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    J’aurais pu oublier moi aussi mon enfant dans l’auto

     


    « Je vais vous dire une affaire, moi. Cet accident horrible aurait pu m’arriver à moi. » Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen revient sur le décès d’un bébé cette semaine à Saint-Jérôme.

     

    Geneviève Pettersen de la revue Châtelaine

     


    J’étais censée écrire sur autre chose, mais après avoir lu les centaines de commentaires à propos de ce père qui a oublié, hier, son bébé de moins d’un an dans une voiture alors que la température avoisinait 40 degrés, j’ai décidé d’ajouter mon grain de sel. Comme ça, vous ne comprenez pas comment c’est possible d’oublier un bambin sur le siège arrière de l’auto? Vous vous dites qu’à vous, ça n’arriverait jamais. Et vous croyez dur comme fer que ce père est un être abject qui ne mérite pas de se voir confier la garde d’enfants?


    Pour être très honnête, je dois vous avouer que chaque fois qu’un terrible accident du genre se produit, la tentation du jugement est grande. Je regarde mes enfants et je suis convaincue, moi aussi, qu’il me serait impossible de les oublier dans l’auto. Je me demande dans quel état mental il faut être pour tout simplement zapper le fait qu’on devait aller porter le plus petit au CPE. Je crois que ce sentiment est humain et normal. Devant l’horreur et l’incompréhension, la tentation de se voiler la face, de se draper dans l’indignation et de crier qu’à nous, ça n’arriverait jamais, est le premier réflexe. C’est la façon dont la plupart des humains se protègent de l’horreur.

     

    Société 2:   J’aurais pu oublier moi aussi mon enfant dans l’auto

    Photo: iStock

     

    Parce que c’est bien d’horreur dont il s’agit. Il n’y a rien de plus horrifique, pour un parent, que de perdre un enfant par sa propre faute. Ce père de famille de Saint-Jérôme a, par distraction ou je ne sais trop, oublié son bébé dans son petit banc d’auto. L’enfant est mort et c’est de sa faute. Point barre. Pouvez-vous imaginer la détresse et la peine que ressent ce père en ce moment ? Songez au sentiment de culpabilité qui le rongera toute sa vie. Pensez à la mère de ce petit, qui sera, on la comprend, sans doute incapable de cesser de lui en vouloir. Imaginez les regards accusateurs à l’épicerie, au dépanneur et à la caisse. Pouvez-vous vous mettre à la place de ce pauvre homme une minute ? Non. Vous en êtes incapables. Il est bien plus sécurisant, pour le tribunal populaire, de le condamner sans équivoque. Vite ! Que roule sa tête aux pieds des parents tellement bons qu’un tel drame ne pourrait jamais se jouer dans leur vie.

     

    Je vais vous dire une affaire, moi. Cet accident horrible aurait pu m’arriver à moi. Je me rappelle d’un matin où, particulièrement épuisée, au bout du rouleau, j’ai attaché mes deux filles dans ma voiture. Je me suis assise côté conducteur et j’ai démarré. C’est à ce moment-là que ma plus vieille a demandé où était son petit frère. Mon sang a fait trois tours quand j’ai réalisé que mon petit bébé était là, sur le trottoir, dans sa coquille à -25 C. Sans ma fille, je suis CERTAINE que je serais partie en l’oubliant. Et Dieu seul sait ce qui aurait pu arriver.


    J’ai oublié mon fils sur le trottoir. Je n’étais pas encore habituée à toute cette dynamique à trois et je sous-estimais, comme bien du monde, les effets pernicieux que le manque de sommeil a sur ma personne. Alors, chaque fois que je lis dans le journal ou sur internet qu’un parent a oublié son petit quelque part, je me rappelle de ce matin-là. Oh, je ne vous dis pas que je ne le juge pas un instant, mais je me ressaisis. Et je pense à mon fils dans son petit banc d’auto. Je pense qu’il aurait pu être sur la banquette arrière, qu’on aurait pu être en été, et que ce père, ça aurait très bien pu être moi.

