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    Destinations soleil: au-delà de la plage

     

    Une randonnée d'une journée ou deux en milieu... (Photo David Boily, Archives La Presse)

     

    Une randonnée d'une journée ou deux en milieu plus rural est une façon d'être près des gens.

    PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

     
    CHARLES-ÉDOUARD CARRIER

    Collaboration spéciale

    La Presse
     

    Sans être un explorateur des temps modernes, il existe tout de même bien des façons de partir à l'aventure lorsque l'on décide  de prendre des vacances dans le Sud. Il suffit de fouiller un peu pour glisser facilement à son horaire une ou deux activités à la fois intéressantes et différentes.

     

    Voyager à pied 

    Les voyageurs ont l'habitude de se déplacer à pied dans les centres touristiques et les grandes villes. Pourquoi ne pas oser la randonnée d'une journée ou deux en milieu plus rural? Jad Haddad est directeur de Terres d'aventure Canada, une agence qui organise des voyages à pied pour tous, dans 110 destinations partout sur la planète. «Voyager à pied permet de se rapprocher de la nature et des gens. C'est aussi une façon plus lente de se déplacer puisqu'on prend le temps. Il y a cet aspect de proximité lorsque l'on se déplace à pied», explique-t-il.

     

    Engager un guide local 

    Selon les complexes hôteliers, les habitués des voyages tout inclus ont parfois des contacts limités avec la culture locale. Alors, pourquoi ne pas demander à un guide local une petite journée de visite? Selon Stéphane Tellier, à la barre de l'émission Guide et bourlingueur diffusée sur Évasion, ce contact avec les gens du coin est essentiel à tout voyage. «J'aime voyager comme ça. Rencontrer les locaux, c'est créer une connexion vraie et authentique. C'est là que l'on apprécie la beauté réelle d'un pays. Sans ça, il manque une partie de la connexion avec la destination», croit le voyageur.

     

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    Un guide local est un atout.

    PHOTO THINKSTOCK

     

    Tournée thématique 

    Avec les réseaux sociaux, plusieurs s'improvisent guides touristiques. Le bon côté de cette nouvelle réalité, c'est la diversité de l'offre de services. Des tournées pour prendre les plus belles photos Instagram d'une région aux balades à pied pour découvrir les oeuvres murales d'une ville, l'offre est vaste. «Du côté des Caraïbes, je vois que le concept de la virée gourmande se développe de plus en plus. On le propose maintenant dans les tout-inclus, remarque Stéphane Tellier. C'est une façon de sortir les gens du complexe tout en leur donnant l'impression de s'imprégner un peu plus de la culture locale. À certains endroits, on proposera aussi des cours de cuisine ou de mixologie.» 

     

    Apprendre à surfer 

    Plusieurs entreprises, comme la montréalaise Barefoot Surf Travel, ont créé des camps pour apprendre à surfer. Mais sans y consacrer un séjour tout entier, que peut-on espérer d'un cours de surf de quelques heures? Les instructeurs locaux connaissent bien les vagues et savent exactement où amener les élèves pour qu'ils puissent monter sur la planche et goûter à la sensation exaltante de glisser sur l'eau, propulsés par la vague. Ils enseignent la base et proposent des lieux adaptés aux débutants. Il faut toutefois être réaliste: la première journée de surf n'est pas nécessairement garante de succès.


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    Une visite des plus beaux lieux pour des photos peut être passionnante.

    PHOTO THINKSTOCK

     

    Plonger avec une bonbonne 

    Il y a quelque chose de bien spécial à respirer sous l'eau. Les intéressés suivent habituellement une formation complète pour obtenir une certification qui leur permettra de plonger avec un équipement. «Les centres PADI [Professional Association of Diving Instructors] offrent un cours d'initiation, Discover Scuba Diving (DSD). C'est une formation avec vidéo et instructeur PADI d'environ 30 minutes sur terre ferme, et une quinzaine de minutes dans l'eau, le tout suivi de la plongée. C'est pour les 10 ans et plus et valide pour d'autres plongées avec un professionnel pour les 90 jours suivants. La limite de profondeur est de 12 mètres», décrit André Roy, propriétaire du centre de plongée Diving Pirates à Bocas del Toro. C'est parfait pour goûter à la sensation d'une véritable plongée, sans y investir tout son budget de voyage.

     

    Oser la jungle 

    Les destinations vacances misent de plus en plus sur des activités où l'adrénaline est à l'honneur et où les vacanciers peuvent découvrir la nature luxuriante d'une jungle de plus en plus accessible. Parmi les activités appréciées des voyageurs, les tyroliennes dans les forêts humides sont maintenant très populaires dans la majorité des destinations du Sud. «Au Panamá, on peut tenter le Chagres Challenge, une journée d'expédition dans la jungle avec escalade, rafting et camping. Il y a de la descente en rappel au Costa Rica près de San José, du saut à l'élastique dans un canyon à Los Cabos, ou encore du surf sur les dunes du volcan Cerro Negro au Nicaragua», énumère Marie-Pier Lanoue, conseillère en voyages chez Passion Voyage.

     

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    Autour du globe sans avion

     

    Le long du canyon Fraser, en Colombie-Britannique... (PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER)

     

    Le long du canyon Fraser, en Colombie-Britannique

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     
     

    74 101 km plus tard, la boucle est bouclée. Sauf celle des ceintures d'avion: les Montréalais Aline Charles et Benjamin Gaucher viennent de faire un tour du globe complet sans avoir emprunté un seul vol. Récit d'une aventure terre-à-terre.

     

    Le monde... vu d'en bas

    Deux silhouettes se dessinent à l'horizon. Un tandem de cyclistes chargés comme des mules effectuent un dernier tour de roue. Le matin même, ils étaient à bord d'un train en provenance d'Halifax.

    Les parents de Benjamin, bras ouverts sur le fil d'arrivée, sont venus assister au retour de leur fils et de sa conjointe Aline, partis il y a un peu plus d'un an de ce lieu précis, le seuil de leur domicile dans Rosemont. En dépit de la fatigue, les voyageurs semblent ravis; ils planent. Et pourtant, ils ont traversé le monde de bout en bout sans décollage ni atterrissage. Leurs alliés non ailés: trains, bateaux, autobus et vélos.

