• Partir à l'Aventure: Autour du globe sans avion

     

    Autour du globe sans avion

     

    Le long du canyon Fraser, en Colombie-Britannique... (PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER)

     

    Le long du canyon Fraser, en Colombie-Britannique

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     
     

    74 101 km plus tard, la boucle est bouclée. Sauf celle des ceintures d'avion: les Montréalais Aline Charles et Benjamin Gaucher viennent de faire un tour du globe complet sans avoir emprunté un seul vol. Récit d'une aventure terre-à-terre.

     

    Le monde... vu d'en bas

    Deux silhouettes se dessinent à l'horizon. Un tandem de cyclistes chargés comme des mules effectuent un dernier tour de roue. Le matin même, ils étaient à bord d'un train en provenance d'Halifax.

    Les parents de Benjamin, bras ouverts sur le fil d'arrivée, sont venus assister au retour de leur fils et de sa conjointe Aline, partis il y a un peu plus d'un an de ce lieu précis, le seuil de leur domicile dans Rosemont. En dépit de la fatigue, les voyageurs semblent ravis; ils planent. Et pourtant, ils ont traversé le monde de bout en bout sans décollage ni atterrissage. Leurs alliés non ailés: trains, bateaux, autobus et vélos.

     

    Peur de l'avion? Pas du tout. «On s'est rendu compte qu'avec le tourisme de masse, les voyageurs tendaient à se concentrer dans certains lieux, sans jamais voir ce qu'il y a entre deux destinations. Nous, on voulait prendre notre temps et observer ce qu'on allait parcourir», expliquent Aline et Benjamin, tous deux âgés de 33 ans, et qui n'ont pas hésité à prendre un congé sans solde pour réaliser leur périple. « On s'est détachés d'une certaine pression des autres, qui demandent systématiquement: "Avez-vous vu telle affaire? C'est incontournable!"»

    «Les meilleurs souvenirs que nous rapportons sont justement hors de cette liste d'incontournables sécurisants. Sans avion, tout est plus plaisant et grandiose», expliquent-ils.

     

    Rencontres à toute vapeur

    Et des souvenirs, ils en ont rempli de pleines valises au gré d'un trajet par monts et par eaux. Depuis le Québec, ils ont atteint New York, sont embarqués sur le bateau Queen Mary 2 pour rallier l'Europe, ont traversé la Russie et l'Asie en empruntant les rails du transsibérien et du transmongolien, avant de voguer sur le Pacifique à bord d'un porte-conteneurs, remonter la côte ouest des États-Unis et boucler leur odyssée en traversant le Canada à vélo. Le tout ponctué de tours et détours tantôt programmés, tantôt improvisés: le Tibet, les pays baltes, Taiwan, les campagnes cambodgiennes...

    «L'itinéraire de nos six premiers mois était à peu près clair, mais après la Chine, il y a eu des choses non prévues, comme faire du vélo au Cambodge et en Thaïlande. La traversée du Canada à vélo n'était pas planifiée au départ non plus», précise Benjamin.

    Consignant chacune de leurs étapes sur leur blogue Eastbound Express, ils font part de leurs expériences et des vertus des moyens de transport terrestre et maritime.

     

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    Aline Charles et Benjamin Gaucher bouclent les derniers mètres de leur tour du monde, et ce, sans avoir vu l'ombre du moindre aéroport.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

     

    «À vélo et en train, c'est beaucoup plus facile de parler aux autres. À vélo, c'est sûr que les gens viennent vers toi, et ça permet de comprendre un peu mieux la réalité d'un pays», confient-ils. Idem pour les cabines de train, où les compagnons de voyage temporaires sont prompts à nouer des liens, par-delà les barrières linguistiques.

    «Contrairement à l'avion, qui est utile mais complètement standardisé, le train est un produit de la culture dans lequel il existe, qu'il s'agisse de la nourriture à bord, de la manière dont les gens les empruntent ou des toilettes.»

    De retour à leur routine quotidienne, ils dressent le bilan des bénéfices de leur expédition, tirés en partie des situations inconfortables liées à leur choix de modes de transport. «C'est difficile de croître dans la facilité», lance Benjamin.

    Est-il trop tôt pour esquisser de nouveaux projets sur le même mode? L'Inde et le Népal sont subrepticement évoqués, mais c'est toujours la même philosophie qui s'applique: prendre son temps. «Là, on est en vacances de notre voyage!»

     

    De l'aide pour voyager sans ailes

    Si vous êtes tenté par une aventure du genre, sachez qu'elle requiert une solide organisation. Aline et Benjamin disposent de plus d'un conseil dans leur poche. «Il faut épargner tôt! Mais aussi prévoir la sécurité du retour et ne pas trop se mettre la pression sur la route», indiquent-ils. Et si l'improvisation est plutôt facile avec les avions, il n'en va pas de même avec trains et bateaux. La planification doit donc être minutieuse pour les réservations, de même que pour les visas, car les demandes - ou quelquefois un simple renouvellement - peuvent représenter un travail colossal. Russie, Chine et même États-Unis ont fait partie des défis administratifs du couple.

    Enfin, il faut s'attendre à ce que les ports, a fortiori ceux à l'étranger, soient bien moins bien conçus que les aéroports pour guider les passagers.

