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    25 symptômes qui doivent alerter les femmes

     

    Poussée de fièvre, enflure, saignement… Est-ce que ça mérite une deuxième Tylenol, ou une soirée à l’urgence?


    Vanessa Fontaine de la revue Châtelaine

     

    Nous avons demandé à des professionnels de la santé quels étaient les symptômes qu’ils considèrent comme préoccupants, ce qu’ils appellent, eux, des signes d’alerte. Ces symptômes, même s’ils ont parfois l’air anodins, justifient toujours une visite chez le médecin.

     

    Santé 3:  25 symptômes qui doivent alerter les femmes


    Photo: iStock.com/demaerre

     

    1. Fièvre persistante, sueurs nocturnes et perte de poids inexpliquée
    Ces symptômes systémiques (c’est-à-dire qui affectent tout le corps) apparaissent parfois en triade – on les appelle alors «symptômes B», surtout dans le contexte de certains cancers des ganglions lymphatiques. S’il est inutile de se précipiter à l’urgence à la moindre poussée de fièvre, une élévation de la température corporelle qui persiste à plus de 38°C et s’accompagne d’une perte de poids inexpliquée et de sueurs nocturnes abondantes peut aiguiller vers un cancer, notamment un lymphome hodgkinien.

    2. Enflure persistante des ganglions
    Un gonflement des ganglions est l’indice que le système immunitaire combat quelque chose, comme un rhume ou une infection, et il disparaît habituellement en quelques jours. Si, au contraire, les ganglions restent enflés pendant des semaines et continuent d’augmenter de volume au point d’être détectables par un simple examen visuel, il faut procéder à d’autres évaluations, selon la Dre Johanne Blais, médecin de famille à l’hôpital Saint-François d’Assise de Québec. On peut avoir affaire à une banale infection, mais une enflure persistante, par exemple des ganglions du cou, pourrait indiquer un cancer de la bouche ou de la langue, ou même un cancer du sein.

    3. Un grain de beauté pas comme les autres
    C’est le principe du «vilain petit canard»: comme nos grains de beauté ont tendance à se ressembler, toute tache ayant un aspect différent des autres peut être considérée comme suspecte. Le Dr Denis Okan, médecin généraliste à la clinique d’oncologie Agatha, à Montréal, conseille de prendre une photo de la tache en question à côté d’un objet de référence, un 10 cents par exemple, puis d’en prendre une deuxième un mois plus tard pour voir si elle a évolué.

    4. Plaie qui ne guérit pas
    Une lésion qui suinte, fait des croûtes et change d’apparence ou ne guérit pas normalement peut être l’indice d’un cancer de la peau. La Dre Andrea Somers, urgentologue au Réseau de santé universitaire (University Health Network) de Toronto, précise que, bien que ces lésions puissent apparaître sur n’importe quelle partie du corps, celles qui sont plus exposées au soleil, comme le visage, le cou et les bras, sont plus souvent affectées.

    5. Changement dans l’apparence des seins
    Si la peau semble plus chaude, plus épaisse, plissée ou capitonnée comme celle d’une orange, il faut en parler à son médecin pour exclure un cancer du sein, prévient la Dre Somers. On reste également à l’affût de tout changement du mamelon, tels une inversion ou un écoulement.

    6. Saignement rectal
    Il ne faut pas forcément s’en inquiéter, mais il vaut mieux consulter.  La plupart du temps, il ne s’agit que d’hémorroïdes, ou d’une petite coupure», précise le Dr Okan. Mais cela peut aussi être le signe d’affections graves, notamment un cancer colorectal. Chez les femmes, ce dernier vient au troisième rang des cancers les plus mortels au pays (après les cancers du poumon et du sein), selon la Société canadienne du cancer. Un diagnostic précoce améliore de beaucoup les chances de survie. C’est pourquoi on recommande à tous les adultes de plus de 50 ans, même s’ils n’ont aucun symptôme, de subir tous les deux ans un test de dépistage, qui consiste à rechercher la présence de sang dans les selles.

    7. Selles noires
    Une coloration noire charbonneuse peut être causée par un ulcère ou un cancer du système digestif. Il faut en parler à son médecin sans tarder, même si de nombreux facteurs bénins peuvent aussi changer la couleur des excréments, comme la consommation de betteraves, de suppléments de fer ou de certains médicaments. «C’est très commun, dit le Dr Okan. Les gens avalent du Pepto-Bismol après une gastro, puis ils viennent me voir parce qu’ils sont inquiets.»

    8. Crachats teintés de sang
    Ce signe peut annoncer un cancer du poumon ou une embolie pulmonaire. «C’est moins inquiétant après un saignement de nez, quand c’est simplement du sang qui est retombé dans l’arrière-gorge, explique le Dr Okan. Une autre cause possible est que de petits vaisseaux sanguins aient éclaté après une toux violente ou un vomissement.»

    9. Sang dans l’urine
    C’est le principal symptôme du cancer de la vessie, dont le risque est considérablement augmenté chez les fumeurs. D’autres maux peuvent être en cause, comme une infection urinaire ou des pierres aux reins. «Mais ce peut être aussi un simple cas de déshydratation, souligne le Dr Okan. Par exemple, l’urine des coureurs après un marathon est tellement foncée qu’elle prend parfois une couleur Coca-Cola presque sanguine.»

    10. Saignement vaginal après la ménopause
    Selon la Dre Somers, tout saignement postménopausique, même léger, doit être pris au sérieux. Les causes peuvent être bénignes, un fibrome ou un traitement hormonal, par exemple, mais il peut également s’agir d’un cancer utérin. «C’est le plus répandu des cancers de l’appareil reproducteur féminin, précise-t-elle. Nous n’en parlons pas assez.»

    11. Palpitations accompagnées de faiblesse
    Elles peuvent être banales. «Tout le monde a des battements de cœur irréguliers de temps en temps», dit le Dr Michel White, cardiologue et chercheur clinicien à l’Institut de cardiologie de Montréal. Toutefois, si on souffre aussi d’étourdissements, il y a peut-être un problème de la circulation du sang, du muscle cardiaque ou de l’activité électrique du cœur.

     

    Santé 3:  25 symptômes qui doivent alerter les femmes


    Photo: iStock.com/chameleonseye

     

    12. Diminution soudaine de la tolérance à l’effort
    Le cœur pourrait être en cause. «Chez quelqu’un qui a toujours été actif et qui remarque que, en l’espace de quelques semaines, sa tolérance à l’effort a diminué et que son souffle est beaucoup plus court, on suspectera une maladie des artères», indique le Dr White.

