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    Livre: Ce qu'elles disent, le nouveau roman de Miriam Toews


    Miriam Toews dévoile les propos de mères, filles et sœurs dans un roman vibrant.

    Monique Roy de la revue Châtelaine

     

     

    Livre À Lire 2: Ce qu'elles disent, le nouveau roman de Miriam Toews

    Photo: Stocksy / Melanie DeFazio

     

    L’histoire

    En 2011, huit hommes d’une communauté mennonite de Bolivie ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement, après avoir été reconnus coupables d’agressions sexuelles sur de nombreuses femmes et petites filles entre 2005 et 2009. Ces maris, frères ou fils plongeaient leurs victimes dans l’inconscience à l’aide d’un anesthésiant vétérinaire et, au matin, celles-ci, meurtries, ignoraient ce qui leur était arrivé. On avait vite fait de les accuser de mentir, d’être la proie de démons, de fantômes, ou encore d’imaginer tout ceci. En écho à ces faits réels, Miriam Toews a écrit une fiction offrant à ces femmes l’occasion de décider de la suite des choses. Réunissant quelques-unes d’entre elles dans un grenier à foin, elle leur laisse la parole dans Ce qu’elles disent.

     

    Les personnages

    Elles sont huit, de tous les âges, assises sur des seaux à lait. Greta et Agata, les aînées; leurs filles et petites-filles, Mariche (souvent battue par son mari), Mejal, Autje; Ona (lumineuse malgré la narfa, dépression nerveuse, enceinte à la suite d’un viol), sa sœur Salomé (explosive, bien décidée à modifier, sinon à fuir les lois moyenâgeuses de la colonie), sa nièce Neitje, dont la mère, de désespoir et de honte, s’est suicidée.

    August Epp, instituteur, amoureux d’Ona depuis l’enfance, seul homme accepté dans cette assemblée, doit transcrire les débats de ces femmes analphabètes et rendre compte de la décision qui en ressortira: ne rien faire, rester et se battre, ou partir.

     

    On le lit

    Parce que l’univers sombre et douloureux de cette histoire est éclairé par l’énergie vitale de ces femmes mennonites, rejetant le climat d’obscurantisme dans lequel elles vivent depuis toujours, n’acceptant plus la défaite imposée par la loi de l’homme, qu’il tiendrait de Dieu. Bien qu’analphabètes, elles possèdent un savoir et une puissance, le sens de la justice et de la parole donnée, la force de l’entraide. Margaret Atwood a vu dans ce roman une parenté avec La servante écarlate.

     

    Livre À Lire 2: Ce qu'elles disent, le nouveau roman de Miriam Toews


    Ce qu’elles disent, Boréal, 264 pages, traduction par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.


    L’autrice

    Miriam Toews

    Naissance en 1964 à Steinbach (Manitoba), dans une communauté mennonite qu’elle quittera à 18 ans. Études aux universités du Manitoba et de King’s College à Halifax. En 1996, mère de deux jeunes enfants, elle publie un premier roman, Summer of My Amazing Luck (non traduit), tout en travaillant comme journaliste pigiste.

    En 2004, Drôle de tendresse remporte le Prix du Gouverneur général (œuvre de fiction en anglais) et se classe en tête des succès de librairie au pays, conférant une soudaine notoriété à son autrice. Jamais je ne t’oublierai (2013) et Pauvres petits chagrins (2015) racontent le suicide de son père en 1998 et celui de sa sœur en 2010.

    Miriam Toews «mêle le rire et les larmes pour concocter un élixir qui est l’essence même de la vie», a écrit Ron Charles, critique littéraire au Washington Post.

    Miriam Toews vit à Toronto avec son compagnon l’écrivain Erik Rutherford, près de ses enfants, ses petits-enfants et sa mère.

     

    Livre À Lire 2: Ce qu'elles disent, le nouveau roman de Miriam Toews


    Miriam Toews (Photo: Carol Loewen)

     

    Livre À Lire 2: Ce qu'elles disent, le nouveau roman de Miriam Toews

     

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    3 coups de coeur littéraires du mois

     

    PAR  du magazine Coup de Pouce
     

    Trois romans à dévorer ce mois-ci.

