• Histoire Moderne 2: Les Khazars - Des nomades au secours de Byzance

     

    Les Khazars

    Des nomades au secours de Byzance

     

     

    Étrange destin que celui des Khazars. Ce peuple turcophone issu des steppes d’Asie centrale a constitué un puissant empire autour de l’actuelle mer Caspienne.

     

    Buste d'un guerrier khazar, illustration extraite d'une encyclopédie ukrainienne, Institut des études ukrainiennes, Université de Toronto, Canada.

    C’est lui qui a préservé le Caucase de la conquête arabe musulmane et soutenu la lutte de l’empire byzantin contre son puissant voisin perse. Aux VIIe-IXe siècles, il jouait donc un rôle déterminant sur la scène du monde.

    Plus étonnant encore : ce peuple turcophone s’est en partie converti au judaïsme, cas unique en son genre. « On trouve des musulmans, des chrétiens, des juifs, des païens. Le roi, sa suite et sa parentèle sont juifs. Le roi des Khazars est devenu juif à l’époque du califat d’Haroun al-Rashid », témoigne vers 950 le géographe et voyageur de Bagdad al-Masudi. Malgré son importance stratégique, dont le monde actuel porte encore la marque, l’empire khazar a pourtant disparu sans guère laisser de traces... 

    Pouchkine évoquera néanmoins ces « Khazars insensés » dans La chanson d’Oleg le Très Sage. Bien peu de choses au fond.

    Thomas Tanase
     

    Objet issu des fouilles où se trouvait Atil, capitale khazare (région d'Astrakhan en Russie), VIIIe-IXe siècle,  musée historique d'État de Moscou.

    Les Khazars, un peuple de la steppe

    Dès leur origine, les empires chinois mais aussi perse et romain sont en interaction avec les peuples nomades dits « barbares », échangeant tributs, marchandises, mercenaires… et parfois épouses.

     

    Plaque de bronze d'un homme du plateau d'Ordos occupé par les Xiongnu, IIIe-Ier siècle av. J.-C., British Museum, Londres.

    La fondation de l’empire chinois en 221 av. J.-C. est contemporaine de celle du premier empire de la steppe fondé par les Xiongnu, l’un des peuples turcophones qui nomadisent en Asie centrale. Érigée à cette époque-là, la Muraille de Chine témoigne du souci des sédentaires de se protéger des incursions nomades.

    Au VIe siècle de notre ère émergent les Turcs célestes (Gök Türk), dont l'immense empire s’étend de la mer d’Aral jusqu’aux portes de la Chine. Le nom « turc » est alors employé pour la première fois sur des stèles rappelant le pouvoir céleste de leur souverain, le grand-khan. Il sera conservé jusqu’à l’arrivée du Mongol Gengis Khan.

    Preuve de leur importance, les Byzantins ont envoyé dès 568 un ambassadeur auprès du grand-khan qui résidait dans les monts Altaï.

     

    Le buste de Bumin Kagan, fondateur du khanat Göktürk.

    Les Khazars sont nés aux marges occidentales de ce premier empire turc et ils en tirent leurs caractéristiques fondamentales. Ensemble composite de populations turques et nomades, ce peuple s’est uni autour d’un clan dirigeant, les Ashina, fondateurs de l’empire turc céleste.

    C'est en 589 qu'ils apparaissent pour la première fois comme un ensemble constitué, lorsqu’ils sont intégrés à l’armée turque pour attaquer les Perses. À cette date, il s’agit encore d’une tribu sans grande importance, basée dans le Daghestan actuel, situé dans le Caucase.

     

    Détail d'une gravure représentant un guerrier bulgare ou avar victorieux à cheval avec un captif, aiguière en or, VIIe-IXe siècle. L'agrandissement présente l'un des objets du trésor de Nagyszentmiklós, trouvé en 1799 à Sânnicolau Mare (anciennement la Hongrie - actuellement la Roumanie), Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche.

    Leur destin bascule à la génération suivante... En 626, l’empire byzantin semble perdu. Alors que les armées du basileus Héraclius sont occupées en Asie mineure à lutter contre les Perses, les Avars, un peuple turcophone allié à des Slaves venus des Balkans, assiègent Constantinople.

    En désespoir de cause, Héraclius renverse la situation en nouant une alliance avec les Khazars. L'année suivante, il fait sa jonction avec les troupes du grand-khan khazar Ziebil devant Tiflis (Tbilissi), actuelle capitale de la Géorgie.

    Pris en tenaille, les Perses sont enfin vaincus. La catastrophe annoncée s’est transformée en victoire miraculeuse, propulsant les Khazars sur les devants de la scène de l’Histoire. Comme l’empire des Turcs célestes, de plus en plus divisé, n’est plus en mesure de contrôler ses confins, les Khazars et un autre peuple turcophone, les Bulgares, se livrent une guerre féroce.

