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    Rudolf Noureev (1938 - 1993)

     

    Danser pour être libre

     

    du site Herodote.net

     

     

     

    Comment Rudi, un petit garçon tatare tombé amoureux de la danse, a-t-il réussi à construire un destin hors du commun et devenir Rudolf Noureev, l’une des personnalités les plus douées mais aussi les plus énigmatiques de son temps ?

    Pour comprendre cet homme lumineux mais insupportable, d’un talent exceptionnel mais totalement fantasque, un détour s'impose à travers le parcours et la personnalité de celui qui se cachait derrière le masque du Tsar de la danse.

    Isabelle Grégor
     

    Rudolf Noureev dans « Hamlet », 1964, DR.

     

     

    L'enfant du train

     

    Il fait un froid glacial en cette fin d'hiver 1938, du côté du lac Baïkal, et le train qui emporte Farida Nureyeva vers son mari n'est guère chauffé. Drôle d'endroit pour accoucher ! C'est pourtant là, dans le Transsibérien, que Rudolf Noureev va se faire remarquer pour la première fois en venant au monde le 17 mars. Plus tard il aimera voir dans cette apparition peu banale le symbole caché du nomadisme incontrôlable qui marquera toute son existence.

     

    Noureev en famille, DR.

    En attendant, le voilà enfin installé au chaud avec ses trois sœurs dans la maison de Vladivostok où vit son père Hamet, militaire chargé de l'enseignement de l'histoire du pays et de la bonne parole communiste.

    C'est un homme rude au physique trapu et aux yeux bridés, héritage de ses ancêtres, les guerriers musulmans tatars.

     

    Noureev et sa mère, DR.

    Très vite, après avoir emmené sa famille à Moscou, il doit l'abandonner pour intégrer l'Armée rouge et défendre le pays contre le Reich. Les années difficiles commencent pour Farida qui préfère revenir sur ses terres natales, du côté des monts Oural. La situation n'y est pourtant guère réjouissante : elle peine à nourrir ses enfants qui sont traités de clochards par leurs camarades de classe.

    Rudolf, en particulier, est l'objet de moqueries dues non à sa belle réussite en cours mais à son caractère solitaire et renfrogné. Pour oublier son surnom d'Adolf, le jeune garçon s'isole encore plus, ne trouvant de réconfort que dans la musique déversée par le transistor de sa mère.

    Et puis un jour, c'est le choc : à son école est organisée une démonstration de danses folkloriques. Quelle révélation ! Quel plaisir d'aller dans les hôpitaux faire quelques pas pour soulager les soldats blessés ! Farida a bien compris que son Rudik n'aime rien tant que la musique, et elle va remuer ciel et terre pour emmener toute sa petite famille à l'opéra de sa ville, Oufa.

      

    Qu'importe qu'elle n'ait pu payer qu'une seule place ! Dans la cohue, tous parviennent à se glisser à l'intérieur de la salle pour vivre un moment qui marquera à vie le petit passionné : « J'étais possédé. J'étais appelé. En voyant les danseurs, ce soir-là, défier la gravité et s'envoler, j'ai alors eu la certitude absolue que j'étais né pour devenir danseur ». Désormais, rien ne peut l'arrêter.

     

    Bretelles contre pommes de terre

    Dans ses mémoires, Noureev se souvient de la faim qui a marqué son enfance :
    « Nous partagions une chambre de 9 mètres carrés. Mon souvenir dominant, c'est celui de la faim, une faim constante, dévorante. Je me souviens de ces interminables hivers de 6 mois, à Oufa, sans lumière et presque sans nourriture. Je me souviens aussi de ma mère pataugeant dans la neige pour nous rapporter quelques livres de pommes de terre sur lesquelles nous devions vivre une semaine. [...] Je me rappelle certaines fois où ma mère était partie pour une de ces épuisantes expéditions en quête de quelque chose à manger et où mes sœurs et moi nous glissions dans le lit pour essayer de dormir. Nous avions vendu ou échangé contre de la nourriture tout ce que nous possédions : les vêtements civils de mon père, sa ceinture, ses bretelles, ses chaussures. Nous disions : "Le complet gris de papa est vraiment très tendre", ou bien : "Cette ceinture avait très bon goût, tu ne trouves pas ?"  » (Rudolf Noureev, Autobiographie).

     

    Rideau du Kirov (Théâtre Imperial Mariinsky), Saint-Pétersbourg, avant 1914.

    À nous deux, le Kirov !

     

    Pourtant, un obstacle majeur vient vite doucher son enthousiasme. Pas question en effet pour son père, de retour du front, que Rudolf devienne autre chose que médecin ou artilleur. Les coups tombent lorsque le garçon refuse d'aller à la chasse, occupation pourtant bien plus virile et honorable que de faire des pirouettes sur le parquet !