    13. Une douleur au thorax qui apparaît à l’effort et disparaît au repos
    On pense à l’angine de poitrine, un ensemble de symptômes causés par l’obstruction d’une ou de plusieurs artères du cœur. L’angine peut aussi être déclenchée par une émotion forte. En matière de maladie cardiaque, «avant la ménopause, les femmes sont quand même protégées par les œstrogènes», fait observer le Dr White. «Après, elles deviennent aussi à risque que les hommes. Sur un étage de cardiologie, chez les plus de 60 ans, on a autant de femmes que d’hommes», dit-il.

    14. Douleurs abdominales après un repas riche en gras
    Ce symptôme évoque une cholécystite, c’est-à-dire une inflammation de la vésicule biliaire, plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

    15. Un violent mal de tête au réveil
    Cela pourrait être symptomatique d’une tumeur qui exerce une pression sur le cerveau même la nuit (alors que la majorité des céphalées sont dues à une tension musculaire, qui s’estompe avec le sommeil). «Évidemment, la plupart des maux de tête n’ont rien à voir avec un cancer, nuance le Dr Okan. Mais si d’autres signaux d’alerte sont présents – par exemple, le fait que le mal de tête soit inhabituel ou s’accompagne de nausées –, il faudra procéder à un examen IRM (imagerie par résonance magnétique) pour en avoir le cœur net.»

    16. Mal de tête déclenché par un effort
    Le mal de tête survient pendant ou après un effort physique – une activité sportive aussi bien qu’un rapport sexuel, un effort de défécation ou une quinte de toux. Plusieurs scénarios sont possibles, parmi lesquels une méningite, une tumeur cérébrale, une simple migraine ou autre chose encore. Quoi qu’il en soit, «on préfère toujours que les gens consultent dans ce cas-là», souligne la Dre Johanne Blais.

    17. Perte momentanée de la vue
    Une impression de rideau noir qui recouvre brièvement un seul œil suggère une possible ischémie cérébrale transitoire (ICT), selon le Dr Dufour. Celle-ci peut également se manifester par une difficulté temporaire à articuler ou à trouver ses mots. L’ICT est liée à une diminution de l’apport sanguin au cerveau et doit être traitée rapidement, parce que «le risque de souffrir d’un accident vasculaire cérébral (AVC) dans les mois qui suivent ce type de symptôme augmente de façon exponentielle», prévient-il.

    18. Difficulté à respirer après un long vol en avion
    On soupçonne une embolie pulmonaire. Même chose si l’on ressent une vive douleur au thorax après avoir été cloué à son siège d’avion ou de bus pendant des heures, ou après un alitement prolongé à cause d’une hospitalisation ou d’une chirurgie importante, par exemple.

    19. Soif et faim excessives
    Ces symptômes accompagnés d’un fréquent besoin d’uriner, d’une perte de poids inexpliquée et de fatigue évoquent un diabète de type 2 avancé. Ils se manifestent parfois si graduellement que de nombreuses personnes vivent avec la maladie pendant des années sans s’en rendre compte. Les femmes de plus de 50 ans ménopausées ont tout intérêt à être vigilantes parce qu’elles sont plus à risque, selon May Faraj, directrice de l’unité de recherche en nutrition, lipoprotéines et maladies cardiométaboliques de l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

    20. Douleur au mollet déclenchée par la marche
    Une sensation de crampe au mollet qui survient à la marche et s’estompe au repos peut signaler une maladie vasculaire appelée claudication intermittente. Une artère bouchée en est souvent l’origine. «C’est une douleur répétitive, qui réapparaît toujours après une même distance de marche et la même intensité d’effort», explique le Dr Robert Dufour, directeur associé de la clinique de prévention cardiovasculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

     

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    Photo: iStock.com/liza5450

     

    21. Enflure d’une seule jambe
    Un peu de rétention d’eau, ce n’est pas forcément alarmant. «Mais si une jambe est beaucoup plus enflée que l’autre, il faut s’assurer que ce n’est pas causé par un caillot sanguin», affirme l’urgentologue Andrea Somers. Les caillots risquent de remonter dans la circulation veineuse vers le cœur et de provoquer une embolie pulmonaire, parfois fatale.

    22. Insomnie
    C’est l’un des symptômes les plus fréquents de la dépression, une piste encore plus plausible s’il y a simultanément perte ou prise de poids, ou changement de l’appétit. Mais attention, «si l’insomnie est accompagnée d’irritabilité et d’une difficulté à se concentrer, il peut s’agir de périménopause ou de ménopause», précise la Dre Johanne Blais.

    23. Changements de personnalité
    La personnalité n’est pas immuable. Mais un changement notable, involontaire, peut laisser augurer un problème. «La démence n’est pas seulement associée à un déclin cognitif, c’est aussi comportemental», explique Jordan Fish, conseiller à la Société Alzheimer de Montréal. Un proche peut, par exemple, abandonner des activités qui lui sont chères, devenir irritable ou s’isoler. En détectant la maladie à ses premiers stades, on peut aider la personne qui en souffre plus rapidement, «ce qui est important parce que les médicaments sont moins efficaces après une certaine fenêtre de temps optimale», souligne Jordan Fish.

    24 Indécision chronique
    Qui n’est pas indécis une fois de temps en temps? «C’est normal, mais il faut s’en préoccuper si ça devient de plus en plus fréquent à propos de choses banales», dit Stéphane Bensoussan, psychologue. Dans certains cas, ça annonce un début de psychose, de trouble bipolaire ou de dépression.

    25. Dévouement, oubli de soi-même
    Être mère serait donc une pathologie? «C’est vrai que cela se voit davantage chez la femme, concède Stéphane Bensoussan. “Je donne, je donne, et je ne fais rien pour moi.” Ça crée un genre de ressentiment, une perte d’estime de soi qui mine la qualité de vie», explique-t-il. Cette tendance est parfois un signe avant-coureur de dépression ou de burn-out.

