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    Aux origines de l'humanité

     

    Lucy vivait-elle dans les arbres ? Y a-t-il du Neanderthal en nous ? Quand ont eu lieu les premières migrations hors d'Afrique ?... 

     

    L'étude de la Préhistoire offre chaque année ou presque de nouvelles révélations sur notre identité humaine et nos origines. Suivons les émules d'Indiana Jones dans leur exploration du passé.

     

    La guerre du feu (film de Jean-Jacques Annaud, 1981)

    Homo sapiens en famille
     

    Selon la classification biologique de Carl von Linné, nous appartenons à l'espèce Homo sapiens, apparue il y a environ 200 000 ans.

     

    - Notre espèce fait partie du genre Homo, comme les Homo neanderthalensis disparus il y a 30 000 ans.


    - Le genre Homo est inclus dans la famille des hominidés, à côté des Australopithèques disparus il y a un million d'années mais aussi des gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs-outans actuels, avec un ancêtre commun qui remonte à environ 8 millions d'années.
    - Et tout ce beau monde appartient à l'ordre des primates, apparus il y a environ 58 millions d'années.

     

    La paléoanthropologie ou science des premiers hommes se fait un devoir de définir notre place dans ce schéma, au milieu des autres espèces, actuelles ou disparues.

     

    Les Australopithèques, nos très lointains cousins

     

    Crâne de l’enfant de Taung, spécimen d’Australopithecus africanus de 2,1 mllions d’année découvert en Afrique du sud, collection de l’Université du Witwatersrand, Johannesburg, Didier Descouens.

     

    L'un des plus anciens hominidés qui nous ont précédés a été découvert fortuitement en 1924 en Afrique du sud et dénommé par le professeur Raymond Dart Australopithecus africanus (« Singe du Sud » en latin et grec).

     

    Raymond Dart émet l'hypothèse qu'il appartient à notre famille, celle des hominidés. Mais la communauté scientifique ne l'admettra qu'après la Seconde Guerre mondiale, suite à la découverte de nombreux fossiles adultes.

     

    Les Australopithèques se caractérisent par une petite taille et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3 contre 1300 pour les humains actuels). Ils ont une forte mâchoire au prognathisme marqué, comme les singes. Mais ce qui les distingue des primates communs et les rapproche d’Homo est le corps redressé et la main libérée.

     

    Raymond Dart ose également voir dans ses Australopithèques la preuve que le « berceau de l'humanité » serait en Afrique.

     

    Son hypothèse sera confirmée dans les années 1970 par la découverte en Éthiopie d’Australopithèques et de fossiles proches du genre Homo. C’est la « révolution Lucy ».

     

    - Lucy et ses aînés :
     

    Découverte en 1974, Lucy fait reculer jusqu'à 3 millions d'années l'origine de l'humanité.

     

    Yves Coppens, né en 1934, est professeur au Collège de France

     

    Mais elle est seulement notre grand-tante. Le genre Homo dont nous descendons vient en effet d'une branche latérale du genre Australopithèque. 

     

    En octobre 2000, Brigitte Senut et Martin Pickford découvrent en Ouganda les ossements d'un hominidé de 6 millions d'années révélant un déplacement bipède assez développé. Baptisé Orrorin(« homme originel » en langue locale), il témoigne de ce que, déjà à cette époque, de grands singes ont tenté d'évoluer vers la bipédie sans y parvenir durablement.

     

    En 2001 enfin, la mission franco-tchadienne de Michel Brunet met à jour un crâne de sept millions d'années baptisé Toumaï (« espoir de vie » en langue locale). Hominidé ou grand singe ancêtre des gorilles ?

     

    - Lucy et ses cousins d'Asie :
     

    Masol (Pendjab) : un sondage sur un site de charognage probable (photo : Anne Malassé Dambricourt)

     

    On sait aujourd'hui que l'Asie n'est pas le berceau de l'humanité. Mais elle fait toujours l'objet de recherches fécondes. La mission franco-indienne d'Anne Dambricourt Malassé a découvert en 2009 des traces de « boucherie » vieilles de 2,6 millions d'années à Masol, au Pendjab.

     

    Qu'est-ce à dire ? Sur des ossements d'animaux, les paléontologues ont reconnu des incisions causées par des outils. Ce serait alors le plus vieux témoignage d’une activité manuelle de type humain hors d'Afrique.