    Homo Sapienne

    Livres à Lire 2:  3 coups de coeur littéraires du mois

     

    Cinq jeunes s’aiment, se séparent, se transforment et se découvrent dans un roman éclaté où se côtoient textos, dialogues et confessions, en français, en anglais, mais aussi en danois et en groenlandais, première langue de l’auteure. Leurs histoires sont touchantes, mais aussi fort révélatrices d’une époque où savoir qui on est (et qui on aime!) s’avère parfois bien complexe.

    Homo Sapienne par Niviaq Korneliussen - Peuplade, 2017, 232 p., 24,95 $.

     

    JOHNNY

     

    Livres à Lire 2:  3 coups de coeur littéraires du mois

    Johnny

    Photographe: Boréal

     

    C’est l’amour fou entre Johnny, un jeune Abénaquis qui cache bien ses origines, et Valentine, une blonde de Ville-Émard. Mais entre les contrats que Johnny exécute pour la pègre locale et l’arrivée des petits, Valentine étouffe. Elle partira loin avec les enfants, tentant de trouver un peu de paix dans les vagues du fleuve. Un premier roman où la réconciliation avec soi-même, avec ses origines et son passé agit comme un baume pour les jours gris.

    Johnny par Catherine Eve Groleau - Boréal, 2017, 208 p., 20,95 $.

     

     

    LE POTAGER

     

    Livres à Lire 2:  3 coups de coeur littéraires du mois

    Le potager

    Photographe: Québec Amérique

     

    Caroline, qui souffre déjà d’anxiété, voit son stress quotidien grimper en flèche quand un virus menace la santé de tous, incluant ses deux jeunes garçons et son amoureux, Samuel. Comment survivre quand tout est rationné et qu’on ne sort plus sans masque ni gants protecteurs? Un roman qui se lit en rafale où on peut aller loin pour tout protéger... même son potager!

    Le potager par Marilyne Fortin - Québec Amérique, 2017, 344 p., 26,95 $.

     

     

    Livres à Lire 2:  3 coups de coeur littéraires du mois

     

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    Le clitoris, la clé pour une vie sexuelle améliorée?

     

    Dans son livre Becoming Cliterate, la Dre Laurie Mintz explique comment la sexualité axée sur la pénétration prive la femme du plaisir recherché.

     

    par Katie Underwood de la revue Châtelaine

     

    Livres à Lire 2:  Le clitoris, la clé pour une vie sexuelle améliorée?

     


    Quels sont les mythes perpétués par notre culture dans le domaine de la sexualité? On pourrait en parler pendant des heures!

    Dans son livre Becoming Cliterate, la Dre Laurie Mintz, professeure de sexualité humaine à l’Université de Floride, s’attaque à une croyance, sans doute la plus insidieuse de toutes: celle voulant que le coït soit le moyen par excellence d’atteindre l’orgasme.

    Dans les faits, plus de la moitié des femmes rapportent avoir régulièrement du mal à atteindre l’orgasme avec un partenaire masculin. Mais encore? Une proportion de 64 % des femmes (comparé à 91 % des hommes) disent avoir eu un orgasme lors de leur dernière relation sexuelle. Quel est le problème? Nous avons discuté avec la Dre Mintz des avantages de la sexualité queer, des connotations négatives entourant le mot «préliminaires» et de la clé pour combler le fossé qui existe entre le plaisir de l’homme et celui de la femme.


    Qu’est-ce que «l’inégalité des orgasmes»?

    En bref, c’est le fait que les hommes aient plus d’orgasmes que les femmes, même si en théorie, d’un point de vue biologique, la possibilité existe autant pour un sexe que pour l’autre. L’égalité des orgasmes signifie recevoir ce dont on a besoin pour atteindre l’orgasme lors d’une relation sexuelle, peu importe à quel sexe on appartient.

    Dans votre livre, vous insistez sur le fait que dans notre culture, on nous enseigne que la sexualité est une affaire de pénis et de vagin, et que tout le reste est accessoire. Cependant, la majorité des femmes n’atteignent pas l’orgasme par le coït.

    Dans le cadre d’études récentes, on leur a posé la question clairement: «Pouvez-vous atteindre l’orgasme uniquement grâce au mouvement du pénis, sans stimulation clitoridienne?» Seulement 15 % des femmes ont répondu par l’affirmative. Quand je demande à mes étudiantes: «Quelle est pour vous la façon la plus sure d’avoir un orgasme?», seules 4 % disent y arriver par le seul mouvement du pénis. Il me paraît ahurissant que ce soit pourtant notre façon de concevoir la sexualité.