     

    Peur de l'avion? Pas du tout. «On s'est rendu compte qu'avec le tourisme de masse, les voyageurs tendaient à se concentrer dans certains lieux, sans jamais voir ce qu'il y a entre deux destinations. Nous, on voulait prendre notre temps et observer ce qu'on allait parcourir», expliquent Aline et Benjamin, tous deux âgés de 33 ans, et qui n'ont pas hésité à prendre un congé sans solde pour réaliser leur périple. « On s'est détachés d'une certaine pression des autres, qui demandent systématiquement: "Avez-vous vu telle affaire? C'est incontournable!"»

    «Les meilleurs souvenirs que nous rapportons sont justement hors de cette liste d'incontournables sécurisants. Sans avion, tout est plus plaisant et grandiose», expliquent-ils.

     

    Rencontres à toute vapeur

    Et des souvenirs, ils en ont rempli de pleines valises au gré d'un trajet par monts et par eaux. Depuis le Québec, ils ont atteint New York, sont embarqués sur le bateau Queen Mary 2 pour rallier l'Europe, ont traversé la Russie et l'Asie en empruntant les rails du transsibérien et du transmongolien, avant de voguer sur le Pacifique à bord d'un porte-conteneurs, remonter la côte ouest des États-Unis et boucler leur odyssée en traversant le Canada à vélo. Le tout ponctué de tours et détours tantôt programmés, tantôt improvisés: le Tibet, les pays baltes, Taiwan, les campagnes cambodgiennes...

    «L'itinéraire de nos six premiers mois était à peu près clair, mais après la Chine, il y a eu des choses non prévues, comme faire du vélo au Cambodge et en Thaïlande. La traversée du Canada à vélo n'était pas planifiée au départ non plus», précise Benjamin.

    Consignant chacune de leurs étapes sur leur blogue Eastbound Express, ils font part de leurs expériences et des vertus des moyens de transport terrestre et maritime.

     

    Partir à l'Aventure:  Autour du globe sans avion

    Aline Charles et Benjamin Gaucher bouclent les derniers mètres de leur tour du monde, et ce, sans avoir vu l'ombre du moindre aéroport.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

     

    «À vélo et en train, c'est beaucoup plus facile de parler aux autres. À vélo, c'est sûr que les gens viennent vers toi, et ça permet de comprendre un peu mieux la réalité d'un pays», confient-ils. Idem pour les cabines de train, où les compagnons de voyage temporaires sont prompts à nouer des liens, par-delà les barrières linguistiques.

    «Contrairement à l'avion, qui est utile mais complètement standardisé, le train est un produit de la culture dans lequel il existe, qu'il s'agisse de la nourriture à bord, de la manière dont les gens les empruntent ou des toilettes.»

    De retour à leur routine quotidienne, ils dressent le bilan des bénéfices de leur expédition, tirés en partie des situations inconfortables liées à leur choix de modes de transport. «C'est difficile de croître dans la facilité», lance Benjamin.

    Est-il trop tôt pour esquisser de nouveaux projets sur le même mode? L'Inde et le Népal sont subrepticement évoqués, mais c'est toujours la même philosophie qui s'applique: prendre son temps. «Là, on est en vacances de notre voyage!»

     

    De l'aide pour voyager sans ailes

    Si vous êtes tenté par une aventure du genre, sachez qu'elle requiert une solide organisation. Aline et Benjamin disposent de plus d'un conseil dans leur poche. «Il faut épargner tôt! Mais aussi prévoir la sécurité du retour et ne pas trop se mettre la pression sur la route», indiquent-ils. Et si l'improvisation est plutôt facile avec les avions, il n'en va pas de même avec trains et bateaux. La planification doit donc être minutieuse pour les réservations, de même que pour les visas, car les demandes - ou quelquefois un simple renouvellement - peuvent représenter un travail colossal. Russie, Chine et même États-Unis ont fait partie des défis administratifs du couple.

    Enfin, il faut s'attendre à ce que les ports, a fortiori ceux à l'étranger, soient bien moins bien conçus que les aéroports pour guider les passagers.

    En outre, leur blogue fourmille d'informations utiles à tout voyageur inspiré.

    eastboundexpress.com

     

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    Depuis les fenêtres du train se rendant à Lhassa, on peut se régaler des paysages tibétains époustouflants.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Les coups de coeur sur terre et sur mer

    Boucler un tour du monde sans avion, c'est à coup sûr découvrir des tronçons de route hors de l'ordinaire. Aline et Benjamin nous divulguent leurs deux segments favoris selon le moyen de transport utilisé.

     

    Train: 35 793 km au total

    Tronçon 1: Haute voltige sur le plateau tibétain

    La liaison entre Xining et Lhassa est l'une des rares lignes ferroviaires en haute altitude, atteignant un pic à 5230 m. Les voitures du train sont même équipées de distributeurs d'oxygène! On traverse le plateau tibétain et ses mythiques panoramas, parsemés de yaks, de gazelles ou de faucons, des paysages qui n'ont pas manqué d'époustoufler les deux voyageurs. Durée du trajet: 21 heures. Aline et Benjamin conseillent de partir en soirée pour pouvoir profiter des meilleures vues le lendemain.

    Tronçon 2: De l'Europe à l'Asie

    De Saint-Pétersbourg à Pékin en passant par la Mongolie : voilà une traversée au grand cours d'un mois qui aura permis de se régaler du passage de l'Europe vers l'Asie, tout en expérimentant l'accueil quasi maternant des hôtesses ferroviaires russes. Les moments marquants: longer le lac Baïkal, se ressourcer à Irkoutsk, puis s'élancer vers les steppes mongoles émaillées de yourtes. «On sent vraiment que l'on change de pays et de paysages, tout à coup, il n'y a plus aucun arbre!», se souvient Aline.

