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    Je jette mon argent par les fenêtres

     

     

    Côté économies, dans la vie, il y a les cigales et les fourmis. Ceux qui vivent de manière ascétique, ceux qui dépensent sans compter, et tout ce qui se trouve entre les deux. Le dernier billet de la série de Geneviève Pettersen sur l’argent.

     

    Geneviève Pettersen du magazine Châtelaine

     

     

    Finances:   Je jette mon argent par les fenêtres


    Photo: istock

     

     

    De retour à notre programmation régulière après l’événement tragique de Québec. J’avais commencé une série de trois billets pour explorer mon rapport à l’argent, à l’épargne et à la retraite. J’ai décidé de réfléchir à la question financière pour deux raisons. La première, c’est que l’argent m’angoisse. La seconde, c’est que je n’arrive pas à économiser, même si je sais que ça mettrait fin auxdites angoisses.

    J’aime bien me rassurer en me disant que mon compte d’épargne indique un beau gros zéro parce que le coût de la vie a considérablement augmenté, que je pratique un métier précaire et qu’avoir trois enfants, ça coûte cher. Mais pour être honnête, j’avouerais que mes habitudes de consommation y sont aussi pour quelque chose.

    Michelle McGagh, qui a travaillé comme journaliste financière pendant 10 ans tout en connaissant des fins de mois difficiles, est arrivée au même constat[1]. Afin de mettre à l’épreuve ses habitudes de consommation et enfin comprendre pourquoi elle était toujours à la dernière cenne, elle a décidé de vivre pendant un an en n’achetant que le nécessaire. On peut d’ailleurs en apprendre plus sur son expérience sur un blogue publié dans The Guardian.

    Pendant cette période, Michelle McGagh n’a porté que des vêtements qu’elle possédait déjà, ne s’est déplacée qu’en vélo et n’a mangé que des repas faits maison. Adieu shopping spree, voyages dans le Sud, café à emporter, coiffeur, esthéticienne, gym, librairie et sorties dans les bars ou au cinéma. Douze mois durant, la journaliste n’a fait que les dépenses strictement nécessaires : l’hypothèque, l’épicerie, l’assurance maladie, les frais de téléphonie mobile, l’Internet. Seuls les produits cosmétiques essentiels, comme le shampooing et le dentifrice, avaient le droit de siéger dans sa salle de bains. Résultat : Michelle a économisé 23 000 dollars et a pu payer toutes les dettes qu’elle avait accumulées depuis des années. Oui, vous avez bien lu, 23 000 piasses.

    Si, comme moi, vous croyez que c’est impossible, sortez une calculatrice, ouvrez votre dernier relevé bancaire et épluchez votre compte de carte de crédit. Vous verrez que si vous coupez toutes les dépenses jugées non nécessaires à la subsistance, le montant total de vos économies potentielles s’approchera dangereusement du sien.

    Après, on peut se demander si l’on a envie de vivre de cette façon. La journaliste confie d’ailleurs qu’elle a trouvé son expérience difficile par moments. Plusieurs choses lui manquaient : sa crème hydratante, son parfum et la possibilité de prendre l’autobus par grand froid ou les jours de pluie, par exemple. Il est clair que ce mode de vie ascétique est difficile à maintenir à long terme, mais il est sans doute bon de faire le tour de ses dépenses et de réaliser à quel point on jette son argent par les fenêtres. J’ai fait le test, et j’en suis venue à la conclusion que je dépense environ 100 $ par mois pour des trucs complètement inutiles et superflus. Je ne vous dirai pas lesquels, puisque chacun a sa propre définition de ce qui lui est essentiel. Je vous dirai seulement que je vais tenter de prendre ce 100 $ et de l’économiser. Ainsi, le solde de mon compte d’épargne ne sera plus à zéro et la jauge de mon angoisse va descendre. Petit train va loin, mon comptable l’a dit.

    [1] Source : https://sympa-sympa.com/inspiration-histoires/pendant-un-an-cette-fille-na-achete-que-le-strict-necessaire-regarde-combien-elle-a-economise–96060/

     

    Finances:   Je jette mon argent par les fenêtres

     

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    Comment les couples gèrent-ils leur argent?

