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    L’affaire Weinstein, un point tournant?

     

    Vous croyez vraiment que l’affaire Weinstein va changer quelque chose?


    Josée Boileau du magazine Châtelaine

     

     

    Matière à Réflexion:  L’affaire Weinstein, un point tournant?

    Photo: Startraksphoto.com

     

    Encore une affaire qui délie les langues, provoque dégoût ou souvenirs chez la plupart des femmes, suscite l’indignation d’une bonne partie des hommes. Non, je n’ai pas écrit chez toutes et tous. Vous croyez vraiment, vous, que l’affaire Weinstein va changer quelque chose?


    Si j’inclus ma période de journalisme étudiant, j’ai presque 40 ans de prise de parole pour dénoncer sur la place publique le harcèlement sexuel et les agressions du même type. J’ai présenté les chiffres, publié des témoignages, épinglé des commentaires désobligeants, mis en lumière des comportements. J’ai même lutté contre ceux-ci puisqu’au début des années 1980, j’ai été membre du premier comité qui, au Québec, a milité contre le harcèlement sexuel (devenu organisme autonome, le Groupe d’aide et d’information contre le harcèlement sexuel au travail existe toujours).


    Pendant ce temps, les lois se sont raffinées. Le harcèlement – sexuel d’abord, général ensuite – fait maintenant partie de la panoplie de gestes interdits par la Charte des droits et libertés de la personne et les agressions sexuelles elles-mêmes sont plus sérieusement prises en compte par le système de justice. La dénonciation des agresseurs, elle, est passée du général au spécifique: on ne nommait personne publiquement il y a 30 ou 40 ans. Aujourd’hui, on a des exemples précis avec des victimes qui parlent à visage découvert (même si la justice ne suit pas toujours…): Bill Cosby, Dominique Strauss-Kahn, Jian Ghomeshi, Marcel Aubut, Harvey Weinstein…


    Et pourtant, pourtant, j’ai chaque fois l’impression de ressortir ma vieille chronique du temps de mes études à la Faculté de droit. Arrive une histoire, le premier réflexe ne change pas: «ben voyons, pas lui!», «elle exagère», «il a été mal interprété», «c’était une farce», «faudrait quand même pas généraliser», «elle a juste à porter plainte», «elle va quand même pas porter plainte!»…


    Et quand les détails se font plus précis, les victimes plus nombreuses, quand il faut bien dépasser le stade du déni, alors on s’arrête au seul «cas» sur la sellette. Ou encore – réaction qui a cours depuis peu –, on comprend que le cas n’est pas isolé, mais que cette fois, oui cette fois, la leçon est entendue. Enfin, tous les hommes comprendront dorénavant que «non, c’est non», et que même les mains baladeuses, même ces hommes qu’essetuveux qui aiment trop les femmes (oui, vous pouvez mettre ici John F. Kennedy, René Lévesque, Bill Clinton…) appartiennent à un temps en voie d’extinction.


    Se croit-on vraiment? Il me semble plutôt que pendant qu’on jase et s’emporte, et ça fait longtemps qu’on le fait, d’une génération à l’autre, les dérapages continuent. Ah, ce «p’tit rire niaiseux» dont parlait Émilie Perreault, à l’émission de Paul Arcand il y a quelques jours dans le cadre de sa chronique sur l’affaire Weinstein. Ce «p’tit rire» dont les femmes se servent pour décoller les collants, car il s’agit pour elles de ne pas perdre la face, sa job, un contrat, une relation indispensable ou même un copain de la bande…


    Ce p’tit rire qui retentit toujours n’est pas différent de ce que raconte Denise Filiatrault dans sa toute récente biographie Quand t’es née pour un p’tit pain. À ses débuts, dans les années 1950, elle fait le siège des agents qui placent les artistes dans les cabarets. Il y en a un, Roy Cooper, qui fait passer toute une épreuve quand une femme arrive dans son bureau. «Une fois passé la porte, tu te dépêches de débiter ton boniment pour ne pas te faire pincer les fesses! Cooper tente de nous attraper tandis qu’on court autour de son bureau. Durant ce manège, il rigole, alors je ris aussi, feignant de m’amuser. Je n’ai pas le courage de le remettre à sa place, il me faut du travail. De toute façon, je suis trop rapide, il n’arrive pas à me coincer. Heureusement pour moi, je ne suis pas pénalisée.» (C’est moi qui souligne.)


