• Histoire Ancienne: Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

     

    Les tribulations des femmes à travers

    l'Histoire

    Antiquité : sous la férule masculine

     

     

    Comme chacun sait, « la femme est l'avenir de l'homme » (Louis Aragon) ! Mais on a tendance à oublier qu'elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont  participé à leur façon à la construction de nos sociétés...

    Isabelle Grégor
     

    « La Gitane de Zeugma », mosaïque, Ier siècle, musée archéologique de Gaziantep, Turquie.

    Une Préhistoire tirée par les cheveux

    Que sait-on des premières représentantes de l'espèce humaine ? Pas grand chose !

    « Deux Mères », Maxime Faivre, 1888, musée d'Orsay, Paris.

    Si Lucy, la petite Australopithèque sortie de terre en 1974 en Éthiopie, a été très vite consacrée grand-mère quelque peu poilue de l'Humanité, on se demande désormais si ces ossements ne sont pas finalement ceux d’un… grand-père.

    De quoi mettre fin au mythe de l'Ève africaine qui a renvoyé nos ancêtres féminines à leur foyer et à leur rôle de mère de famille.

    Les préhistoriens du XIXe siècle ont popularisé cette image des premières matrones occupées à cueillir des baies en attendant le retour de leurs mâles chasseurs qui les entraîneront par les cheveux au fond de la caverne...

    Mais d'une telle distribution des rôles, nous n'avons aucune preuve, si ce n'est les représentations à caractère sexuel qui montrent l'importance de la fonction reproductive.

    « Vénus de Kostenki » (Russie), 30 000-15 000 av. J.-C., musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

    Vénus de Willendorf, Dame de Brassempouy...

    Retrouvées dans toute l'Europe, ces sculptures paléolithiques caractérisées par une hypertrophie peu naturelle des seins et des fesses semblent confirmer cette hypothèse d'aïeules Pierrafeu cantonnées au rôle de mères assurant la survie du groupe.

    Mais pourquoi ces Ève n'auraient-elles pas pu s'adonner à une activité comme la taille des pierres, qui demande plus d'habilité que de force ? Les menottes colorées qui se sont posées sur les parois des grottes n'appartenaient-elles pas à de petites créatures ?

    Rien n'empêche d'imaginer que les Michel-Ange de la Préhistoire étaient en fait des artistes en jupons !

    Une hypothèse confortée par les recherches de la paléonthologue Marylène Patou-Mathis. Selon elle, les ossements et matériaux retrouvés dans les abris laissent supposer que les femmes pouvaient pratiquer la chasse et l'art tout autant que les hommes.

     

    « Création d'Ève », Guiard des Moulins,  Bible historiale, XVe siècle, BnF, Paris.

    Et Dieu créa la femme... Quelle catastrophe !

    On connaît l'histoire : trouvant mauvais pour le moral de l'homme de le laisser seul, Yahvé lui subtilisa sous anesthésie générale une côte et s'en servit pour modeler la femme, « la chair de sa chair ». Mais voilà que la Tentation, sous la forme d'un serpent, fait les yeux doux à Ève qui croque la pomme de l'Arbre de la connaissance. Sacrilège !

    Parce qu'elle a douté de Dieu, Ève est aussitôt expulsée du Paradis terrestre, entraînant dans sa chute son innocent compagnon. Elle paiera cette seconde de faiblesse en accouchant désormais dans la douleur.

    Cette version (Genèse, 2 : 21-22) a fait oublier le premier récit de la mésaventure (Genèse, 1 : 27) dans laquelle le couple est formé en une seule fois et placé sur un pied d'égalité dès sa création : « Mâle et femelle il les créa ».

    « Pandore », détail d'une céramique grecque originaire du sud de l'Italie, IVe siècle avant J.-C., musée archéologique de Catalogne, Barcelone, Espagne.

    On peut en tout cas y voir une forme de misogynie, comme dans le mythe de Pandore né à peu près à la même époque (VIIe siècle av. J.-C.).

