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    Alexandre à la bataille de Gaugamèles

    (1er octobre 331 av JC)

     

    Batailles mémorables de l’Histoire de l’Europe. Deuxième partie

     
     
    Alexandre à la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 av JC)

    Jan Brueghel l’Ancien, La Bataille de Gaugamèles, 1602. Coll. Musée Du Louvre. Domaine public.

     

    Fils du célèbre Philippe de Macédoine, Alexandre hérite de ce dernier un royaume qui avait vaincu tant ses ennemis du nord, les Thraces, que ceux du sud, les cités-États helléniques, y compris les puissantes cités d’Athènes et de Thèbes battues à la bataille de Chéronée (338 av JC).

     

    Contexte et personnage

    Après l’assassinat de Philippe à l’été 336, Alexandre monte sur le trône et, dès l’année suivante, entreprend les dix années de campagne qui lui permettront de conquérir un gigantesque empire. Commençant par achever la pacification de la Grèce (Thèbes, la rebelle, est rasée définitivement à l’automne 335), Alexandre se tourne à partir de 334 vers le véritable but de ses ambitions, la conquête de la Perse, déjà projetée par son père. Selon ses biographes, on peut penser que ses motivations étaient tant de venger les invasions du Ve siècle que de vaincre une civilisation perse considérée comme un ennemi héréditaire, incarnant l’exact opposé de la civilisation hellénique en termes d’attachement à la liberté des peuples ; bref, il s’agissait de renverser l’empire achéménide pour garantir définitivement les libertés des Grecs.

     

    Au printemps 334, après avoir traversé le Bosphore et être passé par le site de Troie afin d’honorer les héros homériques (dont il fut éminemment inspiré par son précepteur, Aristote), il commence par remporter la victoire du Granique, petit cours d’eau situé non loin de la côte derrière lequel s’étaient retranchées les troupes perses. Pacifiant ensuite toute l’Asie mineure (siège des cités portuaires de Milet et d’Halicarnasse), Alexandre bat l’armée perse commandée par le roi Darius en personne, à la bataille d’Issos. Dès lors, maître d’une bonne moitié de l’Empire, Alexandre profite des deux années qui suivent pour anéantir la puissance navale perse en Méditerranée et conquérir la Judée, puis la lointaine Égypte. En 331, de retour d’Égypte, il décide de supplanter définitivement Darius en allant le vaincre au cœur même de son royaume, en Mésopotamie. La rencontre décisive des deux armées a lieu juste à l’est de la ville actuelle de Mossoul, sur une plaine découverte que l’on dénomme Gaugamèles.

     

    À l’époque de cette bataille, Alexandre a déjà atteint et même dépassé les ambitions que nourrissait son père. Doté d’une éducation princière (instruction dans les disciplines de la musique, de la poésie, de la chasse, de l’équitation et de l’art oratoire), élevé par son précepteur Aristote dans l’imaginaire des poèmes homériques et instruit des disciplines intellectuelles de son époque (géométrie, rhétorique…), Alexandre a démontré très tôt une aptitude certaine au commandement. Ainsi à la bataille de Chéronée, il commande la cavalerie et mène, sur le flanc gauche de l’armée macédonienne, une charge victorieuse contre l’armée coalisée des cités de Thèbes et d’Athènes. L’histoire le décrit par ailleurs comme un jeune homme à l’esprit et au physique avantageux, doté d’un caractère impétueux, fougueux et impatient, toutes qualités qui prédestinent celui qui se disait fils de Zeus à vivre l’un des destins les plus glorieux de l’histoire européenne.

     

    La bataille

    À Gaugamèles, le rapport de force s’établit largement en faveur de Darius, qui rassemble environ cinq fois plus de combattants qu’Alexandre. « Roi des rois », il dispose notamment d’une infanterie d’élite composée de mercenaires grecs, de chars équipés aux roues de longues faux tournantes, d’une quinzaine d’éléphants de guerre et d’une cavalerie à la fois lourde (cavaliers perses équipés de cottes de maille) et légère (cavaliers des steppes scythes et bactriens, habitués à vivre à cheval). En outre, parvenu sur place en premier, Darius a veillé à préparer le terrain à son avantage, allant jusqu’à faire enlever les broussailles et autres obstacles pouvant freiner les charges de sa cavalerie.

     

    Bataille de Gaugamèles

    Bataille de Gaugamèles et fuite de Darius, gravure de la fin du XVIIe siècle. Domaine public.

     

    Tout laisse présager une victoire perse

    Pourtant, au matin de la bataille, Alexandre, vêtu d’une simple tunique de lin blanc, épée à son flanc et casque à plumes blanches sur la tête, enfourche Bucéphale, son noir destrier, pour passer en revue le front de ses troupes et aller se placer sur son aile droite avec ses Compagnons, cavalerie d’élite dont les membres, issus de l’aristocratie macédonienne, lui sont attachés par un serment de fidélité personnelle. Le plan de Darius est à l’évidence de compter sur le caractère beaucoup plus étendu de sa ligne de troupes, comparé à celle des Macédoniens, pour déborder ces derniers sur leurs ailes et les prendre à revers. Il est donc vital que les ailes du dispositif grec tiennent bon et que le centre ne soit pas enfoncé par les chars, les éléphants perses ou plus sûrement par les bataillons de mercenaires grecs.

     

    Les chars comme les éléphants s’avèrent inefficaces pour rompre la ligne macédonienne, notamment parce que, grâce à leur grande discipline, les rangs grecs s’ouvrent pour laisser passer leurs ennemis non sans avoir criblé, au passage, les équipages des uns et des autres de flèches et javelines.

