• Photos-Pays du Monde: Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    © Reza

     

    D’Oran à Alger, du grand Sud aux villages kabyles, le photographe Reza est parti à la rencontre d’un pays riche en contrastes, cinquante ans après l’indépendance.

     

    Le bateau en provenance de Marseille est plein à craquer. A son bord, une centaine de jeunes Français d’origine algérienne piaffent d’impatience et guettent l’horizon. Soudain une lumière violente éblouit les passagers, celle du soleil qui se reflète sur les murs de la ville.

     

    Après vingt heures de traversée, enfin, Alger la blanche se dessine dans le lointain. Ses immeubles anciens d’architecture européenne, vestiges d’un héritage colonial qui perdure, contrastent avec les murs délavés de la Casbah, qui se détache à l’arrière-plan.

     

    Emporté par une foule pressée, Reza, photographe franco-iranien, débarque sur le port algérois. Comme les jeunes hommes et femmes qui l’entourent, il pose le pied sur cette terre pour la première fois.

     

    «La vision de ce littoral balaie l’imaginaire propre à l’Algérie : des dunes de sable à perte de vue et des dromadaires. Ces éléments, bien sûr, composent le paysage. Mais il y a tant d’autres choses », insiste Reza.

     

    Loin des grands ergs du Sahara s’étend en effet une autre Algérie. Une large région côtière aux multiples visages.

     

    Tout d’abord, la Casbah, ce quartier grouillant de monde, sinueux, étroit et replié sur lui- même au cœur de la ville blanche. Trois générations d’une même famille, voire quatre, s’entassent dans de minuscules appartements construits autour d’un patio commun.

     

    Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ce trésor architectural, construit sur une soixantaine d’hectares, résume à lui seul tous les problèmes du pays : infrastructures en mauvais état, bâtiments délabrés, corruption et chômage endémiques. La colère sourd.

     

    « Si la révolution doit éclater, elle partira de la Casbah. L’air y devient irrespirable, regrette Reza. L’État s’enrichit, mais le peuple s’appauvrit. Où s’en va l’argent du gaz et du pétrole ? » Historiquement, ce microcosme dans la ville a souvent été l’épicentre des grandes rébellions. En particulier, bien sûr, en 1957, lors de la bataille d’Alger.

     

    Photos-Pays du Monde:  Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    Une fillette joue avec son ombre projetée sur le mur de la koubba, un monument érigé à la mémoire de l’éminent imam Sidi Abd al-Qadir al-Djilani, l’un des saints patrons de la ville d’Oran. © Reza

     

    Le photographe choisit ensuite de rejoindre l’ouest du pays, du côté d’Oran la radieuse, deuxième ville d’Algérie avec ses 852 000 habitants. Bâtie à flanc de colline au pied de l’Aïdour, Oran toise la Méditerranée du haut de la chapelle de Santa Cruz, lieu de pèlerinage des pieds-noirs.

     

    Quant aux musulmans, leur foi les porte au village de Kristel, à 20 km de là. Tapi au fond d’une baie, Kristel doit sa réputation à son mausolée et à ses marabouts, mais le village attire aussi un tout autre public, moins spirituel et plus gourmand.

     

    Son marché fait étalage d’une grande diversité de produits : à même le sol se côtoient poissons, poireaux, radis, épinards, navets, et surtout les fruits des vergers d’Oran, qui ont fait sa renommée.

     

    Entre pêche et agriculture, les habitants suivent un mode de vie ancestral, dont témoignaient déjà les Espagnols au début du XVIe siècle, alors qu’ils débarquaient à Kristel pour la première fois.

     

    Plus tard, les Français, séduits à leur tour par cette côte de l’Algérie, s’emparent des terres agricoles. Ils y construisent d’immenses fermes, plantent des vignobles et des oliviers à perte de vue. Pour Reza, « la côte algérienne ressemble à s’y méprendre aux côtes françaises et corses d’une autre époque.

     

    Sauvage, sans routes ni constructions, elle se compose seulement de plages de sable, de falaises plongeant dans la mer et d’arbres fruitiers ».

     

    Si la nature est restée la même, le paysage économique a, lui, considérablement évolué depuis le XVIe siècle. En 2011, le Trésor public algérien a investi 2 milliards de dinars dans la construction de nouvelles infrastructures portuaires, censées relancer l’économie de cette région où de nombreux jeunes pêcheurs sont au chômage. Et dans les années à venir, les autorités locales comptent bien développer l’hôtellerie afin d’attirer les touristes.

     

    Bientôt, Reza doit quitter la douceur de la côte pour s’enfoncer dans les terres, à 714 km plus au sud. La température grimpe vite. Il fait déjà 35°C lorsqu’il arrive dans l’oasis de Ghardaïa, aux portes du semi-désert.

