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    Brest et son port : la mer au sens large

     

    Par Philippe Bourget
     

    À Brest, la mer s'insinue partout. Aux côtés de la base militaire, le littoral brestois multiplie les activités marines. De la réparation navale aux chercheurs d'Océanopolis, des "voileux" aux chantiers de construction, en passant par le port de commerce et les technologies éoliennes, on en oublierait presque qu'une ville existe au-dessus du port !

     

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    Le pont de Recouvrance et l'Arsenal donnent une partie des clefs pour comprendre cette ville qui protège son passé, vit de la mer et avec son temps.

     

    Huit kilomètres et demi de quais, cinq ports et une incomparable histoire marine. S’il n’est pas question de nier l’attrait des monuments de la « ville haute », les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont tellement impacté le patrimoine qu’ils poussent à s’intéresser d’abord à la vitalité du trait de côte. Brest est peut-être la seule ville de France à rassembler l’ensemble des métiers de la mer. Cinq ports... On connait le militaire, l’ex-Arsenal aux effectifs en baisse mais qui constitue toujours la colonne vertébrale de la cité. La Penfeld, rivière sectionnant la ville, accueille depuis longtemps sur ses berges encaissées cales de radoub et frégates grises ; Laninon, plus à l’ouest, est un quartier d’officiers, de réparation et d’entraînement. La plaisance, elle, dispose aussi de ports jumeaux, la marina du Moulin-Blanc et celle du Château. Entre les deux s’étend le port de commerce, succession de docks et de quais dévolus aux conteneurs, à la réparation navale, aux ferries, à des bureaux et un peu à la pêche – le parent pauvre de Brest. Ce littoral constitue une vitrine mouvante, au gré de projets et d’équipements récents.

     

    Réparation navale, le "garage de la mer"

    Parmi les activités, la réparation navale dispose d’une longue histoire à Brest. C’est ce que nous confirme Robert Magueur, directeur général adjoint du chantier Damen. « Je suis le dernier survivant des Ateliers français de l’Ouest », se plaît-il à rappeler. Dubigeon, AFO, Sobrena... la réparation brestoise a traversé bien des crises depuis la guerre. Ses effectifs ont fondu, passant de 1 000 personnes dans les années 1980 à 200 aujourd’hui. Mais sous la férule de son propriétaire néerlandais et le soutien de la CCI locale, l’ambition de relance est forte. La forme de radoub n° 3, 420 mètres de long sur 80 mètres de large, est l’une des plus grandes d’Europe. Au fond de la cale – on y circule en voiture grâce à des tunnels d’accès – l’immense tanker norvégien Heather Knutsen se fait presque timide. « Selon la demande des armateurs, nous pouvons traiter les navires depuis les cales jusqu’à leur moquette », illustre Robert Magueur, tombé dans la réparation navale après que son père l’a mené, petit, « voir les fourmis humaines s’agiter, dans le bruit et les éclats de soudure ». Depuis, il parcourt le monde à la recherche de contrats, pour remplir les formes et faire tourner l’immense atelier de tôlerie. « La réparation navale est un État dans l’État. Il n’y a pas d’école. Ici on peut tout fabriquer et la moindre pièce se manipule au palan ! », dit le manager. Le « garage de la mer » brestois cherche de nouveaux marchés, dont ceux des bateaux de croisière et des plateformes off-shore. Cette quête de débouchés est aussi le cheval de bataille du port brestois. Alors que depuis sept ans il dispose d’un terminal conteneurs, l’enjeu du moment consiste à développer un polder de près de 30 hectares pour accueillir les industries marines renouvelables. Autour des « éoliennes du grand large », ce polder doit recevoir les premières entreprises à partir de 2017 et dispose « d’un potentiel de 2 000 à 3 000 emplois », assure la mairie.

     

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    Dans la cale n° 3, appréciez la taille de la voiture par rapport au Heather Knutsen (277 m de long, 46 m de large), immobilisé notamment pour repeindre l'ensemble de sa carène et réparer son gouvernail. Deux mois de travail.

     

    Océanopolis, premier site touristique de Bretagne

    L’emploi, c’est aussi le tourisme. Océanopolis reçoit chaque année plus de 420 000 visiteurs. Ce parc de loisirs est le premier équipement touristique de Bretagne. À vocation pédagogique et scientifique, il présente trois pavillons (tropical, tempéré, polaire), des dizaines d’aquariums et 10 000 animaux. Des requins (le pèlerin, inoffensif pour l’homme, évolue en rade de Brest) aux minuscules anguilles jardinières, le parcours se veut didactique. Deux fois par semaine, des poissons sont nourris à la main par un plongeur, suscitant la curiosité du public. Océanopolis collabore au réseau d’observation marine en Bretagne, recueille les bébés phoques orphelins et se place en tant qu’interlocuteur référent pour l’échouage des animaux sur les plages.