     

    Puis les troupes macédoniennes commencent à avancer dans un silence parfait qu’Alexandre leur a imposé afin de mieux entendre ses ordres tandis que, comme prévu, la cavalerie perse entame sa charge aux extrémités. À partir de ce moment, les versions divergent quelque peu sur le déroulement exact de la bataille. Selon certaines sources, c’est en exploitant une brèche ouverte dans le dispositif perse par la charge de leur cavalerie, qu’Alexandre peut s’y engouffrer, provoquant une rupture fatale des lignes ennemies. Pour d’autres, Alexandre mène, depuis son aile droite, une charge selon une trajectoire oblique qui prend Darius complètement au dépourvu. Motivé par le sens tactique d’Alexandre mais aussi par la nécessité de venir secourir son aile gauche malmenée, cette charge, menée à bride abattue à l’image de celles qui avaient apporté la victoire à l’armée macédonienne dans les précédentes batailles, permet à Alexandre de se rapprocher du char de Darius, reconnaissable à son étendard impérial. Il n’en faut pas davantage pour que le monarque achéménide fasse faire demi-tour à ses chevaux et s’enfuie dans la plus totale confusion. Darius ne doit en effet sa sauvegarde qu’à la situation critique des troupes grecques dont la situation, au centre, nécessite qu’Alexandre revienne desserrer l’étau dans lequel son infanterie s’est retrouvée. Cette survie ne sera toutefois que de courte durée puisque Darius mourra assassiné dix mois plus tard.

     

    Darius ne doit en effet sa sauvegarde qu’à la situation critique des troupes grecques dont la situation, au centre, nécessite qu’Alexandre revienne desserrer l’étau dans lequel son infanterie s’est retrouvée. Cette survie ne sera toutefois que de courte durée puisque Darius mourra assassiné dix mois plus tard.

    Relief en ivoire représentant la bataille de Gaugamèles (fuite de Darius, détail). Travail du début du XVIIIe siècle. Coll. Museo Arqueológico Nacional, Madrid. Source : Wikimedia (cc)

     

    Ce qu’il faut retenir

    Cette victoire sans appel, doit autant au génie tactique d’Alexandre qu’à son audace et à son courage.

     

    Lors de la bataille de Gaugamèles, Alexandre se révèle à nouveau comme un grand chef de guerre. Face au risque d’enveloppement auquel l’infériorité numérique de son armée l’expose, il décide cette imprévisible charge de cavalerie par laquelle il prend définitivement l’initiative sur ses adversaires acculés à réagir plus qu’à profiter de leur surnombre.

     

    Mais Alexandre s’illustre aussi par sa manière de conduire ses troupes sur le champ de bataille.

     

    Ainsi, pour saisir les opportunités comme celle qu’il exploite à la bataille de Gaugamèles, Alexandre se doit d’être au plus fort des combats, à l’endroit où se font les choix décisifs.

     

    C’est aussi pourquoi, au mépris du danger que cela lui fait courir (et qui lui vaudra quelques blessures assez sérieuses), il s’efforce toujours d’être bien visible de ses troupes et porte à cet effet casque à cimier blanc et armure rutilante.

     

    Nicolas L. — Promotion Marc Aurèle

     

    Histoire Ancienne 2:  Alexandre à la bataille de Gaugamèles (1er octobre 331 av JC)

     

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    Léonidas et les spartiates à la bataille

    des Thermopyles (18–20 août 480 av. JC)

     

    Batailles mémorables de l’Histoire de l’Europe. Première partie

     
     
    Batailles mémorables de l’Histoire de l’Europe. Première partie : Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18-20 août 480 av. JC)

    Introduction

    L’ouvrage collectif « Ce que nous sommes » édité par l’Institut Iliade nous rappelle qu’être européen c’est avant tout « transmettre l’héritage ancestral, défendre le bien commun ». C’est tout l’enjeu de notre combat : transmettre nos valeurs pour les défendre mais aussi transmettre en les défendant. Car il existe un lien indéniable entre la vitalité d’un peuple et sa volonté de combattre.

     

    Dominique Venner l’avait parfaitement illustré dans un article intitulé « Guerre et Masculinité », paru dans La Nouvelle Revue d’Histoire. Au risque de choquer, il y soulignait le caractère en quelque sorte tragique qu’avait revêtu pour les Français la conjonction entre la fin de la guerre d’Algérie, « ressentie comme la fin de toutes les guerres » et l’évolution vers une société entièrement vouée aux valeurs marchandes et au consumérisme.

     

    Dans Le Choc de l’Histoire il écrivait encore que « les lieux de paix ne survivent que par les vertus exigées dans la guerre ».

     

    Tout ceci nous ramène au constat suivant : si la guerre est un grand malheur pour celui qui doit la subir, elle constitue non seulement une nécessité pour tout peuple qui a la volonté de survivre mais aussi un phénomène qui fait (re)naître chez l’Homme les qualités les plus exaltantes.

     

    D’ailleurs, dans la tradition spirituelle des anciens peuples d’Europe, la guerre avait une fonction transcendantale au travers des promesses d’immortalité faites aux guerriers qui tombaient sur le champ de bataille.

     

    Plus proche de nous, le sociologue français Gaston Bouthoul, fondateur de la polémologie, reconnaît « qu’il existe dans les guerres un aspect moral incontestable. Même les plus déterminés des pacifistes ne peuvent nier que la guerre n’exalte des vertus émouvantes : le courage, le dévouement, la fidélité, l’amitié entre combattants, la camaraderie, la loyauté. C’est dans la guerre que se manifestent à leur plus haut degré l’amour de la patrie et la fidélité à ses lois ».

     

    C’est au rappel de ces vérités immuables que souhaite contribuer la présente étude au travers d’une anthologie, largement partielle, des batailles mémorables qui ont marqué l’Histoire de la civilisation européenne.

     

    Elle se compose de fiches qui abordent chacune une bataille en décrivant son contexte, le ou les personnages clés ainsi que les qualités qu’ils ont illustrées.

     

    Bien sûr, y sont largement dépeints le sens du devoir, celui des responsabilités qui incombent à tout chef de guerre ou encore l’esprit de sacrifice qui permet au combattant européen de se battre pour une idée ou une représentation qui lui est supérieure (Rome, l’Empire, la Chrétienté…).