    Il est toujours ahurissant de voir le visage ahuri des hommes à qui l’on raconte de tels incidents, voire agressions – et ce fut encore le cas avec l’affaire Weinstein. Les entrevues données par plein d’actrices de tout l’Occident, aux États-Unis, en Grande-Bretagne (solide Emma Thompson!), en France, au Canada, au Québec (bravo Maxim Roy!), ont donné l’occasion de voir le hiatus entre la réception, pleine de bonne volonté mais candide, des hommes et celle, attentive, des femmes.


    Non, pas de surprise chez celles-ci puisque ça fait des siècles qu’elles ont cette vie parallèle – tellement intégrée qu’on n’en parle même pas – qui leur permet d’exister malgré les hommes: toute une panoplie de trucs pour arriver à placer un mot ou à faire passer son idée, pour être acceptée par la gang de gars avec qui elles travaillent en faisant la fine-la belle-la drôle, ou pour se protéger des «mononcles» de tout âge. Dénoncer? Même quand on se fout de l’emploi en jeu, il en faut du culot pour s’en prendre à un homme qui a du pouvoir, ou dont les louanges sont partout chantées, ou qui a tout un réseau de chums, ou qui fait peur à son entourage. Ou qui, tout simplement, fait rire la compagnie.


    Et ce rire-là peut nous inclure, tous et toutes. J’ai en mémoire une scène qui m’a toujours dérangée, mais que personne n’avait à l’époque, ni depuis, relevée.


    En octobre 2011, la chanteuse Fabienne Thibeault était l’invitée de l’émission Tout le monde en parle et elle avait raconté comment, dans le cadre d’une soirée, alors qu’elle lui faisait admirer la ville qui s’étalait derrière la fenêtre, un producteur lui avait mis de but en blanc son pénis dans la main, histoire qu’elle lui donne un petit plaisir vite fait. Surprise, elle s’était néanmoins exécutée sans faire de chichi, avait-elle raconté, amusée. Et tout le monde, de l’animateur à la foule, riait de bon cœur à cette facétie.


    Dans mon salon, je n’avais pas ri, pensant à tous les abus que ce producteur avait pu faire auprès de femmes qui l’avaient sans doute trouvé moins drôle que madame Thibeault. Comment se plaindre maintenant qu’une vedette venait de ramener un tel comportement au rang de la charmante blague… Après tout, les hommes, n’est-ce pas?


    Alors on peut parler, dénoncer, s’indigner. Mais tant que ces gens auront des rieurs de leur côté, et d’autres qui les excusent, les protègent, minimisent leurs gestes ou ferment les yeux, on ne sera pas sortis du bois.


    On attend encore, en fait, que la prise de conscience de tous et toutes soit à la hauteur de la prise de parole des quelques femmes qui aujourd’hui s’y osent. Je ne crois toujours pas que ce jour soit arrivé.


    Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoir où elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime et signe des livres.

     

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    Marilyse Hamelin: retour vers le futur

     

    «Un vent de conservatisme social souffle sur notre belle province, et c’est une bien mauvaise nouvelle pour les femmes.» La première chronique de notre blogueuse invitée, Marilyse Hamelin.


    Marilyse Hamelin du magazine Châtelaine

     

     

    Matière à Réflexion:  Marilyse Hamelin: retour vers le futur


    Photo: Marilyse Hamelin. Crédit: Philippe Boisvert


    «Avancez en arrière!» Avez-vous déjà entendu un chauffeur d’autobus intimer cette paradoxale directive à ses usagers? Ça m’a toujours fait rigoler.


    Ces jours-ci, je vous avoue que je ris un peu moins. C’est qu’au bout du compte, la formule décrit peut-être trop bien le Québec de 2017. Je trouve qu’un vent de conservatisme social souffle sur notre belle province, et c’est une bien mauvaise nouvelle pour les femmes.