    Victime, comme sa sœur biblique, de la curiosité, la première femme grecque a eu la mauvaise idée d'ouvrir la jarre contenant tous les maux de l'Humanité. Zeus, qui avait une dent contre Prométhée, a dû bien rire...

    Cadeau empoisonné, la femme prend ainsi place dans l'imaginaire occidental sous l'aspect d'un être séduisant, certes, mais aussi fourbe et indigne de confiance.

    Simone de Beauvoir l'a bien remarqué : « Quand ils veulent se venger des hommes les dieux païens inventent la femme » (Le Deuxième sexe, 1949). Heureusement que les poètes sont là pour nous donner un avis plus positif :
    « Si Dieu n'avait fait la femme,
    Il n'aurait pas fait la fleur »
    (Victor Hugo, « Les Femmes sont sur la Terre », 1856) !

    Statuette de femme nue debout, représentant peut-être la grande déesse babylonienne Nanaya, fille du dieu Lune, Mésopotamie, Babylone, IIIe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Paris, musée du Louvre-Lens. Matériaux : albâtre, or et rubis.

    La femme du Croissant fertile, mère de l'Humanité

    À l'opposé de l'image de la femme soumise, transmise par les premiers préhistoriens comme par les exégètes de la Bible, les féministes des années 70 ont ébauché une vision de nos origines dominée par la figure de la Déesse Mère.

    Ainsi, selon la philosophe Élisabeth Badinter (L'un est l'autre, 1987), chez les chasseurs-cueilleurs comme chez les premiers agriculteurs, la femme garde le foyer et assure la stabilité de la communauté pendant que les hommes errent à la chasse ou vaquent aux champs. D'où sa primauté sociale qui se traduit par le culte de divinités féminines.

    Cette théorie reste difficile à prouver mais il semble acquis que c'est à la femme que l'on doit l'entrée dans le Néolithique : peu mobiles du fait de l’enfantement et des soins à prodiguer à leur progéniture, les femmes auraient en effet incité leurs compagnons à se sédentariser. Délaissant la chasse, elles se seraient aussi spécialisées dans le traitement des plantes et la fabrication artisanale, permettant le développement de l'agriculture.

    « Déesse nourrissant des caprins », Ougarit, Syrie, 1250 av. J.-C., musée du Louvre, Paris.

    Un changement semble s'amorcer au IIe millénaire av. J.-C., au cœur du Croissant fertile.

    Au nord de la Mésopotamie, l'Assyrie (XIVe-VIIe siècles av. J.-C.) se bâtit  sur la base de la cellule familiale monogame et de la réclusion des femmes.  

    L'homme doit-il s'absenter sur de longues périodes ? La société lui accorde alors le droit de prendre une seconde épouse, sous condition de l'installer dans un foyer différent, évitant ainsi crêpages de chignons et tracasseries de successions. Souhaite-t-il prendre sa retraite auprès de sa première femme adorée ?

    C'est simple ! Il divorce de la seconde et réintègre le foyer avec les enfants de la délaissée, dûment consolée par une indemnité de frais d'éducation... La femme mésopotamienne est en effet protégée par des textes de lois précis comme le célèbre code Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.) dont près de 80 paragraphes la concernent.

    À la nourrice coupable d'avoir laissé mourir un enfant, on coupera les seins ; à celle qui s'est attaqué aux organes génitaux masculins, on sectionnera la main. A-t-elle tué son époux ? Elle sera empalée et privée de sépulture. Les punitions ne sont pas à sens unique : les femmes sont aussi protégées du viol avec la peine de mort pour le coupable, et peuvent engager des actions en justice.

    Si le pouvoir suprême leur était refusé, les femmes de Mésopotamie, du moins celles qui n'étaient pas esclaves, n'étaient donc pas sans ressources et ne se sont pas contentées de tenir la maisonnée. Dans un pays où la grande déesse Ishtar symbolisait à la fois l'amour et la guerre, voir des femmes de caractère devenir scribes n'avait rien d'étonnant !

    Photographie d'un sceau cylindrique Akkadian antique dépeignant la déesse Ishtar et son sukkal Ninshubur, IIIe siècle av. J.-C., Institut Oriental de l'Université de Chicago, États-Unis.