    En outre, leur blogue fourmille d'informations utiles à tout voyageur inspiré.

    eastboundexpress.com

     

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    Depuis les fenêtres du train se rendant à Lhassa, on peut se régaler des paysages tibétains époustouflants.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Les coups de coeur sur terre et sur mer

    Boucler un tour du monde sans avion, c'est à coup sûr découvrir des tronçons de route hors de l'ordinaire. Aline et Benjamin nous divulguent leurs deux segments favoris selon le moyen de transport utilisé.

     

    Train: 35 793 km au total

    Tronçon 1: Haute voltige sur le plateau tibétain

    La liaison entre Xining et Lhassa est l'une des rares lignes ferroviaires en haute altitude, atteignant un pic à 5230 m. Les voitures du train sont même équipées de distributeurs d'oxygène! On traverse le plateau tibétain et ses mythiques panoramas, parsemés de yaks, de gazelles ou de faucons, des paysages qui n'ont pas manqué d'époustoufler les deux voyageurs. Durée du trajet: 21 heures. Aline et Benjamin conseillent de partir en soirée pour pouvoir profiter des meilleures vues le lendemain.

    Tronçon 2: De l'Europe à l'Asie

    De Saint-Pétersbourg à Pékin en passant par la Mongolie : voilà une traversée au grand cours d'un mois qui aura permis de se régaler du passage de l'Europe vers l'Asie, tout en expérimentant l'accueil quasi maternant des hôtesses ferroviaires russes. Les moments marquants: longer le lac Baïkal, se ressourcer à Irkoutsk, puis s'élancer vers les steppes mongoles émaillées de yourtes. «On sent vraiment que l'on change de pays et de paysages, tout à coup, il n'y a plus aucun arbre!», se souvient Aline.

     

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    Les couchers et levers de soleil vus à partir du cargo étaient inoubliables.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Bateau: 21 378 km au total

    Tronçon 1: Traverser le Pacifique à bord d'un cargo

    Relier Xian'men à Los Angeles en porte-conteneurs, voilà une expérience que peu de voyageurs peuvent se targuer d'avoir vécue. «Nous étions avec 22 membres d'équipage de diverses nationalités. La particularité de la traversée, c'est que personne n'est tourné vers nous, les gens travaillent et on est laissé à soi-même», raconte Aline. Depuis le pont (casque et bottes de sécurité obligatoires!), aux quatre points cardinaux, une infinité d'eau. «Les levers et couchers de soleil y étaient incroyables, les vues étaient tellement apaisantes et silencieuses», évoque Benjamin.

    Tronçon 2: Chine et Japon, côte à côte

    Quarante-huit heures à bord d'un traversier vieillot reliant Shanghai à Osaka, ça peut avoir son charme. «Au moment d'arriver dans les eaux japonaises, parsemées de petites îles, ça devient magnifique», assure Aline. Avec, en prime, des onsens à bord, ces relaxants bains communs nippons. «Il est encore temps de prendre ce genre de traversier. Les voyageurs ne les utilisent plus, ils sont voués à disparaître», prévoit Benjamin.

     

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    Crevaison en pleine campagne cambodgienne. La réparation n'aura pas manqué d'intriguer les enfants du coin!

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Vélo: 7383 km au total

    Tronçon 1: Explorer la campagne cambodgienne

    Enfourcher des vélos entre le Cambodge et la Thaïlande ne figurait pas dans les plans initiaux du couple. Une improvisation qui ne laissera aucun regret, tant ils ont été charmés par l'arrière-pays et le contact avec les villageois cambodgiens; loin, très loin du champignon touristique qui s'est formé autour du temple d'Angkor Wat.

    Tronçon 2: Braver le canyon du Fraser (Colombie-Britannique)

    «Juste avant d'arriver dans les Rocheuses, nous avons eu droit à l'une des plus belles vues de notre voyage. Le côté désertique, les falaises, les rivières... c'était dramatique!» s'enthousiasme le couple, qui a aussi été séduit par ce lieu permettant de mieux comprendre la jeune histoire de la Colombie-Britannique. Les deux cyclistes ont ainsi suivi le cours des rivières Fraser et Thompson en empruntant l'Old Road, au gré de ranchs, et n'ont pas rechigné à se ressourcer dans les vignobles locaux.


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    Entre le Laos et la Chine, le trajet en autocar a duré 25 heures.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Bus et voiture: 9547 km au total

    Tronçon 1: Du Laos à la Chine, entre les collines

    Pendant 25 heures, Aline et Benjamin ont relié Luang Prabang à Kunming, ce qui leur a permis de découvrir notamment les superbes paysages collinaires laotiens... ainsi que les joies de la crevaison à 2 h du matin. «C'est actuellement le seul moyen de rejoindre la Chine depuis le Laos par voie terrestre», expliquent-ils. À bord, ils ont dû côtoyer des travailleurs chinois peu habitués à voir des étrangers parmi eux.

    Tronçon 2: Échappée dans le désert de Gobi

    «Notre trajet favori en auto serait nos huit jours off road en Mongolie, durant lesquels on a pu explorer une portion du désert de Gobi», se rappellent les voyageurs. «La notion de grand espace y prend un tout autre sens! On roulait des heures chaque jour, sans jamais croiser âme qui vive de la journée, mais en profitant de sublimes paysages.» Le soir venu, Aline et Benjamin logeaient dans des yourtes pour profiter du feu et jouer aux cartes avec leurs hôtes. «Les Mongols sont de gros parieurs!», notent-ils.

     

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