     

    Nos experts


    Stéphane Bensoussan
    Psychologue, auteur de Mieux vivre avec le cancer (Les Éditions de l’Homme)

    Dre Johanne Blais
    Médecin à l’Unité de médecine familiale du CHUQ, à l’hôpital Saint-François d’Assise, à Québec, conférencière et coauteure de Être femme à 40 ans, Être femme à 50 ans et Être femme à 60 ans (tous publiés aux Éditions des Intouchables)

    Dr Robert Dufour
    Directeur associé de la clinique de prévention cardiovasculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal

    May Faraj
    Directrice de l’unité de recherche en nutrition, lipoprotéines et maladies cardiométaboliques de l’Institut de recherches cliniques de Montréal

    Jordan Fish
    Conseiller à la Société Alzheimer de Montréal

    Dr Denis Okan
    Médecin généraliste à la clinique d’oncologie Agatha, à Montréal

    Dre Andrea Somers
    Urgentologue au Réseau de santé universitaire (University Health Network) de Toronto

    Dr Michel White
    Cardiologue et chercheur clinicien à l’Institut de cardiologie de Montréal

     

     

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    Genève : la ville mosaïque

     

    Par Vincent Noyoux
     
     

    Au bord du lac Léman, Genève la cosmopolite s’amuse à brouiller les frontières. Les Français y viennent en voisins, les touristes se pâment devant le Jet d’eau et les vitrines de luxe, les employés des consulats et des ONG y font leur footing au bord du lac. Sage mais jamais ennuyeuse, la « Rome protestante » invite à la dolce vita... version suisse romande

     

     

    Genève et le lac Léman
     

    Absolument unique, Genève jouit d’une identité très forte. Son lac et son Jet d’eau, bien sûr, y sont pour beaucoup. La vieille ville et la rade vues depuis la tour nord de la cathédrale Saint-Pierre en attestent. Un point de vue particulièrement prisé au soir du 10 août, lorsqu’est tiré sur le lac l’un des plus beaux et grands feux d’artifice du monde. Il couronne, chaque été, trois semaines de fête au bord du Léman (concerts, animations, fête foraine, stands culinaires et d’artisanat). Du 17 juillet au 10 août.

    Depuis le pont du Mont-Blanc, Genève se déploie sous nos yeux comme un dépliant de cartes postales : le Jet d’eau qui culmine à 140 mètres de haut, les immeubles cossus, le lac sillonné de voiliers, l’île Rousseau et les pelouses du Jardin anglais, célèbre pour sa monumentale horloge fleurie. Tout cela en un seul coup d’œil ! De quoi combler le visiteur pressé. Mais Genève réserve ses plus beaux atours au marcheur tranquille. Le plus simple est encore de se laisser porter par ses pas.

     

    La place du Bourg-de-Four

    Dans le centre historique, la place du Bourg-de-Four est la plus ancienne de la ville. Elle fut le lieu de foires commerciales à partir du XIe siècle et a conservé sa tradition marchande : de nombreux restaurants et cafés bordent son pourtour.

    La vieille ville

    Le cœur historique de Genève est très bien conservé dans la vieille ville, perchée sur sa butte. On atteint d’abord la place du Bourg-de-Four, toute biscornue et envahie de tables aux beaux jours. En levant la tête, on aperçoit les hautes tours de la cathédrale Saint-Pierre. À la fois roman, gothique et néoclassique, l’édifice darde sa flèche de cuivre au ciel. Calvin y prêcha de 1536 jusqu’à sa mort, en 1564. La cathédrale est restée depuis le principal lieu de culte de la « Rome protestante ». Le panorama sur la ville, le Léman, le mont Salève et le mont Blanc est un enchantement qui mérite bien de gravir les 157 marches de la tour nord !

     

     

    La cathédrale Saint-Pierre à Genève

     
    Elle orne le sommet de la vieille ville : la cathédrale Saint-Pierre, construite au  XIIe siècle, est chevillée à Genève. De son sous-sol qui abrite des trésors archéologiques de l’Antiquité, au sommet de ses tours aux 157 marches à gravir, elle vous invite à la contemplation.

    Promenades pacifiques

    Quand l’été rend la ville étouffante, il est temps de rejoindre les bords du lac. La promenade conduit d’abord aux bains des Pâquis, une jetée aménagée en piscine en plein air. En fin de journée, les Genevois y tombent la cravate pour boire une bière ou se jeter dans l’eau du lac ! En hiver, on s’y réchauffe devant une fondue, face à la ville. Chose rare ici, le prix du ticket d’entrée est ridiculement bas.

     

     

    Les phare des Pâquis
     
     

    Moins fort que le Jet d’eau (auquel il fait face), entre- tenant un rapport plus intime avec les Genevois, le phare des Pâquis vient de fêter ses 120 ans.

     

    Passés les grands hôtels du quai du Mont-Blanc, on rejoint bientôt le parc Mon Repos. Érables, cèdres et chênes laissent pensivement leurs branches tremper dans l’eau du lac. Quel sentiment de paix ! D’ailleurs, nous approchons des grands organismes symboles du pacifisme. Derrière le jardin botanique et le parc de l’Ariana, le Palais des Nations-Unies côtoie le comité international de la Croix-Rouge.

     

     

    La place des Nations devant l'ONU
     
     

    Plus contemporaine et haute de 12 mètres, la Broken Chair de Daniel Berset pour Handicap International, sur la place des Nations devant l’ONU.

     

    C’est à la bataille de Solferino (1859), où il vit des milliers de soldats français, autrichiens et italiens blessés et abandonnés à leur sort, sans soins médicaux, que le Genevois Henry Dunant eut l’idée de fonder la Croix-Rouge. Les missions de l’organisme international sont superbement mises en valeur par une muséographie toute neuve. De retour sur les rives du lac, un tour en « mouette » s’impose. C’est ainsi que l’on appelle les navettes jaunes qui parcourent la rade à tout moment de la journée. Rejoindre la rive d’en face n’est qu’une (très bonne) excuse pour se balader sur l’eau et découvrir Genève sous ses multiples facettes. Le meilleur moment reste la fin de journée, lorsque le soleil couchant rosit l’eau du Léman.

     

    Photos-Villes du Monde 4:  Genève : la ville mosaïque

     

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    Route Royale : circuit touristique de

    Nice à Turin

     

    Par Philippe Bourget
     
     

    Une échappée de 225 kilomètres sur la route Royale en voiture ou mieux en camping car. Vous passerez par de la Dolce Vita Azuréenne au dynamisme piémontais, en remontant la vallée de la Roya puis rejoindrez Vernante, le village de Pinocchio. Il ne vous reste plus qu'à dévaler les Alpes piémontaises vers Cuneo, Saluzzo et Mondovi, avant de retrouver la magnifique Turinoise.

     
     
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    Un itinéraire en immense « dos d’âne ». C’est le cheminement que nous vous proposons de Nice à Turin, depuis le rivage méditerranéen jusqu’à la plaine du Pô, en passant par la haute échine alpine. Cette route fut royale car elle reliait l’ancien comté de Nice à l’ex-capitale du royaume de Piémont-Sardaigne, Turin. Une route du sel et des étoffes. Une voie diplomatique, aussi. Nice et la Roya ne furent rattachées à la France qu’en 1860. À la sortie de Nice, vous apercevrez des villas récentes accrochées aux versants, un habitat résidentiel construit un peu à l’emporte-pièce. Elles démontrent l’attractivité brouillonne de la métropole niçoise. Une ville que vous aurez sans doute arpentée au préalable, en arrivant dans la région. La grâce de la promenade des Anglais et du vieux Nice ne souffre en effet aucune entorse.