    Va voir ma mère et dis-lui...

    L'amour filial n'a pas d'âge ! Voici le message que le sumérien Ludingirra demande à un courrier de transmettre à sa mère :
    Si tu ne connais point ma mère, laisse-moi te donner ses signes (d'identification) :
    Son nom est Shat-Ishtar,
    Une personnalité rayonnante,
    Une déesse splendide, une belle-fille adorable […].
    Ma mère est la lumière vive de l'horizon, une biche des montagnes,
    L'étoile du matin qui scintille […]
    Une parfaite statuette d'ivoire, pleine de charme,
    Un ange d'albâtre, sur un piédestal de lapis-lazuli […].
    Ma mère est la pluie en sa saison, l'eau pour le grain enfoui,
    Une riche moisson, une très bonne orge,
    Un jardin d'abondance, plein de délices […]
    Ma mère est une fête, une offrande pleine de réjouissance, [...]
    Un amant, un cœur aimant dont la joie est inextinguible,
    De bonnes nouvelles pour un captif retourné chez sa mère. […]

    (Samuel Noah Kramer dans L'Histoire commence à Sumer, 1975).

    « Le Livre des morts », papyrus de Nebqed, vers 1400 av. J.-C., musée du Louvre, Paris.

    Libres filles d'Isis

    « […] Chez les particuliers [égyptiens], l'homme appartient à la femme, selon les termes du contrat dotal, et […] il est stipulé entre les mariés que l'homme obéira à la femme » (Bibliothèque historique). Cette affirmation de Diodore de Sicile, au Ier siècle avant J.-C., montre l'étonnement des Grecs découvrant la relative liberté dont jouissait la femme sur les bords paisibles du Nil. Inimaginable au pays du terrible Zeus !

    Toutankhamon et son épouse Ankhesenamon, « Promenade dans le jardin », XIVe siècle av. J.-C., Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Berlin.

    L'Égypte lui préfère l'image d'Isis, sœur, épouse et mère idéale, qui savait associer douceur et fermeté. Son importance dans le panthéon égyptien, aux côtés d'autres déesses comme Nout (le Ciel), ou Hathor (l'Amour et la Beauté), montre à quel point la femme occupait un rôle essentiel dans les croyances, mais aussi dans la société.

    On peut s'en rendre compte en admirant les représentations de l'époque : on y voit des épouses assises aux côtés de leur cher et tendre, en toute égalité, des couples plein de tendresse, des familles harmonieuses. L'amour est ici un sentiment qui s'affiche !

    « Cuiller à fard en forme de jeune fille portant un vase », vers 1500 av. J.-C., musée du Louvre, Paris.

    La jeune épousée est assurée de ne pas voir arriver de concurrente sous son toit, la polygamie étant rare. Elle peut toucher l'héritage de son père, choisir son promis, divorcer et, en cas de veuvage, rester maîtresse de son destin.

    Cette relative autonomie a permis à certaines de suivre non seulement de hautes études mais aussi de se faire une place parmi l'intelligentsia en tant que scribe, inspectrice du trésor ou intendante des prêtres. Quel beau symbole de cette réussite que le parcours de Peseshet devenue première femme-médecin connue de l'Histoire (vers 2500 av. J.-C.) !

    Elle n'est pourtant pas la femme la plus célèbre de l'Égypte puisque Hatchepsout (XVe siècle av. J.-C.), Néfertiti (XIVe siècle av. J.-C.) et même la grecque Cléopâtre (Ier s. av. J.-C.) l'ont largement devancée. Quelle autre civilisation de cette époque peut se vanter de telles femmes de pouvoir ?

    Les hommes devant le métier à tisser, les femmes au travail !