    Quand on prend conscience de cette aberration, on ne peut plus lire certaines choses qui se disent en ligne sans se mettre en colère – comme tous les articles sur «les meilleures positions». C’est tellement ancré dans notre culture, jusque dans les cours d’éducation sexuelle, que ni les hommes ni les femmes ne remettent quoi que ce soit en question. Par conséquent, la plupart des femmes pensent qu’elles ne sont pas normales.

    On voit aussi la relation sexuelle comme un enchaînement de gestes convenus, prévisibles: préliminaires, pénétration, coït, orgasme de l’homme. Non seulement c’est routinier et ennuyant, mais c’est aussi typiquement hétéro.

    Les femmes qui ont des partenaires féminines n’ont pas les mêmes problèmes d’orgasme, elles savent s’y prendre. Mais notre société ne définit même pas leurs pratiques comme de véritables relations sexuelles, malgré le fait qu’elles en retirent beaucoup plus de plaisir que les couples hétéros. Nous sommes dans une situation déplorable: les femmes hétéros passent le plus souvent à côté de l’orgasme, ou finissent par le feindre. Les personnes queer ne voient pas leurs pratiques sexuelles reconnues, ni par la société ni par la recherche. Les hommes sont également perdants, parce qu’ils subissent l’énorme pression, irréaliste, d’amener la femme à l’orgasme en maintenant leur érection longtemps. Ils ne retirent pas autant de plaisir qu’ils le pourraient, eux non plus, concentrés comme ils le sont sur leur performance.

    Il y a aussi le mot «préliminaires», qui laisse entendre que tout ce qui a lieu avant la pénétration n’est qu’un prélude à l’acte lui-même.

    Oui, un peu comme l’entrée avant le plat principal. Je trouve ce vocabulaire tellement éloquent! Ce mot réduit notre plaisir à un échauffement avant l’événement important plutôt que d’en faire l’événement important.


    On a souvent l’impression qu’il y a un objectif à atteindre dans une relation sexuelle, comme si on devait marquer un but, et qu’autrement ça ne compte pas. Comment pourrait-on en arriver à rechercher le plaisir, plutôt que l’orgasme?

    J’essaie de pousser les femmes à atteindre l’orgasme, mais le vieux réflexe de se dire «Il faut que j’y arrive, il le faut» risque à tout moment de leur nuire. Selon moi, la clé des rapports sexuels dépourvus de but est la pleine conscience: on doit se laisser submerger par les sensations du moment et ressentir le plaisir sans se dire: «Il faut que je jouisse, il faut que je le (la) fasse jouir.» Ne pas se concentrer sur le but est la meilleure façon de l’atteindre, dans ce cas-ci.


    J’ai ri en lisant le passage dans lequel vous parlez du nouvel engouement pour la «méditation orgasmique», qui consiste en fait à caresser le clitoris de sa partenaire pendant 15 minutes. Les femmes non hétéros se demandent: «Mais qu’est-ce qu’il y a de nouveau là-dedans?»

    Je sais! J’ai une très bonne amie lesbienne qui m’a dit, après avoir lu ça: « Je ne peux m’empêcher d’être fière de moi! Comment se fait-il qu’il y a encore des gens qui ne savent pas ça?» C’est parce que, dès que le pénis entre en scène, on lui accorde la priorité, encore une fois à cause de la définition de la sexualité dans notre culture.


    Croyez-vous que cela ait à voir avec la dynamique de pouvoir entre les sexes?

    À mon avis, oui. Je crois que notre approche de la sexualité reflète la répartition du pouvoir dans la société. Certains diront: «Mais non, c’est simplement parce que ce type de sexualité est celui qui assure la procréation!» C’est en partie vrai, mais ça n’explique pas que l’orgasme féminin ait été négligé à ce point.


    Il existe une sorte de nouvelle école de pensée féministe autour de l’égalité des orgasmes. Je pense au commentaire d’Amy Schumer dans le magazine Glamour, où elle rapportait avoir demandé à certains partenaires: «Connais-tu mon clitoris?» Mais n’y a-t-il pas un effet pervers à ce que tous se mettent à réclamer un orgasme?