     

    Faute de fossiles qui pourraient l’éclairer, Anne Dambricourt Malassé envisage deux hypothèses :


    - ces activités pourraient être le fait d'une très ancienne espèce du genre Homoqui aurait migré d'Afrique bien avant 2,6 millions d’années, ce qui suppose déjà une certaine densité de populations couvrant l’Est africain, la plaque arabique et l’Asie du sud.
    - elles pourraient aussi résulter d'hominidés issus de mutations de grands singes présents dans cette région de l’Asie depuis au moins 13 millions d’années, et dont les lignées se seraient éteintes.

     

    Le genre Homo et les espèces qui nous ont précédé

     

    Louis Leakey (7 août 1903 – 1 octobre 1972), archéologue et paléoanthropologue, examine des crânes des gorges d’Olduvai, Afrique.

     

    Deux savants kényans d'origine anglaise, Louis et Mary Leakey, mettent au jour en 1959 dans les gorges d'Olduvai (Tanzanie) un squelette vieux de 1,7 million d'années et accompagné d'outils en pierre. Il ne s'agit que de galets sommairement taillés sur une face mais suffisants pour découper de la viande ou casser des os.

     

    Cette habilité à tailler des pierres le distingue des Australopithèques et lui a valu le nom d'Homo habilis (en latin, l'homme habile).

     

    Homo habilis a vécu de 2,5 à 1,7 millions d'années BP (Before Present, avant 1950). Il a une boîte crânienne de petite capacité (550 à 680 cm3) mais il possède peut-être déjà le langage articulé.

     

    Ses membres inférieurs montrent que c’est un marcheur (il se déplace par enjambées, l’Australopithèque marche en chaloupant), mais ses épaules traduisent aussi des déplacements dans les arbres.

     

    Il a précédé dans la chaîne de l'évolution Homo erectus. L'un de ses représentants, baptisé Pithecanthropus erectus (ou « singe-homme redressé »), a été repéré dès 1890 par le médecin hollandais Eugene Dubois sur l'île de Java, en Asie.

     

    Homo erectus aurait donc migré vers 2 millions d'années BP d'Afrique vers l'Eurasie. Il fabrique des outils bifaces, ce qui dénote l'acquisition de la symétrie. Il serait aussi la première espèce à avoir acquis la maîtrise du feu vers 1 million d’années.

     

    Henry de Lumley, préhistorien français, a découvert l’homme de Tautavel le 22 juillet 1971.

     

    En Europe, le représentant le plus célèbre d'Homo erectus, vieux de « seulement » 450 000 ans, est l'homme de Tautavel, découvert le 22 juillet 1971 par Henry de Lumley dans la grotte de l'Arago (Pyrénées-Orientales).

     

    Par leur capacité à fabriquer des outils en pierre, Homo habilis, Homo erectus et leur cousin Homo ergaster (l'homme artisan) inaugurent une longue période baptisée dès 1865 Âge ancien de la pierre taillée ou Paléolithique.

     

    Le Paléolithique inférieur, aussi appelé Acheuléen en Europe, d'après le quartier de Saint-Acheul, à Amiens, s'étend de 1,7 millions à 300 000 BP.

     

    Ce panorama des principales espèces Homo du Paléolithique inférieur serait incomplet sans ce petit dernier, dont une mandibule a été découverte en 1907 près d'Heidelberg (Allemagne), d'où son nom.

     

    Connu en Afrique et dans le sud de l’Europe à partir de 600 000 ans, ce serait la première espèce dérivée d’Homo erectus à pratiquer un culte à l’égard de ses morts, signe de la croyance en l'au-delà.

     

    Le Paléolithique moyen

     

    Le Paléolithique moyen suit, comme il va de soi, le Paléolithique inférieur ! Aussi appelé Moustérien en Europe (d'après le site du Moustier, dans la vallée de la Vézère, en Dordogne), s'étend de 300 000 aux environs de 30 000 BP, il coïncide avec l'apparition de l'homme de Neanderthal...