     

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    Vue sur la célèbre Promenade des Anglais sur le bord de mer à Nice (06)

    De Cantaron, petit bourg alpin à Vintimille

    Il faut donc dépasser Drap pour commencer à apercevoir les signes d’un paysage plus virginal. Cantaron, puis L’Escarène, rappellent avec leurs maisons groupées au-dessus du Paillon, 
le calfeutrage habituel des bourgs alpins. La route s’élève et une fois franchi le col de Braus (1000 m), Sospel s’affirme comme le véritable premier témoin de ces Alpes-Maritimes, bercées par l’azur méditerranéen mais déjà empreintes de rigueur montagnarde. À pied (aire de stationnement ombragée près de la cave coopérative), vous apprécierez les places Saint-Nicolas et Saint-Michel et leurs maisons anciennes, séparées par le vieux pont à péage jeté sur la Bévéra. Poursuivons plein nord, en direction de Breil-sur-Roya (à 22 km). La D2204 se fait sinueuse, à flanc de versant, franchissant les cols du Pérus (659 m) et de Brouis (875 m).
 À droite, depuis votre poste de conduite, la vue plonge sur
 la vallée boisée de la Roya et la route de Vintimille.

     

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    Sospel (06), le Pont Vieux qui enjambe la Bévéra fut construit au XIIIe siècle en bois, puis reconstruit en pierre en 1522. Détruit en 1944 lors de la retraite allemande, il fut reconstruit en 1952

    Saorge, "village tibétain", Brigue, "village bout du monde"

    Comme les communes du secteur, Breil-sur-Roya mérite une halte... pédestre. La touche italienne est déjà là. Place à arcades, façades colorées : pas de doute, nous y sommes ! À voir aussi : l’orgue orchestral de l’église. Après Breil, vous entrez dans le corridor de la Roya, route spectaculaire (la D6204) taillée dans le roc de la vallée, au pied du Parc national du Mercantour. Soudain, une apparition : Saorge. Bâti en amphithéâtre, ce « village tibétain » des Alpes du Sud se compose de ruelles en dédale sur trois niveaux, des passages voûtés, des escaliers, des maisons médiévales. Une poignée de kilomètres en amont, engagez-vous à droite, à hauteur de Saint-Dalmas-de-Tende, sur la route qui mène à La Brigue. Un village « bout du monde » et peu fréquenté. De l’autre côté des lignes de crêtes dénudées, c’est l’Italie, zone frontalière et théâtre d’anciennes contrebandes. La Brigue et son splendide orgue orchestral (dans l’église) est le dernier village, avec Tende, à avoir été rattaché à la France, en 1947.

     

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    Saorge (06), à 550 m d'altitude, domine de façon impressionnante la vallée de la Roya. Le village fut rattaché à la France en 1860

    Arrivé en Italie, rencontre avec Pinocchio

    À Tende, bourg frontalier, déambulez dans la vieille ville, jalonnée de maisons aux linteaux armoriés et habillées de schiste, dominée par le clocher lombard de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. C’est encore loin l’Italie? La route s’élève à travers la forêt de Caïros, laissant entrevoir sur les crêtes les vestiges de forts militaires, reliquats de l’imposant système défensif italien du XIXe siècle Et soudain, c’est le noir... Celui du tunnel de Tende, étroit corridor blafard de 3 kilomètres, débouchant en Italie. Avant la fin du percement du second « tube », prévue en 2019, il faudra conduire avec prudence (le tunnel est fréquemment fermé la nuit pendant ces travaux). Benvenuti in Italia ! La route dévale le versant transalpin en lacets, traverse la station de Limone Piemonte et parvient à Vernante. Stop ! Ce village d’apparence anonyme abrite des dizaines de fresques murales à la gloire de Pinocchio. L’illustrateur de la célèbre marionnette, Attilio Mussino, a vécu ici. Pour lui rendre hommage, des habitants ont accepté que les façades de leurs maisons soient peintes de scènes « pinocchiesques ». L’E74 dévale ensuite jusqu’à Cuneo, important chef-lieu de province et ville-phare du Piémont. À voir entre deux ristretti : sa célèbre piazza Galimberti et sa via Roma à arcades.

     

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    Tende offre à ses visiteurs une riche palette de couleurs et de nombreux monuments au style influencé par l'Italie proche

    La basse Mondovi, la haute Saluzzo

    Deux petits « écarts de conduite » sont bienvenus pour s’imprégner des richesses piémontaises : Mondovì, 23 000 habitants et Saluzzo, 17 000 habitants. Les maisons en brique rouge de Mondovi, ses vieux commerces, son indicible animation "à l'italienne", sont surplombés par une ville haute aux tours conquérantes, que l'on rejoint par un charmant funiculaire. À Saluzzo aussi la brique est reine. Comme à Mondovi, la ville haute fait écho à la basse, dans les ruelles, palais, arches en ogive, tours, balcons et terrasses de cafés. Un vrai bonheur, surtout quand les habitants descendent dans les rues. Turin, 60 kilomètres au nord de Saluzzo, clôt l’itinéraire. Baroque et corsetée, la capitale piémontaise échappe aux clichés habituels sur l’Italie désordonnée. Une métropole de charme pour achever un périple haut en couleur et en richesses historiques.

     

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    Le village de Saluzzo
     

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    Découvrez la Bretagne version

    britannique

     

    Par Philippe Bourget
     
     
     

    À l'extrême sud-ouest de la Grande-Bretagne, règnent les paysages de bocage aux prairies vert gazon, aux haies immenses et les ports blottis le long d'estuaires cachés. Bienvenue en Cornouailles, illustrés par la beauté du cap Lizard, de St. Michael's Mount et de havres minuscules, sans oublier, tradition anglaise oblige, un détour par d’incroyables jardins.