     

     

     

     

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    Dharma, ou la question de nos origines indo-européennes

     

    Entretien avec Jean Haudry

     

    du site:  http://institut-iliade.com/

     


    Société 2:  Dharma, ou la question de nos origines indo-européennes. Entretien avec Jean Haudry

     
     

    Propos recueillis par Christopher Gérard pour la revue Antaios, équinoxe de printemps 2001. Source : archaion.hautetfort.com — Agrégé de grammaire, Docteur ès Lettres, professeur de sanskrit et ancien doyen de la Faculté des Lettres et Civilisation de l’Université Jean-Moulin (Lyon), directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, Jean Haudry est l’un des grands spécialistes du monde indo-européen. Il a fondé en 1981 l’Institut d’Etudes indo-européennes, récemment transformé en société savante indépendante à la suite d’une campagne de diabolisation. Il est l’auteur d’ouvrages fondamentaux sur le sujet comme L’Indo-Européen (Que sais-je ? 1798), Les Indo-Européens (Que sais-je ? 1965, retiré du catalogue), La religion cosmique des Indo-Européens (Archè/Belles Lettres), etc.

     

    Qui êtes-vous ? Comment vous définir ?

    Je me définis comme un linguiste spécialiste des langues indo-européennes anciennes qui est passé progressivement de l’étude des formes et des structures grammaticales et lexicales à celle du sens correspondant, et du sens aux réalités et aux situations, donc aux locuteurs de la langue reconstruite. C’est ainsi que je suis passé de la reconstruction de l’indo-européen à l’étude de la tradition indo-européenne.

     

    D’où vous est venue cette passion pour les Indo-Européens ? Qui furent vos maîtres et que leur devez-vous ?

    Cette passion des Indo-Européens m’est venue par une évolution naturelle qui s’observe chez plusieurs de mes prédécesseurs, et consiste en une quête du réel, du concret, du spécifique, démarche à contre-courant de nos jours où l’on privilégie le virtuel, l’abstrait et l’universel. Mes principaux maîtres dans l’enseignement supérieur ont été, par ordre chronologique, le latiniste Jacques Perret, les indianistes Louis Renou et Armand Minard, le linguiste généraliste André Martinet, l’indo-européaniste Emile Benveniste. Je leur dois non seulement ma formation dans les domaines correspondants, mais aussi un appui décisif dans les débuts de ma carrière : Renou et, après sa disparition, Minard ont dirigé ma thèse de doctorat d’état sur l’emploi des cas en védique ; j’ai été l’assistant à la Sorbonne de Perret et de Martinet, et l’approbation que Benveniste a donnée à mes premiers essais a sûrement pesé lourd.

     

    Vous avez connu Georges Dumézil. Marcel Schneider, qui fut son ami, suggère que la fascination pour le Nord du grand historien des religions fut « le secret du Renan du XXème siècle ». Qu’en pensez-vous ? Quelle était l’attitude de Dumézil face au Sacré ? Peut-on parler comme Schneider « d’une sorte de panthéisme spiritualiste »?

    Je n’ai connu personnellement Georges Dumézil qu’assez tard, et très peu. Etudiant, puis assistant, à Paris, je me suis consacré exclusivement – outre mon service – à l’apprentissage des langues indo-européennes anciennes et de la linguistique générale, avant de m’engager dans la préparation de ma thèse. Nommé chargé d’enseignement à Lyon en 1966, de nouvelles tâches s’y sont ajoutées, sans parler des péripéties inattendues de 1968 et années suivantes. C’est après plusieurs années de contre-révolution et d’administration que j’ai pu reprendre mes recherches, et en élargir l’horizon. J’ai lu ou relu Dumézil et éprouvé le regret de n’avoir pas suivi ses enseignements quand j’en avais la possibilité. Je ne l’ai rencontré que trois fois en privé, à l’occasion de soutenances de thèse qu’il m’avait demandé d’organiser à l’Université pour deux de ses anciens élèves, et pour lui présenter le premier jet de mon ouvrage sur les Indo-Européens destiné à la collection Que sais-je ? Cet entretien fut naturellement consacré à cet ouvrage et les précédents, si j’ai bonne mémoire, à organiser la soutenance, et à évoquer des souvenirs de sa propre thèse de doctorat. C’est dire que nous n’avons pas abordé aucun des points que soulève votre question. J’ai donc toujours ignoré ses convictions philosophiques, ainsi que ses opinions et appartenances politiques, avant qu’elles ne soient divulguées de la façon que l’on sait. Je n’ai pas l’impression qu’il ait éprouvé une fascination particulière pour le Nord, que ce soit au plan géographique ou anthropologique. Ses domaines d’élection étaient plutôt Rome, le monde indo-iranien, l’Arménie (et, hors du monde indo-européen, le Caucase) ; s’il y a adjoint le monde nord-germanique, c’est simplement parce que du point de vue de la religion les autres secteurs du monde germanique ancien, christianisés plus tôt, ne fournissent guère de données. Et s’il a rappelé dans un passage de Jupiter, Mars, Quirinus la « prédominance marquée du type nordique » chez les Indo-Européens, ce n’est pas de la fascination, mais l’énoncé d’une évidence. Plus généralement, l’étude des religions, surtout quand elle est comparative, ne constitue pas, en général, une expérience du sacré : Julius Evola disait fort justement que la science est une connaissance morte de choses mortes. Principe qui souffre quelques exceptions, dont la plus notable est Mircea Eliade. Mais je ne sais si c’était le cas pour Dumézil.