    Au Ve siècle av. J.-C., l'historien grec Hérodote se penche lui aussi sur l'étrange distribution des rôles qui semble régner en Égypte.
    « Chez eux, les femmes vont sur la place, et s'occupent du commerce, tandis que les hommes, renfermés dans leurs maisons, travaillent à de la toile. [...]. En Égypte, les hommes portent les fardeaux sur la tête, et les femmes sur les épaules. Les femmes urinent debout, les hommes accroupis ; quant aux autres besoins naturels, ils se renferment dans leurs maisons; mais ils mangent dans les rues. Ils apportent pour raison de cette conduite que les choses indécentes, mais nécessaires, doivent se faire en secret, au lieu que celles qui ne sont point indécentes doivent se faire en public. Chez les Égyptiens, les femmes ne peuvent être prêtresses d'aucun dieu ni d'aucune déesse ; le sacerdoce est réservé aux hommes. Si les enfants mâles ne veulent point nourrir leurs pères et leurs mères, on ne les y force pas ; mais si les filles le refusent, on les y contraint » (Histoire, livre II).

    « Pénélope tissant »; l’une des cinquante gravures  illustrant un volume de l'Iliade et l'Odyssée, James Stow, (1770-1820), BnF, Paris.

    Peu d'Aphrodite... beaucoup de Pénélope !

    Rares sont les peuples qui ont représenté la femme avec autant de grâce : le déhanché de la Vénus de Milo et le drapé de la Victoire de Samothrace sont là pour témoigner de l'amour des Grecs pour le beau sexe.

    Aphrodite sur son cygne, médaillon d'un kylix (vase utilisé pour déguster du vin), vers 460 av. J.-C., British Museum, Londres.

    Mais ne nous y fions pas : la vie quotidienne des mères de famille est bien loin de l'image véhiculée par ces déesses libres et indomptables !

    Pour les descendantes de Pandore la fouineuse, les hommes grecs n'ont dans leur ensemble que méfiance et mépris, comme le montre cette sentence du poète Carcinos : « À quoi bon dire du mal des femmes ? N'est-il pas suffisant de dire : c'est une femme ? » (Ve siècle av. J.-C.).

    Ce manque d'égard va la suivre toute sa vie : considérée comme une éternelle mineure, la jeune fille, à peine sortie de l'enfance, passe un beau jour de la surveillance de son père à celle de son mari, que bien sûr il n'est pas question qu'elle choisisse elle-même. La voici de nouveau enfermée entre les quatre murs d'une maison dont elle ne sort que pour aller faire quelques courses qu'elle ne peut payer elle-même.

    Il lui faut s'en remettre à son époux, qu'elle croise d'ailleurs peu, voire demander l'argent à l'esclave qui ne la quitte pas. On attend uniquement d'elle qu'elle tienne bien sa maisonnée et surtout qu'elle enfante rapidement.

    Courtisane remettant son himation (vêtement ample) sous les yeux de son client ;  la lyre suggère une musicienne appelée pour un banquet. Intérieur d'un kylix, vers 490 av. J.-C., British Museum, Londres.

    Doit-elle préférer le sort des servantes ou même des prostituées, libres de leurs mouvements mais méprisées ?

    Pense-t-elle à ses sœurs spartiates, celles que l'on surnommait les « cuisses nues » à force de les voir s’entraîner au sport pour donner des enfants vigoureux à la cité ?

    Certes, elles pouvaient hériter et posséder des biens mais, comme les autres Grecques, seule la procréation leur donnait une chance de s'épanouir socialement.

    À l'image de Pénélope attendant des années le retour de son héros de mari devant son métier à tisser, la femme de la Grèce antique est reléguée dans son gynécée (appartement réservé aux femmes), et peu ont réussi à se faire un nom.

    Citons la poétesse Sappho (Ve siècle av. J.-C.), la savante Hypatie d 'Alexandrie (Ve siècle) et les reines Arsinoé (IVe siècle av. J.-C) et Cléopâtre (Ier siècle av. J.-C.) qui profitèrent des mœurs plus libres de l'Égypte.

    Mais chez les Grecs, la misogynie reste de mise, si l'on en croit ce témoignage de Socrate sur sa femme Xanthippe, modèle de l'épouse acariâtre : « En la gardant chez moi, je m'habitue, je m'exerce à supporter avec plus de patience l'insolence et les injures des autres » (Aulu-Gelle, Les Nuits antiques, IIe siècle).

    Pauvres âmes...