     
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    Proche des falaises du cap Lizard, la plage de Kinance Cove. On y accède par le South West Coast Path, sentier de randonnée qui longe le littoral des Cornouailles

     

    Polperro, un port joliment encaissé au fond d’un vallon maritime sur la côte sud des Cornouailles. Des maisons pieds dans l’eau ; une minuscule criée, à l’image de ce village de poupée ; un ruisseau discret glissant à l’arrière des cottages ; des mouettes criardes et voraces... Coup de cœur pour ce port intime, incarnation du rivage de cette région anglaise où se succèdent, invisibles depuis les terres, des escales côtières entretenues comme des reliques patrimoniales. Il faut compter au moins trois jours pour profiter du territoire. Le granit de la pointe sud-ouest du Royaume-Uni est découpé en tellement de baies, anses et estuaires que suivre le trait de côte prend un peu de temps... D’autant que les routes sont à l’unisson. Ah ! les routes. Il n’y a que les Britanniques qui savent fondre ainsi les signes du progrès dans des paysages ancestraux. Imaginez. Un carroyage de prairies ondulantes couturées de haies, un damier jaune-vert-brun glissant jusqu’au bord des falaises. Là, enfouies entre les talus de séparation, des routes étroites et invisibles. Le dépassement y est impossible, le croisement délicat mais toujours courtois, civilité british oblige. La végétation est parfois si dense que la route glisse dans un tunnel boisé. Autant dire que la vitesse est proscrite. D’autant que le parcours est parfois stoppé net au bord d’un estuaire. Il faut alors embarquer sur un bac, comme à Polruan ou à St. Mawes, l’occasion d’observer un voilier filant tranquillement vers une marina – la plaisance chic est ici dans son royaume.

     

    Un essaim de villages côtiers

    Impossible de raconter tous les villages. Sur l’itinéraire de Looe à Boscastle, qui englobe toute la pointe des Cornouailles, les bonnes surprises sont trop nombreuses. Résumons. Looe se love sur les versants de la rivière éponyme. Ce port de pêche actif, aux ruelles bordées de vieilles maisons chaulées, est très touristique. Les deux rives sont reliées par un esthétique pont de pierre à sept arches. The Old Lifeboat Station (1866-1930) trône au bout du quai. Fowey, lui, fait face à Polruan, posé autour de l’église anglicane St. Fimbarrus et de sa tour-clocher à pinacles. À la sortie de la messe, on y croise des old ladies en jupes longues et cheveux blancs permanentés. Le port, tout en longueur, est fort animé, bercé notamment par le souvenir de la romancière Daphné du Maurier, qui vécut au bord de l’estuaire. Mevagissey entre dans notre « top 3 ». Nous sommes tombés sous le charme de ce bassin « double » quasi fortifié, l’avant et l’arrière-port, seulement séparés par une jetée juste assez large pour accueillir la criée. À marée basse, les petits chalutiers et les barques de pêche reposent sur la vase verte, au-dessous de quelques maisons peintes de couleurs vives. Une carte postale. Quant à St. Ives, c’est un peu le Deauville des Cornouailles. Où plutôt son Pont-Aven. La ville (11 000 habitants) est devenue célèbre grâce aux peintres, séduits par la beauté des plages, la lumière atlantique et les ruelles bordées de maisons à pans d’ardoises et bow-windows. La foule, dense sur les quais aux beaux jours, s’y délecte de hamburgers, d’ice-creams et de sundaes. Des familles pique-niquent sur la plage principale, entre ondées et rais de lumière, protégées des bourrasques par des pare-vents piqués dans le sable. Symboles de la fibre artistique de St. Ives, maintes galeries ainsi qu’un Tate Museum, bâtiment en béton dressé face à la plage de Porthmeor, se sont installés.

     

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    À une heure de voiture à peine de Plymouth, le port de Looe, toujours très actif, est la
    première étape de cette escapade en Cornouailles
     

    Boscastle et Port Isaac, les ports du bout du monde

    Sur la côte nord, deux « villages miniatures » méritent aussi la visite : Boscastle et Port Isaac. Le premier apparaît après une longue route tortueuse dans un vallon forestier. L’expression « bout du monde » lui va bien. L’unique rue, en pente, encadrée de maisons de granit, est prolongée par une rivière et un bras d’estuaire serpentin, au point que l’océan reste caché à la vue du village. Une pépite ! Le second village résume à lui seul l’architecture littorale des Cornouailles : un port de poche, des maisons du XVIe siècle à touche-touche, une petite plage et un hangar curieusement fortifié, occupé par des mareyeurs qui trient des soles et cassent des pinces de crabes au marteau. Le tout fréquenté par la marée des touristes et dominé par un joli manoir-hôtel.

     

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    Sur la côte nord des Cornouailles, Boscastle se love au fond d'un vallon si profond qu'on ne voit pas la mer depuis le village. Un long chemin mène au port. À visiter, un étonnant musée de la Sorcellerie

    Passages vertigineux de la côte nord

    Cette enfilade de ports-abris pourrait laisser croire que la côte est monotone. Erreur ! Les paysages sont changeants. La partie sud, dentelée et dense, fait place au nord à de vastes espaces de champs et de landes. Land’s End en est l’exemple parfait, plateau désolé fréquemment noyé dans la brume. On y croise de rares fermes grises, des pubs dans des hameaux et quelques gentlemen farmers bottés, casquettes anglaises sur la tête. Le St. Agnes Beacon, 192 mètres au dessus de l’océan, livre aussi, entre St. Ives et Newquay, son large mamelon, juste recouvert d’un tapis de bruyère violet ouvert à tous les vents. Les randonneurs sont aux anges. Une portion du Cornwall Coast Path suit la ligne de côte de Plymouth à Bude, avec des passages ici spectaculaires (460 kilomètres). « Nous surveillons les marcheurs et les vététistes mais aussi les parapentistes et les pêcheurs », sourit Anthea Philips, jumelles pendues sur sa chemisette blanche à épaulettes, installée dans sa cabane-radio tapissée d’une grande carte marine et surmontée de l’Union Jack. Volontaire au sein de la National Coastwatch Institution, elle assure des vacations pour surveiller les activités humaines. Car cette côte présente parfois des aspects vertigineux.

     

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    Port Isaac avec ses maisons de poupée du XVIIIe siècle, est un village de pêcheurs où se croisent vacanciers et mareyeurs

    Tintagel ou la légende du roi Arthur

    À St. Agnes, par exemple, petite anse pour surfeurs de la côte nord, les falaises blanches plongent dans l’océan. Le port a été reconstruit six fois, laminé par les tempêtes et les éboulements rocheux. À Tintagel, village fameux associé au roi Arthur – la légende dit qu’il serait né ici –, on imagine aisément que son prétendu château, ruine au-dessus de falaises cisaillées, a pu subir sans répit les assauts de la houle et du vent. Le cap Lizard symbolise cette confrontation violente entre terre et océan. Pointe la plus au sud du Royaume-Uni, célèbre ligne d’arrivée de courses transatlantiques, il offre ses murailles noires et grises aux vagues bruyantes de l’English Channel. Miracle de la nature, ce cap en dents de scie, prisé par les touristes britanniques, cache aussi l’une des plus belles et secrètes plages du Royaume-Uni : Kynance Cove, sidérante de sable blanc à marée basse.