    Je crois honnêtement que dans une situation idéale, il ne devrait pas être nécessaire de réclamer quoi que ce soit. Personne n’aura avantage à ce que les femmes se mettent à exiger et à s’attendre à des orgasmes de la même façon que les hommes l’ont toujours fait. Tout le monde y gagnera si nous nous entendons sur l’idée que la sexualité consiste à donner et à recevoir autant de plaisir – et que chaque personne est responsable d’exprimer ses besoins en ce sens.


    Vous enseignez à l’université. Quelles sont les idées les plus erronées que se font vos étudiantes quant à la sexualité?

    Il y en a tellement! J’ai l’impression que mon cours ne sert qu’à déboulonner des mythes. Les deux principales sont a) qu’on devrait normalement avoir un orgasme au cours d’un rapport sexuel; et b) qu’on est une mauvaise fille si on a des relations sexuelles ou qu’on y prend plaisir. Si nous pouvions tous être plus à l’aise pour parler de sexualité et élargir notre conception de ce qu’est réellement la sexualité, toutes les inégalités – et toutes les inquiétudes à savoir si on est une personne normale – disparaîtraient.

     

    Livres à Lire 2:  Le clitoris, la clé pour une vie sexuelle améliorée?

     

    Et on arriverait peut-être à atteindre l’orgasme?

    Exactement!

     

     

    Livres à Lire 2:  Le clitoris, la clé pour une vie sexuelle améliorée?

     

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    Hivernages: comme un hiver sans fin

     

    Le deuxième roman de l’écrivaine québécoise Maude Deschênes-Pradet dépeint un univers mystérieux où la poésie côtoie l’effroi.

     

    Monique Roy du magazine Châtelaine

     

    Livres à Lire 2:  Hivernages: comme un hiver sans fin + extrait

     

    L’histoire

    Quelles que soient les causes – « tempête magnétique venue du Soleil » ou « phénomène météorologique rare » –, un jour « il n’y avait pas eu d’autre saison que l’hiver ». Le froid et la faim avaient englouti les populations, alors que les rares survivants réussissaient à organiser leur existence en marge dans des abris de fortune : église abandonnée aux pigeons, bunker, « Ville-Réal », métropole souterraine prise d’assaut, ou la forêt, ressource féconde.

     

    Les personnages

    Simone et Talie, jumelles séparées, mais « reliées par un fil invisible ». Sam et son amoureuse, Alyse, réfugiés dans la ville souterraine, que la jeune femme, enceinte, quittera. Elle accouchera dans la forêt glaciale d’une petite Aude qu’un chien-loup protégera et mènera chez une vieille sage. Le Vieux, qui, de son plein gré, s’est barricadé depuis des années dans l’immeuble où, fonctionnaire, il a gaspillé sa vie. Ren, l’orphelin, à qui l’on dérobe son seul bien, ses longs cheveux. Socrate, le chien-loup, sentinelle fidèle. Et les innombrables pigeons, menaçants.

     

    On aime

    L’audace de l’auteure, qui s’aventure en territoire imaginaire. L’intensité de son récit. Le sens du merveilleux au sein de la tourmente, du froid implacable, de la glace meurtrière. Des personnages attachants et solidaires. L’espoir, malgré tout…

     

    L’auteure

     

    Livres à Lire 2:  Hivernages: comme un hiver sans fin + extrait

     

     

    Maude Deschênes-Pradet naît à Québec en 1983. Après une maîtrise à l’Université Laval, elle enseigne aux États-Unis et publie en 2013 un premier roman, La corbeille d’Alice. Récipiendaire de la prestigieuse bourse Vanier (50 000 $ pendant trois ans), elle termine en 2017 un doctorat en création littéraire à l’Université de Sherbrooke. Le sujet de sa thèse : les lieux inventés et leur rapport au monde réel… Elle est également prof de yoga à Sainte-Foy depuis de nombreuses années, une discipline qui inspire sa vie et son écriture.

     

    Livres à Lire 2:  Hivernages: comme un hiver sans fin + extrait

    XYZ éditeur, 182 pages

     

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    Livres à Lire 2:  Hivernages: comme un hiver sans fin + extrait

     

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    Martine Delvaux: l’amour filial au

    temps du féminisme

     

    Dans son livre Le monde est à toi, l’écrivaine féministe Martine Delvaux revient sur l’éducation – légitimement imparfaite et taillée dans l’amour – de sa fille de 13 ans.