     

    Mais le lecteur y retrouvera aussi, notamment à travers l’évocation de certains corps d’élite, le souvenir d’une tradition martiale que les Européens d’aujourd’hui ont tout intérêt à entretenir dans la perspective des épreuves futures.

     

    Dominique Venner n’écrivait-il pas dans Le Choc de l’Histoire :

     

    « Je crois aux qualités spécifiques des Européens qui sont provisoirement en dormition. Je crois à leur individualité agissante, à leur inventivité et au réveil de leur énergie. »

     

    Bonne lecture !

    Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18–20 août 480 av. JC)

     

    Contexte et personnage

     

    Au Ve siècle avant Jésus-Christ, le monde grec étend son influence à travers toute la Méditerranée grâce à ses 1500 cités-États et aux colonies qu’elles implantent en bord de mer. Deux cités prédominent : Athènes et Sparte. Pour Athènes, le siècle de Périclès va bientôt s’ouvrir. Cette cité décide de soutenir les Etats grecs de la côte ouest de l’Asie, en lutte avec le très puissant empire perse, doté d’un réservoir humain gigantesque et disposant de ressources financières et matérielles à la mesure de sa dimension — un territoire vingt fois plus grand que celui de la Grèce ! Après la répression des cités ioniennes et la défaite de l’Erétrie, principale alliée d’Athènes, le roi perse Darius décide de punir Athènes pour le soutien que cette cité a apporté à ses ennemis. Il envoie donc une expédition attaquer les Grecs en débarquant à Marathon où l’armée perse connaît néanmoins, en 490 av JC, une cuisante défaite sans parvenir à inquiéter la cité athénienne. Une décennie plus tard, Xerxès, deuxième fils de Darius, décide d’une nouvelle expédition pour laquelle il mobilise les gigantesques moyens de son empire. C’est ainsi qu’après quatre ans de préparation, une armée estimée à 210 000 hommes, accompagnée de 1200 navires de guerre, traverse l’Hellespont (détroit des Dardanelles) en mai 480 av. JC pour entamer l’une des plus grandes invasions qu’ait connues l’Europe. Traversant la Grèce du nord au sud, l’impressionnante armée perse avance en direction d’Athènes et de Sparte. Grâce à l’action diplomatique de Thémistocle, chef militaire et homme politique athénien influent, la plupart des cités qui composent alors la Grèce, acceptent de faire front commun au sein de la Ligue de Corinthe pour défendre ce qu’ils ont en commun : « une race, une langue et une religion ». Une fois fixée sur les cités ralliées à la résistance et après les atermoiements de ses membres quant à la définition de la meilleure stratégie à adopter, la ligue décide d’envoyer sa flotte remonter la côte à hauteur d’une ligne reliant le défilé des Thermopyles au détroit de l’Artémision.

     

    C’est alors que Léonidas, roi de Sparte, accepte la lourde charge de mener une troupe de quelques milliers d’hommes dont 300 guerriers issus du corps d’élite des hoplites, afin de retarder la gigantesque armée Perse au fameux défilé des Thermopyles. Cette décision devait avoir la double vertu de faire gagner du temps à l’armée grecque et d’encourager les dernières cités hésitantes du Sud à rallier la ligue de Corinthe.

     

    A cette époque, Léonidas règne déjà à Sparte depuis dix ans. Il a démarré sa carrière militaire à 20 ans comme tous ses compatriotes. En tant que chef de guerre, il dirige la redoutée phalange hoplitique, infanterie d’élite de l’armée grecque, à laquelle n’accèdent que certains citoyens en fonction de leur classe sociale et de leur âge. Pratiquant une existence très austère (nourriture simple, vie familiale réduite, interdiction d’exercer leurs droits politiques, entrainement militaire constant), les guerriers à la célèbre cape rouge étaient réputés dans toute la Grèce pour leur valeur guerrière et surtout pour leur courage. Incitant à s’inspirer de leur exemple, Maurice Bardèche écrit, dans son livre « Sparte et les Sudistes » (1969) : « [A Sparte] le précepte de courage était clair et résolvait toutes les difficultés. Le courage donnait accès à l’aristocratie et l’on était exclu de l’aristocratie si l’on manquait de courage… L’éducation n’avait pas d’autre but que d’exalter le courage et l’énergie. » L’auteur nous rappelle aussi que, loin d’une littérature qui, majoritairement, réduit Sparte à une caricature de société militarisée, Sparte doit en réalité d’abord être vue comme une idée basée sur le fait qu’un homme ne vaut que par le destin qu’il se donne et que son statut tient bien plus à ses actes qu’aux richesses qu’il possède. Pour Bardèche, Sparte incarne aussi une certaine idée de la liberté : c’est la cité où la liberté consiste justement à faire le choix de renoncer à une part de sa liberté individuelle pour consacrer celle-ci à la protection du groupe, de ses mœurs et de ses lois.

     

    La bataille

     

    Les combats se déroulent du 18 au 20 août de l’an 480 av JC, ce qui donne déjà une idée de la résistance des Spartiates qui retiennent durant 3 jours une armée dont la dimension était sans comparaison possible avec celle des Grecs. Toutefois, la supériorité numérique des Perses est rendue inopérante par la configuration des lieux. L’étroitesse du passage des Thermopyles contraint les fantassins perses à se jeter sur les larges boucliers et les armures de bronze des hoplites et à s’empaler sur leurs longues lances. Durant les journées des 18 et 19 août 480, de plus en plus éreintés mais gardant, grâce à leur discipline et leur endurance, une combativité inébranlable, les combattants de la phalange grecque repoussent tous les contingents envoyés contre elle, y compris les troupes d’élite de Xerxès, les fameux Immortels. Mais la trahison d’un Grec, Ephialte, permet à Xerxès de prendre connaissance d’un sentier montagneux qui peut lui permettre de contourner la position défendue par Léonidas et de faire prendre à revers sa troupe, pendant que l’armée perse continue à mettre la pression sur le mur de défense des Lacédémoniens. Il est dit alors que Léonidas, se sachant condamné, préféra préserver une grande partie de son armée en lui ordonnant la retraite tandis qu’avec un bataillon de 300 de ses hoplites et quelques autres braves, il choisit de se sacrifier non seulement pour donner le temps à ses soldats d’exécuter leur retraite, mais aussi pour que son sacrifice, véritable acte de devotio avant l’heure, serve d’électrochoc capable d’emporter le ralliement des cités réticentes à rejoindre la ligue de Corinthe.