     

    Parler de sexe, y’a rien là. Mais parler d’argent? Ouh là là… C’est sale, on ne touche pas à ça. Une chercheuse a pourtant convaincu des milliers de couples d’ouvrir leurs livres. Une première au Québec! Qui paye le loyer, l’épicerie, l’auto chez vous? Comment partagez-vous (ou pas) les revenus? Cachez-vous des dépenses à chouchou? De son enquête minutieuse, la sociologue Hélène Belleau a tiré un livre fascinant qui renverse des mythes et force à réfléchir. Et peut-être à agir. On en publie ici un extrait. On s’est aussi entretenu avec elle.


    Marie-Hélène Proulx du magazine Châtelaine

     


    Peu de conjoints discutent de leur manière de gérer l’argent ou des conséquences que ça peut avoir sur eux. Même les médias sont avares sur le sujet. « C’est top secret, classé X », écrivez-vous dans L’amour et l’argent – Guide de survie en 60 questions. Pourquoi ?


    Parler d’argent va à l’encontre de la logique amoureuse, qui ne fonctionne pas selon les mêmes codes que la logique marchande. C’est difficile de dire à l’autre : « ça, c’est à moi, c’est moi qui l’ai payé », ou « ça, on devrait le partager en cas de séparation »… Ça suggère que la relation pourrait se terminer. Ça oppose le couple plutôt que de le maintenir ensemble. Or, l’amour repose sur la fiction de la durée, sur l’idée qu’on va s’aimer toujours. C’est ce qui fait d’ailleurs qu’on s’engage, qu’on s’investit… Aussi, beaucoup de partenaires craignent de paraître calculateurs et matérialistes en mettant de l’avant leurs intérêts personnels, alors qu’en amour on est censé privilégier les intérêts de l’autre et du couple. On est dans l’altruisme, le don de soi, le désintérêt.


    Il faut vraiment comprendre que les amoureux ne raisonnent pas comme deux entrepreneurs qui font des affaires ensemble. Leur logique n’est pas moins valable : l’amour est essentiel au fonctionnement de la société. La famille serait invivable si elle reposait sur du donnant-donnant. Je le précise parce que bien des gens se sentent coupables et idiots après une rupture, quand ils s’aperçoivent qu’ils se sont appauvris. Je pense notamment aux femmes ayant mis de côté leur carrière pendant des années pour prendre soin de la famille. En se disant que les choses s’équilibreraient un jour… Et qui n’anticipaient pas l’éclatement de leur couple. Elles avaient confiance. Quand on fait confiance, on se dit qu’on n’a pas besoin de signer des contrats, de négocier des ententes. Ni même de se marier.

     

    Finances:  Comment les couples gèrent-ils leur argent?


    Photo: iStock

     

    Est-ce qu’un couple peut fonctionner même si les deux n’ont pas le même rapport à l’argent?

    Tout à fait. Dans le cadre de l’une de mes recherches, les partenaires étaient interviewés séparément, à quelques semaines d’intervalle. Or, certains avaient des modes de gestion si différents l’un de l’autre que j’ai d’abord cru qu’il y avait eu des erreurs d’arrimage entre conjoints ! L’essentiel est d’organiser ses affaires pour qu’aucun des deux ne se sente brimé dans ses priorités de dépenses.

    Votre enquête révèle que 10% des gens se font des cachotteries en matière de finances. Qu’ils dissimulent une partie de leur revenu délibérément, par exemple… Comment expliquez-vous ce comportement?

    Ça témoigne souvent d’inconforts inexprimés. Parfois, un partenaire peut avoir cédé à la volonté de son amoureux, qui insistait pour que le couple mette tout en commun… Mais ça l’étouffe, alors il se constitue une réserve secrète. D’autres cachent de l’argent par insécurité, en cas de rupture.


    Qu’est-ce qui vous a le plus surprise en faisant votre recherche ?

    Les Québécois se distinguent par leur manière de gérer leur argent. Ailleurs dans le monde, les couples mariés ont tendance à mettre leurs revenus en commun, tandis que ceux en union libre administrent leurs finances séparément. Mais pas ici : les comportements des époux et des conjoints de fait se ressemblent étrangement. La décision de regrouper les ressources dépend surtout de la longévité de l’union, et non du statut matrimonial.