     

    L’une des critiques qui revient de plus en plus souvent aujourd’hui chez divers chercheurs (Lincoln, Dubuisson, etc.) plus ou moins hostiles au principe même de la démarche dumézilienne, est que le mythologue aurait été trop soumis à une vision centripète et « platonicienne » des mythes. Qu’en pensez-vous ?

    Parmi les sycophantes qui se sont attaqués à Dumézil, il y a eu un peu de tout. Des gens animés par la passion politique, de véritables procureurs staliniens des procès de Moscou. Il y a eu aussi des fruits secs, incapables de produire quoi que ce soit d’original, qui se retranchent derrière la méthodologie, rideau de fumée qui masque leurs insuffisances, et leur permet de s’en prendre à ceux qui ont produit, avant que de leur production se dégage une méthode. Il est vrai que les reconstructions duméziliennes sont le plus souvent synchroniques, voire achroniques, en tout cas non historiques. Mais c’est inévitable dans un premier temps, tout comme pour les reconstructions linguistiques. C’est seulement dans un deuxième temps, et sur la base de données nouvelles, que l’on peut espérer parvenir, dans les cas les plus favorables, à une chronologie relative, voire à une datation. Il n’y a là rien de « platonicien », et moins encore de maurrassien !

     

    Comment définiriez-vous la notion de sanatana Dharma ?

    Le dharma sanatana : l’adjectif sanatana est un dérivé en –tana- (indo-européen *-t(e)no-, suffixe probablement issu d’un dérivé de la racine *ten- « tendre », « s’étendre »), bâti comme les adjectifs latins cras-tinus sur cras « demain » , diu-tinus sur diu « longtemps », matu-tinus sur * matu- « le matin », et leurs homologues grecs et lituaniens sur une forme adverbiale (non attestée) *sana, « jadis » (ou sens similaire), tirée de l’adjectif sana- « ancien, vieux » (latin sen-ex, etc.). Il signifie « originel », « qui se prolonge depuis l’origine ». Qualification paradoxale pour dharma, forme récente (le Rigvéda ne connaît que dharman-, avec le sens de « fait de maintenir, de se maintenir, maintien, comportement », et désignant une réalité qui l’est aussi : le système des castes (jati-) des droits et des devoirs correspondants, bien qu’il soit censé se fonder sur la structure même de l’univers, s’est constitué progressivement en Inde. Une première attestation figure dans un texte appartenant aux parties récentes du Rigvéda, où le terme utilisé est varna- « couleur (symbolique )» Mais la codification des droits et des devoirs de chacune des trois castes aryennes (les « deux fois nés ») et de la quatrième caste, non aryenne, la répartition de la vie des brahmanes en quatre périodes ne se fixent que dans les dharmasatra et dharmashastra, dont le plus connu est le Manava- dharmashastra, les « lois de Manou ». Naturellement, si l’on traduit sanatana par « éternel », la conception d’un dharma sanatana relève de l’illusion commune aux diverses sociétés traditionnelles sans écriture de la permanence de leurs institutions. Mais si l’on adopte une traduction comme « immémorial », « traditionnel », la conception apparaît justifiée : le système des quatre castes de l’époque classique provient effectivement de celui des trois varna de l’époque védique, et de la période précédente (indo-iranienne) ; système qui, à son tour, reflète la structure indo-européenne des trois fonctions et des trois couleurs –initialement cosmiques – qui leur sont associées : le blanc du ciel du jour, le rouge des deux crépuscules, le noir de la nuit.