     

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    Les couchers et levers de soleil vus à partir du cargo étaient inoubliables.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Bateau: 21 378 km au total

    Tronçon 1: Traverser le Pacifique à bord d'un cargo

    Relier Xian'men à Los Angeles en porte-conteneurs, voilà une expérience que peu de voyageurs peuvent se targuer d'avoir vécue. «Nous étions avec 22 membres d'équipage de diverses nationalités. La particularité de la traversée, c'est que personne n'est tourné vers nous, les gens travaillent et on est laissé à soi-même», raconte Aline. Depuis le pont (casque et bottes de sécurité obligatoires!), aux quatre points cardinaux, une infinité d'eau. «Les levers et couchers de soleil y étaient incroyables, les vues étaient tellement apaisantes et silencieuses», évoque Benjamin.

    Tronçon 2: Chine et Japon, côte à côte

    Quarante-huit heures à bord d'un traversier vieillot reliant Shanghai à Osaka, ça peut avoir son charme. «Au moment d'arriver dans les eaux japonaises, parsemées de petites îles, ça devient magnifique», assure Aline. Avec, en prime, des onsens à bord, ces relaxants bains communs nippons. «Il est encore temps de prendre ce genre de traversier. Les voyageurs ne les utilisent plus, ils sont voués à disparaître», prévoit Benjamin.

     

    Partir à l'Aventure:  Autour du globe sans avion

    Crevaison en pleine campagne cambodgienne. La réparation n'aura pas manqué d'intriguer les enfants du coin!

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Vélo: 7383 km au total

    Tronçon 1: Explorer la campagne cambodgienne

    Enfourcher des vélos entre le Cambodge et la Thaïlande ne figurait pas dans les plans initiaux du couple. Une improvisation qui ne laissera aucun regret, tant ils ont été charmés par l'arrière-pays et le contact avec les villageois cambodgiens; loin, très loin du champignon touristique qui s'est formé autour du temple d'Angkor Wat.

    Tronçon 2: Braver le canyon du Fraser (Colombie-Britannique)

    «Juste avant d'arriver dans les Rocheuses, nous avons eu droit à l'une des plus belles vues de notre voyage. Le côté désertique, les falaises, les rivières... c'était dramatique!» s'enthousiasme le couple, qui a aussi été séduit par ce lieu permettant de mieux comprendre la jeune histoire de la Colombie-Britannique. Les deux cyclistes ont ainsi suivi le cours des rivières Fraser et Thompson en empruntant l'Old Road, au gré de ranchs, et n'ont pas rechigné à se ressourcer dans les vignobles locaux.


    Partir à l'Aventure:  Autour du globe sans avion

    Entre le Laos et la Chine, le trajet en autocar a duré 25 heures.

    PHOTO FOURNIE PAR ALINE CHARLES ET BENJAMIN GAUCHER

     

    Bus et voiture: 9547 km au total

    Tronçon 1: Du Laos à la Chine, entre les collines

    Pendant 25 heures, Aline et Benjamin ont relié Luang Prabang à Kunming, ce qui leur a permis de découvrir notamment les superbes paysages collinaires laotiens... ainsi que les joies de la crevaison à 2 h du matin. «C'est actuellement le seul moyen de rejoindre la Chine depuis le Laos par voie terrestre», expliquent-ils. À bord, ils ont dû côtoyer des travailleurs chinois peu habitués à voir des étrangers parmi eux.

    Tronçon 2: Échappée dans le désert de Gobi

    «Notre trajet favori en auto serait nos huit jours off road en Mongolie, durant lesquels on a pu explorer une portion du désert de Gobi», se rappellent les voyageurs. «La notion de grand espace y prend un tout autre sens! On roulait des heures chaque jour, sans jamais croiser âme qui vive de la journée, mais en profitant de sublimes paysages.» Le soir venu, Aline et Benjamin logeaient dans des yourtes pour profiter du feu et jouer aux cartes avec leurs hôtes. «Les Mongols sont de gros parieurs!», notent-ils.

     

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    Squamish, terre d'aventure

     

    Squamish, capitale canadienne des sports de plein air... (photo Audrey Ruel-Manseau, la presse)

     

    Squamish, capitale canadienne des sports de plein air

    PHOTO AUDREY RUEL-MANSEAU, LA PRESSE

     
     

    (SQUAMISH) Entre Vancouver et Whistler, Squamish se situe au confluent  de l'océan, de la rivière et de la forêt alpine, ce qui fait de cette ville de la Colombie-Britannique la «capitale canadienne des sports de plein air». Toute l'année, des adeptes de randonnée, d'escalade, de ski ou encore de vélo de montagne y convergent pour profiter de la nature à l'état pur.

     

    De l'océan jusqu'au ciel

    Par une journée ensoleillée, la baie de Howe est d'un jade hypnotisant. Les voiliers aux voilures déployées sont poussés par un vent puissant au pied des majestueuses montagnes: l'évasé mont Murchison, le Stawamus Chief et sa paroi de granit imposante, le mont Garibaldi et son glacier qui survit à un été caniculaire. Tout aventurier sent les fourmis envahir ses jambes à la vue de cet immense terrain de jeu en bordure de la route montagneuse qui mène à Squamish - l'autoroute 99, judicieusement baptisée «Sea to Sky».

    Smoke Bluffs. Le stationnement de gravier est rempli de véhicules aux plaques d'immatriculation des quatre coins du continent: Alaska, Alberta, Californie, Québec... L'escalade attire à Squamish des grimpeurs du monde entier. Ses surfaces de granit, la vue imprenable sur la baie et le nombre incalculable de voies qu'on y trouve ont fait sa renommée au fil des ans. Brian Jones, lui, en a fait son métier.

     

    «Si tu vois un ours, reste impassible, ce n'est pas un problème. Dis-le-moi simplement.»

    Heureusement que le président de Canada West Mountain School inspire une confiance absolue. Avec son sac rempli pour une journée de grimpe - cordes, harnais, casque, craie et chaussures -, il chemine dans la forêt pluviale entre les pruches et les cèdres géants couverts de lichen et semble connaître par coeur les quelque 500 voies de l'endroit. Squamish en compte le double si l'on ajoute celles du Stawamus Chief - second monolithe de granit de tout le Commonwealth pour la hauteur.