     

    du site Herodote.net

     

    Paléontologie:  Aux origines de l'humanité

     

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    L'Homme de Florès, dit « le Hobbit »,

    est en fait notre cousin

     

     

    En 2003, sur l'île de Florès, en Indonésie, de petits Hommes furent trouvés et appelés « Hommes de Florès », ou « Hobbits ». Onze ans plus tard, d'autres restes humains, ressemblant aux premiers mais plus anciens, ont été découverts sur cette même île. Ils seraient en fait les ancêtres des « Hobbits ». De plus, puisque ces nouveaux fossiles évoquent Homo erectus, notre ancêtre, ces petits Hommes sont… nos cousins ! Ils auraient subi le phénomène évolutif du nanisme insulaire.

     
     

    Le crâne d'un Homme moderne (à gauche), comparé à celui de l'Homme de Florès (à droite). La dimension de ce dernier est étonnamment petite. Pourtant, cet être fabriquait des outils et ses ancêtres directs, on vient de le comprendre, vivaient déjà il y a 700.000 ans. © Peter Brown

    Le crâne d'un Homme moderne (à gauche), comparé à celui de l'Homme de Florès (à droite). La dimension de ce dernier est étonnamment petite. Pourtant, cet être fabriquait des outils et ses ancêtres directs, on vient de le comprendre, vivaient déjà il y a 700.000 ans. © Peter Brown

     
     

    C’est probablement la fin des controverses autour de « l’Homme de Florès », cet hominidé dont plusieurs individus ont été trouvés en 2003 dans une grotte de l’île de Florès, en Indonésie. Datés de 50.000 ans et ne mesurant qu’un petit mètre, pour 25 kg, avec une petite tête, ce qui leur a valu le surnom de « Hobbit » (d’après les personnages imaginés par l'écrivain anglais J. R. R. Tolkien), ces humains-là intriguaient au plus haut point. Certains y voyaient des Homo sapiens difformes, atteints d’une pathologie qui restait à trouver, évoquant une trisomie.

     

    D’autres en faisaient une espèce à part, Homo floresiensis, que l’évolution aurait conduit vers une petite taille après l’arrivée sur cette île, par un processus de nanisme insulaire, connu chez d’autres espèces animales, quand les ressources se font plus rares. Sa position dans la famille humaine reste méconnue, avec deux hypothèses en lice : une filiation avec Homo erectus (un ancêtre d’Homo sapiens), avec Homo habilis ou encore avec des australopithèques, peut-être déjà de petites tailles.

     

    Deux études, parues dans Nature, viennent éclairer l’histoire d’un jour nouveau. En 2014, des restes ont été trouvés dans une autre grotte de la même île, sur le site de Mata Menge : un morceau de mandibule et six dents. Une récolte modeste mais bouleversante. La mandibule s’apparente à celle de l’Homme de Florès mais avec une taille encore plus petite que celle des fossiles de la grotte de Liang Bua (celle de la découverte de 2003). D’après les auteurs, il s’agit bien d’un individu adulte. Elle s’apparenterait davantage, ajoutent-ils, à H. erectus qu’à H. habilis. De plus, les dents semblent intermédiaires entre celles de H. erectus et celles de l’Homme de Florès de la grotte de Liang Bua. Nous partagerions donc un même ancêtre (H. erectus) avec l’Homme de Florès, qui devient un cousin.

     

    Le fragment de mandibule (à gauche) et trois des six dents (à droite), ici vus sous différents angles, ont été retrouvés dans la grotte de Mata Menge, à une centaine de kilomètres de Liang Bua, où a été découvert l'Homme de Florès. Ces restes s'apparentent aux fossiles de ce dernier mais aussi à ceux d'Homo erectus. Ils font du petit « Hobbit » une espèce à part entière et très ancienne. © Gerrit D. van den Berg et al.
    Le fragment de mandibule (à gauche) et trois des six dents (à droite), ici vus sous différents angles, ont été retrouvés dans la grotte de Mata Menge, à une centaine de kilomètres de Liang Bua, où a été découvert l'Homme de Florès. Ces restes s'apparentent aux fossiles de ce dernier mais aussi à ceux d'Homo erectus. Ils font du petit « Hobbit » une espèce à part entière et très ancienne. © Gerrit D. van den Berg et al.

     

    Les humains peuvent rapetisser autant que

    les éléphants...

     

    Voilà pour la première étude. La seconde est une datation, par la méthode des isotopes de l’argon(évaluant le rapport 40Ar/39Ar). Le résultat est lui aussi étonnant : 700.000 ans. Exit, donc la parenté directe avec H. sapiens puisque notre espèce n’existait pas encore. L’hypothèse qui est ainsi consolidée est celle d’une filiation avec H. erectus et un phénomène de nanisme insulaire, qui a par exemple, soulignent les auteurs, abouti a des éléphants mesurant 1 m au garrot, sur des îles de Méditerranée, et à des mammouths nains, retrouvés en Crète.