     

    Vous avez préfacé la traduction française du livre de L. Kilian De l’ Origine des Indo-Européens (Labyrinthe, Paris 2000), où est défendue la thèse de l’origine paléolithique et nordique des IE. En quoi cette thèse vous semble-t-elle probable ?

    Ce que Lothar Kilian nomme, après Herbert Kühn et d’autres, l’origine paléolithique des Indo-Européens est une conception d’archéologues fondée sur des continuités constatées ou supposées entre diverses cultures préhistoriques d’Europe, et sur la constatation qu’aucune des cultures néolithiques ne correspond à la zone d’expansion des Indo-Européens. Le linguiste ne peut pas les suivre, pour la simple raison que le vocabulaire reconstruit comporte un certain nombre de termes qui attestent de façon claire la pratique de l’agriculture et de l’élevage, et l’utilisation du cuivre, ce qui correspond au néolithique récent ou âge du cuivre. D’autre part, une part notable de la tradition correspond manifestement à une société de l’âge du bronze (donc postérieure à la période commune), la « société héroïque » de la protohistoire. Mais « ne pas suivre » ne signifie pas « rejeter », bien au contraire : l’hypothèse paléolithique s’intègre dans une conception évolutive de la reconstruction, linguistique et culturelle. Elle donne consistance à un petit nombre de données linguistiques bien établies, mais difficilement explicables dans une culture du néolithique final, comme la place qu’y tient le vocabulaire de la chasse. La reconstruction des cultures est une entreprise pluridisciplinaire ; chaque discipline y apporte ce qu’elle peut apporter. Il en va tout autrement de l’hypothèse « nordiste ». Ici, l’étude des traditions, confirmée par l’interprétation de certains termes, comme la notion, rare dans les langues du monde, de « ciel du jour », indo-européen *dyew-, et l’absence, tout aussi exceptionnelle, d’une désignation du « ciel », et surtout l’équivalence entre termes relatifs au jour de vingt quatre heures et termes relatifs à l’année (la notion d’ »aurore(s) de l’année ») conduisent à chercher l’origine de cette part de la tradition indo-européenne bien plus loin vers le nord que ne le font les archéologues, Kilian inclus. En attendant une possible convergence, ni les uns ni les autres n’ont intérêt à s’autocensurer.

     

    Vous avez défendu l’hypothèse du type nordique comme type idéal, ce qui fait pousser des cris d’orfraie à certains que le concept même d’ethnie terrorise. Quels sont les principaux arguments à opposer aux tenants de plus en plus nombreux d’une vision centrifuge et dissolvante de cette recherche des origines ?

    Qu’il y ait eu chez les Indo-Européens un « type idéal », celui de leurs héros et de leurs Dieux, est une évidence : tous les peuples en ont un, qui correspond naturellement au type dominant (par le statut, sinon par le nombre). Xénophane de Colophon en tirait un argument en faveur du relativisme en matière de religion : « les Ethiopiens se représentent leurs Dieux noirs et avec un nez épaté, les Thraces leur prêtent des yeux bleus et des cheveux roux. » Grâce au réalisme de l’art classique, et plus encore de l’art hellénistique, nous savons parfaitement comment les Grecs se représentaient leurs Dieux et leurs héros, en quels termes ils en faisaient le portrait ; et, plus tard, comment les physiognomonistes ont décrit le « Grec véritable », par opposition aux métèques, esclaves, etc. : il est à l’origine semblable aux barbares du nord. Comme chez eux, le type nordique domine dans la couche supérieure de la population. Tout cela est bien connu depuis plus d’un siècle ; la formule de Dumézil à laquelle je faisais allusion précédemment résume les conclusions auxquelles les chercheurs étaient parvenus à l’époque. Ce n’est pas l’étude des momies du bassin du Tarim (Xin-jiang), parmi lesquelles le type nordique est bien représenté, qui risque de les infirmer. Mais à quoi bon opposer des arguments aux négateurs d’évidence ? A ceux qui refusent d’admettre ce qui ne va pas dans le sens de leur argumentaire, et surtout de leurs objectifs, avoués ou inavoués ? Comme l’un des objectifs majeurs de l’idéologie dominante est le métissage des peuples d’Europe à partir de populations africaines et asiatiques, l’évidence leur est inacceptable. A leurs yeux, plus on apporte de preuves et de témoignages, plus on aggrave son cas, ainsi qu’il arrive en d’autres occasions.

