• Santé-Psycho: Je parle trop

     

    Je parle trop

     

    «J’aurais donc dû me taire! J’ai encore trop parlé!» Ces commentaires pourraient être les vôtres? Vivement quelques bons conseils pour mieux doser vos paroles et éviter les gaffes.

     

    Je parle trop

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    C’est plus fort que vous, vous répondez à une simple question en racontant en long et en large le comment et le pourquoi, vous prenez 10 minutes pour expliquer votre point de vue, vous coupez la parole... Attention! Les gens qui parlent trop ont souvent le don de se mettre les pieds dans les plats et de blesser les autres avec leurs propos. Plus encore, ils exaspèrent leurs interlocuteurs qui n’ont qu’un souhait: prendre leurs jambes à leur cou! 

     

    «Mes amies me téléphonaient de moins en moins, raconte Marthe. Et lorsque je les appelais, elles prétextaient souvent une tâche à terminer ou un appel sur une autre ligne pour couper court. J’ai fini par m’en plaindre à l’une d’elles. Elle m’a alors avoué qu’elles n’en pouvaient plus des conversations à sens unique. Selon elle, je ne les laissais pas placer un mot, je parlais en même temps qu’elles ou, pire, je ramenais tout à moi. Si une personne me disait être allée à tel endroit, j’enchaînais aussitôt en racontant ma propre histoire, sans me préoccuper de ce que l’autre voulait me dire. Bref, mes copines ne se sentaient pas écoutées. Même si la vérité m’a blessée, j’ai réalisé qu’on disait vrai. J’ai aussi compris que je devais changer si je ne voulais pas perdre mes amies. Il m’arrive de rechuter, mais je m’en rends compte maintenant. Je ris et je m’excuse.» 

     

    Selon Camillo Zacchia, psychologue et conseiller à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, les gens qui parlent trop sont souvent inconscients de l’effet qu’ils produisent chez les autres. Pire, ils sont généralement les derniers à s’en apercevoir. «Même s’ils sont excédés, la plupart de leurs interlocuteurs ne veulent pas les blesser ou paraître impolis, dit-il. Alors, ils se taisent. Il arrive toutefois que la frustration l’emporte et que ça dérape.» 

     

    Mais qu’est-ce qui pousse les gens à trop parler? C’est le plus souvent une question de personnalité, mais aussi de circonstances. «Certaines personnes peuvent avoir énormément confiance en elles au travail, par exemple, mais perdre tous leurs moyens face à un individu qu’elles admirent, déclare Camillo Zacchia. La nervosité les entraîne alors dans un flot de paroles. D’autres personnes font tout vite: marcher, manger, travailler et… parler! D’autres encore coupent la parole afin de ne pas oublier leurs idées. Ou encore elles agissent par impulsivité, comme si leurs paroles allaient plus rapidement que leurs pensées. Mais quand on parle sans avoir suffisamment réfléchi, on risque de heurter les gens. Parfois aussi, c’est par narcissisme qu’on parle trop.» 

     

     

    D’après la psychologue Stéphanie Léonard, ce comportement se remarque également chez les individus ayant peu confiance en eux ou souffrant d’anxiété sociale. «Chez plusieurs personnes, le moindre inconfort se traduit par une montagne de mots. Par exemple, le fait de rencontrer quelqu’un de nouveau peut les inciter à trop parler et à trop se dévoiler, pour tenter un rapprochement. Le risque, c’est évidemment d’ennuyer les autres ou de faire des gaffes. Souvent aussi, il s’agit de personnes qui tolèrent mal les silences dans une conversation. Elles parlent pour combler ceux-ci, même si ce n’est pas nécessaire. Les silences durent rarement plus de quelques secondes et permettent souvent aux gens de restructurer leurs pensées.» 

     

     

    Mais un fait demeure: plus on parle, plus on risque de parler à tort et à travers et de dire des choses qu’il aurait été préférable de taire. 

    Trop parler pour meubler des silences ou parce qu’on a trop à dire, c’est une chose. Mais avoir des propos blessants, volontairement ou non, c’est une tout autre histoire. 

     

    C’est ce qui est arrivé à Luc. «Un copain a tenu devant moi des propos désobligeants au sujet d’un ami commun, raconte-t-il. Lors d’une rencontre avec ce dernier, je n’ai pu m’empêcher de tout lui rapporter, en sachant que ça le blesserait. J’aurais dû me taire. La relation entre nous trois n’a plus jamais été la même. Nous nous sommes éloignés peu à peu. Je crois aujourd’hui avoir agi par jalousie, et je n’en suis pas fier.» 

     

    Toute vérité n’est pas bonne à dire, c’est connu. «Certaines personnes ont de la difficulté à distinguer l’information qui doit rester confidentielle de celle qu’elles peuvent divulguer, explique Stéphanie Léonard. D’autres sont incapables de garder un secret ou encore veulent ainsi se donner de l’importance. D’autres encore disent tout révéler par loyauté. Mais qu’importe le motif, c’est généralement la proximité avec la personne qui détermine jusqu’où l’on peut aller. S’il s’agit de quelqu’un avec qui l’on partage un lien émotionnel important, on peut sans doute lui dire: “Écoute, telle personne a parlé de toi de façon négative. Je tenais à te le dire.” Mais on peut aussi se demander si l’on aimerait soi-même savoir que quelqu’un a parlé dans notre dos... Pour les personnes plus ou moins proches, mieux vaut parfois se taire.» 