     

    Parvenu sur ces îles indonésiennes, ce descendant de H. erectus, confronté à des ressources alimentaires plus rares, se serait adapté au fil des générations par une taille plus faible. Les outils les plus anciens retrouvés sur l’île indiquent, selon Gerrit van den Bergh, coauteur des deux études, queH. erectus a dû arriver il y a environ un million d’années. La conclusion en rejoint deux autres. Celle de Matthew Tocheri, du Muséum d’histoire naturelle de Washington, qui, en 2007, sur la base de comparaisons anatomiques, situait à au moins 800.000 ans la séparation entre notre propre lignée et celle ayant conduit à l'Homme de Florès. Et celle de Karen Baab, en 2013, rapprochant le Hobbit avecH. erectus. En quelques centaines de milliers d’années, l’espèce a pu augmenter sa population en réduisant sa taille, comme les éléphants de Sicile ou de Malte…

     

    À découvrir en vidéo autour de ce sujet :


    Exercice difficile, déterminer l’origine de l’Homme impose de définir ce qui fait l'identité humaine. L’Homme est-il Homme par sa capacité à marcher ? à parler ? à fabriquer des outils ? Futura-Sciences a posé la question à Silvana Condemi, paléoanthropologue. Découvrez sa réponse en vidéo.

     

    Paléontologie:  L'Homme de Florès, dit « le Hobbit », est en fait notre cousin + vidéo

     

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    Disparition de Néandertal : la piste des

    maladies tropicales

     

     

    Vivant probablement en petits groupes de quelques dizaines de personnes tout au plus, les néandertaliens n’étaient pourtant pas protégés par la propagation lente d’épidémies. Ils auraient été affaiblis par les maladies tropicales contractées au contact d’Homo sapiens ce qui expliquerait partiellement leur disparition.

     
     


    L’homme de Néandertal est un représentant aujourd'hui bien connu du genre Homo. La paléoanthropologue Silvana Condemi évoque pour nous la disparition mystérieuse de cette espèce.

     

     
     

    Ce n’est pas l’un des moindres charmes de la Science qu’un progrès dans un domaine et une discipline donnés se trouve brutalement et de façon inattendue fournir la clé d’un problème dans une autre branche de l’activité scientifique. On en a une nouvelle preuve avec une publication dans American Journal of Physical Anthropology des résultats de travaux menés par des chercheurs des universités de Cambridge et d’Oxford. Elle ouvre de nouvelles perspectives sur les causes de la disparition des néandertaliens.

     

    Il s’agit d’une question épineuse qui a donné lieu à de multiples spéculations. On constate en effet que ces hominines déclinent puis disparaissent relativement rapidement après l’arrivée en Europe d’Homo sapiens, il y a environ 35.000 ans. En 5.000 ans, il remplace Néandertal sur l’ensemble de l’Europe et il y a 24.000 ans, il quitte la scène en laissant ses dernières traces dans la grotte de Gorham à Gibraltar.

     

    Que s’était-il donc passé ? Les chercheurs ont d’abord pensé à une supériorité intellectuelle et technologique de Sapiens mais cette hypothèse a été écartée au fur et à mesure que furent découverts par exemple que Néandertal pratiquait des rites funéraires et qu’il disposait d’outils comparables à ceux de l’Homme de Cro-Magnon. On a avancé la particulière agressivité d’Homosapiens dont il a malheureusement laissé bien trop d’exemples dans l’Histoire. Cro-Magnon se serait tout simplement fait la main question génocide avec Néandertal.