     

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    À Tintagel, haut lieu des légendes arthuriennes, le chemin qui descend vers les ruines du château du XIIIe siècle offre des vues vertigineuses sur les falaises plongeant dans la mer Celtique

    St. Michael's Mount, une autre "Merveille"

    Reste à parler de St. Michael’s Mount. Sa ressemblance avec la Merveille ne tient pas seulement à l’homonymie. Normal, cet îlot rocheux de la pointe des Cornouailles a été doté au XIIIe siècle d’un monastère et d’une église... par les moines bénédictins venus de « notre » Mont-Saint-Michel ! L’allure est plus modeste et le monastère, démantelé au XVIIe siècle, est devenu château, propriété de lord St Aubyn. Pas de digue comme en Normandie : on s’y rend à pied à marée basse, par une chaussée (causeway) submersible ; et en canot à marée haute. Trente personnes vivent à l'année au bas de ce caillou seigneurial, dans de petites maisons accolées à cours fermées. Elles sont employées à l'intendance du château, qui se visite. Lors de notre passage, une maman et son jeune fils, cravate et pull en V aux armes de son école, embarquaient sur une navette chargés de sacs, apparemment habitués à cette logistique quotidienne. Nous avons même aperçu l'épouse du lord refermant la porte du jardin du château, une fois le dernier visiteur parti. L'ultime image d'une Angleterre singulière, prompte à préserver ses traditions et à garder intacts ses trésors de nature.

     

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    Entre le Cap Lizard et Land's End, une curiosité : St. Michael's Mount, un Mont-Saint-Michel en réduction. Le causeway (chaussée submersible) permet d'accéder à marée basse à cet îlot escarpé où des moines bénédictins s'installèrent au XIIIe siècle
     

    Dans les Cornouailles, deux étonnants jardins

    Sous le ciel gris, les dômes blancs en nid d’abeille où sont abritées les plantes exotiques ont un air irréel. Le sentiment est renforcé par la tyrolienne géante qui survole le site et sur laquelle glissent des météores humains. Eden Project est le résultat d’une idée folle : protéger la biodiversité du monde en conservant sous cloche des milliers d’espèces. Résultat ? « 90 000 visiteurs par jour en période de pointe », nous confirme une responsable à l’accueil. Il n’est qu’à voir la taille des parkings pour comprendre le succès du lieu...

     

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    Installé sur le site d'une ancienne carrière, le parc Eden Project est né de la volonté de son concepteur, Tim Smit, de démontrer la capacité de la nature à régénérer un site détérioré par l'activité humaine

    Eden Project, un laboratoire de la biodiversité

    Eden Project est à la hauteur du défi, lancé il y a une quinzaine d’années par Sir Tim Smit, né au Pays-Bas, ancien compositeur et producteur de musique de rock et d’opéra. Aménagés dans une carrière de kaolin désaffectée près de St. Austell, les dômes jumelés géants (jusqu’à 45 mètres de hauteur) accueillent des plantes tropicales d'un côté, des essences méditerranéennes de l'autre. Côté "pays chauds", le bluff est complet : reproduction de forêts humides d'Amérique de Sud, Asie du Sud-Est, d'Afrique de l'ouest et des îles tropicales. Cascades, huttes de bambous, maison de paysans malaisiens, arbres fruitiers tropicaux (manguiers, bananiers...) s'observent à partir de passerelles aériennes sur la canopée... Il fait plus de 31 °C sur la plateforme sommitale aménagée 30 mètres au-dessus du sol (un peu mouvante, sensibles au vertige s’abstenir !), d’où l’on domine l’ensemble de l’écosystème. Il ne manque que la faune pour se croire téléporté à Bornéo ou à Manaus... Le dôme méditerranéen, avec son verger d’agrumes et son oliveraie, en revanche, est nettement moins réussi, un peu artificiel, trop académique.

     

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    Conçues par L'architecte Nicholas Grimshaw avec les matériaux les plus innovants, les serres d'Eden Project se visitent à 30 mètres de hauteur, en cheminant sur le Canopy Walkway (passerelle de la canopée). Ces biomes - écosystèmes caractéristiques d'une aire géographique - abritent des environnements contrôlés : climat chaud tempéré du bassin méditerranéen, et forêt humide tropicale

    Les étranges créatures végétales des jardins perdus de Heligan

    Nous sommes arrivés aux jardins perdus de Heligan, près de Mevagissey, assez tard en fin d’après-midi, au moment où les visiteurs commençaient à regagner la sortie. Résultat : le bonheur rare d’arpenter un domaine végétal en touristes VIP, seuls ou presque dans cet immense maelström de verdure. The Lost Gardens of Heligan ont été aménagés aux XVIIIe et XIXe siècles par la famille Tremayne et relancés par leurs héritiers au tournant des années 1990, après une longue période d’abandon. Imaginez : un domaine courant presque jusqu’à la mer, une jungle valley perdue au fond d’un vallon, avec pont de singe, étangs et plantes tropicales géantes, des prairies à moutons, vaches et émeus, des palmiers et des fougères géantes, des chênes et des cèdres antédiluviens sur les branches desquelles courent des écureuils, un potager clos, des jardins d’agrément, une maison de maître aux grounds (pelouses) taillées au ciseau, une ferme..., le tout dans un silence de cathédrale. En prime, la surprise de découvrir des sculptures arbustives : une femme couchée au sol, épaules et hanches couvertes de lierre, un gnome aux yeux bleus à tête végétale... Un vrai bonheur.

     

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    Le domaine de Heligan, qui appartient à la famille Tremayne depuis le XVIe siècle, a été laissé à l'abandon après la Première Guerre mondiale. Reconstitué d'après les plans d'origine, il renaît en 1990.

     

    Voyager en Images 4:  Découvrez la Bretagne version britannique

     

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    Escapade au Pays Basque espagnol

     

    Par Philippe Bourget
     
     

    Découvrez le Pays Basque espagnol sous deux jours différents. D'un côté, célébrez les rituels de la San Fermín en juillet où la capitale navarraise honore taureaux, peñas, fanfares et personnages géants. De l'autre, la Navarre vous révèle un territoire semi-désertique vide d'habitants avec le désert des Bardenas Reales aux allures de Nevada et ses canyons secs...