    « Bien souvent, je me suis dit, pensant à notre sort de femmes, que nous n'étions rien. Enfants, cœurs tout nourris d'insouciance douce, ainsi que les petits le sont toujours, nous connaissons à la maison les jours pleins de bonheur d'une tendre saison. Mais le bel âge vient, celui des épousailles. Un accord est conclu ; on nous chasse, on nous vend, loin des dieux du foyer et des parents chéris, l'une unie à un Grec, l'autre à quelque Barbare. Et dans une demeure où tout semble bizarre, étrange, et où l'épouse est parfois mal reçue, dès la première nuit notre vie est tissu, fixée à jamais, de force... Et, pauvres âmes, il faut prétendre encore être heureuses... » (Sophocle, extrait d'une tragédie perdue traduit par Marguerite Yourcenar).

    Éon (Aiôn),  dieu de l’éternité, et Tellus (Gaïa), déesse-mère,  entourée de quatre enfants, peut-être  les quatre saisons personnifiées, partie centrale d'une grande mosaïque de sol provenant d'une villa romaine de Sentinum, début IIIe siècle, Glyptothèque de Munich, Allemagne.

    Une sacrée équipe

    On ne s'ennuyait pas sur l'Olympe ! S'amusant à titiller les humains, hommes et femmes immortels y cohabitaient en toute harmonie. Vraiment ? Jalousie, rapts, adultères... Le monde divin ne reflète-t-il pas, avec outrance, le monde des pauvres mortels ?

    Le « Jugement de Pâris », fresque, détail, musée archéologique de Naples. Représentation des trois déesses : Artémis,  Aphrodite et Héra.

    À côté de l'image ancienne de la déesse-mère Gaïa, on retrouve dans le peloton de tête des déesses les archétypes féminins comme la jeune beauté inaccessible (Aphrodite), l'intellectuelle guerrière (Athéna), la sportive indomptable (Artémis), l'épouse possessive (Héra).

    Mais la mythologie n'oublie pas les autres représentantes de la société de l'époque, comme l'esclave Briséis, que se disputent Achille et Agamemnon. 

    Les allusions à Médée, la terrible princesse de Colchide (Géorgie) qui vient en aide à Jason contre l'avis de son père, nous prouvent par ailleurs que les Grecs savaient bien que d'autres peuples étaient plus généreux pour leur sexe faible. Ils ont ainsi donné vie aux sauvages Amazones qui font leur apparition dans l'Iliade.

    « Vestale portant le feu sacré », Jean Raoux, 1729, musée Fabre, Montpellier.

    À la fois femmes et combattantes, elles auraient été inspirées par les nomades des steppes dont l'habilité à cheval laissait rêveurs leurs contemporains hellènes. Omniprésentes dans les mythes, les femmes avaient également un rôle important à jouer dans le culte religieux.

    Régulièrement elles se regroupaient pour honorer les divinités qui les protégeaient au quotidien et lors des étapes importantes de leur vie, comme l'accouchement.

    À Athènes, elles se font même participantes actives lors des fêtes des Panathénées et certaines accèdent au rang de prêtresses ; à Delphes, c'est la Pythie qui joue un rôle capital dans l'Histoire du pays.

    Du côté de Rome vivaient les Vestales qui, à aucun prix, ne renonceraient à l'honneur d'entretenir le feu sacré. Seules à avoir les mêmes droits que les hommes, elles sont dotées d'un immense prestige.

    La preuve ? Ces vierges sacrées peuvent observer les spectacles depuis la tribune impériale et ont le pouvoir de gracier les condamnés à mort. Gare à celle qui faute ! Pour bien lui rappeler ses obligations, on l'emmurera vivante...