     

    L'Homme de Néandertal, dont on voit ici une reconstitution réussie (à gauche, bien sûr) a légué des gènes à Homo sapiens (à droite, évidemment). Notre espèce a aussi en elle les gènes d'une autre lignée, celle de Denisova, et les a conservés ou non, selon les régions. La génétique éclaire ainsi l'histoire de la famille humaine, faite de migrations, de métissages et d'adaptations à des environnements multiples.
    L'Homme de Néandertal, dont on voit ici une reconstitution réussie (à gauche, bien sûr) a légué des gènes à Homo sapiens (à droite, évidemment). Notre espèce a aussi en elle les gènes d'une autre lignée, celle de Denisova, et les a conservés ou non, selon les régions. La génétique éclaire ainsi l'histoire de la famille humaine, faite de migrations, de métissages et d'adaptations à des environnements multiples. © Neanderthal Museum, Mettmann, Allemagne, CC by 4.0

     

    Des maladies chroniques d’origine tropicale amenées par Homo sapiens

     

    Mais il n’existe aucune trace d’extermination systématique sur les squelettes retrouvés, pas même de guerres. Certains ont donc plutôt proposé une hypothèse « à la Woodstock ». Néandertal n’aurait pas vraiment disparu, il se serait métissé avec Homo sapiens qui l’aurait absorbé.

     

    De fait, les progrès des techniques de la PCR et du séquençage du génome ont montré ces dernières années qu’il y avait eu des flux génétiques entre les deux hominines qui n’étaient donc pas des espèces rigoureusement séparées.

     

    C’est là qu’intervient l’hypothèse des chercheurs britanniques. Qui dit hybridation dit contact physique proche, ce qui favorise la transmission de maladie. Si Neandertal était initialement, naturellement résistant à des maladies de son environnement comme la septicémie d’origine bactérienne et l’encéphalite amenée par des tiques qui peuplaient les forêts de Sibérie, il ne devait pas l’être par rapport à certaines maladies d’origines tropicales amenées par Homo sapiens avec lui. Il devait bien évidemment en être de même dans l’autre sens pour Cro-Magnon mais le métissage aurait conduit à une asymétrie de telle sorte que les résistances, ou les fragilités, acquises par les transferts degènes auraient défavorisé les néandertaliens.

     

    En combinant les études génétiques sur le génome de pathogènes et l’ADN d’hominidés anciens, les chercheurs sont finalement arrivés à soupçonner que certaines maladies chroniques comme le ténia, la tuberculose, les ulcères d’estomac et quelques types d’herpès ont, à défaut d’être vraiment mortelles, contribué à affaiblir les néandertaliens.

     

    Il est probable que les causes de leurs disparitions sont en réalité multifactorielles.

     

    Les Néandertaliens avaient vécu en Europe et dans l’ouest de l’Asie pendant 200.000 ans avant l’arrivée des humains modernes. Ils étaient probablement bien adaptés au climat, à l’alimentation et aux pathogènes et en s’accouplant avec eux, nous humains modernes avons hérité de ces adaptations avantageuses . © Erich Ferdinand, Flickr, CC BY 2.0Les Néandertaliens avaient vécu en Europe et dans l’ouest de l’Asie pendant 200.000 ans avant l’arrivée des humains modernes. Ils étaient probablement bien adaptés au climat, à l’alimentation et aux pathogènes et en s’accouplant avec eux, nous humains modernes avons hérité de ces adaptations avantageuses . © Erich Ferdinand, Flickr, CC BY 2.0

    Paléontologie:  Disparition de Néandertal : la piste des maladies tropicales + vidéo

     

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    Le régime paléolithique de Néandertal :

    mammouth aux petits légumes

     

     

    Pourquoi l'Homme de Néandertal a-t-il disparu ? Faut-il en chercher la raison dans son régime alimentaire ? Encore faudrait-il le connaître avec précision. Grâce à la chimie isotopique on en sait désormais plus sur le régime paléolithique des néandertaliens. Au menu : 80 % de viande de mammouth et de rhinocéros, plus 20 % de végétaux.

      

    L'Homme de Néandertal aurait vécu en Europe et en Asie de -120.000 à -30.000 ans avant notre ère. Sa taille moyenne devait être comprise entre 1,55 et 1,65 mètre. Il fabriquait des outils et maîtrisait le feux. © Bocherens

    L'Homme de Néandertal aurait vécu en Europe et en Asie de -120.000 à -30.000 ans avant notre ère. Sa taille moyenne devait être comprise entre 1,55 et 1,65 mètre. Il fabriquait des outils et maîtrisait le feux. © Bocherens

     
     

    Le « régime paléolithique » est très à la mode mais quelle est la réalité ? Que mangeaient les humains il y a des dizaines de milliers d’années ? La dentition des hommes préhistoriques ainsi que les restes de repas nous en donnent aujourd'hui une idée mais elle reste vague, faute de disposer d'une machine à remonter dans le temps. Il en existe tout de même une de ce genre, découverte au début du XXe siècle : la chimie isotopique. Cette technique fournit des informations étonnantes.