     

    Peut-on dire que le fondement de la « Tradition » indo-européenne consisterait en une religion de la vérité ?

    Ce que j’ai nommé, à tort ou à raison, « religion de la vérité », en donnant à religion sa valeur originelle de « scrupule qui inhibe, qui retient », ne représente pas, tant s’en faut, l’ensemble de la tradition indo-européenne, et ne tient qu’une part modeste dans la religion proprement dite, même si, dans le monde indo-iranien, le vocabulaire du culte (les nombreux dérivés de la racine *yaž- « ne pas offenser ») est fondé sur le « culte négatif » ; bien moins, par exemple, que les trois fonctions duméziliennes. Elle correspond à un ensemble de règles de comportement (respect des engagements contractuels, de la justice distributive, etc.), qui ne valent initialement que pour les chefs dans leurs rapports avec d’autres chefs de la même ethnie. L’hymne avestique à Mithra (yašt 10) en fournit une bonne illustration. Elle ne s’étend aux rapports internes du groupe que dans la « société héroïque » de la période finale de la communauté indo-européenne, et surtout dans les périodes suivantes ; périodes où les rapports contractuels qui lient le seigneur et ses hommes, qu’il a recrutés hors de son lignage et parfois même de sa tribu, l’emportent sur les liens naturels, ceux du lignage. Une telle société est par nature instable : aucune communauté ne peut reposer durablement sur des base contractuelles, en dépit du mythe rousseauiste du « contrat social ». Bien vite, les liens lignagers reprennent leur importance. Par exemple, au Moyen Age, on voit des jeunes compagnons quitter le compagnonnage seigneurial pour s’établir, se marier, et recevoir de leur seigneur un fief viager qui peut devenir à son tour un bien héréditaire. Au plan religieux, le « culte négatif », consistant à « ne pas offenser » la divinité, « ne pas violer » (ses engagements, etc.) s’accompagne toujours d’un « culte positif » consistant en sacrifices, rites, prières, etc.

     

    Société 2:  Dharma, ou la question de nos origines indo-européennes. Entretien avec Jean Haudry

     

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    Aimer le sexe grâce à Weight Watchers?

     


    Une campagne publicitaire australienne mêle étrangement poids et plaisir au lit, comme si les femmes rondes ne pouvaient être fières de leur corps et en tirer du plaisir.

     

    Par Joanie Pietracupa du magazine Châtelaine

     


    Il y a deux semaines, je suis tombée un peu par hasard sur une nouvelle publicité pour la campagne Weight Watchers Black récemment lancée en Australie. Dans la vidéo tournée en noir et blanc, on aperçoit des femmes rondes parler à la caméra, le visage grave et leurs bras camouflant tant bien que mal leurs courbes (pas si) généreuses, dire des choses comme «On n’a jamais fait l’amour complètement nus parce que je ne supportais pas l’idée qu’il voit mon corps en entier» ou «Au lit, je n’arrivais pas à lâcher prise, je ne faisais que penser à mon ventre». Évidemment, ces confessions et ces mines affligées sont accompagnées par une musique de fond au piano, parce qu’il faut bien dramatiser le tout, pas vrai? Il s’agit d’un sujet sé-ri-eux, semble vouloir dire Weight Watchers.

     

    Société 2:  Aimer le sexe grâce à Weight Watchers?

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    Sur le coup, j’ai un peu ri. Comme si le fait de se sentir gênée ou mal à l’aise dans la chambre à coucher était réservé aux femmes qui souffrent d’embonpoint! Premièrement, c’est archi faux. F-A-U-X. Je connais une tonne de femmes enveloppées, moi la première, qui sont confiantes et qui prennent leur pied au lit. Deuxièmement, oui, c’est vrai, plusieurs personnes sont trop complexées pour se dénuder entièrement ou pour se laisser aller au plaisir charnel. Mais savez-vous quoi? C’est une question d’insécurité par rapport à soi-même (son apparence, sa personnalité, ses valeurs, ses compétences) et pas seulement par rapport à son poids. Il existe beaucoup de femmes minces qui n’apprécient pas les relations sexuelles parce qu’elles n’ont pas une grande estime d’elles-mêmes. Pour aimer le sexe, il faut avoir confiance en soi et en son (ou sa) partenaire. Et ce, peu importe de quoi on a l’air.

