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    Ne touchez pas à mes week-ends !

     

    «Le vendredi soir, mes week-ends sont remplis de promesses. Ils se présentent comme une longue plage de possibles», écrit notre rédactrice en chef Johanne Lauzon. Mais entre le vendredi et le dimanche, la banalité prend trop souvent le dessus, constate-t-elle.


    Johanne Lauzon de Chatelaine

     

    Le vendredi soir, mes week-ends sont remplis de promesses. Ils se présentent comme une longue plage de possibles. De soupers complices, de sorties nourrissantes… et de petites victoires de nature domestique (le robinet qui coule sera enfin réparé, les fleurs qui attendent d’être transplantées depuis mai seront en terre…).

     

    Société 3:  Ne touchez pas à mes week-ends !

    Photo: iStock

     

    Seulement, je me retrouve souvent déçue le dimanche soir. Et le fichu robinet de la cuisine qui coule toujours.


    Entre le vendredi et le dimanche, la banalité a pris le dessus. L’épicerie, la lessive, le ménage, les corvées autour de la maison et les rides de taxi gratis à mes enfants. Et c’est sans compter les courriels-en-attente-d’une-réponse qui me font sortir du lit aux aurores le samedi.


    Tout ce que je peux échafauder comme rêves, des plus fous aux plus accessibles, s’écroule comme un château de cartes. On ne parle pas ici d’un aller-retour à Londres, mais d’une promenade au Jardin botanique ou de la visite d’une expo. Je cherche à rendre ces deux jours de congé mémorables pour ma famille – bonjour la pression! Une confidence: je ne suis pas à la hauteur. Ou rarement.


    C’est que mes fins de semaine ne m’appartiennent plus. Et je ne suis pas la seule, ai-je constaté à la lecture du bouquin de l’auteure et journaliste torontoise Katrina Onstad, The Weekend Effect (HarperCollins).


    «Travailler plus qu’il y a une décennie est la norme pour la plupart des employés, et ces appareils conçus pour nous faire gagner du temps ne font que nous en arracher davantage. Le week-end est devenu une extension de la semaine de travail, ce qui par définition signifie qu’il n’est plus un week-end», écrit-elle.


    Les frontières entre boulot et «temps libre» s’effritent. La déception nous attend donc au tournant du samedi soir: la maison est un tel bazar qu’on n’a pas invité les amis…


    Bien sûr, nous manions encore la moppe et le plumeau plus souvent que nos chums. Mais ce n’est pas tant une question de partage des tâches que d’attentes démesurées qu’on a envers nous-mêmes. Nous cherchons à distiller du merveilleux dans nos week-ends, à nous rendre tout entières disponibles à nos rejetons. Nous voulons ainsi nous excuser de notre manque de présence, émotionnelle ou physique, tout au long de la semaine, juge Katrina Onstad.


    Quand les parents ont l’impression de ne pas passer assez de temps avec leurs enfants, ils sont plus anxieux ou plus tendus, avance le sociologue Scott Schieman de l’Université de Toronto, qui s’intéresse à la conciliation travail-famille dans le cadre d’une étude échelonnée sur plusieurs années. «Il y a une certaine idée nostalgique autour des fins de semaine, qui devraient rester protégées», a-t-il dit à la journaliste.


    Pourquoi toujours cette peur de ne pas en faire assez? L’entrée massive des femmes sur le marché du travail au cours des 40 dernières années aurait pu se traduire par une chute du nombre d’heures passées avec les enfants. Or, il n’en est rien, selon de récentes recherches menées à l’Université du Maryland. Les mères d’aujourd’hui sont aussi présentes que celles des années 1970, même si à l’époque seulement une fraction d’entre elles travaillaient à temps plein.


    Alors, où trouvons-nous ces heures? Nous grignotons sur le temps de sommeil et de loisir. En d’autres mots, nous négligeons nos propres envies pour donner davantage de temps à nos filles et nos garçons. «Mais pourquoi au juste?» se demande Katrina Onstad, qui fait mention d’études ayant analysé l’agenda de mères. Le temps consacré à leurs enfants de 3 à 11 ans n’a pas eu d’effet sur les succès scolaires ou le bien-être psychologique de ces derniers. La qualité des interactions de la mère avec sa progéniture (chaleur, douceur, sensibilité…) serait d’ailleurs plus importante que le nombre de minutes investies.