    Il y a un moment déjà que j’observe cette tendance inquiétante. À ceux qui croient que le progrès social, à l’image d’une fusée, est une affaire d’ascension ininterrompue, je rappelle que l’histoire de l’humanité est tout sauf linéaire et que, parfois, pour un pas en avant, on en fait trois vers l’arrière.


    Moi qui ai grandi dans les années 1980, je me souviens bien, par exemple, que nos mères avaient une vie sociale, qu’elles allaient souper chez des amis tandis que nous nous endormions sur place en pyjama et qu’on nous ramenait ensuite, ronflants, dans la voiture.


    Aujourd’hui, je vois beaucoup de jeunes femmes se priver de sorties parce qu’elles doivent mettre leur enfant au lit de bonne heure. On dirait bien que la pression sociale exercée sur les mères a augmenté.


    Bienvenue en 1950!

    Quand une humoriste d’ici, qui remplit des dizaines de salles dans le temps de le dire, déclare sur les ondes de la radio publique que «les gars ne sont pas vraiment intéressés à assister à une soirée où l’on parle d’enfants», que ce sont les mères qui choisissent de s’auto-infliger la charge mentale, que c’est son travail de mère de s’occuper des enfants et celui de son mari de ramener de l’argent au foyer;


    Quand un parti politique potentiellement aux portes du pouvoir remet sur la table la poussiéreuse idée d’une aide financière à la femme au foyer;


    Quand la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme déclare à une journaliste que l’égalité est «presque acquise», alors que tout concourt à nous démontrer le contraire (iniquité salariale, violences conjugale et sexuelle, faible représentation politique…), je ne peux tout de même pas me fermer les yeux et dire que tout va bien.


    Comme je l’ai déjà écrit, il en va chez l’humain de chaque époque de se croire parfaitement moderne et de s’autocongratuler d’avoir atteint le fin du fin en matière de progrès. Il en allait ainsi en Europe occidentale au 19e siècle comme chez les Grecs anciens.


    C’est ce même réflexe qui fait dire aujourd’hui à beaucoup d’hommes – et même de femmes – que l’égalité entre les sexes est atteinte et que le féminisme est un reliquat du passé.


    Or, tant que la parentalité sera considérée comme une responsabilité principalement féminine par défaut, il n’en sera rien.


    Faire fausse route

    Les mères ont statistiquement moins de temps libres qu’il y a 30 ans, car elles sont plus nombreuses que jamais à travailler à l’extérieur de la maison, tandis que le partage des tâches ménagères et des responsabilités parentales n’est toujours pas égalitaire.


    Pire, le retour au traditionalisme ambiant doublé de la pression populaire à la maternité parfaite (merci aux réseaux sociaux qui contribuent au phénomène) m’apparaissent comme autant de reculs inquiétants.


    Comprenez-moi bien: être parent à la maison à temps plein est un choix parfaitement valable, tout comme le fait d’opter pour un boulot à temps partiel pour mieux articuler vie professionnelle et vie familiale. Néanmoins, permettez-moi de demander pourquoi, étrangement, ce sont – dans la très vaste majorité des cas – des femmes qui font ces «choix»?


    Se pourrait-il qu’il reste pas mal plus de vieux relents traditionalistes dans notre inconscient collectif que nous sommes prêts à nous l’avouer?


    Se pourrait-il que la croyance ancestrale que la mère posséderait naturellement la science infuse, elle qui serait apparemment née avec un mode d’emploi intégré, continue de teinter nos décisions, parfois bien inconsciemment?


    Se pourrait-il que la tentation de se réfugier dans les valeurs traditionalistes, associées à une époque où tout paraissait plus simple, se fasse sentir?


    Avancer, tout court

    Le statu quo en matière de charge mentale est résolument inacceptable pour les femmes, parce qu’il est inéquitable. Cela dit, jamais on ne me fera avaler l’idée que la solution aux difficultés qu’elles éprouvent à tout concilier réside dans le fait de se retirer du marché du travail pour rentrer à la maison.