     
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    Fêtez la San Fermín à Pampelune, en rouge et blanc

    Neuf jours. Neuf jours de parenthèse enchantée dans le quotidien de la capitale navarraise. C’est le prix payé chaque année sans rechigner par le million de noceurs pour mettre le feu à la ville. Avec la fête de la Bière à Munich, la San Fermín est le plus grand rassemblement d’Europe. Imaginez : le jour d’ouverture, sur la petite plaza Consistorial face à la mairie, confluent des trois quartiers historiques (Navarrería, San Cernin et San Nicolás), 13 000 personnes s’époumonent au cri de « Pamploneses ! Pamplonesas ! » Chaque matin pour l’encierro – lâcher de taureaux dans les rues –, jusqu’à 4 000 coureurs défient, à leurs risques, des bêtes de 600 kg et plus. Les après-midis, aux arènes, les plus grandes du monde après celles de Mexico et de Madrid, 20000 personnes communient aux corridas. Et le jour de clôture, encore devant la mairie, les fêtards ne sont toujours pas calmés. À minuit, au moins 10000 d’entre eux reprennent en chœur, en brandissant leur foulard rouge, le Pobre de mí, un chant faussement triste qui signe la fin des réjouissances mais prévient déjà que celles de l’année suivante seront encore plus belles ! Entre-temps, les marées humaines en rouge et blanc auront afflué, reflué, convergé, divergé dans l’entrelacs de ruelles du casco antiguo (centre ancien) engloutissant force pintxos(tapas), bières, cidres basques et - excellents- vins navarrais. Le tout sans bagarre ni incident majeurs. Remarquable.

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    Direction les arènes

    Les taureaux de l'encierro prennent toujours le même chemin (la côte de Santo Domingo, la plaza del Ayuntamiento, la calle Mercaderes, la calle Estafeta, Telefónica) pour arriver aux arènes

     

    Les taureaux miura : des monstres de bravoure

    Si l’on veut être un vrai festayre, il faut porter le pañuelico (foulard rouge, en souvenir de la décapitation de San Fermín), la faja (écharpe de ceinture rouge), le pantalon blanc et la chemise blanche. Un code vestimentaire obligatoire pour se débarrasser des oripeaux de classe sociale : plus de riches, ni de pauvres, chacun profite des festivités sur un pied d’égalité. Il est 7 h 45, ce dernier jour de San Fermín 2014. Pour la première fois depuis neuf jours, des taureaux miura vont combattre dans les arènes. Comme il est d'usage, les bêtes vont être lachées en ville pour l'encierro. La tension est montée d’un cran : les miura sont considérés comme des monstres de bravoure. Le parcours est immuable : depuis le toril, les bêtes remontent la cuesta Santo Domingo, passent devant la niche de San Fermín à qui les coureurs ont demandé bénédiction quelques instants plus tôt, tournent sur la place de la mairie, cavalent dans Mercaderes avant de virer sèchement à droite dans l’étroite Estafeta et de filer jusqu’aux arènes, flirtant avec la statue impassible d’Hemingway. Le spectacle dure à peine 5 minutes, sur 850 mètres de distance. Aux balcons des immeubles, la foule a pris place. Dans la rue, les coureurs, des hommes surtout, attendent, concentrés. Les jeunes s’échauffent, s’encouragent, se tapent dans les mains. Un tir de fusée éclate, les bêtes sont lâchées. Depuis notre balcon sur Mercaderes, nous voyons les taureaux débouler, précédés des coureurs pris de frénésie. Leur but : accompagner les bêtes le plus longtemps possible, sans se faire encorner, ni tomber. Au virage d’Estafeta, un miura s’affaisse au sol après avoir heurté la façade – protégée – du magasin Guerendiáin. « Que viene ! », entend-on. Pour sûr, il vient, se retourne et encorne violemment un touriste trop présomptueux. La blessure est sévère mais il est immédiatement pris en charge par les secours. Les taureaux sont déjà arrivés aux arènes, les télés diffusent en boucle l’accident et un porte-parole de l’hôpital dresse le bilan des blessés. Pas de drame, cette année. La fête continue.

     

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    On se prépare au lâcher de taureaux, l'encierro. Pour y participer, les jeunes gens doivent avoir 18 ans revolus.
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    Hemingway, citoyen de Pampelune

    Il a fait connaître la San Fermín dans le monde entier. Jeune journaliste correspondant du Toronto Star, Ernest Hemingway arrive pour la première fois à Pampelune en 1923. Subjugué par la fête et la corrida, il reviendra à huit reprises, courant même l’encierro ! En 1926, son roman Le Soleil se lève aussi, sur Pampelune et la San Fermín, est un succès. Son dernier séjour date de 1959, quatre ans après avoir reçu le prix Nobel de littérature. Cette année-là, la ville de Pampelune lui rend un hommage appuyé lors de la corrida. Au coin de la plaza del Castillo, l’hôtel La Perla, où il séjournait, conserve le souvenir de ses passages.

     

    La procession  des Géants : une tradition à la calle Mayor

    La fête se poursuit calle Mayor, axe majeur du centre ancien. Cette rue, habituellement empruntée par les pèlerins de Saint-Jacques (Pampelune est sur le Camino francés), est bordée d’édifices remarquables, comme les palais Ezpeleta (XVIIIe siècle) et du Condestable (XVIe siècle, avec un beau patio), ainsi que l’église-forteresse San Cernin (ou San Saturnino), à nef unique. Chaque après-midi, la procession de los Gigantes s’y déroule, ces Géants représentant les peuples du monde. À leur suite se présentent les membres du conseil municipal, maire en tête, coiffés d’un haut-de-forme noir. Une tradition immuable. Au bout de la calle Mayor, d’autres se recueillent dans l’église d’origine médiévale de San Lorenzo. Pensez donc, elle abrite la chapelle de San Fermín, héros de la fête ! À la fin des réjouissances, les Pamplonais accrocheront leur foulard en allumant une bougie aux grilles de l’église. Religieux et païen ne font qu’un. Il est temps d’aller jouer à la loterie. Paseo de Sarasate, large avenue-promenade ombragée du XIXe siècle, limitée à l’ouest par l’édifice néoclassique du gouvernement de Navarre, les stands d’œuvres caritatives interpellent le chaland. Non loin de là, le grand magasin El Corte Inglés s’est mis au diapason et arbore en façade une immense bannière aux couleurs de l’événement. Entre deux accès de fièvre, les familles font une pause. On les voit déambuler sur la longue avenue piétonne et commerçante Carlos-III, où trône le théâtre Gayarre (1932). Les touristes, eux, se pressent pour une photo souvenir au pied de l’œuvre de Rafael Huerta. Le « monument de l’encierro » fige un instant de la course : taureaux fulminant aux trousses de coureurs ou les piétinant. Au moins, ici, ne risque-t-on rien...