     

    Après un solide déjeuner et la promesse que Léonidas leur avait faite « qu’ils souperaient le soir même dans l’Hadès », les Spartiates se mettent pour la dernière fois sur le pied de guerre, attendant silencieusement le choc des lignes perses. Mais afin de rendre leur défaite aussi coûteuse que possible pour Xerxès et de ne pas attendre les volées de flèches des troupes chargées de les prendre à revers, Léonidas fait charger ses hommes droit sur l’ennemi. Même après la mort de leur roi, les Spartiates se battent jusqu’à la fin, avec toutes les armes qu’il leur reste et jusqu’au dernier.

     

    Demeuré comme l’un des exemples les plus illustres du dévouement à la patrie, ce combat, bien qu’étant une défaite tactique qui n’empêcha pas l’armée perse de reprendre sa progression, fut une victoire stratégique puisqu’elle provoqua une sorte de sursaut qui conduisit aux victoires grecques décisives de Salamine (480) et de Platées (479).

     

    Ce qu’il faut retenir

     

    Le sacrifice de Léonidas et des Spartiates aux Thermopyles est l’exemple même de l’engagement pour la défense de sa terre, le choix entre « vivre libre ou mourir ».

     

    Mais il est aussi une illustration de la capacité à privilégier l’intérêt commun. En effet, Léonidas ne se faisait sans doute aucune illusion sur sa capacité à stopper l’armée achéménide mais il savait que son geste offrirait non seulement du temps mais surtout un exemple à suivre pour les Spartiates et plus largement pour tous les Grecs.

     

    Nicolas L. — Promotion Marc Aurèle

    Dessin : John Steeple Davis (1900), illustration tirée du livre The story of the greatest nations, from the dawn of history to the twentieth century : a comprehensive history, founded upon the leading authorities, including a complete chronology of the world, and a pronouncing vocabulary of each nation. Source : Wikimedia (cc)

     

    Histoire Ancienne 2:  Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18–20 août 480 av. JC)

     

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    A la recherche des dieux celtes du Donon

     

    du site:  https://institut-iliade.com

     

    De la Préhistoire à l’Antiquité, le sommet a occupé un double rôle : place forte et lieu de culte. Lieu exceptionnel par ailleurs aisément défendable, le Donon se situe sur un axe de passage entre la vallée du Rhin et le plateau lorrain.

     

    « Tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront les choses qu’aucun maître ne te dira. »
     
    Le mont Beuvray, une montagne occupée par un oppidum gaulois et recouverte par une forêt 
     
    Pays : France
    Région : Alsace, Vosges.
    A la recherche des dieux celtes du Donon
    Thématique générale du parcours : Partir à la découverte des sites gallo-romains et de leurs dieux au cœur des Vosges. Parcourir un massif, où les traces des combats de la Grande Guerre sont encore visibles en de nombreux endroits.

    Mode de déplacement : Se déplacer à pied est ici le plus adapté pour avancer dans les étroits sentiers et se faufiler dans les bunkers.

    Durée du parcours : La durée du parcours est adaptable. D’une demi-journée à une journée et demie en fonction des boucles choisies. Le parcours décrit ci-dessous s’accomplit en 7 à 8 heures de marche.

    Difficulté du parcours : Les quelques routes qui sillonnent le massif du Donon permettent de s’approcher des différents points remarquables en moins d’une heure de marche. Les chemins sont bien entretenus, une balade en famille est donc tout à fait possible. Pour ceux qui le souhaitent, il est également possible de partir du fond de la vallée de la Bruche, le dénivelé est alors plus conséquent (de 400 m à 1000 m d’altitude pour le Donon) et il faut savoir s’orienter parmi les innombrables sentiers qui se croisent.

    Un conseil : faites confiance au balisage du Club Vosgien, qui fait un travail remarquable dans ce massif.

     

    Période possible

     

    Toute l’année, voire plusieurs fois par an, tant l’atmosphère est différente selon la saison ! En hiver, renseignez-vous sur l’enneigement : des raquettes peuvent être utiles.

     

     

    Présentation géographique

    Le massif du Donon se situe au cœur des Vosges, en amont de la vallée de la Bruche, dans le département du Bas-Rhin. Le Donon, avec une altitude de 1008 mètres, est le point culminant des environs. Ici, bien que le terrain ne soit pas escarpé, il est difficile de trouver du plat ! À perte de vue se succèdent monts et vallées vosgiennes. Sur les sommets du Donon et du Petit Donon, on trouve une roche caractéristique de l’Alsace : le grès rose. Cette roche emblématique de la région est le témoin d’une chaîne de montagnes aujourd’hui disparue. Autour de ces sommets, ce sont les noirs sapins qui recouvrent le massif. Néanmoins, il est possible de traverser en certains endroits de grands chaumes, qui témoignent du temps où l’agriculture montagnarde se pratiquait encore. Ces zones, où les hautes herbes se mêlent aux bruyères, sont autant d’endroits où il fait bon profiter des rayons du soleil, qui ne percent jamais les épaisses sapinières.

     

    Histoire Ancienne 2:  A la recherche des dieux celtes du Donon

     

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    Clovis et les Mérovingiens

     

    Une civilisation plus lumineuse qu'on ne croit

     

     

    Clovis et ses descendants ont régné entre les Pyrénées et l'Elbe pendant près de 250 ans (VIe-VIIIe siècles), à la charnière entre l'empire romain et le Moyen Âge.