     

    Vous avez blessé quelqu’un par vos propos? Il n’est jamais trop tard pour faire amende honorable. Si vous réalisez que vous êtes allé trop loin, la meilleure façon de réparer, c’est de dire que votre intention n’était vraiment de blesser cette personne, puis de vous excuser. Et clarifiez les choses, au besoin. Toutefois, si cette situation vous arrive fréquemment, vous avez sans doute intérêt à vous interroger sur votre impulsivité ou sur votre façon d’agir avec les autres. 

     

    Savez-vous qu’il existe des moyens simples de savoir si vous faites partie de ceux qui parlent trop? «La plupart du temps, les gens ne sont pas conscients qu’ils parlent plus que les autres, mais certains indices ne trompent pas, assure Camillo Zacchia. C’est le cas quand on se fait dire fréquemment: “Laisse-moi finir, s’il te plaît!”, “Pas besoin de me donner autant de détails” ou “Je regrette mais je n’ai pas le temps de t’écouter”. Ou encore quand des proches nous suggèrent de prendre le temps de respirer!»  

     

    «Autre piste: notre interlocuteur ne pose pas de questions et ne donne pas son opinion, répond par oui ou non ou hoche seulement la tête. Lorsque les gens s’intéressent à une conversation, ils demandent des détails parce qu’ils veulent en apprendre davantage, et ils émettent des avis. Si l’interlocuteur change de sujet ou s’il regarde souvent sa montre, c’est là aussi mauvais signe.» 

     

    Les plus malins vont développer des stratégies pour fuir les moulins à paroles. Il suffit de les observer. France a une collègue qui parle trop. «Plus personne ne veut travailler avec elle, confie France. Elle nous déconcentre avec son bavardage incessant. Quand on la voit venir, on essaie de l’éviter. Sinon, on prétexte un dossier urgent pour déguerpir.» 

     

    Michel, lui, imagine une envie soudaine. «C’est le meilleur truc pour filer subito presto lorsque je ne supporte plus une conversation, avoue-t-il. Personne ne cherche à me retenir lorsque j’invoque cette raison!» 

     

    Pas question, évidemment, de devenir muet comme une taupe pour laisser toute la place à vos interlocuteurs. Apprenez simplement à doser. 

     

    Observez-vous. 

    L’auto-observation est la meilleure façon de repérer les situations où vous risquez de trop parler, mais également vos manies (couper la parole, par exemple). Interrogez aussi vos proches en leur demandant d’être honnêtes. Soyez toutefois réceptif à leurs commentaires, positifs ou négatifs. 

     

    Évaluez vos performances. 

    Selon Camillo Zacchia, cette stratégie se révèle particulièrement utile quand on y a recours après une conversation et non pendant celle-ci. «Pour l’expliquer, je donne souvent l’exemple du joueur de hockey, note-t-il. Dans le feu de l’action, il ne peut analyser de façon réfléchie chacun de ses gestes. Ce n’est que plus tard, en visionnant le match, qu’il peut relever toutes ses erreurs. C’est la même chose pour la personne qui parle trop. Le soir venu, elle peut se demander : “Dans quelles circonstances ai-je trop parlé? Est-ce que mes propos étaient appropriés ? Qu’est-ce que j’aurais pu dire ou ne pas dire?”» 

     

    Préparez des scénarios. 

    En notant vos erreurs, vous pourrez non seulement apporter des correctifs, mais aussi imaginer de nouvelles façons d’agir. «Lorsqu’on se trouve dans une situation qui déclenche habituellement nos bavardages, on a intérêt à respirer lentement et profondément, mentionne Stéphanie Léonard. On répète ensuite mentalement ce que l’on veut dire avant de le faire à haute voix, tout en restant connecté avec ce que l’autre personne raconte. Ce temps de réflexion entre le moment où l’on veut exprimer quelque chose et celui où on le dit aide à juger de la pertinence de nos propos et évite de couper la parole.» 

     

    Soyez à l’écoute. 

    Est-ce que votre interlocuteur parle autant que vous, ou presque? Est-ce qu’il vous raconte des choses et vous pose des questions ? Est-ce que vous écoutez autant que vous parlez? Sinon, faites l’effort d’être plus à son écoute. Montrez-vous intéressé. Formulez des questions pour créer un échange. Soyez attentif au langage non verbal: un regard qui balaie la pièce, un balancement d’un pied à l’autre, un pianotage des doigts sur la table, un regard éteint… 

     

    Informez-vous de l’intérêt de votre interlocuteur. 

    Au cours de la conversation, demandez-lui: «Est-ce que je t’ennuie avec mon histoire?», «Trouves-tu que je parle trop?» Cela évite de tomber dans un monologue sans fin. 

     

    Dénichez un complice. 

    Proposez à une personne que vous aimez de vous aider dans votre démarche. Par exemple, convenez d’un signe particulier qu’elle pourrait vous faire lorsque vous retombez dans vos vilaines habitudes. 

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