    Si la cadette a un entraînement de soccer, il n’est peut-être pas nécessaire de rester là à l’attendre. «Quand ils font leurs choses, faites donc les vôtres. Apportez un livre. Faites une promenade. Et répétez cette phrase: “Je te vois dans deux heures”», lance avec humour l’auteure.


    La journaliste et maman d’une fille et d’un garçon termine son bouquin par un «manifeste pour un bon week-end». Elle nous invite à nous connecter aux autres – en personne, pas par l’entremise des réseaux sociaux –, à faire du bénévolat, à jouer, à explorer la nature, à partir à la recherche de la beauté et surtout… à en faire moins. Moins de magasinage, moins de ménage, moins de supervision d’enfants.


    «Ne faites pas de plan, faites de la place», conclut-elle. Je compte bien mettre tout ça en pratique dès le week-end prochain. Promis, je ne ferai même pas de to do list. En attendant les grandes vacances, je vous souhaite de superbes fins de semaine! Pas trop remplies, de grâce.

     

     

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    C’est pas la faute à Facebook

     


    Facebook est un réseau public depuis 11 ans, Twitter a soufflé tout autant de bougies et Instagram compte sept années d’existence. Il n’y a aucun doute : notre lune de miel avec eux est finie. Mais les réseaux sociaux sont-ils réellement la cause de nos problèmes ? se demande l’animatrice et chroniqueuse Lili Boisvert.


    Par Lili Boisvert du magazine Châtelaine

     

    J’aime les réseaux sociaux. En tant qu’animatrice et chroniqueuse, je m’y fais critiquer quasi quotidiennement, je m’y fais insulter régulièrement, on m’y harcèle et j’y reçois aussi de temps à autre des menaces. J’aimerais pouvoir affirmer que je suis toujours au-dessus de tout ça et que ça ne m’affecte pas, mais ce serait mentir. La vérité, c’est que, comme c’est le cas pour bien des gens, les réseaux sociaux peuvent représenter pour moi une source de stress. Pourtant, je continue de les trouver merveilleux et je reste fermement convaincue qu’ils représentent un progrès social.

    Je tiens donc à les défendre un peu, parce qu’ils sont accusés de plusieurs maux ces temps-ci (j’ai vu ça sur Facebook). On leur reproche beaucoup de choses – l’élection de Donald Trump, favorisée par le déploiement de fausses nouvelles, n’étant pas la moindre.

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook

    Photo: iStock

     

    Je vois aussi de plus en plus de personnes à boutte qui annoncent des retraits temporaires ou définitifs des réseaux sociaux pour préserver leur santé mentale.

    On dit des réseaux sociaux qu’ils créent des conflits, qu’ils sont des vecteurs de haine et d’intimidation, qu’ils forcent la censure des artistes et des humoristes qui y déclenchent des controverses et qu’ils créent des bulles artificielles contre la dissonance cognitive.

    Facebook est un réseau public depuis 11 ans, Twitter a soufflé tout autant de bougies et Instagram compte sept années d’existence. Il n’y a aucun doute : notre lune de miel avec eux est finie. Mais les réseaux sociaux sont-ils réellement la cause de nos problèmes ?


    Reproche #1 La méchanceté

    Il est assez difficile de ne pas remarquer la méchanceté qui sévit en ligne. De toute évidence, plusieurs internautes, anonymes ou pas, sont plus désinhibés sur les réseaux sociaux que dans la réalité. Ils se permettent davantage d’insulter les autres ou de les harceler.

    Il est probablement vrai que la distance créée par nos écrans et nos claviers nous rend moins sensibles dans nos interactions. Toutefois, il faut admettre que l’intimidation et la haine existaient bien avant la naissance de Mark Zuckerberg.

    Et si l’on peut se montrer plus ouvertement méchant sur Internet, on peut tout autant l’être dans la vraie vie, de manière moins directe, mais aussi efficace. La politesse dont on fait preuve dans un face-à-face peut n’être qu’un masque de respect.

    Une personne qui est haineuse dans une section « Commentaires » ne l’est pas nécessairement moins IRL [1]. Elle peut n’être que plus politico-correctement haineuse.

    Or, s’il y a une chose qui m’enthousiasme follement sur les réseaux sociaux, c’est la possibilité que nous avons désormais de documenter la haine à grande échelle comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité.