    Quand Athéna gagne, les femmes perdent

    Dans La Cité de Dieu, saint Augustin nous explique qu'il faut chercher l'origine du statut de la femme grecque dans la rivalité entre Neptune (Poséidon) et Minerve (Athéna).
    « Voici, selon Varron, la raison pour laquelle cette ville fut nommée Athènes, qui est un nom tiré de celui de Minerve, que les Grecs appellent Athéna. Un olivier étant tout à coup sorti de terre, en même temps qu’une source d’eau jaillissait en un autre endroit, ces prodiges étonnèrent le roi, qui députa vers Apollon de Delphes pour savoir ce que cela signifiait et ce qu’il fallait faire. L’oracle répondit que l’olivier signifiait Minerve, et l’eau Neptune, et que c’était aux habitants de voir à laquelle de ces deux divinités ils emprunteraient son nom pour le donner à leur ville. Là-dessus Cécrops assemble tous les citoyens, tant hommes que femmes, car les femmes parmi eux avaient leur voix alors dans les délibérations. Quand il eut pris les suffrages, il se trouva que tous les hommes étaient pour Neptune, et toutes les femmes pour Minerve mais comme il y avait une femme de plus, Minerve l’emporta. Alors Neptune irrité ravagea de ses flots les terres des Athéniens ; et, en effet, il n’est pas difficile aux démons de répandre telle masse d’eaux qu’il leur plaît. Pour apaiser le dieu, les femmes, à ce que dit le même auteur, furent frappées de trois sortes de peines : la première, que désormais elles n’auraient plus voix dans les assemblées ; la seconde, qu’aucun de leurs enfants ne porterait leur nom ; et la troisième enfin, qu’on ne les appellerait point Athéniennes » (La Cité de Dieu, Ve siècle).

    « Sarah présentant Hagar à Abraham », Adriaen van der Werff, 1699, Staatsgalerie im Neuen Schloss, Schleißheim, Munich.

    Femmes de la Bible

    Méfiez-vous de la femme ! Adam, Samson et Jean-Baptiste n'ont pas fini de regretter d'avoir croisé le chemin d'Ève, Dalila et Salomé. Mais avoir une forte personnalité ne signifie pas obligatoirement pour la femme biblique de jouer un rôle négatif, au contraire. Abraham serait-il devenu prophète sans le soutien de la vieille Sarah qui lui offrit sa servante pour qu'il puisse avoir une descendance ?

    « Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste », Lucas Cranach l'Ancien, 1530, Museum of Fine Arts, Budapest.

    Moïse aurait-il sauvé son peuple sans les conseils de sa sœur Myriam ? À côté de ces personnages pleins de sagesse on trouve de véritables casse-cou, cheftaines de guerre répondant aux noms de Déborah et Judith.

    Dans la vie de tous les jours, la juive des temps anciens est avant tout épouse et mère. Après avoir donné son consentement dans le choix du prétendant, elle en devient la propriété.

    En cas de mésentente insupportable, il peut même la répudier, oubliant alors le principe talmudique lui enjoignant : « Honore ta femme plus que toi-même ! ».

    La façon dont le Christ juge les femmes apparaît donc originale pour l'époque : loin de les éviter, il les accueille en laissant de côté tous les interdits qui affectent alors les relations entre les sexes.

    Les femmes du Nouveau Testament, en choisissant elles aussi de devenir disciples du Sauveur, sont vues comme égales des hommes au cœur d'une petite communauté mixte. N'ont-elles d'ailleurs pas été les premières à témoigner de la Résurrection ?

    Dans l'histoire de la religion chrétienne, elles n'ont cessé de jouer un rôle de premier plan, que l'on pense à l'adoration dont la Vierge Marie a été l'objet ou à l'influence capitale des saintes, des mystiques et surtout des nonnes dans la société, au fil des siècles. On se demande bien d'ailleurs pourquoi Dieu n'est pas représenté sous les traits d'une femme...