     

     

    J’ai regardé à nouveau la vidéo et là, je ne riais plus. Mais quelle publicité ambiguë, qui utilise l’insécurité féminine et le fat-shaming pour faire vendre! Qui donc parmi l’équipe marketing de Weight Watchers s’est dit que c’était une bonne idée de se servir de la vie sexuelle des rondes comme argument de vente? Qu’il s’agissait du meilleur moyen de motiver les femmes enrobées à perdre du poids?


    Car ne nous y méprenons pas: la campagne de Weight Watchers a beau convoquer de manière éhontée le body-positivisme en multipliant les mots-clics comme #LoveYourself dans sa vidéo, cela ne suffit pas à en faire une publicité positive et inspirante. Le sous-entendu est à peine masqué: être ronde vous empêche d’avoir une vie sexuelle épanouie, parce qu’aucune femme qui a un surplus de poids ne peut (et, surtout, ne devrait) être à l’aise avec son corps, indésirable et indésiré, bien entendu. D’un côté, la campagne nous incite à nous accepter pour mieux nous libérer de nos complexes, et de l’autre, elle nous encourage à transformer notre corps pour mieux correspondre aux critères de beauté véhiculés par la société.


    La bonne nouvelle, c’est que la publicité a été retirée par Weight Watchers, qui a avoué au site Mumbrella «avoir fait beaucoup d’erreurs dans cette campagne». Et c’est peu dire! Ce que je trouve déplorable, c’est que la compagnie se la joue pro-body-positivisme, alors qu’en réalité, c’est dans l’ADN de la marque de vendre du bonheur en vantant les mérites de la minceur, et ce, depuis ses touts débuts en 1963. Je préfère, et de loin, les compagnies authentiques qui véhiculent des messages francs aux initiatives faussement positives et carrément dégradantes. Weight Watchers, je t’en prie, concentre-toi sur ton rôle de gourou du régime et arrête de surfer sur la vague de la diversité corporelle pour faire mousser tes ventes. De toute façon, tout le monde y voit clair, les femmes rondes qui aiment le sexe les premières.

     

     

    Société 2:  Aimer le sexe grâce à Weight Watchers? + vidéo

     

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    Le mannequinat taille plus : entrevue avec

    Precious Lee et Tara Lynn

     


    Quand je les ai aperçues en entrant dans le studio, j’ai eu le souffle coupé. Elles sont encore plus sublimes qu’en photo. Elles sont souriantes et chaleureuses, et surtout, elles sont inspirées et inspirantes. Entretien avec Precious Lee et Tara Lynn.


    Joanie Pietracupa du magazine Châtelaine

     

    Ce n’est un secret pour personne : j’aime admirer les belles femmes, surtout si elles ont des courbes voluptueuses et que je peux m’identifier à elles. Et je suis pas mal certaine de ne pas être la seule à me sentir inspirée par leur silhouette enrobée, leur sex-appeal assumé et leur confiance débordante. Voilà pourquoi je trouve aussi important que les mannequins taille plus occupent de plus en plus de place dans les médias d’ici et d’ailleurs. Et pourquoi j’ai répondu un «ouiii!» enthousiaste lorsqu’on m’a proposé d’interviewer les top-modèles Precious Lee et Tara Lynn lors d’une séance photo pour la campagne de publicité printanière d’Addition Elle.

     

    Société 2:  Le mannequinat taille plus : entrevue avec Precious Lee et Tara Lynn

    Photo: Tara Lynn/Addition Elle

     


    Vous avez récemment défilé pour Addition Elle à la Semaine de mode de New York. Comment avez-vous vécu cette expérience?


    Precious Lee Je me suis sentie tellement bien dans ma peau et heureuse d’être là! J’avais l’impression d’être à ma place et de faire une réelle différence.