    Autre fait étonnant : contrairement à ce qu’on pense, il y a proportionnellement beaucoup plus de couples mariés dans les villes qu’à la campagne. Plus on s’éloigne des centres urbains, plus on retrouve d’unions libres. C’est une option très populaire chez les Canadiens français d’origine catholique. Dans certaines régions du Québec, 80% des enfants naissent hors mariage.

     

     

    Finances:  Comment les couples gèrent-ils leur argent?


    Source: L’amour et l’argent – Guide de survie en 60 questions, Éditions du remue-ménage, 2017

     

    On découvre aussi en vous lisant qu’encore aujourd’hui, même chez les plus jeunes couples, ce sont surtout les femmes qui sont vulnérables sur le plan financier.


    Bien sûr. Parce qu’à la base, leur salaire moyen est inférieur à celui des hommes. Ce qui conduit à toutes sortes de déséquilibres. Prenons un couple qui a pour mode de gestion le partage des dépenses, comme c’est le cas de 37 % des familles au Québec. Les factures peuvent être payées moitié-moitié, ou proportionnellement au revenu de chacun. Sauf que certains font du moitié-moitié même quand l’un a des revenus plus faibles que l’autre – et c’est souvent la femme. Contribuer aux dépenses au prorata de ses revenus ne règle pas forcément le problème, parce que le couple aura tendance à avoir un niveau de vie à la hauteur de celui qui gagne plus. Le moins fortuné vivra donc au-dessus de ses moyens, grugeant dans ses économies, s’endettant même vis-à-vis de son partenaire pour être en mesure de le suivre dans ses activités.


    Les femmes vivant en union libre sont particulièrement à risque. Bien des gens pensent qu’après quelques années de vie commune, ou l’arrivée d’un enfant, les conjoints de fait sont aussi protégés que les époux. Que le partage des biens se fera équitablement en cas de rupture. Mais c’est faux – le mariage automatique est un mythe. Le cas classique, c’est celui du jeune couple qui s’installe. Arrivent les enfants. Pas besoin de se marier – les petits témoignent de leur engagement ! La femme réduit ses heures de travail pour en prendre soin, tandis que l’homme met les bouchées doubles au bureau pour compenser la perte de revenu. Il obtient une promotion. Son salaire augmente, il contribue davantage à son fonds de retraite. Il achète des meubles, des biens immobiliers, une voiture… Tout ça à son nom, puisqu’il a un meilleur crédit. Pendant ce temps, la conjointe s’occupe avec son propre salaire des dépenses du quotidien – les vêtements, la nourriture, les trucs périssables… Survient une mésentente profonde ; le couple se sépare. Monsieur repart avec la voiture, les meubles, les placements, parfois la maison, et poursuit sa carrière. Tandis que madame se retrouve avec ses sacs d’épicerie vides, dans un petit logement loué.


    Qu’est-ce qu’on peut faire pour pallier ces préjudices ?

    Le livre suggère quelques solutions pour atténuer les déséquilibres créés par les écarts de salaire importants dans un couple. Par exemple, déterminer un montant de base pour les deux conjoints avant de faire le partage des dépenses au prorata des revenus, planifier l’épargne à deux, etc. Ensuite, avec l’aide de juristes, la coauteure du livre Delphine Lobet et moi-même présentons un modèle de contrat de vie commune très simple et potentiellement rétroactif pour les couples qui ont déjà vécu quelques années ensemble. Les conjoints pourront s’en inspirer sans s’embarquer dans des négociations trop fastidieuses, nous l’espérons. Tout contrat est contestable, mais mieux vaut avoir un contrat contestable que pas de contrat du tout. Et ça ne dispense pas de consulter un expert du droit, évidemment.