    Avant, quand une personne subissait un comportement haineux ou discriminatoire dans la vie, elle ne pouvait pas toujours démontrer factuellement ce qui venait de lui arriver, surtout si l’agression était subtile. Maintenant, en ligne, on peut faire une capture d’écran et littéralement compiler les exemples de harcèlement, de haine ou de mépris vécus et les brandir à la face du monde.

    Dans la vraie vie, on ne peut pas photographier la méchanceté. Sur le web, oui.[2]

    Un autre bon côté des réseaux sociaux : des gens qui étaient isolés auparavant peuvent désormais accéder à des communautés en ligne qui ont les mêmes expériences et les mêmes idées qu’eux.

    Si je prends mon cas, par exemple, quand j’ai commencé à être féministe vers la fin de l’adolescence, j’étais la seule féministe que je connaissais. Ç’a été le cas pendant des années, jusqu’à ce que j’entre en contact avec d’autres féministes en ligne avec qui j’ai pu échanger et discuter.

    Je suis convaincue que ce n’est pas un hasard si, ces dernières années, on entend tellement parler d’intimidation, de racisme, de sexisme et d’autres problèmes sociaux. Je suis persuadée que c’est grâce aux réseaux sociaux – qui portent d’ailleurs très bien leur nom.

    Oui, il y a beaucoup de méchanceté en ligne, mais il y a aussi beaucoup de solidarité.


    Reproche #2 Les bulles et les conflits

    Un autre problème qu’on associe aux réseaux sociaux est qu’ils créent des bulles, des communautés qui « pensent pareil » et que les internautes s’en trouvent moins souvent exposés à des idées qui les dérangent. Ils nous éviteraient toute dissonance cognitive (l’inconfort mental qui survient lorsqu’on est heurté dans nos valeurs), qui peut avoir comme effet positif de susciter chez nous des remises en question ou de favoriser notre ouverture d’esprit. Les algorithmes sont pointés du doigt.

    Or, en même temps, on reproche aux réseaux sociaux de générer des conflits à la tonne. Trolls, threads, flaming… un jargon a carrément été inventé pour parler des chicanes en ligne.

    Les deux reproches, donc, se contredisent.

    Si les deux réalités coexistent, c’est parce qu’il y a deux manières d’utiliser les réseaux sociaux. D’un côté, il y a les gens qui les utilisent pour éviter les conflits : ils vont créer des safe spaces, cesser de suivre les gens avec qui ils ne sont pas d’accord et bloquer leurs trolls.

    De l’autre, il y a ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour faire voyager leurs idées le plus possible, qui vont garder leur profil public et tolérer les disputes et les microagressions. L’intérêt (un peu masochiste) de jeter son dévolu sur cette deuxième option est de maintenir la possibilité que chaque publication devienne virale (joie !), mais ça vient aussi avec des inconvénients (se chicaner, se faire troller, etc).

    Nous opterons pour l’une ou l’autre de ces options en fonction de notre désir de nous faire entendre, de l’état de notre santé mentale, de notre seuil de tolérance et de notre réalité socioéconomique (nous ne sommes pas tous égaux devant le harcèlement et les microagressions sur les réseaux sociaux, et certains types de personnes sont plus ciblés que d’autres).

    Cela étant dit, parlons maintenant des médias traditionnels. Car, encore une fois, les bulles contre la dissonance cognitive existaient bien avant l’arrivée de l’oiseau bleu et des pouces en l’air.

    Le fait est que les médias traditionnels ont toujours été des communautés d’esprit. Les salles de nouvelles ont toujours été peuplées d’individus qui se ressemblent (majoritairement des personnes blanches, majoritairement des hommes et majoritairement des gens éduqués), qui ont tendance à penser sensiblement de la même manière parce qu’ils ont des expériences de vie plutôt similaires. Sans compter que les médias sont financés pour la plupart par des intérêts privés et que cela crée aussi des contraintes subtiles en ce qui a trait à leur ligne éditoriale, même s’ils s’en défendent.

    Auparavant, les médias traditionnels représentaient le contre-pouvoir officiel qui donnait de la rétroaction aux grands de ce monde, aux politiciens, aux entreprises, aux producteurs de contenus culturels et aux vedettes. Ils donnaient la parole « au peuple », mais ils exerçaient un filtrage. Ils sélectionnaient avec parcimonie les gens qu’ils faisaient parler dans leurs pages et leurs micros.