    Tara Lynn J’ai toujours adoré parader sur les passerelles. C’était particulièrement réjouissant de le faire en sous-vêtements, aux côtés d’autres jolies filles taille plus, avec mes bourrelets et ma cellulite bien à la vue de tous! (Rires) On s’est entraidées, encouragées, soutenues… C’était à la fois inspirant et énergisant!

     

     

    Société 2:  Le mannequinat taille plus : entrevue avec Precious Lee et Tara Lynn

    Photo: Precious Lee/Fashion Bomb Daily Style Magazine

     


    Que pensez-vous du mouvement pro-diversité qui gagne en ampleur?


    Tara Lynn On attendait ce mouvement depuis très longtemps, nous, les femmes rondes. Et cette «révolution taille plus» sera là pour rester. Enfin, je l’espère de tout cœur!


    Precious Lee Je pense moi aussi que beaucoup de filles souhaitaient ardemment ce tournant. Moi la première! Je me sens honorée de faire partie d’une telle révolution.


    Croyez-vous qu’on a encore beaucoup de chemin à faire?


    Precious Lee Assurément! Cependant, je crois que beaucoup de choses ont changé en peu de temps. Ça me donne donc de l’espoir pour la suite.


    Tara Lynn Oui, évidemment! Les femmes rondes sont encore exclues de la majorité des discussions sur la diversité corporelle. Et puis il y a cette idée selon laquelle tous les mannequins grande taille devraient se ressembler, un peu comme les top-modèles de taille «ordinaire». On ne devrait pas être trop grosses ni trop minces, nos courbes devraient être bien proportionnées et notre taille effilée… Ce n’est pas aussi facile qu’on le croit d’entrer dans le moule de la parfaite femme ronde!

     

     

    Société 2:  Le mannequinat taille plus : entrevue avec Precious Lee et Tara Lynn

    Photo: Tara Lynn/Fashion Gone Rogue


    Avez-vous toujours été aussi sûres de vous?


    Tara Lynn Oh non! J’étais très consciente de ma différence quand j’étais enfant. C’est dans ma jeune vingtaine que j’ai enfin appris à accepter mon corps tel qu’il est. J’ai réalisé que c’est la seule enveloppe corporelle que j’ai, alors aussi bien apprendre à l’aimer, non? J’ai aussi commencé à m’entraîner, ce qui a contribué à me faire me sentir mieux dans ma peau, à me rendre plus forte et plus musclée… C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai décidé de prendre contact avec une agence de mannequins et de tenter ma chance comme top-modèle taille plus. Mon conseil aux jeunes filles et aux femmes qui manquent d’estime d’elles-mêmes: trouvez ce qui vous rend uniques sur le plan physique et cherchez à mettre ces atouts en valeur chaque jour.


    Precious Lee Incroyable mais vrai, j’ai toujours été hyper confiante. Mes parents, des gens remarquables, m’ont appris à avoir une bonne estime de moi et à m’aimer telle que je suis. Ils m’ont aussi enseigné à ne pas entretenir de pensées négatives par rapport à la vie, aux autres ou à moi-même. Ça a changé ma façon de voir le monde – et de me percevoir dans ce monde.

     

     

    Société 2:  Le mannequinat taille plus : entrevue avec Precious Lee et Tara Lynn

    Photo: Precious Lee/Addition Elle


    Comment gérez-vous les critiques à votre égard?


    Tara Lynn Il y aura toujours des fans un peu trop zélés qui se permettront de nous faire savoir sur les réseaux sociaux qu’on a pris ou qu’on a perdu un peu trop de poids à leur goût, ou alors qu’ils ne nous trouvent pas jolies sur telle ou telle photo. Mais je m’en fous. Je me sens belle et bien dans ma peau, et j’ai une grande confiance en moi. C’est tout ce qui compte à mes yeux.


    Precious Lee J’ai la chance d’avoir une tonne d’abonnés Instagram hyper fidèles et solidaires. Ils me parlent comme si on était de grands amis ou qu’on se connaissait depuis toujours; j’adore ça! Autrement, j’essaie très fort de ne pas me laisser affecter par les critiques.


    Psitt! Suivez-les sur Instagram @preciousleexoxo et @taralynn!

     

     

    Société 2:  Le mannequinat taille plus : entrevue avec Precious Lee et Tara Lynn

     

     

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    Partir sans mot dire

     


    Geneviève Pettersen signe une chronique sur le décès de sa grand-mère.