    Ceci dit, au-delà des choix qu’on peut faire comme couple, il faudrait aussi que l’État revoit le concept de « revenu familial », utilisé notamment pour déterminer les mesures d’aide gouvernementale auxquelles un ménage a droit. Parce que ça aussi, ça mène à des situations criantes d’injustice… Le revenu familial est basé sur l’idée que les conjoints mettent en commun leurs salaires, et que tout est repartagé de manière plus ou moins équitable entre les deux. Sauf qu’il n’y a que la moitié des couples qui fonctionnent comme ça. Les autres font compte à part et partagent les dépenses. Ainsi, un père qui refait sa vie avec une femme qui gagne beaucoup plus que lui verra son crédit d’impôt pour services de garde diminuer parce que son « revenu familial » est maintenant beaucoup plus élevé. Et ce, même s’il ne touche pas un sou du revenu de sa conjointe, et qu’il est seul à s’acquitter des dépenses pour ses enfants ! Ça n’a aucun sens. J’espère que ce livre contribuera à faire bouger les choses.

     

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    La retraite, ça sert à quoi?

     

    Magasiner moins. Éviter les restos. Couper dans sa consommation de cafés au lait. Les conseillers financiers sont formels: il faut qu’on se mette à éco-no-miser en vue de notre retraite. Et si le concept même de retraite était à revoir?, demande plutôt Geneviève Pettersen.


    Geneviève Pettersen du magazine Châtelaine

     


    Depuis que j’ai compris qu’il me serait sans doute impossible d’arrêter de travailler avant mes 99 ans, j’ai commencé à réfléchir sur le principe même de retraite. Je me suis demandé d’où ça venait, cette folle idée-là, depuis combien de temps ça existait et, surtout, si c’était encore viable aujourd’hui. J’ai donc pris mon clavier à deux mains et j’ai fait appel à mon ami historien Laurent Turcot. Dans un message Facebook enflammé, je lui ai parlé de mon intuition, à savoir qu’à une époque pas si lointaine, on travaillait jusqu’au jour de notre mort. Laurent l’a confirmé.

     

    Finances:  La retraite, ça sert à quoi?


    Photo: iStock

     

    Le concept de « prendre sa retraite » est bel et bien quelque chose de récent dans notre histoire. On voit apparaître quelques heureux retraités dès le début du 20e siècle, mais c’est vraiment entre 1945 et 1975, avec l’arrivée de l’État providence et de la syndicalisation, que l’idée de retraite se répand. Et même si au début elle touchait des milieux précis (militaires, policiers, ouvriers, manoeuvres), où les travailleurs étaient soumis à une forte pression physique et/ou psychologique, elle s’est vite étendue aux autres professions.


    C’est bien beau tout ça, mais pas besoin de creuser bien loin pour se rendre compte que le plan de retraite n’est hélas plus accessible à tous. «Compte tenu des bouleversements en cours (structure de l’emploi, émergence des pays asiatiques, crise climatique, désindustrialisation)»[1], la liberté 55 est appelée à disparaître. Car la retraite telle qu’on l’a connue pendant quelques décennies ignore «les bouleversements que vit le monde du travail avec la fin des grandes entreprises paternalistes et la multiplication des emplois précaires [et ne prend] pas en compte la diversité des situations, laquelle exige un maximum de souplesse[2]».


    Qui plus est, dans la plupart des discours sur la retraite, on occulte complètement la notion de plaisir lié au travail. On nous dit plutôt d’accumuler de l’argent le plus rapidement possible pour cesser de travailler au plus tôt de notre vie. On va même, dans certains cas, parler d’indépendance financière plutôt que de retraite. Par ceci, on entend qu’un individu peut continuer à travailler par choix et non par obligation. C’est un bien joli concept, mais tout aussi inatteignable pour le commun des mortels qui a des dettes d’études et occupe des postes précaires.


    Il est clair dans ma tête qu’un travailleur dont l’emploi n’est pas la principale passion envisage la retraite le plus rapidement possible dans sa carrière. Il est aussi vrai que, dans certaines sphères, il est impossible d’exercer son métier au-delà d’un certain âge, passion ou pas. Pour ces gens, la retraite devrait être un droit inaliénable. Mais pour nous, qui exerçons un métier plus «facile», un métier qui nous passionne, est-ce vraiment nécessaire? Pour moi, l’idée de cesser d’écrire et de communiquer à 55 ans est tout simplement farfelue. Et je ne suis pas la seule puisque je connais bon nombre de travailleurs qui, arrivés à leur retraite, prennent un emploi à temps partiel pour se désennuyer et se sentir utiles dans leur communauté. C’est vrai que le spectre de la maladie pèse sur nous et, qu’idéalement, on devrait avoir un peu d’argent de côté en cas d’imprévu, mais reste qu’il y a quelque chose de foncièrement aliénant dans cette quête effrénée de retraite.