    Ils laissent le souvenir de rois incultes et brutaux à la tête de contrées sauvages. C'est du moins l'enseignement transmis par leurs successeurs carolingiens et, mieux encore, par les historiens du XIXe siècle, au premier rang desquels Augustin Thierry.

     

     

    Portrait d'artiste de la dame de Grez-Doiceau (Brabant wallon, milieu du VIe siècle), avec les bijoux retrouvés dans sa tombe (Benoît Clarys, 2005), DR

    Cet érudit publie en 1833 Récits des temps mérovingiens, un livre inspiré de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours (VIe siècle).

    Sous la IIIe République, il va nourrir le ressentiment national à l'égard des Allemands. On assimile en effet ceux-ci à l'aristocratie franque qui aurait asservi le peuple gaulois.

    L'archéologie moderne permet de tempérer ce jugement, voire de le contredire. Elle nous rend cette époque mérovingienne étonnamment proche de nous et par certains côtés aimable.

    André Larané
     
     

    Dans la continuité de Rome

    Au milieu du Ve siècle, la pars occidentalis de l'empire romain, que l'on a coutume d'appeler Empire d'Occident, est mal en point.

    Après avoir vu passer des cohortes de Germains venues d'outre-Rhin, la voilà ravagée par les Huns d'Attila et leurs adversaires, les « Romains » de Syagrus et leurs alliés francs. Les impôts ne rentrent plus et les villes se racornissent, leurs habitants se serrant derrière de hautes murailles, sous la protection de leur évêque. Rien de tel avec l'Orient romain : au carrefour des courants commerciaux entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie, l'Asie mineure, la Syrie et le Proche-Orient, protégés des incursions germaniques par les puissantes murailles de Constantinople et le détroit du Bosphore, jouissent d'une prospérité plus grande que jamais.

     

    Fragment en ivoire d'un diptyque consulaire byzantin au nom de l'empereur Anastase, consul en 517 (cabinet des Médailles, Paris). Clovis a pu revêtir le même costume en 508.

    Quand est renversé le dernier titulaire de l'Empire d'Occident, en 476, son collègue d'Orient refait autour de sa personne l'unité de l'empire. Mais il ne s'agit que d'une fiction.

    Faute de pouvoir faire autrement, l'empereur de Constantinople délègue son autorité aux chefs barbares qui tiennent l'Occident. C'est d'abord Odoacre qui, en Italie, a renversé le dernier empereur et reçoit le titre de patrice des Romains.

    De leur côté, les Francs, installés en Rhénanie et dans le nord de la Gaule au début du Ve siècle, soumettent les régions entre Seine et Moselle sans cesser de se présenter comme de fidèles alliés de l'empereur. 

    À partir de 481, ils étendent leur autorité jusqu'à la Garonne et l'Elbe. Leur roi Clovis s'impose à tous les autres chefs barbares par la force de ses armes.

    Il rallie aussi à lui les élites gallo-romaines en adoptant leur religion catholique et, en 508, reçoit avec fierté de l'empereur le titre de consul. Il n'y a donc pas de rupture avec l'héritage gallo-romain et la latinité.

     

    La descendance de Clovis

    Quand meurt Clovis en 511, son royaume est partagé entre ses quatre fils pour en faciliter l'administration et éviter autant que faire se peut les querelles fratricides. Ses différentes parties referont d'ailleurs leur unité au gré des héritages et, jusqu'à Charlemagne et au-delà, on continuera d'évoquer le Regnum Francorum ou royaume des Francs comme un ensemble « national ».

     

    - Thierry 1er :

    Solidus ou monnaie en or à l'effigie de Théodebert (534-548), Verdun, Musée de la Cour d’or

    Thierry (ou Theodoric), fils aîné de Clovis, né d'une concubine, reçoit la partie orientale du royaume, avec Reims comme capitale et l'Auvergne comme annexe. Énergique, il étend le royaume des Francs aux dépens des Thuringiens et impose tribut aux Saxons.

    Son fils Théodebert lui succède en 534 puis son petit-fils Théodebald en 548.

    À une lettre de l'empereur Justinien, Théodebert 1er répond avec orgueil : « Voici ce que vous avez daigné nous demander quelles provinces nous habitons et quels sont les peuples qui sont soumis à notre autorité.
    [...] Par la miséricorde de notre Dieu, les Thuringiens ont été soumis avec succès et leurs provinces annexées, la lignée de leurs rois éteinte ; le peuple des Suèves du nord nous a été soumis, offrant son cou à notre majesté ; en outre, par la bonté de Dieu, les Wisigoths habitant en Francie, la région septentrionale de l'Italie, la Pannonie, les Saxons aussi et les Euthions se sont livrés à nous de leur propre volonté. Sous la protection de Dieu, notre pouvoir s'étend du Danube et des frontières de la Pannonie jusqu'aux rivages de l'Océan. »

    - Clodomir :

    Clodomir, deuxième fils de Clotilde, reçoit la région d'Orléans. Il est tué le 25 juin 524, à Vézeronce, près de Vienne, en combattant le roi des Burgondes, Gondemar. Ses frères se partagent aussitôt son domaine après avoir pris soin de liquider ses fils (l'un d'eux, Clodoald, échappe au massacre ; il entre dans les ordres et fonde près de Paris un monastère qui prend son nom, Saint-Cloud).

    - Childebert :

    Chilbebert, autre fils de Clotilde, est le plus chanceux. Il reçoit Paris et les régions de l'Ouest. Il réussit aussi à enlever aux Wisigoths le bassin de la Garonne et aux Burgondes, en 534, les régions rhodaniennes et la Provence. À sa mort, en 558, il fait figure de véritable chef de la famille. On lui doit près de Paris l'église Saint-Vincent, plus connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Germain-des-Prés.