    Une reine qui ne manque pas d'arguments

    L'Ancien Testament se fait l'écho d'une rencontre entre deux grands souverains des temps bibliques, le roi juif Salomon et la reine du royaume de Saba, situé du côté du Yémen.
    « La reine de Saba entendit parler de la réputation de Salomon pour le nom du Seigneur et elle vint le mettre à l'épreuve par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une suite très importante, des chameaux portant des essences odoriférantes, de l'or en très grande quantité et des pierres précieuses. Elle vint trouver Salomon et lui dit tout ce qu'elle avait dans le cœur. Salomon lui expliqua tout ce qu'elle demandait ; il n'y avait rien de caché que le roi ne pût lui expliquer.
    La reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon, la maison qu'il avait bâtie, les mets de sa table, l'habitation des gens de sa cour, la fonction de ses auxiliaires et leurs vêtements, ses échansons, et les holocaustes qu'il offrait dans la maison du Seigneur : elle en eut le souffle coupé.
    Elle dit alors au roi : « C'était donc vrai, ce que j'ai appris dans mon pays au sujet de tes paroles et de ta sagesse ! Je n'y croyais pas avant d'être venue et de l'avoir vu de mes yeux. Et on ne m'en avait pas dit la moitié ! Tu as plus de sagesse et de prospérité que ta réputation ne me l'avait laissé entendre ». […]
    Elle donna au roi cent vingt talents d'or, une très grande quantité d'essences odoriférantes et des pierres précieuses. Il n'arriva plus autant d'essences odoriférantes que celles que la reine de Saba donna au roi Salomon.
    Les bateaux de Hiram, qui apportèrent de l'or d'Ophir, amenèrent aussi d'Ophir une très grande quantité de bois de santal et des pierres précieuses. […]
    Le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu'elle souhaita demander, et il lui fit bien d'autres présents, comme seul pouvait en faire le roi Salomon. Puis elle s'en retourna dans son pays, elle et les gens de sa cour »
    (Le Livre des Rois, 10).

    « Salomon et la reine de Saba », Jan Erasmus Quellinus, XVIIe siècle, musée des beaux-arts, Lille.

    Quelles matrones !

    Songeons que Rome est née de l'enlèvement des Sabines. On comprend que le destin des jeunes filles de la République se limite au mariage et à la procréation.

    Disciples de la Grèce misogyne, les Romains ont cependant su faire évoluer la condition féminine. Faut-il en chercher l'explication du côté de leurs ancêtres étrusques ?

    Quelle ne fut pas en effet la surprise des archéologues découvrant au XIXe siècle fresques et sarcophages étrusques mettant en scène des couples représentés à égalité, tendrement unis. Des représentations qui témoignent d'un statut d'une modernité étonnante !

    « Sarcophage des époux de Cerveteri », VIe siècle av. J.-C, musée du Louvre, Paris.

    Toujours est-il que la femina romaine sort peu à peu de son rôle effacé. Elle peut même gérer sa fortune et quitter sa domus pour travailler aux côtés de son paterfamilias de mari artisan.

    La jeune mariée ne prend-elle pas le pouvoir sur la maison en franchissant son seuil : « Ubi tu Caïus, ibi ego Caïa  ; là où toi tu es maître, je vais être maîtresse » ? Cela en fit rire certains dont Caton qui déclara : « Nous, qui gouvernons tous les hommes, nous sommes gouvernés par nos femmes » (cité par Plutarque dans Vies des hommes illustres, Ier siècle).

    « Boadicée haranguant les Bretons », gravure de William Sharp, XVIIIe siècle, National Portrait Gallery, Londres.

    La République voit les matrones envahir les lieux publics, assister aux spectacles et aux débats du forum, créer des associations et s'immiscer dans les affaires politiques. Faut-il rappeler le rôle joué sous l'Empire par Messaline et Agrippine ?

    Plus loin, dans le désert syrien, c'est la reine de Palmyre Zénobie qui n'hésita pas à donner à son fils le titre d'empereur, au nez et à la barbe de Rome (IIIe siècle).

    Les femmes barbares ne sont pas en reste avec la révolte menée par l'Icène Boadicée (Ier siècle ap. J.-C.) dans la province romaine d'outre-Manche. Son exemple illustre l'importance sociale de la femme chez les Celtes, y compris aux époques anciennes comme l'atteste la Dame de Vix (Bourgogne), une princesse qui fut inhumée avec un véritable trésor (IVe siècle av. J.-C.).