    Au pied d'une paroi, Kim et Jeremy Chrislip analysent leur prochain parcours. Leur chien Sam est couché sur un tas de corde.

    «La roche est parfaite, ici. On est venus passer la semaine précisément pour cette raison. Il y a des voies complètement verticales qui sont tout de même de niveau débutant, ce qui est plutôt rare en escalade extérieure. Il y a de la place pour tout le monde. C'est sûrement ce que Yosemite était il y a 50 ans», raconte Kim. Le couple habite au Colorado, un endroit qui ne manque pourtant pas de choix en matière d'escalade.

    «Les gens viennent de partout dans le monde pour profiter de ces montagnes. Demain, on attend un groupe de six personnes avec des gens de Los Angeles, de Hong Kong et de Vancouver», ajoute Brian.

     

    Tourisme en ascension

    Guide de montagne de profession, Brian a découvert Squamish en 1979. Depuis, il ne l'a pas quitté et a été à même de constater le boom touristique qu'a connu la ville forestière.

    «On a commencé à sentir l'intérêt augmenter il y a 10 ans. Ça a d'abord été très progressif, notamment avec les Jeux olympiques de 2010. Et il y a cinq ans, ça a explosé, raconte Brian. Ce n'est pas seulement pour l'escalade.»

    «Les gens viennent courir dans les sentiers, marcher, randonner, promener leur chien. C'est magnifique et le mot s'est passé.»

    À Tourism Squamish, on confirme qu'il y a bel et bien eu un engouement nouveau après les Jeux d'hiver. Sans détenir de statistiques précises, l'organisation estime qu'environ 66 000 personnes visitent le centre d'information touristique chaque année et avance que les complexes hôteliers observent une augmentation annuelle constante d'environ 8,3 % de leur clientèle.

     


    Partir à l'aventure:  Squamish, terre d'aventure

    Le pont suspendu Sky Pilot au sommet du mont Habrich est accessible en télécabine.

    PHOTO AUDREY RUEL-MANSEAU, LA PRESSE

     

    «Le taux d'occupation des hôtels a augmenté de 58 % entre 2011 et 2017 et le nombre de visiteurs au centre d'information a bondi de 189 % depuis les Jeux de 2010», rapporte Heather Kawaguchi, directrice du marketing à Tourism Squamish.

    «On est à moins d'une heure de route de Vancouver et de Whistler, à l'embouchure du fjord Howe et à la porte de huit parcs provinciaux. On peut dire que Squamish est une fusion unique de paysages accidentés, de panoramas époustouflants et de la culture de la côte Ouest. On peut jouer dans l'océan et explorer les montagnes dans la même journée», témoigne Mme Kawaguchi.

     

    Terrain de jeu panoramique

    Smoke Bluffs offre des panoramas imprenables sur ce qui fait la renommée de la municipalité de 17 000 habitants. Du sommet de Penny Lane, on peut admirer le vaste terrain de jeu des amateurs de vélo de montagne pour qui les options sont multiples.

    À droite de l'autoroute qui zigzague dans le paysage s'élève le Stawamus Chief, lieu de prédilection pour grimper et faire de la randonnée. Le sentier qui mène jusqu'au premier des trois sommets est très abrupt et exigeant, mais la vue à couper le souffle vaut la sueur et la douleur.

    Derrière le Chief se cachent les impressionnantes chutes Shannon et la télécabine Sea to Sky qui transporte les visiteurs à la crête du mont Habrich, à 1792 m d'altitude. L'activité est moins chère qu'à Whistler, même si la vue au point culminant n'a rien à lui envier. Au sommet, le pont suspendu Sky Pilot, qui relie l'observatoire à un belvédère, 100 m plus loin, réjouit les amateurs de photo et d'égoportraits, tandis que le Summit Lodge permet de se désaltérer et de se remplir la panse devant un paysage grandiose.

    De l'autre côté de l'autoroute, les amateurs d'eau vive s'éclatent en kayak ou en rafting sur la tumultueuse rivière Squamish qui, lorsqu'elle se jette dans la glaciale baie de Howe, devient le terrain de jeu des amateurs de kitesurf et de planche à voile. Les vents puissants et constants ont d'ailleurs valu son nom à Squamish, qui en langue autochtone signifie «vents forts» ou «mère des vents». Un nom qui rappelle aussi que c'est la tribu des Squohomish qui est la première à avoir occupé ces lieux exceptionnels.

     

    Planifier son séjour

    Squamish est un peu victime de sa popularité spontanée et les infrastructures touristiques suffisent difficilement à la demande en haute saison. Ainsi, pour dormir en ville, mieux vaut planifier son séjour, les options d'hébergement étant limitées. Pour les stationnements à proximité des montagnes, des sentiers, des lacs, à la télécabine ou aux chutes Shannon, il faut arriver tôt ou compter sur sa bonne étoile pour qu'une place se libère, surtout un samedi. La bonne nouvelle est que la majorité des stationnements sont gratuits et que les options d'activités sont nombreuses pour trouver un plan B dans les environs. Des visites organisées en partance de Vancouver ou Whistler permettent aussi de découvrir la région.


    Partir à l'aventure:  Squamish, terre d'aventure

    Les adeptes du vélo de montagne sont servis.

    PHOTO FOURNIE PAR TOURISM SQUAMISH

     

    Cinq activités à découvrir

    Pour se ressourcer dans la nature ou carburer à l'adrénaline, Squamish a tout ce qu'il faut. Bon à savoir: les amateurs de magasinage et de fêtes nocturnes pourraient cependant être déçus: à Squamish, on dépense toute notre énergie le jour, et le soir on dort à poings fermés sous un ciel magnifiquement étoilé.