    Maintenant, les médias traditionnels ne sont plus le seul chien de garde. N’importe qui avec une connexion Internet peut donner son opinion publiquement, blanc ou pas, homme ou femme, éduqué ou non.

    C’est d’ailleurs cette rétroaction hyper diversifiée qui exaspère plusieurs influenceurs…


    Reproche #3 La censure


    Oui, les réseaux sociaux ont des politiques qui censurent certains messages et certaines images sur leur plateforme où des publications seront supprimées selon des critères arbitraires.

    Sauf que, lorsqu’un artiste ou un humoriste exaspéré crie à la censure parce qu’il se fait critiquer sur les réseaux sociaux, il s’égare. Il n’est pas censuré : il fait tout simplement face à la force de la démocratie au XXIe siècle.

    Les réseaux sociaux sont des tribunes populaires. Ils forment une immense agora. Et lorsqu’une masse critique d’internautes se met à considérer le discours d’un artiste comme inacceptable, parce que les mœurs sont en train de changer, alors l’artiste doit soit s’adapter, soit accepter de déclencher des controverses. Mais si le choix est fait de changer de discours, ce n’est pas de la censure, c’est un calcul coût/bénéfice.

    Évidemment, lorsqu’on fait le choix de lire les commentaires, cela peut être éreintant.

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook


    En 2013, j’interviewais l’ex-animateur de Radio-Canada Simon Durivage et il m’avait dit ceci, qui illustre à merveille le rapport qu’entretiennent plusieurs personnalités publiques avec ces plateformes : « Twitter, on dit que ça nous amène dans la rue avec les gens. Sauf que ça nous amène aussi dans la cuisine des gens. Et les fenêtres sont ouvertes, et on me crie après pendant que je parle. »

    La différence entre le « avant » et le « après » l’apparition des réseaux sociaux, ce n’est pas que les gens ne protestaient pas en écoutant les artistes, les politiciens, les entreprises et les animateurs dans leur cuisine avant les années 2000. C’est juste que les fenêtres étaient fermées et qu’on n’entendait pas…

    Quoi qu’il en soit, que le blâme soit légitime ou pas, être critiqué et trollé, ce n’est pas être censuré.

    En tant que nouveau contre-pouvoir, les réseaux sociaux doivent devenir plus responsables et plus imputables. On doit pouvoir contrer la propagation de fausses nouvelles et connaître les effets des algorithmes sur nos vies. Toutefois, les réseaux sociaux ne sont que des courroies de transmission. Des courroies plus efficaces qu’aucune autre auparavant, que ce soit le téléphone, le télégramme ou la domestication des chevaux… Mais des courroies quand même.

    Or, la cause d’un problème n’est pas toujours sa courroie de transmission. Il faut souvent aller à la source pour repérer la bonne cible : l’humain derrière l’écran. Quand c’est lui le problème, rien ne sert de tirer sur le messager. 

     

    [1] Abréviation de In real life, en français : dans la vraie vie.

    [2] Si vous ne savez pas comment faire, ce sont les touches cmd+majuscule+4 sur Mac et Alt + Print Scrn sur PC.

     

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook

     

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    La « toute petite » violence

     

     

    Dans ce récent portrait de l’Observatoire des tout-petits, on y apprend que « près de la moitié des enfants âgés de 0 à 5 ans auraient subi de la violence physique mineure ou des agressions psychologiques répétées au cours de la dernière année. » Une statistique qui a fait sursauter notre chroniqueuse Marianne Prairie.

     

    Par Marianne Prairie du magazine Châtelaine

     

    Je ne peux pas passer à côté d’une importante publication dévoilée par l’Observatoire des tout-petits et qui a beaucoup fait jaser la semaine dernière. Ce premier portrait détaillé annuel des enfants québécois de 0 à 5 ans s’intéresse plus précisément aux environnements dans lesquels ils grandissent. Ce document fascinant regroupe des statistiques qui proviennent de recensement, de données administratives et d’enquêtes sur la population.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Photo: iStock


    On y apprend entre autres que les tout-petits forment 6,5% de la population québécoise et qu’ils vivent majoritairement en ville (81%). Le modèle de la famille dite « intacte » prévaut toujours, 8 enfants sur 10 habitent avec leurs deux parents biologiques ou adoptifs et la fratrie issue de cette union.