     

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    La parade des Géants en Espagne attire nombre de gens

    Une réplique de la fête de San Fermín en plus petite

    Attirée par de la musique, la foule converge à nouveau vers le centre. Elle traverse la plaza del Castillo, 14 000 m2, encadrée d’édifices à balcons du XVIIIe siècle, d’arcades et de cafés. Chaque soir, un feu d’artifice est tiré d’ici. Calle Nueva, deux chevaux, las mulillas, entraînent les gens vers les arènes. Les peñas à bannières (celles des quartiers, des corporations...), les fanfares déchaînées, leur emboîtent le pas dans Estafeta. La corrida peut démarrer, au rythme trépidant des bandas. À la fin des faenas, en ce dernier jour de fête, les peñas envahissent la piste et Pampelune reprend en chœur les chants locaux. San Fermín au pinacle ! Les fêtards ont encore assez d’énergie pour les derniers instants. Certains s’arrêtent dans la cathédrale Santa Maria la Real. Normal : le vaste édifice à façade néoclassique et d’intérieur gothique, jouxté par un cloître, abrite durant les festivités le buste reliquaire de San Fermín, transféré depuis à l’église de San Lorenzo. Dans le quartier de Navarrería, creuset de la « basquitude » pampelonaise, les bars à pintxos mènent toujours la danse mais les tenues immaculées des noceurs ont depuis longtemps viré au gris. Qu’à cela ne tienne : en septembre, c’est d’ici que sera lancée la « petite » San Fermín, l’occasion d’une réplique de moindre ampleur mais aussi colorée. Épuisés après neuf jours de bamboche, les joyeux lurons peuvent enfin se reposer. Certains le font sous les porches d’immeubles, devant la fontaine de la tranquille plazuela de San José, sur les remparts médiévaux dominant la basse ville. D’autres s’allongent dans les parcs publics, Taconera (1850, le plus ancien), de la Citadelle (d’architecture militaire Renaissance) ou de la Media Luna (le plus romantique). Clap de fin et rendez-vous l’année prochaine !

     

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    La plaza del Castillo : au XIV e siècle, un château était bâti en son centre. Début 2000, des vestiges archéologiques romains et musulmans ont été découverts dans son sou-sol (des thermes, une nécropole...). Ces traces du passé n'ont pas été conservées.

    Les Bardenas Reales : un far west espagnol

    Au nord-est de Tudela, il existe un territoire du vide, un espace où pas un homme – on le suppose – ne souhaiterait être reclus. Son nom : Bardenas Reales, 42 000 hectares de relief abrupt, veiné de canyons, de plateaux tabulaires, de pics érodés et de plaines presque incultes. Ici, les pluies sont aussi rares que l’animation. Seul jour de fête : le 18 septembre, lorsque la transhumance s’achève et que les 80 bergers descendus des Pyrénées regagnent, avec leurs moutons, des pénates qu’ils devront supporter tout l’hiver – glacial, comme l’été est caniculaire. Pas de villages ni de maisons dans ce no man’s land. Seuls émergent quelques fincas (fermes, saisonnières) et hangars isolés écrasés par l’immensité, reconnaissables à leur couleur terre et cheminées en tôle. Des refuges pour bergers à la saison froide. Hormis un quarteron de militaires dans leur cuartel, un seul pastore (gardien de troupeaux) vit ici à l’année, en vrai Robinson du désert.

     

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    Malgré l'aridité du climat des Bardenas Reales, quelques champs sont cultivés dans la Blanca Baja au centre de ce territoire. Ici, les étés sont caniculaires, et les pluies rares, mais torrentielles

    Que de blanc et de silence pour la Blanca Baja

    Depuis le village d’Arguedas, une route suivie d’une piste pénètre dans les Bardenas. Après quelques kilomètres, elle débouche, dans la poussière blanche, sur le Cabezo de Castildetierra, une éminence pointue ravagée par l’érosion dont la mort par effondrement est garantie d’ici une paire d’années. Nous sommes dans la Blanca Baja, un monde de silence, aux sols blanchâtres et nus. Au loin, des falaises raides, blanc-beige, surmontées de plateaux tabulaires, forment un relief grandiose entre lequel se glissent de rares champs labourés. Au soleil couchant, le spectacle est irréel. La Blanca Alta s’achève à El Paso, frontière naturelle du nord des Bardenas, lieu de rassemblement des pastores en septembre. L’endroit est symbolisé par une grande statue de berger.

     

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    Dans le parc naturel des Bardenas Reales (créé en 1999 pour mieux contrôler la surfréquentation touristique), le Cabezo de Castildetierra est la cheminée de fée emblème de la Blanca Alta

    La plana de la Negra : un refuge pour la faune, un territoire sauvage

    Au nord-ouest, passé l’ermitage de Nuestra Señora del Yugo, à l’air de chapelle mexicaine abandonnée – dressée à la suite d’une supposée apparition de la Vierge –, le territoire profite de la proximité du barrage de Ferial pour virer au vert maïs, culture artificielle sur cette terre presque dépourvue d’eau. Le sud des Bardenas change de ton. Le chemin carrossable tracé en corniche au bord de la cuesta ouvre des points de vue plongeants sur l’Aragon agricole et découvre un paysage plus rouge, toujours désert mais couvert de pins et d’yeuses. C’est la plana de la Negra. Sur le chemin de la peña del Fraile, ultime éminence perdue au-dessus de hangars à brebis, le relief vire en mini-canyons, barrancos (vallons) secs et versants crevassés, comme des glaciers. L‘ensemble du territoire est un refuge pour la faune, à peine dérangée par l’homme : dans cette réserve de la biosphère, protégée par l’Unesco, alouettes, gélinottes, lapins, renards, chats sauvages, sangliers, vautours fauves, aigles royaux, grands-ducs... vivent en paix, de même que les outardes canepetières, géants de ces steppes. Un dernier effort conduit au sanctuaire de Sancho Abarca. Édifié à partir de 1670 à l’initiative d’un ermite béarnais – encore une histoire d’apparition divine, la Vierge de la chapelle proviendrait du sud de la France, apportée par des réfugiés catholiques chassés par les protestants – c’est, depuis, un lieu fervent de pèlerinage pour Navarrais et Aragonais. Du sommet, ils ont tout loisir de méditer sur la grandeur des Bardenas Reales, une enclave et un mirage au cœur de l’Espagne du Nord.

     

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    Situé à 4 km du village d'Arguedas, au sommet de la Sierra del Yugo, cette église du XVIIe siècle fut construite pour protéger la Vierge del Yugo, la Vierge des Bardenas. Chaque lundi de Pâques, un pèlerinage draine les villageois vers le sanctuaire

     

    Partir À l'Aventure:  Escapade au Pays Basque espagnol

     

     

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