     

    Vélo de montagne

    Les adeptes du vélo de montagne sont servis avec 200 km de sentiers et 288 parcours répartis dans quatre grands secteurs: Alice Lake/Garibaldi Highlands, Diamond Head/Ring Creek, Brackendale et Valleycliffe. Les sentiers sauvages sont variés et sauront plaire aux adeptes de tous les styles. Les familles trouveront leur compte grâce aux magnifiques paysages des randonnées pour débutants. Les cyclistes avides de palpitations, eux, se lanceront dans des parcours plus techniques avec des dénivelés à pic et des sections périlleuses.

     

    Télécabine et via ferrata

    La télécabine Sea to Sky fonctionne toute l'année. Elle hisse les visiteurs au sommet du mont Habrich, où la vue panoramique est simplement spectaculaire, notamment à partir du pont suspendu et de sa terrasse, où des concerts sont occasionnellement présentés en soirée. Au sommet, divers sentiers permettent de se balader sur 1,6 km. De là, il est aussi possible de s'aventurer sur le parcours de via ferrata. Cette randonnée sur paroi rocheuse avec prises métalliques sécurisées permet une immersion totale, même sans expérience d'alpinisme ni aptitudes extraordinaires, sauf peut-être celle de maîtriser son vertige.

     

    Randonnée

    Les options pour s'évader dans la nature de la façon la plus simple qui soit - en marchant - sont nombreuses. L'incontournable randonnée est celle du Stawamus Chief: un parcours de 7 km, difficile en raison du dénivelé très prononcé. La vue au sommet apporte une entière satisfaction. Vous croiserez de nombreux grimpeurs et la randonnée peut se poursuivre vers deux autres sommets. La randonnée Sea to Summit est l'option sportive pour se rendre au même sommet que la télécabine: un aller simple abrupt de 9 km qui transporte les plus aguerris dans une forêt hypnotisante au son des chutes Shannon. Une option moins difficile est celle de la Four Lakes Trail, dans le parc provincial Alice Lake. Plus facile encore: la Squamish Oceanfront Trail, située au niveau de la mer.

     

    Voile et kitesurf

    Son nom le dit, Squamish est la mère des vents, c'est pourquoi elle attire tant d'adeptes du kitesurf et de la planche à voile. L'extrémité nord de la baie de Howe, à l'embouchure de la rivière Squamish, est l'endroit idéal pour la pratique des sports de voile. Une péninsule de 160 m, nommée Spit, offre un lieu de départ de choix pour les kitesurfeurs et planchistes qui volent par douzaines sous leurs cerfs-volants lors des belles journées, la montagne Chief en arrière-plan. Soyez prévenu: la combinaison de néoprène est essentielle pour survivre à une chute dans l'eau glaciale!

     

    Rafting et kayak

    Avec des rapides de classe 4, les cours d'eau entourant Squamish réjouissent les amateurs d'eau vive, que ce soit à bord d'un bateau de rafting ou d'un kayak. Non seulement les rivières sont riches en défis, mais les paysages qui les bordent sont d'une beauté immense. Chutes, glaciers, volcans endormis... Vous risquez même de voir des aigles, des saumons et des ours, selon le moment de l'année. Plusieurs options de descentes sont offertes. Ainsi vous pouvez opter pour une balade paisible ou encore pour une descente sur la plus puissante rivière de la Colombie-Britannique.

     

    Partir à l'aventure:  Squamish, terre d'aventure

     

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    Route Royale : circuit touristique de

    Nice à Turin

     

    Par Philippe Bourget
     
     

    Une échappée de 225 kilomètres sur la route Royale en voiture ou mieux en camping car. Vous passerez par de la Dolce Vita Azuréenne au dynamisme piémontais, en remontant la vallée de la Roya puis rejoindrez Vernante, le village de Pinocchio. Il ne vous reste plus qu'à dévaler les Alpes piémontaises vers Cuneo, Saluzzo et Mondovi, avant de retrouver la magnifique Turinoise.

     
     
    carte-nice-turin.jpg
     
     

    Un itinéraire en immense « dos d’âne ». C’est le cheminement que nous vous proposons de Nice à Turin, depuis le rivage méditerranéen jusqu’à la plaine du Pô, en passant par la haute échine alpine. Cette route fut royale car elle reliait l’ancien comté de Nice à l’ex-capitale du royaume de Piémont-Sardaigne, Turin. Une route du sel et des étoffes. Une voie diplomatique, aussi. Nice et la Roya ne furent rattachées à la France qu’en 1860. À la sortie de Nice, vous apercevrez des villas récentes accrochées aux versants, un habitat résidentiel construit un peu à l’emporte-pièce. Elles démontrent l’attractivité brouillonne de la métropole niçoise. Une ville que vous aurez sans doute arpentée au préalable, en arrivant dans la région. La grâce de la promenade des Anglais et du vieux Nice ne souffre en effet aucune entorse.

     

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    Vue sur la célèbre Promenade des Anglais sur le bord de mer à Nice (06)

    De Cantaron, petit bourg alpin à Vintimille

    Il faut donc dépasser Drap pour commencer à apercevoir les signes d’un paysage plus virginal. Cantaron, puis L’Escarène, rappellent avec leurs maisons groupées au-dessus du Paillon, 
le calfeutrage habituel des bourgs alpins. La route s’élève et une fois franchi le col de Braus (1000 m), Sospel s’affirme comme le véritable premier témoin de ces Alpes-Maritimes, bercées par l’azur méditerranéen mais déjà empreintes de rigueur montagnarde. À pied (aire de stationnement ombragée près de la cave coopérative), vous apprécierez les places Saint-Nicolas et Saint-Michel et leurs maisons anciennes, séparées par le vieux pont à péage jeté sur la Bévéra. Poursuivons plein nord, en direction de Breil-sur-Roya (à 22 km). La D2204 se fait sinueuse, à flanc de versant, franchissant les cols du Pérus (659 m) et de Brouis (875 m).
 À droite, depuis votre poste de conduite, la vue plonge sur
 la vallée boisée de la Roya et la route de Vintimille.