     

    [1] https://www.herodote.net/Histoire_sociale-synthese-537.php

    [2] https://www.herodote.net/Histoire_sociale-synthese-537.php

     

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    Je ne pourrai jamais prendre ma retraite

     

    Il y a des gens qui économisent tant et si vite qu’ils prennent leur retraite avant d’avoir un seul cheveu gris. Et il y a ceux qui font partie de la génération carte de crédit. Le premier de trois billets sur l’argent, signé Geneviève Pettersen.


    Geneviève Pettersen du magazine Châtelaine

     


    Quand je pense à des concepts financiers comme le REER et le CELI, mon cœur se met à battre plus vite. Même affaire quand L’actualité nous présente un dossier spécial retraite où un journaliste économique nous explique savamment que si on veut être capable de couler nos vieux jours à l’abri du besoin, on devrait commencer à économiser alors qu’on se vautre encore dans l’utérus douceret de notre mère. J’exagère à peine.


    Et lorsque, sur l’écran de ma tv achetée à crédit, je vois apparaître un magnifique couple de jeunes retraités sillonnant les eaux azur de la Méditerranée à la barre d’un voilier qu’ils ont réussi à se payer en suivant judicieusement les conseils de leur planificateur financier, je me demande s’il y a juste moi qui trouve ça angoissant de même.

     

    Finances:  Je ne pourrai jamais prendre ma retraite

    Photo: iStock

     

    Mon angoisse a plafonné cette semaine, alors qu’un jeune couple est venu expliquer à Salut Bonjour! comment il avait réussi à atteindre l’indépendance financière avant ses 40 ans. Oui, vous avez bien lu. Même que la femme interviewée a pris sa retraite à 36 ans. On peut suivre leurs aventures sur leur blogue, d’ailleurs: jeuneretraite.ca.


    J’ai regardé ça, la gueule à terre, en me demandant comment ces gens arrivaient à accomplir un tel exploit alors que je peinais à payer mon compte d’Hydro à temps. L’animateur leur a d’ailleurs posé la question. La réponse m’a achevée : en adoptant un mode de vie frugal (pas d’auto, pas de maison, etc.), en mettant plus de la moitié de leur salaire de côté et en n’ayant pas d’enfants. Certes, ces gens n’ont pas de dettes d’études, ont un emploi stable où ils peuvent compter sur une rémunération constante et ils n’utilisent pas leur carte de crédit.


    J’ai écouté ça, le cœur battant, en me disant que moi, je ne serais jamais capable d’arrêter de travailler pour la simple et bonne raison que je n’arrive pas à économiser. Pas que je ne veux pas, je n’y arrive pas. Importante nuance. Je ne sais pas comment faire pour accumuler de l’argent alors que je ne sais pas précisément quand et, surtout, combien je serais payée la prochaine fois. Et, je vais être franche avec vous, une fois que j’ai réglé l’hypothèque, ma voiture (une Kia, pas une Mercedes), l’épicerie, les comptes courants, le service de garde et la garderie, il me reste encore à rembourser mes dettes d’études, ma carte de crédit et les impôts. Laissez-moi vous dire qu’au bout du compte, il ne me reste même pas une cenne noire à mettre dans un compte épargne.


    Je vous dis ça, et j’ai honte. Je me dis que je devrais trouver un moyen d’épargner pour mes vieux jours malgré tout. En même temps, quand je parle aux gens autour de moi, je me rends compte qu’on est une maudite gang dans cette situation. Je ne garroche pas mon argent par les fenêtres et je ne fais pas de folies (sauf la fois où je me suis acheté une sacoche à 600 piasses). Pourtant, je n’arrive pas à économiser. Alors je fais comme plusieurs et je me fais accroire que tout va être correct et que rendu là, j’en trouverai bien une, de solution. Mais je sais que cette pensée magique n’a de magique que le nom et qu’on va être plusieurs à pédaler en dentier dans quelques années. J’y pense, et mon cœur recommence à battre vite.