     

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    Océanopolis. Des aquariums de toute beauté, aux poissons vifs et colorés... et des requins.

     

    La marina du Moulin-Blanc et la marina du Château : deux ports de plaisance

    Face à l’aquarium, la marina du Moulin-Blanc et ses 1500 anneaux rappelle l’importance de la voile et de la plaisance à Brest. Pour preuve, une seconde, la marina du Château (d’une capacité de 700 anneaux), a été construite récemment sur d’anciennes installations militaires. Avec son quai-promenade et ses cafés-restaurants-terrasses, elle est devenue un lieu de sortie apprécié des Brestois. Au sol, des carreaux de bronze rappellent les exploits marins réalisés depuis le port : records de traversées de l’Atlantique, du tour du monde avec ou sans escale, trophées Jules-Verne... 19 plaques évoquent les performances des Tabarly, Kersauson, Philippe Monnet... Un hôtel 5 étoiles doit bientôt voir le jour à proximité de la marina, manière de concrétiser la transformation de ce secteur. Cerise sur la rade de cette « folie » plaisancière, la ville a accueilli les Fêtes maritimes internationales Brest 2016, un immense rassemblement nautique organisé tous les quatre ans. La fête d’amis des origines a bien grandi. Jusqu’à 1 200 bateaux patrimoniaux, de course, militaires et scientifiques, ont vogué sur la rade, parmi lesquels l’Hermioneet quelques-uns des plus grands voiliers du monde. Les États-Unis et la Russie étaient les invités d’honneur de cette 7e édition qui a drainé 750 000 visiteurs en 2012.

     

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    Le port de pêche, dans le port de commerce, au pied de la tour Rose construite par l'Américain Battle Monuments. Détruite en 1941 par les Allemands, elle a été remontée à l'identique en 1958.

    29-2308.jpgLouis Mauffret, maître Guip

    Il a pris à New York « les tours jumelles sur la gueule ». Le choc de trop pour ce commercial de haut vol expatrié pendant 15 ans aux États-Unis et en Scandinavie, pour le compte d’un grand groupe alimentaire. « J’ai fait ma crise de la quarantaine, j’ai tout plaqué, la Bretagne me manquait. » La navigation aussi, raison pour laquelle il construit à Newport, près de la skyline new-yorkaise, un bateau de course. Quelques transats plus tard (La Rochelle-Salvador de Bahia, Douarnenez-Guadeloupe...), il rejoint son cousin Yann au Chantier du Guip, « monument historique » de la charpenterie de marine brestoise qui a construit la Recouvranceen 1991. Son expérience assure l’indépendance commerciale et financière dont l’atelier avait besoin, misant sur un savoir-faire élevé, manière de « poursuivre le rêve ». Le rêve, c’est de déambuler avec ce quinquagénaire svelte et passionné dans le hangar exhalant la sciure, entre canots en bois, coquillers, petits yachts de luxe, quilles, carènes, mâts, palans, serre-joints, mèches, scies, poulies, sangles, manivelles, cliquetis... Un lieu où s’activent avec passion des charpentiers pour des clients privés, associatifs, pêcheurs professionnels, lamaneurs, militaires... Depuis 2008, ce plus grand chantier de marine en bois d’Europe est classé Entreprise du patrimoine vivant. La société compte 27 salariés.

     

    Des îles du Ponant à Brest

    À côté de cette vitalité portuaire, la gare des ferries s’accroche à ses pontons. Quai de la Douane, la compagnie Penn Ar Bed assure la continuité territoriale avec les îles du Ponant. Ouessant, à 2 heures, et Molène, à 1 h 30, sont desservies toute l’année et l’île de Sein (1 h 30), seulement à la belle saison. Hormis une liaison aérienne vers Ouessant, c’est le seul lien des îliens avec le continent. Le Fromveur et l’Enez Eussa réalisent coûte que coûte ces traversées et ne déplorent « que trois à quatre annulations par an 
à cause de la météo », assure un capitaine. Tous ont en mémoire ce jour de l’an où, pour cause de gros temps, chirurgiens et avocats en séjour
 à Ouessant étaient restés bloqués deux jours, furibards, oubliant qu’à l’heure des hautes technologies la nature savait encore faire valoir ses droits. C’est désormais le tourisme qui assure l’essentiel des recettes d’une compagnie qui enregistre 330 000 passagers par an et propose aux îliens des rotations spéciales pour se ravitailler, consulter un spécialiste – il n’y a qu’un seul docteur généraliste à Ouessant – ou passer un examen. « Parfois, en hiver, il arrive qu’une ou deux personnes seulement soit présentes à bord », sourit Virginie Guillaumin, au service commercial. Penn Ar Bed s’occupe aussi d’acheminer le fret, embarqué à bord du Molenez. Il y a quelques années, il a rapatrié d’Ouessant... l’hélicoptère du SAMU, tombé en panne sur l’île. Espérons que ce jour-là, l’urgence n’était pas vitale.