    Geneviève Pettersen du magazine Châtelaine

     

    Je suis passée devant le foyer de vieux de ma grand-mère un peu plus tôt ce mois-ci. Ça fait un an et demi qu’elle est morte. Elle habitait dans un CHSLD à Québec. À Charlesbourg, si vous voulez vraiment savoir. Dans ma tête, l’endroit où elle a vécu les dernières années de sa vie est l’un des plus déprimants sur Terre. On arrivait devant une portée barrée. Pour se faire ouvrir, on devait dire dans l’interphone le nom de la personne qu’on venait visiter. Ça grichait. Fallait se reprendre à deux fois, parfois trois, pour que l’infirmière de garde comprenne qui on était venu voir. Jacqueline Blanchette. C’était son nom.

     

    On entrait par la cafétéria. Je faisais bien attention de ne jamais y aller à l’heure des repas. J’étais incapable de sentir et de voir les plats qu’on servait aux locataires. Surtout, j’avais peur que Mamie m’invite à dîner avec elle. Impossible pour moi d’avaler un pâté au saumon sans sel ou de goûter aux spaghettis trop cuits. Je n’avais pas envie de discuter avec ses voisines et voisins de table, de leur répéter pour la énième fois ce que je faisais dans la vie et de répondre à leurs 32 questions sur mes enfants.

     

    Société 2:  Partir sans mot dire

    Photo: Getty Images


    Par contre, j’aimais bien aller voir les perruches dans le petit salon juste à côté de la salle à manger. On s’assoyait là ensemble, ma grand-mère et moi, et on essayait de les faire sortir de leur cage. La jaune restait cachée au fond et voulait nous mordre dès qu’on tentait de la prendre. La bleue, elle, était plus docile. Elle se rebiffait au début mais, invariablement, elle finissait par grimper sur mon index tendu. Je pouvais ensuite la sortir et la flatter. Je la laissais même se promener sur mon épaule. Mais pas Jacqueline. Elle avait peur que l’oiseau lui fasse caca dessus.


    Après, on allait dans son appartement. Il fallait prendre le corridor, monter dans l’ascenseur, appuyer sur le bouton du deuxième étage et passer devant les chambres des autres pensionnaires. Mamie en profitait pour me révéler tous leurs secrets: madame Unetelle dégage une odeur pestilentielle parce qu’elle a eu une stomie et que son sac est toujours mal installé, monsieur Chose s’est fait voler ses alliances par le nouveau préposé aux bénéficiaires, la famille du couple installé dans l’appartement du fond ne vient jamais le visiter, même pas à Noël.


    Je marchais dans le corridor et plus j’avançais, plus j’étouffais. Je souriais à ma grand-mère tout en priant pour ne jamais finir mes jours dans un endroit comme celui-là. Pas qu’on s’occupait mal d’elle ou que c’était laid ou sale. J’angoissais parce que je savais que tout ce babillage, cette façon qu’elle avait de jaser de la pluie et du beau temps n’était qu’une manière d’éviter le vrai sujet, celui dont on aurait dû parler, celui de sa mort imminente.


    On l’avait installée au CHSLD pour qu’elle puisse mourir «en sécurité». Tout le monde le savait, elle en particulier. Pourtant, elle n’abordait jamais le sujet. Moi non plus. Même la dernière fois que j’ai discuté avec elle, on n’a rien dit. C’était au téléphone. Elle était à l’hôpital et il ne lui restait que quelques heures à vivre. Elle m’a appelée, m’a raconté qu’il faisait beau à Québec et m’a demandé si l’enfant que je portais était une fille ou un garçon. Je l’ignorais à ce moment. Je lui ai répondu que, d’après mon intuition, c’était une fille. Je me suis trompée. Elle ne le saura jamais. Elle est morte le lendemain matin. Elle est décédée en parlant de la canicule qu’annonçait MétéoMédia pour la Saint-Jean-Baptiste cette année-là. Elle est partie en déclarant que le paquet de 12 rouleaux de papier de toilette était en spécial le lendemain chez Jean Coutu. Elle a fermé les yeux en regardant Denis Lévesque dans sa chambre d’hôpital. De sa mort, elle n’a jamais rien dit. Et moi non plus.

     

     

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