     

    Photos-Pays du Monde:  Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    Niché dans la vallée du M’Zab, le tombeau de Sidi Aïssa est un lieu de pèlerinage et de rassemblement réservé aux femmes chaque mardi, de midi au coucher du soleil. © Reza

     

    Située au centre de la vallée du M’zab, la ville constitue l’un des cinq ksours, ou villages fortifiés, de la région. Elle fut construite au tout début du XIe siècle par les Mozabites, une population réputée pour ses créations urbaines originales.

     

    Conçus pour résister aux nombreux ennemis et favoriser la vie en communauté, les ksours suivent tous le même schéma. Au centre de la ville, flanquée de son minaret qui fait le guet, la mosquée rassemble les villageois et sait, à l’occasion, se transformer en une véritable forteresse miniature.

     

    Les habitations cubiques se déploient ensuite en cercles concentriques autour de l’édifice religieux. Ce type d’urbanisme communautaire aurait même inspiré Le Corbusier. Enfin, une muraille dressée autour des bâtiments protège la cité.

     

    Aujourd’hui, la ville de Ghardaïa s’est étendue, mais a su conserver ce patrimoine architectural. Et culturel. Un dédale de ruelles ombragées débouche sur le cœur de la ville et son marché.

     

    « Épices, dromadaires, caravanes…, tous les ingrédients qui alimentent nos vieux stéréotypes sont ici. Mais la réalité de notre époque nous rattrape vite. Sur le même étal, artisanat traditionnel et produits électroniques se côtoient, s’amuse Reza. On y trouve autant de vendeurs de portables que de marchands de tapis. »

     

    Le photographe iranien retrouve dans cette oasis les odeurs et les couleurs d’un Moyen-Orient qu’il connaît bien.

     

    Au-delà de Ghardaïa, Reza devine d’immenses plaines de sable, qui couvrent un territoire pouvant contenir deux fois la France. Il choisit de s’aventurer vers Timimoun, en plein cœur du désert, au bord du Grand Erg occidental.

     

    Mais très vite, il se voit contraint d’abandonner ce projet, car la police empêche quiconque d’entrer dans la ville. Des émeutes y ont éclaté et se propagent déjà aux abords de la cité. La jeunesse manifeste contre le népotisme et le chômage.

     

    En Algérie, 21,5 % des jeunes actifs de moins de 25 ans subissent ce fléau, qui touche surtout les universitaires et les diplômés. Le gouvernement, impassible, vient de céder plusieurs emplois industriels à des cadres algérois, aux dépens de ces chômeurs locaux.

     

    Photos-Pays du Monde:  Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    Dans le centre ville d’Oran, quelques jeunes Français issus de l’immigration algérienne se promènent en compagnie de leurs cousins oranais. © Reza

     

    Aux alentours de Timimoun, la situation ne se débloque pas et se prolonge sur trois jours. Reza essaie toutefois d’obtenir des informations sur la situation. « Depuis le printemps arabe, nous avons pour ordre de freiner la répression et d’essayer de dialoguer avec les jeunes manifestants, explique un policier chargé du maintien de l’ordre. Mais comment voulez-vous ? Il n’y a qu’une chose à faire, les frapper ! »

     

    Laissant derrière lui les maisons en ocre rouge de la ville occupée, le photographe poursuit sa route, toujours plus au sud, direction l’Assekrem, sur le plateau du Hoggar, aux alentours de Tamanrasset.

     

    Là, planté sur un piton rocheux, l’ermitage du Père de Foucauld contemple les montagnes. Tout au long de l’année, seuls deux ou trois prêtres s’y relaient, pour habiter les lieux et accueillir les voyageurs de passage.

     

    Bien qu’ils soient espagnols ou polonais, les villageois continuent d’appeler ces religieux « les marabouts français », en mémoire de Charles de Foucauld, un géographe, linguiste et missionnaire catholique qui s’installa dans la région pour se familiariser avec le peuple touareg, disséminé dans les montagnes, car, sur ce plateau, les villages les plus proches sont distants de plusieurs kilomètres.

     

    Néanmoins, le pays a depuis quelques années développé un nouveau réseau routier, avec plus de 1 200 km d’autoroutes, qui permet de faciliter les échanges à travers le pays.

     

    Conséquence : le Nord et le Sud se rejoignent malgré les 2 000 km qui les séparent, et les différences culturelles s’amenuisent peu à peu. Ainsi, les populations du Sud, autrefois nomades, chassées par des sécheresses à répétition, logent désormais dans des habitations « en dur ».

     

    Un mode de vie « nordiste » qu’ils tentent toujours d’apprivoiser, puisque la plupart continuent de dormir le soir à la belle étoile, couchés devant le seuil de leur maison.

     

    Les 4 x 4 remplacent aujourd’hui les chameaux dans le Tassili du Hoggar et accélèrent les divers trafics, parfois illicites : gazole, cigarettes de contrebande, voitures et hommes circulent dans ces lieux éloignés, à la frontière du Niger et du Mali. 