    L’éphémère empire bulgare est défait vers 670. Une partie de ses habitants fuit vers les Balkans et s’assimile aux populations slaves tout en leur offrant un encadrement militaire : ils vont former le creuset de la future nation bulgare. 

    Les Khazars en profitent pour occuper l’espace ainsi libéré de sorte que, vers 670, ils dominent un immense territoire, allant de l’embouchure du Danube jusqu’à la mer Caspienne, avec un centre de gravité situé sur la basse-Volga, dont Atil est la capitale. La Crimée, colonisée par les Grecs depuis l’Antiquité et restée jusqu’au VIIe siècle sous domination byzantine, passe alors progressivement sous leur domination, à l’exception de l’important port grec de Chersonèse (la Sébastopol actuelle).

    Ce vaste empire Khazar va jouer un rôle fondamental aux VIIIe et IXe siècles...

     

    Histoire Moderne 2:  Les Khazars - Des nomades au secours de Byzance

    Le verrou de la mer Noire

    À partir des années 630, les Arabes musulmans réussissent à conquérir un immense espace. Après s’être emparés de la Perse, ils sont en mesure d’investir le Caucase dès 654. Ils se heurtent alors pour la première fois aux Khazars. C’est le début d’un long conflit, émaillé de trêves périodiques.

    Entre temps, la situation s’est de nouveau dégradée à Constantinople et le pouvoir impérial implose. En 695, l’empereur destitué Justinien II se réfugie à Chersonèse (Crimée), pour se placer sous la protection des Khazars. 

     

    Les Arabes attaquent Constantinople sous le règne de l'empereur Léon III, Le second siège arabe de Constantinople, Chronique de Constantine Manasses, XIVe siècle.

    En 704, les Khazars lui retirent leur protection et se disposent à le livrer à Constantinople. Manque de chance, Justinien s’évade et parvient à reprendre les rênes du pouvoir !

    Cinq ans plus tard, en 711, les Byzantins sont de nouveau en difficulté. Chersonèse, soutenu par les Khazars, se révolte. Justinien II envoie une flotte pour réduire les insurgés mais l’armée se rebelle à son tour et marche sur Constantinople pour le destituer. Dans le tumulte qui s’ensuit, l’empereur est assassiné et c’est un chef militaire, Léon, qui lui succède.

    À cette même période, Byzance doit également subir l’assaut des Arabes qui assiègent la ville. Une fois encore, l’empire byzantin sera sauvé par les Khazars. Pour se prémunir de leurs attaques, le calife de Bagdad a détourné contre eux une partie de ses troupes. Il a donc entamé le siège de Byzance avec une armée amoindrie et, de ce fait, ne parvient pas à obtenir la reddition de la ville.

    Parfaitement conscient des enjeux stratégiques, Léon III scelle une alliance avec ses nouveaux alliés en mariant son fils et héritier, Constantin, à une princesse khazare nommée Çicek (Fleur). Baptisée sous le nom d’Irène, elle donnera le jour à l’empereur Léon IV « le Khazar ». On lui attribue un célèbre vêtement byzantin de cette époque, une riche tunique brodée nommée tzitzakion.

     

    Solidus (monnaie romaine) sur lequel figure Léon III. L'agrandissement montre son fils, Constantin V.

    Léon III et son fils Constantin V s'attireront une mauvaise réputation dans l’histoire byzantine en raison de leur iconoclasme. Il n'empêche que leur alliance avec les Khazars a contribué à préserver l'empire des menaces venues des conquérants arabes. Cette alliance s'est prolongée jusqu'à l'orée de l'An Mil et il n’est d’ailleurs pas impossible que le père du patriarche Photios, la grande figure de l’Église orthodoxe du Xe siècle, ait été d’origine khazare. Dans un moment de colère, l’empereur Michel III n’a-t-il pas traité Photios de « mufle khazar » ?

    Dans le Caucase, cependant, les escarmouches avec les troupes de l'empire abbasside de Bagdad sont incessantes et ne font que s’intensifier. Par leur résistance obstinée, les Khazars font obstacle à l’expansion musulmane qui va se détourner vers l'Asie centrale, préservant du même coup le monde russe. À la même époque, d'autres populations turcophones commencent leur migration de la steppe vers le Moyen-Orient où elles vont constituer une élite guerrière au service de Bagdad.

    Si ces rapports conflictuels avec le monde arabo-musulman laissait difficilement augurer une conversion à l’Islam, conduisaient-ils pour autant à l’adoption de la religion juive ? C’est pourtant cette voie qu’ont décidé d’emprunter les dirigeants khazars au VIIIe siècle.

     

     

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