     

    Finances:  Je ne pourrai jamais prendre ma retraite

     

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    Gérer l'argent de ses parents

     

    Vous devez gérer l'argent de vos parents? Il vous faudra alors agir «en bon père de famille» et ne pas outrepasser vos droits. Un défi de taille, mais qu’il est possible de relever.

     

    Gérer l'argent de ses parents

    iStockphoto.com

     

    Vos parents ne peuvent plus ou, tout simplement, ne souhaitent plus gérer eux-mêmes leurs affaires. Quelle que soit la raison, vous pourriez donc devenir non seulement un aidant naturel, mais également un administrateur du bien d’autrui. 

    «La personne qui gère les actifs de ses parents, parce qu’elle est nommée dans une procuration ou un mandat en cas d’inaptitude, se fait donner un chèque en blanc», lance d’entrée de jeu la notaire Danielle Beausoleil, associée au bureau Prud’Homme, Fontaine, Dolan. 

     

    La procuration

    Une procuration générale accorde beaucoup de pouvoirs aux enfants. «Il vaut toujours mieux circonscrire ces pouvoirs en fonction des besoins des gens», ajoute Me Danielle Beausoleil. La personne qui rédige une procuration à l’intention de son enfant devrait spécifier, par exemple, si celui-ci pourra retirer des sommes du compte de banque. Si oui, on précise un montant maximal et à quelles fins il peut le faire. On peut aussi indiquer si ce dernier peut vendre ou non la maison, piger dans les REER, etc. 

     

    «Même s’il est en possession d’une procuration, précise Me Beausoleil, l’enfant devra rendre des comptes au parent en lui disant, par exemple, qu’il a retiré 3 000$ de son compte aujourd’hui pour payer telle facture. Dès qu’on est nommé l’administrateur du bien d’autrui, on a l’obligation d’agir en bon père de famille, dans le respect des termes de la procuration, en tenant le parent au courant de nos actions.» 

    Lorsque les capacités mentales sont touchées, la procuration n’a plus sa raison d’être. On doit alors vérifier si un mandat en prévision de l’inaptitude a été rédigé par le passé. Il faudra également prouver l’incapacité du parent. Selon le Curateur public, une personne est inapte lorsqu’elle est incapable de s’occuper d’elle-même ou d’administrer ses biens. L’origine peut être une maladie dégénérative ou mentale, un accident vasculaire cérébral, etc. Une évaluation médicale et psychosociale est alors nécessaire. Suivra ensuite la procédure judiciaire qui confirmera l’incapacité, avec l’homologation du mandat. Il faudra compter entre 3 et 6 mois, parfois plus, pour ce faire.

     

    Puisque ses avoirs seront gelés durant cette période, il est recommandé, quand tout va bien, que le parent donne une procuration à son mandataire, afin qu’il puisse payer les dépenses les plus pressantes. 

    À 87 ans, Jeanne est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Il y a huit ans, elle avait signé une procuration par laquelle sa fille Louise était désignée pour s’occuper de ses avoirs financiers. Alors qu’elle avait encore toute sa tête, Jeanne en avait profité pour nommer sa fille mandataire en signant un mandat en cas d’inaptitude afin que cette dernière administre ses biens et veille à sa protection. 

     

    En l’absence de son mari, décédé, Jeanne fait entièrement confiance à sa fille aînée. Précisons que la dame a pris le soin de détailler ses désirs et les tâches de sa future mandataire, par exemple, les pouvoirs de Louise quant à la gestion des placements, au choix du type d’hébergement, au consentement aux soins et aux traitements de fin de vie... 

     

    Dans le cas présent, le pouvoir accordé à Louise par le mandat est celui d’une «simple administration». Louise devra donc investir les économies de Jeanne dans des «placements présumés sûrs». L’idée, c’est que le capital de Jeanne ne diminue pas ou ne soit pas dilapidé au fil des ans. 

     

    À l’opposé, «une pleine administration accorde tous les pouvoirs au mandataire, sauf celui de donner de l’argent», rappelle la notaire Beausoleil. Dans un tel cas, le mandataire doit faire fructifier les biens du mandant. Il a également le pouvoir de vendre ses propriétés, ses biens et même d’hypothéquer un immeuble lui appartenant. 