     

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    Sospel (06), le Pont Vieux qui enjambe la Bévéra fut construit au XIIIe siècle en bois, puis reconstruit en pierre en 1522. Détruit en 1944 lors de la retraite allemande, il fut reconstruit en 1952

    Saorge, "village tibétain", Brigue, "village bout du monde"

    Comme les communes du secteur, Breil-sur-Roya mérite une halte... pédestre. La touche italienne est déjà là. Place à arcades, façades colorées : pas de doute, nous y sommes ! À voir aussi : l’orgue orchestral de l’église. Après Breil, vous entrez dans le corridor de la Roya, route spectaculaire (la D6204) taillée dans le roc de la vallée, au pied du Parc national du Mercantour. Soudain, une apparition : Saorge. Bâti en amphithéâtre, ce « village tibétain » des Alpes du Sud se compose de ruelles en dédale sur trois niveaux, des passages voûtés, des escaliers, des maisons médiévales. Une poignée de kilomètres en amont, engagez-vous à droite, à hauteur de Saint-Dalmas-de-Tende, sur la route qui mène à La Brigue. Un village « bout du monde » et peu fréquenté. De l’autre côté des lignes de crêtes dénudées, c’est l’Italie, zone frontalière et théâtre d’anciennes contrebandes. La Brigue et son splendide orgue orchestral (dans l’église) est le dernier village, avec Tende, à avoir été rattaché à la France, en 1947.

     

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    Saorge (06), à 550 m d'altitude, domine de façon impressionnante la vallée de la Roya. Le village fut rattaché à la France en 1860

    Arrivé en Italie, rencontre avec Pinocchio

    À Tende, bourg frontalier, déambulez dans la vieille ville, jalonnée de maisons aux linteaux armoriés et habillées de schiste, dominée par le clocher lombard de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. C’est encore loin l’Italie? La route s’élève à travers la forêt de Caïros, laissant entrevoir sur les crêtes les vestiges de forts militaires, reliquats de l’imposant système défensif italien du XIXe siècle Et soudain, c’est le noir... Celui du tunnel de Tende, étroit corridor blafard de 3 kilomètres, débouchant en Italie. Avant la fin du percement du second « tube », prévue en 2019, il faudra conduire avec prudence (le tunnel est fréquemment fermé la nuit pendant ces travaux). Benvenuti in Italia ! La route dévale le versant transalpin en lacets, traverse la station de Limone Piemonte et parvient à Vernante. Stop ! Ce village d’apparence anonyme abrite des dizaines de fresques murales à la gloire de Pinocchio. L’illustrateur de la célèbre marionnette, Attilio Mussino, a vécu ici. Pour lui rendre hommage, des habitants ont accepté que les façades de leurs maisons soient peintes de scènes « pinocchiesques ». L’E74 dévale ensuite jusqu’à Cuneo, important chef-lieu de province et ville-phare du Piémont. À voir entre deux ristretti : sa célèbre piazza Galimberti et sa via Roma à arcades.

     

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    Tende offre à ses visiteurs une riche palette de couleurs et de nombreux monuments au style influencé par l'Italie proche

    La basse Mondovi, la haute Saluzzo

    Deux petits « écarts de conduite » sont bienvenus pour s’imprégner des richesses piémontaises : Mondovì, 23 000 habitants et Saluzzo, 17 000 habitants. Les maisons en brique rouge de Mondovi, ses vieux commerces, son indicible animation "à l'italienne", sont surplombés par une ville haute aux tours conquérantes, que l'on rejoint par un charmant funiculaire. À Saluzzo aussi la brique est reine. Comme à Mondovi, la ville haute fait écho à la basse, dans les ruelles, palais, arches en ogive, tours, balcons et terrasses de cafés. Un vrai bonheur, surtout quand les habitants descendent dans les rues. Turin, 60 kilomètres au nord de Saluzzo, clôt l’itinéraire. Baroque et corsetée, la capitale piémontaise échappe aux clichés habituels sur l’Italie désordonnée. Une métropole de charme pour achever un périple haut en couleur et en richesses historiques.

     

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    Le village de Saluzzo
     

    Partir À l'Aventure:  Route Royale : circuit touristique de Nice à Turin

     

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    Escapade au Pays Basque espagnol

     

    Par Philippe Bourget
     
     

    Découvrez le Pays Basque espagnol sous deux jours différents. D'un côté, célébrez les rituels de la San Fermín en juillet où la capitale navarraise honore taureaux, peñas, fanfares et personnages géants. De l'autre, la Navarre vous révèle un territoire semi-désertique vide d'habitants avec le désert des Bardenas Reales aux allures de Nevada et ses canyons secs...

     
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    Fêtez la San Fermín à Pampelune, en rouge et blanc

    Neuf jours. Neuf jours de parenthèse enchantée dans le quotidien de la capitale navarraise. C’est le prix payé chaque année sans rechigner par le million de noceurs pour mettre le feu à la ville. Avec la fête de la Bière à Munich, la San Fermín est le plus grand rassemblement d’Europe. Imaginez : le jour d’ouverture, sur la petite plaza Consistorial face à la mairie, confluent des trois quartiers historiques (Navarrería, San Cernin et San Nicolás), 13 000 personnes s’époumonent au cri de « Pamploneses ! Pamplonesas ! » Chaque matin pour l’encierro – lâcher de taureaux dans les rues –, jusqu’à 4 000 coureurs défient, à leurs risques, des bêtes de 600 kg et plus. Les après-midis, aux arènes, les plus grandes du monde après celles de Mexico et de Madrid, 20000 personnes communient aux corridas. Et le jour de clôture, encore devant la mairie, les fêtards ne sont toujours pas calmés. À minuit, au moins 10000 d’entre eux reprennent en chœur, en brandissant leur foulard rouge, le Pobre de mí, un chant faussement triste qui signe la fin des réjouissances mais prévient déjà que celles de l’année suivante seront encore plus belles ! Entre-temps, les marées humaines en rouge et blanc auront afflué, reflué, convergé, divergé dans l’entrelacs de ruelles du casco antiguo (centre ancien) engloutissant force pintxos(tapas), bières, cidres basques et - excellents- vins navarrais. Le tout sans bagarre ni incident majeurs. Remarquable.