    Dispute conjugale à la romaine

    Cicéron raconte à son ami Atticus à quel point son frère Quintus a du mal à vivre avec sa chère Pomponia...
    « J'en viens à ce que nous avions dit toi et moi à Tusculum au sujet de ta sœur. Je n'ai jamais vu quelqu'un montrer autant de douceur, autant de calme que ne le fait pour l'instant mon frère envers ta sœur. A un point tel que même s'il a une bonne raison de lui en vouloir, rien n'en transparaît. Voilà tout pour cette journée.
    Le lendemain, nous avons quitté la maison d'Arpinum. Nous avons dîné à Arx. Tu connais la propriété. A notre arrivée, Quintus a dit fort gentiment : " Pomponia, occupe-toi des femmes, moi, je vais recevoir les hommes ". Rien, à mon sens, ne pouvait être plus aimable, et cela ne concerne pas seulement les paroles, mais aussi la disposition d'esprit et l'expression du visage. Mais, elle, en notre présence, répondit : " Alors, moi, je suis de passage ici ! ", voulant dire par là, à mon avis, que Statius l'avait précédée pour s'occuper du dîner. Alors Quintus me dit : " Eh bien ! voilà ce que je dois subir jour après jour ". " Qu'est-ce que cette peccadille ? ", diras-tu. L'affaire n'est pas mince ; moi-même, j'ai été bouleversé ; la réponse de Pomponia (regard et paroles) avait été si déplacée et si acerbe ! J'ai caché mon chagrin. Nous nous sommes installés à table sans elle ; il n'empêche que Quintus lui a fait porter les plats. Elle les a renvoyés. Pourquoi s'étendre sur cette affaire ? [...]
    Quintus est resté à Arx et m'a rejoint à Aquinum le lendemain matin ; il m'a raconté qu'elle avait fait chambre à part et qu'au moment où elle s'apprêtait à partir, elle était toujours dans l'état d'esprit où je l'avais vue »
    (Cicéron, À Atticus, Ier siècle av. J.-C.).

    «  La Vierge de l'Annonciation », Antonello de Messine, 1477, palais Abatellis, Palerme.

    À l'origine du voile

    « Les femmes mariées, les veuves et les femmes assyriennes ne doivent pas avoir la tête découverte quand elles sortent dans la rue. » C'est ainsi que, dans une tablette de loi d'Assur (Irak) vieille de 3000 ans, apparaît la première mention de l'usage du voile féminin.

    Il s'agissait alors de différencier les mariées, qui s'en couvraient au moment de la cérémonie, des esclaves et prostituées qui couraient le risque de recevoir sur la tête une couche de goudron brûlant, en cas de triche. Si les Égyptiennes échappent au voile du fait d'un statut qui les met à égalité avec les hommes, aucune Grecque pubère ne se permettrait de l'oublier chez elle !

    Tête de femme voilée du type de « l'Aphrodite Sôsandra », Rome, IIe siècle ap. J.-C., musée du Louvre, Paris.

    Symbole de modestie et de respectabilité, il est pourtant quelque peu négligé par la suite dans la société romaine jusqu'à ce qu'un juif hellénisé, l'apôtre Paul, ne le recommande en lui donnant une dimension religieuse : « Toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef. [...] L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l'homme. Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme » (Première épître aux Corinthiens, vers 55).

    Tout en reconnaissant donc aux femmes le droit de prier en public, il leur impose de se couvrir pour souligner leur vertu, s'inspirant peut-être du voile de dévotion utilisé par les Romains. Cette pratique va longtemps être conservée dans le cadre de l'Église et pour certains ordres de religieuses.

    Au VIIe siècle, on retrouve cette préconisation dans le Coran sous une autre forme : « Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile [hidjab]. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs » (33, 53). On va ainsi délimiter le cadre privé de l'espace public puis, par extension, demander aux croyantes de « rabattre leurs voiles sur leurs poitrines » (24, 31) pour les protéger de toute offense.

    Pièce de tissu avant tout pratique pour lutter contre la chaleur et la poussière, puis accessoire de beauté, le voile est donc devenu un gage de respectabilité et de piété donnant aux femmes le rôle ambigu de victimes et gardiennes de la tradition.

     

    Histoire Ancienne:  Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

     

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