourné vers son salut éternel, abdique son pontificat en la cathédrale de Lausanne.

    Avec le renoncement volontaire du dernier des « antipapes », c'en est bien fini du Grand Schisme d'Occident qui a déchiré et affaibli l'Église catholique pendant près d'un siècle.

    Le pape Nicolas V, décidément bon prince, nomme son rival... évêque de Genève, légat pontifical et cardinal du Sacré Collège. Amédée meurt en 1451, respecté de tous bien qu'antipape !

     

    Éphéméride du Jour 5:  30 octobre 1439 - Le duc Amédée VIII devient pape

     

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