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    Direction les arènes

    Les taureaux de l'encierro prennent toujours le même chemin (la côte de Santo Domingo, la plaza del Ayuntamiento, la calle Mercaderes, la calle Estafeta, Telefónica) pour arriver aux arènes

     

    Les taureaux miura : des monstres de bravoure

    Si l’on veut être un vrai festayre, il faut porter le pañuelico (foulard rouge, en souvenir de la décapitation de San Fermín), la faja (écharpe de ceinture rouge), le pantalon blanc et la chemise blanche. Un code vestimentaire obligatoire pour se débarrasser des oripeaux de classe sociale : plus de riches, ni de pauvres, chacun profite des festivités sur un pied d’égalité. Il est 7 h 45, ce dernier jour de San Fermín 2014. Pour la première fois depuis neuf jours, des taureaux miura vont combattre dans les arènes. Comme il est d'usage, les bêtes vont être lachées en ville pour l'encierro. La tension est montée d’un cran : les miura sont considérés comme des monstres de bravoure. Le parcours est immuable : depuis le toril, les bêtes remontent la cuesta Santo Domingo, passent devant la niche de San Fermín à qui les coureurs ont demandé bénédiction quelques instants plus tôt, tournent sur la place de la mairie, cavalent dans Mercaderes avant de virer sèchement à droite dans l’étroite Estafeta et de filer jusqu’aux arènes, flirtant avec la statue impassible d’Hemingway. Le spectacle dure à peine 5 minutes, sur 850 mètres de distance. Aux balcons des immeubles, la foule a pris place. Dans la rue, les coureurs, des hommes surtout, attendent, concentrés. Les jeunes s’échauffent, s’encouragent, se tapent dans les mains. Un tir de fusée éclate, les bêtes sont lâchées. Depuis notre balcon sur Mercaderes, nous voyons les taureaux débouler, précédés des coureurs pris de frénésie. Leur but : accompagner les bêtes le plus longtemps possible, sans se faire encorner, ni tomber. Au virage d’Estafeta, un miura s’affaisse au sol après avoir heurté la façade – protégée – du magasin Guerendiáin. « Que viene ! », entend-on. Pour sûr, il vient, se retourne et encorne violemment un touriste trop présomptueux. La blessure est sévère mais il est immédiatement pris en charge par les secours. Les taureaux sont déjà arrivés aux arènes, les télés diffusent en boucle l’accident et un porte-parole de l’hôpital dresse le bilan des blessés. Pas de drame, cette année. La fête continue.

     

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    On se prépare au lâcher de taureaux, l'encierro. Pour y participer, les jeunes gens doivent avoir 18 ans revolus.
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    Hemingway, citoyen de Pampelune

    Il a fait connaître la San Fermín dans le monde entier. Jeune journaliste correspondant du Toronto Star, Ernest Hemingway arrive pour la première fois à Pampelune en 1923. Subjugué par la fête et la corrida, il reviendra à huit reprises, courant même l’encierro ! En 1926, son roman Le Soleil se lève aussi, sur Pampelune et la San Fermín, est un succès. Son dernier séjour date de 1959, quatre ans après avoir reçu le prix Nobel de littérature. Cette année-là, la ville de Pampelune lui rend un hommage appuyé lors de la corrida. Au coin de la plaza del Castillo, l’hôtel La Perla, où il séjournait, conserve le souvenir de ses passages.

     

    La procession  des Géants : une tradition à la calle Mayor

    La fête se poursuit calle Mayor, axe majeur du centre ancien. Cette rue, habituellement empruntée par les pèlerins de Saint-Jacques (Pampelune est sur le Camino francés), est bordée d’édifices remarquables, comme les palais Ezpeleta (XVIIIe siècle) et du Condestable (XVIe siècle, avec un beau patio), ainsi que l’église-forteresse San Cernin (ou San Saturnino), à nef unique. Chaque après-midi, la procession de los Gigantes s’y déroule, ces Géants représentant les peuples du monde. À leur suite se présentent les membres du conseil municipal, maire en tête, coiffés d’un haut-de-forme noir. Une tradition immuable. Au bout de la calle Mayor, d’autres se recueillent dans l’église d’origine médiévale de San Lorenzo. Pensez donc, elle abrite la chapelle de San Fermín, héros de la fête ! À la fin des réjouissances, les Pamplonais accrocheront leur foulard en allumant une bougie aux grilles de l’église. Religieux et païen ne font qu’un. Il est temps d’aller jouer à la loterie. Paseo de Sarasate, large avenue-promenade ombragée du XIXe siècle, limitée à l’ouest par l’édifice néoclassique du gouvernement de Navarre, les stands d’œuvres caritatives interpellent le chaland. Non loin de là, le grand magasin El Corte Inglés s’est mis au diapason et arbore en façade une immense bannière aux couleurs de l’événement. Entre deux accès de fièvre, les familles font une pause. On les voit déambuler sur la longue avenue piétonne et commerçante Carlos-III, où trône le théâtre Gayarre (1932). Les touristes, eux, se pressent pour une photo souvenir au pied de l’œuvre de Rafael Huerta. Le « monument de l’encierro » fige un instant de la course : taureaux fulminant aux trousses de coureurs ou les piétinant. Au moins, ici, ne risque-t-on rien...