    Je crois qu’il faut plutôt œuvrer à déconstruire les stéréotypes de genre en vue d’assurer une meilleure coparentalité. Par exemple, un père prenant soin de son enfant, qui s’absente du travail à cet effet ou qui reste carrément à la maison pour une longue période, n’est pas un «homme rose», pas plus que les femmes ayant envie de se réaliser professionnellement sont «d’indignes carriéristes».


    Mieux articuler travail et vie familiale doit être une préoccupation également partagée au sein du couple, mieux comprise sur le marché du travail et dans l’ensemble de la société. Le temps est venu pour un rééquilibrage des rôles parentaux. Ça, ce serait un véritable bond en avant. Parce qu’à trop regarder dans le rétroviseur, on oublie d’avancer.

     

    Journaliste indépendante, conférencière et auteure, Marilyse Hamelin dirige le blogue féministe La semaine rose. Son premier essai, Maternité – La face cachée du sexisme, vient tout juste de sortir en librairie.

     

    Matière à Réflexion:  Marilyse Hamelin: retour vers le futur

     

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    Arts martiaux : le retour des lansquenets ?
     

    Arts martiaux : le retour des lansquenets ?

     

    Encore confidentielle mais néanmoins prometteuse, une discipline récente permet aux jeunes européens de redécouvrir leur héritage martial et de lui donner une forme nouvelle. Elle se cache derrière un sigle : AMHE, pour Arts Martiaux Historiques Européens.

    « C’est sûr, la nature ne nous fait pas égaux… » : non, nous ne sommes pas à un colloque de philosophie mais attablés dans un bistrot. Les membres du Cercle Phoenix, un club récent d’Arts Martiaux Historiques Européens, refont le monde autour d’un café non loin de Paris. Loin des cénacles politisés, la pratique des arts martiaux semble mener à certaines prises de conscience.

    Et peut-être plus encore avec un combat d’un genre très particulier. A mi-chemin entre l’escrime sportive et le béhourd, les Arts Martiaux Historiques Européens attirent un public de 2000 passionnés dans l’Hexagone. Armés d’une épée longue à deux mains, ou encore d’une rapière et d’une dague, voire d’une épée et d’un bocle, les escrimeurs se ruent l’un sur l’autre, croisent le fer et se portent férocement des coups de taille et d’estoc. Les protections sont des gambisons modernisés, noires pour se distinguer d’une escrime olympique, souvent jugée « trop sportive » ayant perdu « tout lien avec le duel ».

     

    Retrouver le lien rompu

    Car les AMHE sont l’histoire d’un lien brisé et d’un un retour délibéré aux sources. Les armes à feu, la pénalisation du duel et l’essor général d’une société du confort ont eu raison des traditions martiales européennes. Mais ces nouveaux pratiquants ont exhumé des manuscrits du XIVe au XVIIe siècle, italiens et allemands pour la plupart. Ils les traduisent, les interprètent et en reproduisent les enseignements.

     

    Anton Kohutovic

    Anton Kohutovic

     

    « Au début, nous étions un simple groupe d’escrime de spectacle ; le monde des AMHE était inexistant à l’époque » raconte Anton Kohutovicprécuseur en Slovaquie : « nous n’avions pas de professeur, alors j’ai retranscris et interprété les anciens manuscrits allemands moi-même ».

    Avant de devenir un athlète confirmé, Kohutovic se fit donc chercheur, puisant dans l’école allemande un savoir-faire disparu. Depuis 2001, celui-ci a contribué à la compréhension décisive d’un maître d’armes du XIVe siècle, Johannes Lichtenauer, et de ses élèves : « je me concentre sur la tradition de Lichtenauer et surtout avec une source plus ancienne. Quand j’ai commencé mon interprétation, j’avais ces livres sur ma table tous les jours : Singmund Ringeck, Peter von Danzig, Jud Lew, Hs. 3227a ».