     

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    Dans la nouvelle criée de Brest (sur le 3 e éperon du port, quai de la Douane), les ventes sont réservées aux acheteurs agréés pour le compte de professionnels

     

    La criée méconnue

    Presque anonyme sur le bassin n° 3 se tient le hangar de la criée. Autrefois près de la gare des ferries, elle a déménagé l’an passé. Bon an mal an, elle traite 3 000 tonnes de poissons, parmi lesquels « beaucoup de lottes, des tourteaux, des araignées et du lieu jaune de ligne », énumère Ronan Floch, l’imposant et cordial directeur. Rien à voir avec Le Guilvinec ou Saint-Guénolé, mais Brest continue cependant d’assumer sa petite vocation de pêche, autour de la quarantaine de côtiers qui fréquentent ses quais en hiver. Brest et sa « ville haute » peuvent-elles se hisser au niveau de cette diversité portuaire ?

     

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    La rue de Saint-Malo est la plus ancienne de Brest : à peine 100 mètres de rue pavée et d'âpres luttes depuis des siècles...

     

    29-2296.jpgMireille Cann, squatteuse assumée

    On l’a croisée au hasard d’une balade dans la rue de Saint-Malo. On s’est arrêté et on l’a écoutée. Une résistante. Vieux pull ballant, cheveux défaits, Mireille Cann s’est battue pour sauver la rue de Saint-Malo, la plus vieille de Brest avec son sol pavé et ses maisons des XVIIIe et XIXe siècles, ancienne voie d’accès à une entrée de la base militaire. Celle qui donne depuis 26 ans du fil à retordre à la municipalité, habite – plutôt squatte – la seule maison qui tienne vraiment debout dans cette ruelle aux accents de bas-fonds, « une petite rue populaire qui raconte les gens et témoigne d’une histoire ouvrière », dit-elle. Mal accueillie au début, l’égérie passe d’abord du temps à effacer les croix gammées peintes sur les murs... Le lieu est à l’abandon. De combats virulents en négociations, elle obtient que la rue soit préservée, réhabilitée et – c’est récent – fermée à la circulation des véhicules qui accédaient à un bâtiment militaire. Celle qui récupère aussi les chats blessés veut que la voie soit réservée aux artistes. Elle a un projet de théâtre, des architectes l’aident à restaurer le bâti. « Avec l’idée que là où il y a de l’art, il y a moins de barbarie », glisse la passionaria.

     

    Un lien toujours étroit avec l'océan

    À y regarder de près, le patrimoine urbain possède, sauf exception, un lien toujours étroit avec l’océan. Prenez le cours Dajot, par exemple. Réalisé au XVIIIe siècle par des bagnards afin d’offrir un but de promenade aux Brestois, cette large esplanade ombragée, dessinée sur les anciens remparts Vauban, domine le port comme la hune le ponton d’un navire. On y découvre la rade, les grues et l’Abeille Bourbon au repos, prête à bondir dans le raz de Sein en cas d’avarie d’un cargo. Une double volée d’escaliers le relie même à la basse ville portuaire, alors qu’en son centre se dresse le célèbre Monument américain. La tour, 50 mètres de haut, construite sur un micro-territoire de 4 hectares concédé aux États-Unis, est un legs de la ville aux Américains pour les remercier d’avoir choisi Brest comme port de débarquement, lors de la Première Guerre mondiale. 900 000 d’entre eux y arrivèrent, ainsi que 200 000 tonnes de matériel, entre mai et octobre 1918. Que les délinquants perdent toute illusion : le terre-plein n’offre aucune immunité diplomatique...

     

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    Vue sur le Cours Dajot et la tour Rose

     

    Recouvrance : un secteur épris d'histoire maritime

    Au cœur de la ville, la rue de Siam a bien changé. Dans une cité détruite à 90% par les bombardements, la reconstruction s’est poursuivie... jusque dans les années 1980. Artère centrale joliment piétonne et revisitée par le tramway depuis 2012, elle n’a plus rien de cette rue de marins qui venaient, avant 1900, y « faire leur persil » – draguer les femmes de petite vertu –, expression qui rappelle que l’on se penchait naguère dans la rue pour ramasser le persil qui y était cultivé. L’artère dévale de la place de l’hôtel de ville vers le quartier de Recouvrance, situé de l’autre côté de la Penfeld et de la base navale.