     

    Il existe plusieurs isotopes d’éléments comme le carbone, l’azote, le soufre et l’oxygène. Selon la physiologie des animaux et leurs régimes alimentaires, leurs os et leur collagène contient des proportions particulières de ces isotopes, ou d’autres. Les isotopes de l’oxygène, par exemple, sont intervenus dans le débat sur le caractère homéotherme ou poïkilotherme des dinosaures et de certains reptiles marins qui étaient leurs contemporains. Ces mêmes isotopes ont également permis de déterminer le mode de vie des fameux spinosaures : il était semi-aquatique.

     

    Plus récemment, la chimie isotopique a été utilisée pour connaître l’alimentation du roi britannique Richard III. Cette année, des membres du Centre de recherche sur l’évolution humaine et le paléoenvironnement à Tübingen l’ont appliquée à l’étude du régime alimentaire des néandertaliens, ce cousin d'Homo sapiens avec lequel, le fait est aujourd'hui avéré, il y a eu des hybridations.

     

    Une comparaison entre les différentes proies dont se nourrissaient les prédateurs contemporains des néandertaliens il y a 40.000 ans environ. © Bocherens
    Une comparaison entre les différentes proies dont se nourrissaient les prédateurs contemporains des néandertaliens il y a 40.000 ans environ. © Bocherens

     

    Néandertal, un gros mangeur de viande de mammouth et de rhinocéros

     

    Plus généralement, les chercheurs se sont penchés sur le collagène retrouvé dans des os provenant de deux sites en Belgique et qui appartenaient à des Hommes de Néandertal et à des mammouths, des bisons, des ours et des lions des cavernes mais aussi à des chevaux et des rhinocéros laineux. Tout ce petit monde vivait il y a de 45.000 à 40.000 ans. Le collagène est une protéine abondante chez les animaux, où elle est présente dans les cartilages, les tendons, la peau et les os.

     

    Il est apparu que les prédateurs de l’époque se nourrissaient essentiellement de proies plus petites qu’eux et occupant des niches écologiques spécifiques Mais il n’en était pas de même pour les néandertaliens. Leur régime paléolithique était composé à environ 80 % de viande de mammouth et de rhinocéros laineux. Pendant le Pléistocène, ces animaux habitaient essentiellement les steppes froides qui couvraient une grande partie de l'Eurasie, depuis le centre de l'Espagne et le Sud de l'Angleterre jusqu'en Mongolie et dans le Sud de la Sibérie.

     

    De plus, environ 20 % de la diète des néandertaliens étaient constituée de végétaux. Ces conclusions sont peu différentes de celles des études du régime alimentaire des Hommes modernes. Puisque Néandertal mangeait la même chose, il semble donc que sa disparition il y a 30.000 ans ne soit pas attribuable à son alimentation.

     

    À découvrir en vidéo autour de ce sujet :


    L’homme de Néandertal est un représentant aujourd'hui bien connu du genre Homo. La paléoanthropologue Silvana Condemi évoque pour nous la disparition mystérieuse de cette espèce.

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    En Chine, le chat aurait été domestiqué il

    y a plus de 5.000 ans

     

    Il y a près de 5.000 ans, des petits félins ont été apprivoisés en Chine. C'est ce que révèle une équipe après avoir identifié l'espèce à laquelle correspondent les restes de chat datant d'environ 3.500 ans avant J.-C. : tous ces ossements appartiennent au chat du Bengale, un cousin éloigné du chat sauvage occidental (ce dernier étant à l'origine de tous les chats domestiques modernes). Un processus comparable à celui ayant eu lieu plus tôt au Proche-Orient et en Égypte s'est donc développé indépendamment dans l'Empire du Milieu suite à la naissance de l'agriculture.