    « Les AMHE constituent culturellement un patrimoine très riche », explique Guillaume Attewell, le fondateur du Cercle Phoenix : « ils permettent de renouer avec les racines de l’Europe aussi bien Germano-Nordique et Anglo-saxonne, que Gréco-romaine. »

    Des Samouraïs d’Occident

    Guillaume Attewell a quant à lui pratiqué les arts martiaux asiatiques pendant près de vingt ans, avant de découvrir les traditions européennes. Malgré son admiration, le constat est pour lui sans appel : « les arts martiaux d’Asie se sont développés et structurés en fonction d’une évolution civilisationnelle bien précise. Cela les rend uniques et adaptés pour leurs peuples. Ici en Europe, nous avons vécu un même processus : les arts martiaux européens sont adaptés au monde occidental. »

    Et de préciser : « par exemple, pour comprendre le pourquoi du comment d’un Ko-Ryu, il faut comprendre la philosophie japonaise, comprendre la logique de l’idéogramme, comprendre le mode de transmission, etc. En d’autres termes, il faut ‘devenir Japonais’ pour extraire l’essence d’un Ko-Ryu. Cela représente des années d’acclimatation à cette socio-culture qui est complètement différente de la nôtre ». Et cette acclimatation implique aussi des différences morphologiques qui peuvent rendre de nombreuses techniques malaisées. En définitive, « quand bien même les arts martiaux asiatiques ont beaucoup de choses à apporter, ils restent beaucoup plus difficiles d’accès. Les arts guerriers d’Europe sont plus facilement appréhendables pour un occidental ». Guerriers, ou martiaux : ce sont les arts du Dieu Mars, celui de la guerre.

    Le défi de la compétition

    Mais la guerre a changé de visage, alors que faire ? L’attrait grandissant pour la compétition était par ailleurs inévitable pour cette discipline récente qui ne pouvait se satisfaire de simples reconstitutions historiques. La Suède, l’un des pays précurseurs, accueille ainsi chaque année depuis 2006 le Swordfish, l’équivalent du championnat du monde. En 2016, un premier combat a été diffusé sur ESPN, la chaîne sportive américaine.

    Mais ce développement est aussi un défi. L’exemple de la boxe anglaise est éloquent, elle qui fut aiguillée par une pratique sportive, des envies de spectacle… et les paris. Par exemple, la seule présence de gants imposants et rembourrés modifie le combat lui-même. La compétition pourrait-elle alors aussi dénaturer les AMHE, à la fois dans sa dimension martiale et son volet historique ?

    « Il est absolument évident que les tournois ont attiré tout le monde récemment », rapporte Kohutovic. « Ce n’est pas vraiment grave », juge-t-il, rappelant cependant que « les autorités d’escrime devraient toujours avoir une compréhension très approfondie des traités », non pour entraver l’approche sportive « mais pour contrôler cette direction de manière correcte ».

    Désireux de professionnaliser sa discipline, il souhaiterait « un plus grand syncrétisme des entre l’escrime moderne et les AMHE. Le public de ces dernières devra être prudent, et tirer le meilleur parti de toutes les sources susceptibles d’offrir quelque chose de pertinent ».

     

    Une pratique martiale

    Guillaume Attewell souhaiterait lui aussi préserver la discipline de certaines dérives, mais plutôt dans le sens de sa martialité : « les compétitions sont utiles, pour tenter certaines choses, mais ne devraient pas être le cœur de la discipline. De nombreuses règles de compétition, par exemple la priorité à l’offensive, traduisent mal la réalité du combat ».

    La discipline contribue à ses yeux à un aguerrissement, au sens littéral. Attewell affectionne le maître italien du XIVe siècle, Fiore Dei Liberi, qui enseignait dans son traité autant la lutte que le combat à la dague ou à l’épée. Plus encore, il organise des stages avec un vétéran du self-defense en France, qui tire sa méthode très agressive du pugilat grec antique. Ainsi Attewell lie-t-il, et c’est une particularité de son club, l’apprentissage des armes blanches et du combat mains nues, se fondant aussi sur des recherches historiques.

    Ses études l’ont mené à une hypothèse : « l’art du combat à mains nues découle directement des armes », et non l’inverse. En d’autres termes : « le combat à mains nues s’est structuré autour de la philosophie du combat armé ». Ainsi les Européens ont-ils bâti un système martial : « en boxe française, par exemple, le direct du poing avant, au début du XIXè siècle, était exécuté comme une fente au fleuret ; là où cette même frappe de nos jours n’exige plus le même engagement du corps ». C’est cette idée de système martial qu’Attewell tâche d’entretenir.