     

    Après un retour en France, Reza décide d’effectuer un second voyage et se rend dans le nord du pays pour visiter la région des Aurès. Majestueuse sur son promontoire, Constantine, surnommée la « ville des aigles », s’étend sur un plateau rocheux, découpé par d’abruptes gorges qui peuvent atteindre près de 200 m de profondeur.

     

    Photos-Pays du Monde:  Portrait de l’Algérie, d’Alger à Oran, de Ghardaïa à Timimoun

     

    Au crépuscule, la chaleur de l’été pousse les Algérois sur les plages fréquentées qui bordent la ville blanche. © Reza

     

    Pour passer d’un quartier à l’autre, les habitants doivent emprunter le réseau des sept ponts, dont certains font partie intégrante des artères de la cité. Reza découvre que l’un d’entre eux, le pont suspendu de Sidi M’Cid, jouit d’une réputation sinistre.

     

    Depuis des années, le site attire des malheureux qui se jettent régulièrement dans le vide. « Deux jours avant mon arrivée, un jeune homme sans travail a tenté de se suicider, raconte Reza. Il a survécu ; il s’est “seulement” cassé le bras. Et le bruit commence à courir que le pont ne “fonctionnerait” plus. »

     

    Mais la ville souffre aujourd’hui d’un autre problème, celui de la surpopulation, à l’image de la Casbah, dans un pays dont le nombre d’habitants a plus que doublé depuis l’indépendance.

     

    Pour pallier ce problème, le gouvernement projette de construire une nouvelle cité, à quelques kilomètres de là, qui pourrait rapidement abriter 200 000 citoyens.

     

    Une nouvelle cité de la taille de Bejaïa. Tournée vers la Méditerranée, elle est l’une des plus anciennes métropoles du nord de l’Algérie. C’est là que Reza achève son voyage. Après des semaines passées dans le désert, il est heureux de revoir la mer.

     

    Heureux aussi d’avoir changé de regard sur ce pays. «L’Algérie souffre d’une image salie par la guerre d’indépendance et la décennie noire. Le pays demeure dans l’ombre, méconnu, s’insurge le photographe. À tort ! Il y a tant à voir. » La preuve en images…

     

    Marie Dias-Alves

    du site National Geographic.fr

     

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  • Commentaires

    9
    Lundi 6 Avril 2015 à 13:15

    Bon Lundi et bonne semaine Anonyme

    Merci infiniment de vos bons commentaires

    qui sont très appréciés.

    Revenez nous voir souvent.

    Bonne semaine et gros bisous

    Pierre et Frawsy

    8
    anonyme
    Lundi 6 Avril 2015 à 09:21

    superbe article sur l'Algerie, un pays que j'affectionne enormement.


    bonne suite.

    7
    boughzou
    Samedi 8 Février 2014 à 10:01
    Sur un chemin de terre
    Délaissé par le temps,
    Dans un autre univers,
    Où les mots sont du vent,
    Si parfois je m'éloigne,
    Par erreur, par mégarde,
    Je vous serre dans mes bras,
    Et dans mon coeur je vous garde.
    Dans mes rêves éveillés,
    Aux couleurs du printemps,
    Où vos yeux verts émeraude,
    On la couleur du diamant,
    Si parfois je m'éloigne,
    Par erreur, par mégarde,
    Je vous serre dans mes bras,
    Et dans mon coeur je vous garde,
    Dans les choix, les dilemmes,
    Où je vous porte en avant,
    Là où mon âme solitaire,
    Se bat sans relâchement,http://www.youtube.com/embed/U5RBjoHkJCc?feature=player_embedded
    Si parfois je m'éloigne,
    Par erreur, par mégarde,
    C'est vous que j'emporte,
    Et dans mon coeur je vous garde...
    6
    orange8454
    Vendredi 7 Février 2014 à 20:55

    kikou

    il pleut il pleut bergèèèèèère

    restes bien au chaud

    bizz

    sylvie

    5
    boughzou
    Dimanche 26 Janvier 2014 à 06:52
    4
    boughzou
    Dimanche 26 Janvier 2014 à 06:50

    moi je ne vie pas en algerie  (( boughzoul a lyon))  jusqu'a present j'aime voir l'algerie mais dommage la securites interdit?  il ya des anglais portugais francaise USA russe coriennes  etc a travers les 4 ville nouvelle en algerie  boughzoul hassi messaoud bouinane et alger  

    3
    Mimi Petitesouris
    Samedi 25 Janvier 2014 à 19:10

    Merci pour cet article très intéressant sur l'Algérie.

    Bonne soirée Frawsy.

    Bisous. Mimi

    2
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 16:54

    merci Madame   A 

    1
    Mercredi 13 Novembre 2013 à 16:47

    formidable   merci ces gentils d'avoir cet idée sur le nord de l'afrique (algeria)

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