    Parmi les faits marquants, notons l’amélioration de la situation économique des familles et de la scolarité de la mère à la naissance, des facteurs qui impactent de façon positive le développement des enfants. On constate également que les pères se prévalent de plus en plus du Régime québécois d’assurance parentale, permettant d’augmenter le bien-être de toute la famille et le lien papa-enfant. Les politiques sociales relatives au congé parental auraient entraîné une hausse du nombre de mères qui allaitent leur enfant jusqu’à l’âge de 6 mois. Ça fait du bien de le répéter, t’sais, d’un coup que certains doutaient encore du bien-fondé du RQAP!

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    Dans les faits préoccupants, le logement inabordable et l’insécurité alimentaire sont des risques à surveiller pour encore trop de jeunes enfants. Environ 94 000 tout-petits vivent dans des milieux défavorisés. Mais ce n’est pas la pauvreté et les familles les plus vulnérables qui ont monopolisé les conversations. Évidemment que non. Même à quelques semaines de Noël. Quand est-ce que ces sujets créent des débats publics, hein?

     

    Ce sont plutôt des chiffres sur la conduite parentale à caractère violent qui ont surpris et confronté bon nombre de parents, et je m’inclus là-dedans. C’est ce que nous apprend l’Institut de la statistique du Québec citée dans ce rapport de l’Observatoire des tout-petits. Près de la moitié des enfants âgés de 0 à 5 ans auraient subi de la violence physique mineure ou des agressions psychologiques répétées au cours de la dernière année.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    Un enfant sur deux, victime de violence? Cela m’est paru énorme, voire impossible! Mais de quoi parle-t-on au juste?


    « La violence physique mineure implique une punition corporelle comme secouer ou brasser un enfant (si l’enfant a 2 ans ou plus), lui taper les fesses à mains nues, lui donner une tape sur la main, le bras ou la jambe ou le pincer.


    Le concept d’agression psychologique renvoie au fait de crier ou hurler après un enfant, de jurer après lui, de menacer de le placer en famille d’accueil ou de le mettre à la porte, de menacer de le frapper (sans le faire) ou encore de l’humilier en le traitant par exemple de stupide, de paresseux ou de tout autre nom de même nature. »


    Quand j’ai pris connaissance de ces définitions, j’ai eu un choc : il m’arrive de faire subir ces choses à mes enfants quand j’arrive au bout de ma patience, de ma fatigue, de mes ressources. Parfois, je crie. J’ai déjà serré des bras et tapé une fesse ou deux. Chaque fois, je me sens tout croche, je me hais et je m’excuse.


    Ensuite, une question m’est venue en tête : « Combien? » À combien d’incidents franchit-on le seuil de la conduite parentale à caractère violent? À combien de tapes ou de cris est-on considéré comme un parent ayant un comportement à risque pour son enfant?


    C’est là que j’ai eu un deuxième choc.


    Pour la violence physique mineure, le rapport indique qu’il suffit d’une fois au cours de la dernière année. Et en ce qui concerne l’agression psychologique, on la considère comme «répétée» à partir de trois fois au cours de la même période.


    Je n’arrivais pas à y croire mais, selon ces critères, je suis un parent ayant une conduite parentale violente. Ma première réaction a d’ailleurs été le déni : nope, nope, nope. Moi, femme éduquée et bien entourée, mère aimante et généreuse avec ses enfants, auteure et chroniqueuse sur la famille de surcroît, je ne pouvais me trouver du « mauvais bord » des statistiques. Je ne suis jamais dans le camp des comportements à risque! Il doit y avoir une erreur! Je ne suis pas violente! Je suis une bonne personne!

     

    J’ai ensuite critiqué la grille d’évaluation, la trouvant sévère, intransigeante et sans nuance. Toutes les tapes sur les fesses ne s’équivalent pas! Il y a celle qu’on échappe et qu’on regrette aussitôt, lorsqu’un bambin en furie nous pousse dans nos derniers retranchements. C’est très différent de la tape comme méthode d’éducation au quotidien.


    La journaliste Mariève Paradis abonde en ce sens dans un billet intitulé « Sommes-nous de si mauvais parents? » chez Planète F. Elle se demande si le rapport ne rate pas sa cible en mettant une pression supplémentaire sur les parents qui emploient des « stratégies éducatives non violentes » la très grande majorité du temps.