    - Clotaire 1er :

    Plus jeune fils de Clovis et Clotilde, Clotaire, né vers 500, reçoit les régions littorales de la mer du Nord et de la Manche, avec Soissons pour capitale. Ce n'est pas le meilleur lot. Mais du fait de sa jeunesse, il va survivre à ses frères et à son petit-neveu Théodebald. Il refait l'unité du royaume en 558, à la mort de Childebert.

    À sa mort, en 561, le royaume des Francs est à nouveau partagé entre ses quatre fils. La suite est une succession sans fin de querelles successorales dignes du feuilleton Game of Thrones. Les enjeux sont des territoires aux frontières fluctuantes.

     

    Histoire des Francs par Grégoire de Tours (540-594), le mot Austrasii apparaît à la troisième ligne (parchemin du VIIe siècle, médiathèque de Cambrai)

    Le principal est l'ancien royaume de Thierry 1er qui occupe l'essentiel de la province romaine de Belgique Seconde.

    Sous la plume de Grégoire de Tours, vers 590, il prend le nom d'Austrasie ou « Territoire de l'Est ». Son grand rival est l'ancien royaume de Childebert, désormais connu sous le nom de Neustrie ou « Nouveau Territoire ». Notons que ces appellations sont purement administratives comme aujourd'hui Hauts-de-France et Grand-Est.

    Dans la famille mérovingienne, ainsi dénommée d'après Mérovée, le grand-père légendaire de Clovis, trois personnalités sortent du lot.

    D'abord la reine Brunehaut : elle domine le monde franc pendant un demi-siècle, jusqu'à son supplice en 613, sur ordre de Clotaire II, roi de Neustrie. Celui-ci réunifie une nouvelle fois le Regnum Francorum et, à sa mort en 629, le laisse à son fils Dagobert 1er.

    Après lui, à partir de 639, la réalité du pouvoir va tomber entre les mains des grandes familles d'Austrasie. La descendance de Pépin de Landen va supplanter celle de Clovis avec successivement Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne.

    Le royaume des Francs à la mort de Clotaire, en 561
     

    Histoire Ancienne 2:  Clovis et les Mérovingiens - Une civilisation plus lumineuse qu'on ne croit

    Le royaume de Clovis est partagé à sa mort, en 511, entre ses quatre fils, Thierry, Childebert, Clodomir et Clotaire. Il est brièvement réunifié de 558 à 561, sous l'autorité de Clotaire. Au fil des partages successoraux et des guerres, le royaume des Francs ou Regnum Francorum va se subdiviser en plusieurs entités dont les principales sont la Neustrie et l'Austrasie...


     

    Barbare ? Vous avez dit barbare ?...

    Clovis et ses successeurs se voient comme les héritiers de Rome et ne remettent pas en cause la légitimité de l'empereur qui règne en Orient, à Constantinople. 

     

    Trône en bronze dit de Dagobert (musée de Cluny) ; en réalité une chaise curule romaine complétée par un dossier et utilisée comme trône lors des couronnements.

    Ils administrent le coeur de leur domaine, entre Trèves, Paris et Lyon, à la manière romaine, en levant des impôts, en nommant les comtes et en proposant les évêques au choix des fidèles. Dans les régions périphériques, ils se contentent de déléguer l'administration aux seigneurs locaux et se satisfont de leur fidélité.

    Il n'y a pas encore de noblesse instituée mais simplement une distinction juridique entre les hommes libres et les autres car il reste des esclaves de naissance en nombre relativement important. Ce reliquat de l'Antiquité disparaîtra peu à peu à l'époque carolingienne.

    La classe supérieure inclut les chefs de guerre et les rejetons des anciennes familles sénatoriales gallo-romaines. C'est dans cette classe, de préférence parmi les hommes mûrs et de bonne réputation, que les rois choisissent les évêques. Le choix est souvent négocié avec le peuple et une fois élus, ils deviennent irrévocables.

    Les évêques jouent un rôle majeur dans une société déjà passablement christianisée. Ils mettent à profit leur autorité et leurs relations avec le pouvoir royal pour intercéder auprès de celui-ci en faveur de leurs brebis. Aussi sont-ils généralement très populaires et les fidèles ont vite fait de leur attribuer une réputation de sainteté avec miracles à l'appui : guérison, remise d'impôt, libération...

    - une société en armes :

    Au VIe siècle, les représentants de l'oligarchie ont le bon goût de se faire inhumer en costume d'apparat, avec les attributs de leur fonction, selon une coutume d'inspiration germanique, grâce à quoi nous bénéficions aujourd'hui d'informations détaillées sur leurs moeurs et leur mode de vie.

     

    Sarcophage de Chrodoara avec la dédicace : « Chrodoara, noble, grande et illustre, de ses propres biens enrichit les sanctuaires » (vers 730, église Saint-Georges et Sainte-Ode d’Amay, Belgique)

    Aux siècles suivants, notons-le, cette coutume va disparaître au profit d'une inhumation modeste, plus conforme aux canons chrétiens. À défaut, les rejetons des grandes familles auront à coeur de montrer leur rang social par de généreuses donations à l'Église et par des fondations pieuses.

    En attendant, les chefs de guerre et même les marchands et les paysans aisés se font donc inhumer avec leurs armes : épée de cavalier à double tranchant et francisque (hache de jet à simple tranchant) pour les premiers ; épée courte à un tranchant (scramasaxe) pour les autres.

    On peut en déduire que la plupart des hommes possédaient au moins cette épée courte qui faisait office d'arme et d'outil. Il en ira autrement aux siècles suivants quand la noblesse se réservera le droit de porter des armes.

     

    Mobilier d'une tombe masculine, avec scramasaxe, couteau et garniture de ceinture en fer damasquiné (sépulture de Prény-Bois Lasseau, Meurthe-et-Moselle)

    Soulignons l'excellente réputation de la métallurgie franque : ses épées à double tranchant en acier dur et partie centrale en acier mou torsadé sont des chefs-d'oeuvre de haute technologie et des armes redoutables dont les rois mérovingiens tentent mais en vain d'interdire l'exportation !