     

    Un art et une éthique

    Mais ce système est-il concevable sans assise éthique ? « Je cherche à transmettre l’art du combat mais aussi une culture : des valeurs, une éthique de l’honneur et du courage, un style de vie typique et naturel, pour ne jamais oublier d’où l’on vient individuellement et collectivement ». Une discipline qui marque autant le corps que l’esprit ? « Pour être un bon escrimeur, il faut être culotté, passionné de géométrie… et bon danseur », s’amuse Attewell.

    Un esprit géométrique ? Anton Kohutovic semble s’accorder avec cet avis, lui qui développe une escrime très précise. Il veut « enseigner des choses très simples, sans pour autant être primitives ». Son approche se veut toute en sobriété : « J’essaie de trouver le moyen le plus efficace à partir des mouvements élémentaires de l’escrime. Des pas, des coups de taille et d’estoc simples ». Aussi cela exige-t-il « la meilleure mécanique corporelle, car c’est une réponse face à des adversaires plus forts, plus grands et plus athlétiques ». Sobre donc, mais diablement efficace :

     

     

    Pour le maître slovaque, l’excellence d’un escrimeur exige un « œil pour le détail et la patience ». Car « on ne peut savoir si quelque chose fonctionne sans de longues heures d’intense travail. Rien ne fonctionne du premier coup ou après dix tentatives ». Le physique est secondaire : « d’autres attributs physiques sont importants, mais ils peuvent être appris ou acquis. Vous pouvez apprendre la rapidité. Vous pouvez améliorer votre endurance en un mois. Mais les capacités psychiques sont très difficiles à atteindre ».

    Polissez-le sans cesse et le repolissez ? Si la nature ne nous fait pas égaux, la pratique des AMHE ne semble pas arranger les choses…

     

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    Etre Breton

     

    Matière à Réflexion:  Etre Breton

     
     

    L’Institut Iliade poursuit son travail de définition des identités charnelles de notre continent. Après la vidéo à succès consacrée à l’identité européenne, la Bretagne, terre de légendes et d’hommes enracinés et aventureux est donc l’objet d’une nouvelle production.

     

    La devise bretonne est limpide : Kentoc’h mervel eget em zaotra, c’est-à-dire « Plutôt la mort que la souillure ». Mais qu’est-ce qu’être Breton ? Tout le monde peut-il se prévaloir de cette identité ? Pour tenter de répondre à ces questions, découvrez la vidéo de l’Institut Iliade sur le sujet.

    Être Breton, c’est appartenir à un peuple et à une lignée. C’est être l’héritier de la grande civilisation celte, faite de conquérants, d’artistes, de marchands et de guerriers qui ont participé à façonner l’Europe.

    Être Breton, c’est être le fruit d’une longe sédimentation humaine sur un territoire qui a modelé son peuple autant que le peuple Breton l’a travaillé.

    Être Breton, c’est être issu d’un peuple qui a réussi à préserver ses particularismes pendant des siècles. Un peuple culturellement et ethniquement européen.

    Être Breton, c’est aimer sa terre en étant tourné vers la mer. Armor, la mer et Argoat, la terre. Indivisible. De la forêt d’Huelgoat à celle de Brocéliande, jusqu’à Ouessant et à la côte d’Emeraude, en passant par l’Atlantique, être Breton c’est être résolument tourné vers l’océan, vers l’aventure.

    Mais être Breton c’est également rester profondément enraciné. C’est se sentir chez soi, de Lannilis au château de Clisson, de Nantes à la pointe du Raz, au bout du monde.

    Être Breton, c’est aussi faire partie de cette diaspora, qui, dans le monde entier, fait connaitre une péninsule, sa langue, ses danses, ses instruments, son histoire, son identité.

    Être Breton, c’est être attaché à cette langue qui vit encore. C’est la parler au nez et à la barbe des hussards noirs de la République. C’est se promettre de l’apprendre un jour et, surtout, c’est se battre pour la protéger.