     

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    La parade des Géants en Espagne attire nombre de gens

    Une réplique de la fête de San Fermín en plus petite

    Attirée par de la musique, la foule converge à nouveau vers le centre. Elle traverse la plaza del Castillo, 14 000 m2, encadrée d’édifices à balcons du XVIIIe siècle, d’arcades et de cafés. Chaque soir, un feu d’artifice est tiré d’ici. Calle Nueva, deux chevaux, las mulillas, entraînent les gens vers les arènes. Les peñas à bannières (celles des quartiers, des corporations...), les fanfares déchaînées, leur emboîtent le pas dans Estafeta. La corrida peut démarrer, au rythme trépidant des bandas. À la fin des faenas, en ce dernier jour de fête, les peñas envahissent la piste et Pampelune reprend en chœur les chants locaux. San Fermín au pinacle ! Les fêtards ont encore assez d’énergie pour les derniers instants. Certains s’arrêtent dans la cathédrale Santa Maria la Real. Normal : le vaste édifice à façade néoclassique et d’intérieur gothique, jouxté par un cloître, abrite durant les festivités le buste reliquaire de San Fermín, transféré depuis à l’église de San Lorenzo. Dans le quartier de Navarrería, creuset de la « basquitude » pampelonaise, les bars à pintxos mènent toujours la danse mais les tenues immaculées des noceurs ont depuis longtemps viré au gris. Qu’à cela ne tienne : en septembre, c’est d’ici que sera lancée la « petite » San Fermín, l’occasion d’une réplique de moindre ampleur mais aussi colorée. Épuisés après neuf jours de bamboche, les joyeux lurons peuvent enfin se reposer. Certains le font sous les porches d’immeubles, devant la fontaine de la tranquille plazuela de San José, sur les remparts médiévaux dominant la basse ville. D’autres s’allongent dans les parcs publics, Taconera (1850, le plus ancien), de la Citadelle (d’architecture militaire Renaissance) ou de la Media Luna (le plus romantique). Clap de fin et rendez-vous l’année prochaine !

     

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    La plaza del Castillo : au XIV e siècle, un château était bâti en son centre. Début 2000, des vestiges archéologiques romains et musulmans ont été découverts dans son sou-sol (des thermes, une nécropole...). Ces traces du passé n'ont pas été conservées.

    Les Bardenas Reales : un far west espagnol

    Au nord-est de Tudela, il existe un territoire du vide, un espace où pas un homme – on le suppose – ne souhaiterait être reclus. Son nom : Bardenas Reales, 42 000 hectares de relief abrupt, veiné de canyons, de plateaux tabulaires, de pics érodés et de plaines presque incultes. Ici, les pluies sont aussi rares que l’animation. Seul jour de fête : le 18 septembre, lorsque la transhumance s’achève et que les 80 bergers descendus des Pyrénées regagnent, avec leurs moutons, des pénates qu’ils devront supporter tout l’hiver – glacial, comme l’été est caniculaire. Pas de villages ni de maisons dans ce no man’s land. Seuls émergent quelques fincas (fermes, saisonnières) et hangars isolés écrasés par l’immensité, reconnaissables à leur couleur terre et cheminées en tôle. Des refuges pour bergers à la saison froide. Hormis un quarteron de militaires dans leur cuartel, un seul pastore (gardien de troupeaux) vit ici à l’année, en vrai Robinson du désert.

     

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    Malgré l'aridité du climat des Bardenas Reales, quelques champs sont cultivés dans la Blanca Baja au centre de ce territoire. Ici, les étés sont caniculaires, et les pluies rares, mais torrentielles

    Que de blanc et de silence pour la Blanca Baja

    Depuis le village d’Arguedas, une route suivie d’une piste pénètre dans les Bardenas. Après quelques kilomètres, elle débouche, dans la poussière blanche, sur le Cabezo de Castildetierra, une éminence pointue ravagée par l’érosion dont la mort par effondrement est garantie d’ici une paire d’années. Nous sommes dans la Blanca Baja, un monde de silence, aux sols blanchâtres et nus. Au loin, des falaises raides, blanc-beige, surmontées de plateaux tabulaires, forment un relief grandiose entre lequel se glissent de rares champs labourés. Au soleil couchant, le spectacle est irréel. La Blanca Alta s’achève à El Paso, frontière naturelle du nord des Bardenas, lieu de rassemblement des pastores en septembre. L’endroit est symbolisé par une grande statue de berger.

     

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    Dans le parc naturel des Bardenas Reales (créé en 1999 pour mieux contrôler la surfréquentation touristique), le Cabezo de Castildetierra est la cheminée de fée emblème de la Blanca Alta

    La plana de la Negra : un refuge pour la faune, un territoire sauvage

    Au nord-ouest, passé l’ermitage de Nuestra Señora del Yugo, à l’air de chapelle mexicaine abandonnée – dressée à la suite d’une supposée apparition de la Vierge –, le territoire profite de la proximité du barrage de Ferial pour virer au vert maïs, culture artificielle sur cette terre presque dépourvue d’eau. Le sud des Bardenas change de ton. Le chemin carrossable tracé en corniche au bord de la cuesta ouvre des points de vue plongeants sur l’Aragon agricole et découvre un paysage plus rouge, toujours désert mais couvert de pins et d’yeuses. C’est la plana de la Negra. Sur le chemin de la peña del Fraile, ultime éminence perdue au-dessus de hangars à brebis, le relief vire en mini-canyons, barrancos (vallons) secs et versants crevassés, comme des glaciers. L‘ensemble du territoire est un refuge pour la faune, à peine dérangée par l’homme : dans cette réserve de la biosphère, protégée par l’Unesco, alouettes, gélinottes, lapins, renards, chats sauvages, sangliers, vautours fauves, aigles royaux, grands-ducs... vivent en paix, de même que les outardes canepetières, géants de ces steppes. Un dernier effort conduit au sanctuaire de Sancho Abarca. Édifié à partir de 1670 à l’initiative d’un ermite béarnais – encore une histoire d’apparition divine, la Vierge de la chapelle proviendrait du sud de la France, apportée par des réfugiés catholiques chassés par les protestants – c’est, depuis, un lieu fervent de pèlerinage pour Navarrais et Aragonais. Du sommet, ils ont tout loisir de méditer sur la grandeur des Bardenas Reales, une enclave et un mirage au cœur de l’Espagne du Nord.

     

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    Situé à 4 km du village d'Arguedas, au sommet de la Sierra del Yugo, cette église du XVIIe siècle fut construite pour protéger la Vierge del Yugo, la Vierge des Bardenas. Chaque lundi de Pâques, un pèlerinage draine les villageois vers le sanctuaire

     

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