    D'après l'analyse des squelettes, on a pu établir un taux de 5% de morts violentes (guerres, rixes, chutes de cheval...). C'est évidemment beaucoup plus qu'en France de nos jours (1,2%) mais nettement moins qu'au XIVe siècle, période la plus troublée du Moyen Âge (10%) et moins encore que dans certaines sociétés latino-américaines contemporaines (Salvador : 12%). 

    Les femmes de haute lignée se font inhumer dans leurs plus beaux atours, comme l'atteste ci-dessous le contenu de la tombe de « dame de Grez-Doiceau » (Brabant wallon), avec leurs bijoux et leurs objets favoris parmi lesquels la clé du coffre, attribut essentiel de la maîtresse de maison ! 

     

    Mobilier funéraire de la dame de Grez-Doiceau (nécropole mérovingienne du milieu du VIe siècle), DR

    - la mondialisation façon mérovingienne :

    Le royaume des Francs nourrit des relations intenses avec le monde méditerranéen, l'Orient et même l'Asie comme l'attestent des broderies en soie de Chine retrouvés dans des tombes princières et des bijoux composés de pierres précieuses telles que le grenat de Ceylan (Sri Lanka).

     

    Fibule en forme d'aigle (émaux cloisonnés, vers 550, Bibliothèque de Nuremberg)

    Ces bijoux témoignent d'un goût prononcé des orfèvres mérovingiens pour les motifs animaliers.

    Les échanges se monnaient avec des pièces en or à l'effigie de l'empereur, les fameux solidus byzantins d'où nous viennent nos « sous ». L'orgueilleux Théodebert 1er, fils de Thierry 1er et roi d'Austrasie, est le premier Mérovingien qui fait frapper des sous à son effigie.

    Ces échanges mondialisés vont perdurer jusqu'à la fin du VIe siècle. Dès 590, l'archéologie montre un ralentissement du commerce avec la Méditerranée et l'océan Indien. Les pièces d'or se font plus rares jusqu'à disparaître totalement au siècle suivant, remplacées par de vulgaires piécettes en argent. Il faudra attendre plus de cinq siècles avant que les Florentins ne réintroduisent une monnaie d'or, le florin.

    Cette disparition semble due aux calamités qui frappent le monde méditerranéen à ce moment-là. On peut y voir les conséquences du retour de la pestesous le règne de l'empereur Justinien. L'épidémie a ravagé et largement dépeuplé l'empire byzantin. Un peu plus tard, l'irruption des musulmans a porté le coup de grâce aux empires byzantin et perse et ramené la piraterie en Méditerranée.

    Le royaume des Francs, largement épargné par ces calamités, va réorienter ses échanges commerciaux vers la mer du Nord, la Scandinavie, la mer Baltique et l'Asie centrale... faisant au passage la fortune des futurs Vikings et aiguisant leur appétit.

     

    Page de frontiscipe d'un manuscrit carolingien consacré à saint Martin, avec portique et décor zoomorphe, réalisé à Laon, vers 750 (BNF)

    - une culture vivante :

    Nous avons hérité de très peu de textes de l'époque mérovingienne car l'écriture se pratiquant sur papyrus jusqu'aux alentours de 650, la plupart de ceux-ci n'ont pas résisté à l'usure du temps. Mais quelques textes ont heureusement été recopiés sur parchemin aux siècles suivants par les copistes carolingiens, grâce à quoi nous avons aujourd'hui une vision à peu près claire de la vie intellectuelle à l'époque mérovingienne.

    Nous découvrons en premier lieu une aristocratie plutôt cultivée. Les 250 comtes du siècle de Clovis savent lire et écrire. Pour eux, la lecture et l'écriture ne résultent pas seulement d'une obligation professionnelle mais aussi d'un plaisir de tous les jours. Tel comte par exemple prend la peine d'envoyer chaque jour ou presque des messages anodins à ses amis et ses proches.

    On n'observe plus rien de tel au siècle de Charlemagne, trois cents ans plus tard : rares sont alors les comtes qui savent lire. La lecture et l'écriture sont devenus le privilège de quelques moines et clercs de haute naissance.

    Faut-il s'en étonner ? En tentant de revenir au latin classique et de purifier la langue, l'empereur et son dévoué Alcuin vont en fait briser la continuité linguistique qui menait de Rome au royaume des Francs.

    Les aristocrates mérovingiens employaient sans se formaliser le latin commun, une langue comprise d'à peu près tout le monde et à peu près aussi éloignée du latin classique que le français contemporain de la langue de François Villon.

    Désormais, avec un vocabulaire puisé aux racines antiques, les clercs ne sont plus guère compris de la masse illettrée et les langues populaires vont s'éloigner du latin ecclésiastique et administratif jusqu'à devenir des langues autonomes. Les serments de Strasbourg de 842 en sont la première manifestation.

    - des femmes qui en veulent :

    Les femmes de l'aristocratie mérovingienne sont plus érudites que leurs maris. C'est qu'elles ont en charge l'éducation de leurs enfants et les oeuvres de piété.

     

    Gobelet portant le nom d’une religieuse : Aughilde, abbaye d’Hamage (Nord), VIIIe siècle

    Même de simples moniales issues de la petite aristocratie savent lire et écrire comme l'atteste l'émouvant gobelet ci-joint. Avec quelques autres, il vient de fouilles effectuées à l'emplacement d'un ancien monastère à Hamage (Nord). On peut lire le nom de sa propriétaire, que celle-ci a gravé avec soin, en ajoutant parfois une plaisanterie personnelle. 