    « Il est sain de s’interroger sur les pratiques parentales. Mais je me demande comment communiquer les résultats à la population, sans en venir aux jugements envers les parents. Et comment parler aux parents sans les culpabiliser? Il est difficile de comprendre qu’on puisse mettre dans le même panier ceux qui perdent patience trois fois pendant l’année et ceux qui utilisent la violence (qui cause des traumatismes, des lésions et des séquelles) comme moyen de discipline. »
    Beaucoup de parents ont réagi comme moi en se faisant remettre sous le nez des gestes dont nous ne sommes pas fiers. Nous avons essayé de nous débarrasser de la culpabilité en justifiant ou banalisant la violence (aussi mineure soit-elle) que nous avons employée avec nos enfants. J’ai lu de nombreuses variations sur l’expression « Il ne s’en souviendra plus le jour de ses noces! » Aussi, beaucoup d’appels à un meilleur soutien des parents et à la reconnaissance de leur stress élevé, notamment en ce qui concerne la conciliation travail-famille. Je ne peux qu’être d’accord avec cette dernière demande, j’en ai déjà parlé sur cette tribune.

     

    Mais la culpabilité a continué à m’habiter pendant plusieurs jours. J’ai donc décidé de l’écouter au lieu de la rejeter. S’il y a une chose que j’ai apprise de mon travail avec Maman a un plan, c’est que la culpabilité est une émotion négative et désagréable à ressentir, mais qu’elle est utile. C’est le signal que je fais quelque chose de mal. Et, semble-t-il, que je crois fondamentalement que crier après ses enfants et les taper, c’est mal. Aussi étrange que ça puisse paraître, ce constat m’a rassurée, m’a remis les valeurs à la bonne place, même si mon estime de parent est amochée.


    Et c’est là que j’ai compris pourquoi le rapport de l’Observatoire des tout-petits établit qu’un seul acte de violence mineure, c’est trop. Parce qu’il faut que les parents se sentent coupables de lever la main sur leurs tout-petits, qu’ils sachent fondamentalement que c’est mal et que ça ne se fait pas. Il n’y a aucune violence justifiée, méritée ou acceptable.


    Cette prise de position est nécessaire, surtout en lien avec une autre statistique préoccupante du rapport : 62% des mères et 67% des pères ont une attitude favorable envers la punition corporelle. Les deux tiers des parents québécois pensent que la force est utile, voire nécessaire à l’éducation d’un enfant!

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    C’est donc tant mieux si vous vous êtes sentis, tout comme moi, comme le pire parent du monde à la lecture de ces données sur la violence. Aux prises avec ce sentiment, vous êtes du « bon bord » en ce qui me concerne. Et on trouvera des solutions à nos problèmes d’adultes, on s’organisera pour mieux s’outiller devant les crises de nos enfants et le stress dans nos vies. En tant que grandes personnes, on peut le faire et on doit le faire. Parce que les tout-petits, ils ne peuvent rien dire ni s’organiser contre la violence qu’ils subissent, mineure ou pas.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

     

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    Au boulot: Isabelle Michaud

     

    Entrevue avec la parfumeuse Isabelle Michaud.

     

    Par Emmanuelle Gril du magazine Châtelaine

     

    Société 3:  Au boulot: Isabelle Michaud


    Photo: Louise Savoie

     


    Ce que je fais dans la vie

    En 2009, j’ai lancé ma propre ligne de parfums, Monsillage. J’ai depuis créé six eaux de toilette?: Dupont Circle, Ipanema Posto Nove, Aviation Club, Vol 870 YUL-CDG, Wazo et Eau de céleri. Pour celle-ci, j’ai reçu l’an dernier le grand prix de la catégorie «Artisan» aux Art and Olfaction Awards à Los Angeles.

     

    Comment je suis devenue parfumeuse

    J’avais 35 ans et aucune attache. C’était le moment ou jamais! Je n’ai jamais eu peur de prendre des risques, c’est un moteur pour moi. J’ai donc vendu mon condo et je suis allée apprendre le métier de parfumeuse à l’Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire, à Versailles, en France, pendant un an. À mon retour à Montréal, je me suis lancée en affaires.

     

    Ce qui me rend fière

    Avoir réussi à démarrer mon entreprise et pouvoir aujourd’hui en vivre. Cela n’a pas été facile au début. C’est un domaine qui demande d’importants investissements pour les matières premières, les flacons, les emballages, etc. Ça a pris plus de cinq ans avant que mes affaires soient viables.