    Caroline R. Paquette du magazine Châtelaine

     

    Livres à Lire 2:  Martine Delvaux: l’amour filial au temps du féminisme


    Photo: Valérie Lebrun


    Vous n’avez jamais empêché votre fille de porter des diadèmes et des robes de princesse. En quoi ce geste-là est-il foncièrement féministe pour vous?


    C’était son désir à elle; elle prenait plaisir à se costumer, à rêver. Les femmes doivent pouvoir faire leurs propres choix en ce qui concerne leur corps, et ça commence dès l’enfance. J’ai moi-même été une petite fille qui portait des voiles tout le temps. Ma mère m’a raconté que je voulais être «princesse-religieuse-infirmière». Quand j’ai vu que ma fille voulait porter des diadèmes, je me suis dit que c’était un peu la même chose. Ça ne me faisait pas peur.


    Aujourd’hui, je deviens folle quand j’entends que les filles ne peuvent pas porter de camisoles à fines bretelles dans les écoles secondaires, alors qu’il fait très chaud. Le problème, ce n’est pas la fille, ce sont les regards autour d’elle.

     

    Vous n’avez pas travaillé à faire de votre fille une féministe. Mais elle l’est quand même devenue: comment est-ce arrivé?


    C’est difficile de revenir sur les traces d’une éducation. Elle l’est sans doute devenue parce que j’ai essayé le plus possible de lui parler comme à un être humain qui a de la valeur. Je n’en ai pas fait un objet, je ne l’ai pas câlinée comme si c’était un chat. Le féminisme est là: dans le fait de donner une vraie place à son enfant. Si on se défend quand il nous dit qu’on a fait une connerie, on invalide sa vision du monde. Il faut accorder de la crédibilité à sa lecture des choses. C’est un exemple, mais je pense que ça s’est tricoté comme ça.

     

    Votre fille apprend de vous, et vous apprenez d’elle. Cette idée de transmission mutuelle est vraiment au cœur de votre récit…

     

    Absolument. Cet amour-là fait que c’est parfois elle, le guide. Elle m’a appris à avoir beaucoup d’humilité. Quand ma fille a commencé à lire, l’enseignante nous a donné une feuille avec des lettres toutes croches et nous a dit: c’est ce que vos enfants voient. Pour eux, c’est du charabia. Je n’ai jamais oublié ça. Dans cette capacité à se mettre à la place des autres, il y a du féminisme.

     

    Vous écrivez: Être une mère féministe, c’est aussi s’assurer de mal élever. Qu’est-ce que vous avez voulu dire?

     

    Le danger, quand on a des filles, c’est de verser dans tous les clichés qu’on leur colle à la peau. Je ne pense pas que j’exagère en affirmant qu’on s’attend encore à ce qu’elles soient polies, douces, souriantes. Or, si on insiste là-dessus, on les met dans une position de vulnérabilité, de prêtes-à-être-opprimées. C’est dangereux. On pouvait me le reprocher, mais je n’ai jamais obligé ma fille à faire un câlin à quelqu’un alors qu’elle ne le voulait pas. Je me disais: si je lui laisse entendre qu’elle doit le faire maintenant, qu’est-ce que ça va être quand elle aura 14, 18, 30 ans? On en demande beaucoup aux mères, mais aussi aux filles. Mal élever, c’est se dire: tu as le droit de hausser la voix, de péter les plombs, de te tromper, d’en échapper – d’être imparfaite.

     

    Vous insistez beaucoup sur le fait que ce livre n’est pas un guide, ni un manifeste. Pourquoi?

     

    Parce que je ne voulais pas qu’on m’accuse de tenir des propos idéologiques ou dogmatiques. Ce que je décris n’est pas un mode de vie mû par le désir de transmettre à ma fille une définition très précise de ce qu’est le féminisme. Ma démarche était plus sensible, plus poétique que ça.

     

    Livres à Lire 2:  Martine Delvaux: l’amour filial au temps du féminisme

    Le monde est à toi, Martine Delvaux, Héliotrope, Montréal, 2017, 152 pages

     

    Livres à Lire 2:  Martine Delvaux: l’amour filial au temps du féminisme

     

     

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