    Comme les femmes ont droit à une part d'héritage, à l'égal des hommes, elles peuvent être très riches et, souvent, mettent à profit cette richesse pour fonder des monastères. Elles peuvent aussi accéder au pouvoir comme veuve, ou régente au nom d'un fils en bas âge. On connaît à ce titre Brunehaut et Frédégonde, qui ont régné à la fin du VIe siècle sur l'un ou l'autre des trois royaumes francs ou les trois à la fois. Elles valent bien mieux que ne le laissent entrevoir Grégoire de Tours et Augustin Thierry.

    Là aussi, rien de tel avec l'époque carolingienne. Aux VIIIe et IXe siècles, les femmes ont une vie assez libre, à l'égal des filles de Charlemagne, mais il n'est plus question pour elles de prendre part aux affaires publiques. Et comment le pourraient-elles ? Les règles d'héritage privilégient désormais en effet l'aîné des garçons, du moins dans l'aristocratie.

    Le retournement est total. Ainsi que l'observe plaisamment l'historien Bruno Dumézil, tel copiste carolingien aux prises avec la lettre d'une reine mérovingienne à l'empereur byzantin raye le mot reine et de le remplacer par roi tant cette correspondance lui paraît inconcevable !

    Il n'y a pas que le travail et l'étude dans la vie ! On prend le temps de se distraire et de jouer. Là aussi, l'archéologie nous fait découvrir l'importance des jeux de société dans les bonnes familles mérovingiennes. On a retrouvé en effet des dés et d'autres pièces à jouer du type jacquet dans des tombes de nobles.

    Cette forme de convivialité héritée de l'otium romain attire ces vers délicats au poète Venance Fortunat, mort à Poitiers en 609 : « Tandis que les instants s'écoulent, la réalité de ce monde s'efface et le pion qui disparaît allège le plateau de jeu de la vie »

    Cette tradition, comme bien d'autres, va disparaître avec l'avènement des Carolingiens, quand, sous l'influence de l'Église, le jeu va être assimilé à une perte de temps, au détriment de la prière.

    - une paysannerie active :

    Comme dans la plupart des sociétés pré-industrielles, la paysannerie constitue à l'époque mérovingienne l'immense majorité de la population. Le nombre d'habitants ayant diminué sous l'effet de la première vague d'invasions, la pression démographique est bien moindre qu'auparavant avec tout au plus six à huit millions d'âmes dans tout le royaume des Francs. Les grands domaines gallo-romains, peuplés de nombreux esclaves, ont disparu et laissé place à des exploitations individuelles.

    Les paysans vivent dans des chaumières en clayonnage revêtu de torchis. Leurs conditions de vie se sont plutôt améliorées par rapport à la période gallo-romaine ainsi que l'indique l'analyse des squelettes. Ils ont une taille plus élevée qu'à l'époque romaine et la malnutrition est moins fréquente. Ce n'est pas le cas dans les autres régions de la romanité : l'Angleterre évacuée par les légions et l'Afrique victime de multiples invasions ont vu leur niveau de vie régresser brutalement. Même chose pour les habitants du littoral méditerranéen frappés par la peste.

    Dans les villages mérovingiens, on tisse la laine et surtout le lin. Les trouvailles archéologiques témoignent de la qualité de la poterie locale et de l'abondance des outils en fer. Les paysans bénéficient d'une alimentation diversifiée et de qualité. À la différence des Méditerranéens, astreints à un choix limité, ils cultivent un large choix de céréales.

     

    Clochette en fer et cuivre martelé (site de Poivres, Aube, début du VIIIe siècle, musée de Châlons-en-Champagne)

    Ils élèvent aussi des cochons et des bovins et font une importante consommation de laitages et de poissons. Ils ont soin de sélectionner des boeufs de plus petite taille qu'à l'époque romaine, ces animaux se révélant plus résistants... et moins gourmands.

    Les troupeaux vaquent à la lisière des forêts, celles-ci ayant beaucoup progressé du fait de la dépopulation.

    Pour ne pas perdre leurs animaux, les paysans prennent soin de leur attacher une clochette au cou.

    La loi salique est très sévère à leur propos : « Quiconque aura dérobé la clochette d'un porc sera condamné à payer quinze sous d'or. Celui qui aura dérobé un grelot attaché au cou d'un cheval sera condamné à payer 600 deniers ou 15 sous d'or. »

    Bon appétit !

    La cuisine mérovingienne nous est connue par un médecin grec du nom d'Anthime qui a dédié son De observatione ciborum (« Du bon usage des aliments » à un roi franc, sans doute Thierry 1er. Il rapporte le goût immodéré des Francs pour le lard et la viande grillée. Il donne aussi quelques recettes raffinées comme cette écume (Spumeum) ou quenelle de brochet ci-dessous, confectionnée à base de blanc d'oeuf battu en neige. Il faudra attendre la Renaissance pour que réapparaisse le blanc en neige.

     

    Quenelle au brochet mérovingienne (Festins mérovingiens, A. Dierkens te A. Plovier, Bruxelles, Le Livre, 2008) DR

    Les écrits mérovingiens témoignent d'un grand souci de l'hygiène dans les riches familles. Si les femmes savent garder leur ligne, les hommes doivent quant à eux lutter contre le diabète et l'obésité du fait de leurs excès de table. Rien de nouveau sous le soleil...

     

    Sources bibliographiques

    Livre de l'exposition Austrasie (Musée d'Archéologie nationale, 3 mai - 2 octobre 2017)

    Ce texte doit son existence à l'exposition Austrasie, le royaume mérovingien oublié (musée d'Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye, 3 mai - 2 octobre 2017). Nous avons emprunté la plupart de nos illustrations au livre associé à l'exposition, un document didactique et bien illustré (25 euros).

    Nous remercions tout particulièrement le commissaire de l'exposition, l'historien Bruno Dumézil, pour ses explications d'une très grande clarté sur cette période réputée obscure.

     

    Histoire Ancienne 2:  Clovis et les Mérovingiens - Une civilisation plus lumineuse qu'on ne croit

     

     

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