     

    Jeanne n’a pas jugé nécessaire de nommer comandataire son fils Mario, qui a des enfants adolescents et une vie professionnelle chargée. Louise devra tout de même rendre des comptes à son frère et lui démontrer qu’elle respecte les volontés de leur mère, en plus d’agir dans son intérêt supérieur. Dans le cas de tout mandat, la transparence du mandataire est de mise afin d’éviter les conflits familiaux. 

    En l’absence de mandat, les enfants du parent déclaré inapte devront réunir la famille et les amis, afin d’avoir leur avis sur le choix de celui qui le représentera. Et que fait-on quand il s’agit d’une famille recomposée? «C’est toujours plus délicat. On pourrait nommer deux mandataires, soit le présent conjoint et un enfant de la précédente union», remarque Danielle Beausoleil. 

     

    Le Curateur public pourrait toujours intervenir en cas d’abus ou de conflit, ou encore si le mandat ne peut être homologué. Il doit alors ouvrir un régime de protection. Un tuteur pourrait être nommé si l’inaptitude du parent est partielle et temporaire. S’il s’agit d’une inaptitude totale et permanente, on désignera plutôt un curateur pour représenter cette personne. 

     

    Avant de rédiger le mandat en cas d’inaptitude de ses clients, la notaire Danielle Beausoleil leur soumet ce questionnaire : 

    • Advenant votre inaptitude, qui prendra soin de vous, décidera des questions médicales, de l’endroit où vous serez hébergé, etc.? 
    • Advenant votre inaptitude, qui administrera vos biens? Est-ce la même personne qui s’occupera de votre patrimoine personnel et de vos sociétés? 
    • Êtes-vous seul actionnaire de vos sociétés? Sinon, avez-vous une convention d’actionnaire? Possédez-vous une société de gestion? 
    • Pour chaque personne que vous nommez, qui voulez-vous indiquer (1 ou 2) comme remplaçants? 
    • Durant la période d’homologation de votre mandat, qui peut facilement varier entre 3 et 6 mois, consentez-vous à accorder à votre mandataire des pouvoirs de simple administration afin qu’il puisse payer les différents comptes sur production de factures? 
    • Vos mandataires peuvent-ils faire des placements selon leur bon jugement ou désirez-vous qu’ils soient limités aux placements présumés sûrs? 
    • Désirez-vous que vos mandataires rendent compte de leur gestion à quelqu’un annuellement? Si oui, à qui? 
    • Y a-t-il des personnes qui sont financièrement à votre charge? 
    • Avez-vous des enfants mineurs? Si oui, qui agirait comme tuteur advenant votre incapacité et celle de leur père? 
    • Désirez-vous rester à domicile le plus longtemps possible? 
    • En cas d’hébergement, avez-vous des critères particuliers ? Par exemple: propreté, hygiène, lieu, clarté, chambre privée, etc. 
    • Êtes-vous à l’aise avec des clauses qui précisent que vous êtes contre toute forme d’acharnement thérapeutique? 
    • Consentez-vous au don d’organes? Si oui, svp me fournir votre numéro d’assurance maladie. 
    • En cas d’inaptitude partielle ou temporaire (ex.: résultant d’un AVC), désirez-vous que préséance soit accordée au mandat de préférence à l’ouverture d’un régime de protection (tutelle au majeur)? 

      

    Le mandat en quelques chiffres (données 2010) 

    • Au Québec, 36% des adultes ont préparé leur mandat en cas d’inaptitude, soit 2,2 millions de personnes. 
    • L’âge moyen du mandant lors de l’homologation est d’environ 80 ans. 
    • Les mandataires sont les enfants dans près de 60% des cas et le conjoint dans près de 20% des cas. 
    • L’âge moyen des mandataires est d’environ 60 ans, et près de 55% sont des femmes. 

    Source: Le Curateur public du Québec

      

    Pour en savoir plus

    Consultez les sites Internet de la Chambre des notaires du Québec (www.cnq.org) et du Curateur public du Québec (www.curateur.gouv.qc. ca/cura/fr/index.html).

     

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