     

    Sans doute attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs, voici plus de 5.000 ans, au début de l’agriculture, le chat du Bengale (Prionailurus bengalensis) fut adopté par la population. © Shvaygert Ekaterina, shutterstock.com

    Sans doute attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs, voici plus de 5.000 ans, au début de l’agriculture, le chat du Bengale (Prionailurus bengalensis) fut adopté par la population. © Shvaygert Ekaterina, shutterstock.com

     
     

    Le chat est aujourd'hui l'animal domestique le plus courant avec plus de 500 millions de représentants. Tous les chats domestiques actuels descendent de la forme africaine et proche-orientale du chat sauvage (Felis silvestris lybica). Selon des travaux publiés en 2004, les débuts du rapprochement entre l’Homme et le chat se sont déroulés au Proche-Orient dès 9.000 à 7.000 avant J.-C., avec la naissance de l'agriculture.

     

    En 2001, des chercheurs de l'Académie des sciences de Pékin ont découvert des ossements de chat dans le nord de la Chine (province de Shaanxi), datés d'environ 3.500 avant J.-C., dans des villages d'agriculteurs. Est-ce la preuve d'un rapprochement entre des petits félins chinois et l’Homme dès le IVe millénaire avant J.-C. en Chine ou est-ce le résultat d'une importation des premiers chats domestiques depuis le Proche-Orient jusqu'en Chine ? Impossible de trancher entre ces hypothèses sans avoir identifié l'espèce à laquelle appartiennent les ossements trouvés. Il existe en effet au moins quatre formes différentes de petits félidés en Chine mais la sous-espèce à l'origine du chat moderne (F. silvestris) n'y a jamais été répertoriée.

     

    Vue latérale du crâne de chat domestique du site néolithique de Wuzhuangguoliang (province de Shaanxi) datant de 3.200-2.800 avant notre ère. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN
    Vue latérale du crâne de chat domestique du site néolithique de Wuzhuangguoliang (province de Shaanxi) datant de 3.200-2.800 avant notre ère. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN

     

    Identification de l’espèce par morphométrie géométrique

    Afin de résoudre cette question, une collaboration de scientifiques (principalement du CNRS, du MNHN, de l'université d'Aberdeen, de l'Académie des sciences sociales de Chine et de l'Institut d'archéologie de la province de Shaanxi) a entrepris une analyse de morphométrie géométrique(celle-ci permet d’étudier et analyser la forme d'une structure, par exemple de comparer des crânesde différentes espèces aux morphologies très proches), seule à même, en l'absence d'ADN ancien, de différencier les ossements de ces petits félins, aux morphologies très similaires et aux différences souvent indiscernables avec les techniques classiques.

     

    Les scientifiques ont ainsi analysé les mandibules de cinq chats du Shaanxi et du Henan datés d'une période comprise entre 3.500 et 2.900 avant J.-C.. Leurs travaux ont été déterminants : ces ossements appartiennent tous au chat du Bengale (Prionailurus bengalensis). Encore très répandu aujourd'hui en Asie orientale, ce chat sauvage, cousin éloigné du chat sauvage occidental (F. silvestris), est connu pour sa propension à fréquenter les zones à forte présence humaine. Tout comme au Proche-Orient ou en Égypte, le chat du Bengale a sans doute été attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs qui profitaient des stocks de céréales.

     

    Mesure, à l'aide de grains de riz, de la capacité du crâne de chat néolithique de Wuzhuangguoliang. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN
    Mesure, à l'aide de grains de riz, de la capacité du crâne de chat néolithique de Wuzhuangguoliang. © J.-D. Vigne, CNRS, MNHN

     

     

    La domestication du chat liée aux débuts de l'agriculture

     

    Les conclusions de ces travaux publiés le 22 janvier 2016 dans la revue Plos One démontrent qu'un processus comparable à celui connu au Proche-Orient et en Égypte s'est développé indépendamment en Chine suite à la naissance de l'agriculture qui y est apparue au VIIIe millénaire avant notre ère. En Orient, c'est le chat du Bengale (P. bengalensis) et non le chat sauvage occidental (F. silvestris), qui s'est engagé dans un rapprochement avec l’Homme. La domestication du chat est donc bien, au moins dans trois régions du monde, étroitement connectée aux débuts de l'agriculture.

     

    Il n'en reste pas moins que les chats domestiques actuels de Chine ne sont pas des descendants du chat du Bengale, mais de son cousin F. silvestris lybica. Ce dernier a donc remplacé le chat du Bengale dans les villages chinois après la fin du Néolithique. Serait-il arrivé en Chine avec l'ouverture de la route de la soie, au moment où les Empires de Rome et des Han ont commencé à établir des liens ténus entre Orient et Occident ? C'est la prochaine question à résoudre.

     

     

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