     

    J’ai de l’admiration pour…

    Les gens qui ouvrent leur propre voie, tracent leur chemin, font fi des modes, de ce que disent les uns et pensent les autres.

     

    Mon petit luxe

    Me lever sans réveille-matin?!

    Je suis ma propre patronne et je n’ai pas d’employés, alors je peux commencer ma journée à mon rythme. Je prends un café, je regarde les nouvelles… Je travaille par contre souvent le soir et la fin de semaine, ce que j’apprécie, car alors je ne suis pas dérangée par les courriels ou le téléphone.

     


    J’ai dû renoncer à…

    La perfection. Quand je sens que je ne peux pas amener un parfum plus loin, j’accepte de le laisser aller et de le lancer sur le marché pour qu’il vive par lui-même. Il sera toujours imparfait, mais c’est cette imperfection qui lui permet d’exister.

     

    Comment j’ai choisi mon métier

    J’ai un parcours assez original. Après avoir obtenu un baccalauréat en criminologie, je me suis orientée vers la traduction, qui correspondait davantage à ce que je recherchais. J’ai travaillé dans ce domaine à Toronto pendant quelques années, mais il me manquait quelque chose… Une formation en fabrication de savons artisanaux a fait vibrer une corde sensible en moi. Cela m’a permis de me reconnecter avec une passion que j’ai depuis que je suis enfant: les odeurs.

     

    Société 3:  Au boulot: Isabelle Michaud

    Photos: Louise Savoie

     

    Je me parfume avec…

    Mes parfums, au moment de leur création, pour savoir ce qu’ils donnent sur ma peau, s’ils génèrent un sillage que les gens vont remarquer. Le reste du temps, j’ai une garde-robe de parfums et j’en change au gré de mes humeurs ou des saisons. Récemment, j’ai eu un coup de cœur pour Myrrh Casati de Mona di Orio, une eau de toilette dont l’ingrédient principal est la myrrhe, ce qui est plutôt rare.

     

    Ma philosophie

    Chaque être humain porte en lui tout ce qu’il faut pour son bonheur et son accomplissement. Pourtant, je vois autour de moi beaucoup de femmes et d’hommes aux prises avec des dépendances affectives, ou encore qui mettent leur existence en suspens parce qu’ils sont en quête de quelque chose ou de quelqu’un. La vie, c’est maintenant, et il faut la vivre pleinement.

     

    Mon style

    Je n’en ai pas vraiment, car je ne prête pas beaucoup attention à la mode. J’aime les vêtements confortables et pratiques, les manteaux amples et enveloppants…

     

    Ce qui est important pour moi

    Garder mon identité et mon indépendance. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour les conserver, j’ai dû marcher sur mon orgueil et prendre des petits boulots peu rémunérateurs le temps que mon entreprise vole de ses propres ailes. Mais je me suis accrochée parce que je me disais que c’était temporaire. On doit faire confiance à la vie.

     

     

    Société 3:  Au boulot: Isabelle Michaud

    Photo: Louise Savoie

     


    Mon défi personnel

    Moins procrastiner, passer plus rapidement à l’action et me montrer plus ferme quand quelque chose ne me convient pas.

     

    Mon coup de cœur

    La série The Americans, diffusée sur FX. C’est l’histoire d’un couple d’espions russes qui vit aux États-Unis et y élève ses deux enfants comme des citoyens américains. Cela m’intéresse d’autant plus qu’après mon diplôme en criminologie, j’ai posé ma candidature pour travailler au Service canadien du renseignement de sécurité. Mais cela n’a pas fonctionné. Je crois que je n’avais pas le profil psychologique. Je suis probablement trop indépendante d’esprit! [rires]

     

    Un livre qui m’a marqué

    Les piliers de la Terre, de Ken Follett, un roman historique qui se déroule au Moyen Âge, à l’époque où l’on bâtissait les grandes cathédrales. On y décrit les manipulations en coulisses, on voit comment certains tirent les ficelles pour s’assurer le pouvoir, la gloire… Je suis plutôt naïve, et je ne vois pas toujours les jeux de pouvoir dans la société ou au travail. Ce livre s’est avéré à la fois instructif et fascinant.

     

    Ma découverte mode

    Même si cela existe depuis longtemps, je viens de découvrir les bas de nylon qui tiennent tout seuls, comme les Dim Up. C’est tellement plus confortable que les bas-culottes!

     

    Société 3:  Au boulot: Isabelle Michaud

     

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