    Être Breton, c’est avoir pour pères Nominoë et Merlin. Pour mères Anne de Bretagne et Viviane. C’est se reconnaitre dans les légendes arthuriennes, dans l’épopée de Cadoudal, dans le Bleun Brug, dans le Gwen Ha Du.

    Être Breton, c’est être profondément attaché au sacré. C’est être catholique et païen. C’est aimer ces Dieux celtes originels, ces saints venus d’Irlande et cette Eglise apportés par Rome. C’est respecter ces rites et ces solstices qui parsèment l’année.

    Être Breton, c’est s’agenouiller devant un calvaire et se recueillir dans un bosquet.

    Être Breton c’est vivre ces grands pardons, ces fêtes au grand jour et ses repos familiaux et silencieux.

    Être Breton, c’est partager une mémoire bretonne et une histoire celte, française, et européenne. C’est ne jamais oublier les batailles sanglantes et la chouannerie mais c’est aussi accepter un attachement à la France.

    Être Breton, c’est respecter ces centaines de milliers de nos compatriotes qui ont cru, un jour, à un destin plus grand, tout en remplissant leur devoir en servant la France, parfois au prix du sang.

    Être Breton, c’est ne jamais donner sa confiance d’emblée. Mais ne jamais la trahir si elle est accordée.

    Être Breton, c’est aimer faire la fête, parfois jusqu’à l’excès, avec ses amis, avec son clan, avec son village.

    Être Breton, c’est refuser la posture, les faux semblants, le mensonge.

    Être Breton, c’est être fier. C’est appartenir à un peuple libre, insolent, courageux, travailleur et déterminé. Un peuple venu du fond des âges qui n’est toujours pas résigné à sortir de l’histoire.

     

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    Esthétique européenne : Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

    Esthétique européenne : Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

     
     

    L’Histoire romaine de Tite-Live et les Viris illustribus d’Aurelius Victor nous narrent le combat de trois frères romains contre trois frères albains.

    L’épisode se situe au milieu du VIIe s. av. J.-C., sous le règne de Tullus Hostilius, troisième roi de Rome. La cité est alors en conflit contre celle d’Albe-la-Longue, pour mettre un terme aux hostilités, les autorités décident que trois héros de chaque camp s’affronteront dans un combat à mort.

    Les Romains choisissent les Horaces et les Albains les Curiaces. Seul Publius Horatius survivra, et tuera l’une de ses sœurs en rentrant chez lui, la voyant pleurer l’un des Curiaces, son époux. Il sera jugé pour crime par l’assemblée du peuple, mais saura se défendre en arguant que nul Romain ne devrait pleurer un ennemi de Rome, surtout quand la personne devrait pleurer deux de ses frères et remercier Mars de la survie du troisième. Son père, de plus, supplia l’assemblée de ne pas lui retirer son dernier fils et un quatrième enfant. Le père devra alors purifier sa famille par des rituels et son fils sera condamné à passer sous le joug afin de lui rappeler qu’il doit agir suivant les lois de Rome, qui interdisent le meurtre entre membres d’une même famille, mais acquitté de la peine de mort pour la moralité de son geste.

    Nous sommes ici en plein néo-classicisme : peinture d’histoire, message moral austère, thème antique et couleurs primaires au premier plan, suivant l’exemple du Poussin, peintre le plus estimé alors en France. L’architecture du fond, du classicisme le plus simple, découpe la scène en trois parties. Elle est d’ordre dorique, l’ordre mâle. Le groupe viril de droite s’oppose à la coulée molle des femmes, tandis qu’au milieu prend place le pater familias invoquant le Ciel face au salut romain de ses trois fils. Ce manifeste du néo-classicisme rompt avec l’esthétique mouvementée et sensuelle du moment, au profit d’une simplicité et d’une froideur masculines. Dans quelques années éclatera la Révolution qui, dans ses tendances les plus extrêmes, auxquelles David adhérera, marquera une volonté de retour aux temps de la monarchie spartiate ou de la république romaine, de patriotisme exalté et de cruauté morale.

    Gaspard Valènt, pour le SOCLE. Source : lesocle.hautetfort.com

     

    Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

     

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