     

    Recouvrance, un secteur épris d’histoire maritime.

    C’est ici, rive droite de la rivière, que s’établit le premier village de pêcheurs et d’artisans. Le déploiement de l’activité militaire à partir du XVIIe siècle transformera ce quartier en celui de la marine, dont les effectifs monteront à plus de 30 000 personnes. Un peu décrépi aujourd’hui, le quartier tente de sortir de sa torpeur à coups de réhabilitations d’immeubles et de projets conquérants. La vie y a longtemps été réglée au rythme du « dégagé », la sortie du travail des ouvriers de l’Arsenal.

     

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    La rue de Siam et son tramway. Axe majeur de la ville, elle relie le pont de Recouvrance à la place de la Liberté

     

    Château-musée de la Marine

    À force de tourner autour, nous y arrivons. Au château. Lui aussi ne peut échapper à son destin maritime. Apparu dès le XIe siècle dans le paysage pour protéger la ville alors fief féodal, modernisé par Vauban, le site abrite depuis 1953 la préfecture maritime, ainsi que le commandement de la Marine nationale française pour l’Atlantique et celui de la Force océanique stratégique. Ces deux-là sont installés dans les souterrains « inaccessibles », creusés sous le château par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale. Le château lui-même a servi de prison et abrite désormais le musée national de la Marine. On y déambule de tours en donjon, à travers des salles passionnantes évoquant le fait maritime, les sous-marins et la destruction de Brest.

     

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    Le château, intégré à la citadelle Vauban, siège de la préfecture maritime et du musée national de la Marine, les tours Paradis marquent l'entrée du château

     

    Base militaire de Brest : 12 000 personnes !

    Reste à découvrir cette fameuse base militaire, créée en 1631 par décision royale. Autorisations accordées, nous voilà sillonnant les quais de la Penfeld, traversée par deux ponts flottants réservés à l’armée, sous le pont public de Recouvrance. La base, ce sont d’abord des chiffres impressionnants : 200 hectares, 9 portes d’accès, 10 bassins, 35 kilomètres de routes, 60 navires et 12 000 personnes, militaires et civils – près de 19 000 en comptant les effectifs du bassin brestois et ceux de l’Île Longue, la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), en rade de Brest. Une ville dans la ville. La vocation ? « Accueillir, ravitailler et entretenir les bateaux de surface et les sous-marins nucléaires », précise le très courtois capitaine de frégate et commandant en second de la base, Bruno Nicol. Un rôle clef mais restreint depuis qu’en 2002 s’est arrêtée la construction des navires de guerre, centralisée à Lorient – raison pour laquelle on ne parle plus d’Arsenal. Une balade sur un petit bateau – les militaires savent recevoir – nous permet de constater que la base conserve de beaux restes. Nous croisons La Belle-Poule, un voilier sur lequel « nous assurons des formations pour que les marins gardent le sens de la mer, des vagues et du vent », dit Bruno Nicol. Le Langevin, un bateau de soutien, entre au port, remorqué. Le bassin historique Tourville (1645) est vide, mais un aviso est en réparation dans le bassin n° 2. Au bassin n° 9, le Monge, bâtiment d’études et de mesures, se fait soigner. Plus loin, nous frôlons le SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) la Perle, loin de sa base de Toulon. Des bâtiments historiques à la résidence de l’amiral (une belle maison de fonction...), de l’ancienne base sous-marine nazie (où demeurent encore des inscriptions en allemand) au fond des quais de la Penfeld, l’ex-Arsenal nous laisse une impression d’un monde singulier, à part, forgé par près de 400 ans d’histoire.

     

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    Vue sur l'ex-Arsenal, la rade et le château

     

    La Recouvrance, pour une balade en rade

    Pour terminer la découverte brestoise, une balade sur la rade s’impose. La Recouvrance tend les bras. Splendide réplique de goélette de 1817, armée de 430 m2 de voiles, elle cingle entre les mains expertes du jeune capitaine Yann Fournier, sur un bassin épargné par les tempêtes du large. Le passage devant l’entrée étroite du goulet rappelle que s’il n’y avait pas eu cette géographie favorable, jamais le port de Brest n’aurait atteint un tel niveau d’expertise.

     

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    À bord de la Recouvrance, la goélette symbole et ambassadrice de la ville de Brest : une croisière vous emmène dans la rade pour vous faire découvrir ses richesses. Recouvrance est le nom de ce quartier de la ville où les femmes venaient prier pour retrouver leur mari et leurs fils

     

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