     

    Noureev adolescent, DR.

    Ravalant ses pleurs, Rudik apprend à mentir, à dissimuler ses sentiments. Mais il ne peut cacher sa passion à Anna Oudeltsova, musicienne et ancienne danseuse qui va accepter de lui donner des leçons gratuites.

    Très vite, il devient indispensable à la troupe de l'opéra d'Oufa où on finit par lui proposer un poste de danseur titulaire. Et puis quoi encore ! Il refuse, certain d'être destiné à entrer dans l'école de ballet de Léningrad (Saint-Pétersbourg aujourd'hui) même s'il commence à se faire vieux, du haut de ses 15 ans.

    Il est sur le bon chemin puisqu'il a rejoint Moscou avec ses camarades d'Oufa et peut enfin admirer les danseurs du Bolchoï, à défaut d'être à leur place. Mais comme la bourse qui doit lui ouvrir les portes du Kirov de Léningrad (aujourd'hui théâtre Mariinski) tarde à venir, il décide de se rendre sur place en août 1955. Après trois jours d'un voyage en train cauchemardesque, le voici qui se précipite enfin à l'école du Kirov.

    Portes fermées ! Le jeune ambitieux avait oublié que les danseurs aussi partent en vacances... Doté d’une obstination sans faille, il parvient à décrocher une audition mais l'accueil est plus que froid : « Jeune homme, ou bien vous deviendrez un brillant danseur ou bien vous serez un parfait raté ». On veut bien cependant lui donner sa chance, chance qu'il va s'empresser de saisir à pleines mains.

    Première représentation du ballet de Tchaïkovski, « La Belle au bois dormant », au Théâtre Mariinsky le 15 janvier 1890.

     
    Le ballet russe, tradition et explosion

    Chercher l'origine du ballet en Russie revient à aller à la rencontre de l’un des pères du pays : Pierre le Grand. C'est en effet lui qui, souhaitant occidentaliser sa patrie, s'attacha à y développer la danse européenne qu'il considérait comme une marque de civilisation. En 1738 sa femme, Anne, décrète donc la fondation de l'École impériale de ballet dans le Palais d'Hiver et la place sous la direction d'un maître à danser d'origine bien sûr française, Jean-Baptiste Landé. Un de ses successeurs, le Suédois Charles Didelot, arrive en 1801 pour donner une dimension romantique inédite aux spectacles en encourageant les artistes à multiplier les sauts, quitte à les attacher au plafond par des fils...

    Photographie de la ballerine Olga Preobrajenskaya interprétant la Fée du Sugarplum et du danseur Nikolai Legat dans le rôle du Prince Coqueluche, ballet  Casse-Noisette, représentation au Kirov (Théâtre Mariinski) en 1900.

    Après 1847 le Marseillais Marius Petipa poursuit son œuvre et offre au répertoire nombre de chefs-d'oeuvre dont « les trois grands »La Belle au bois dormant(1890), Casse-Noisette (1892) et Le Lac des Cygne (1895), nés de sa collaboration avec Piotr Ilitch Tchaïkovski. Ce compositeur sut se montrer particulièrement conciliant à l’égard de son acolyte de génie, le laissant régler les pas avant la musique et renvoyer les partitions lorsqu'elles ne s'accordaient pas à la chorégraphie. Mais à la fin du règne de Petipa, la révolte gronde : on veut du neuf ! C'est Serge de Diaghilev qui, rassemblant autour de lui les meilleurs artistes du théâtre Mariinski, apporte ce souffle de liberté en fondant en 1907 la compagnie des Ballets russes. Première étape : quitter le pays pour rejoindre la France.

     

    Le Paris de la Belle Époque fait un triomphe à ces audacieux qui, sous la direction du chorégraphe Michel Fokine, vont peu à peu s'éloigner du ballet traditionnel pour créer leur propre style. Isolés de la mère-patrie par la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, ils vont tout changer : avec Igor Stravinsky à la partition, Vaslav Nijinski à la danse, Léon Baskt aux décors et aux costumes, c'est le sacre de la modernité ! L'Art, sur scène, se fait vivant et coloré. Les plus grands noms du monde intellectuel ne s'y trompent pas et s'empressent de proposer leur collaboration, permettant au ballet « cubiste » Parade (1917) d'être signé par Érik Satie, Jean Cocteau et Pablo Picasso.

    Mais du côté de Moscou, l'arrivée au pouvoir de Staline freine toute innovation. Le Mariinski est rebaptisé Kirov en hommage à un patriote communiste, et l'on reprend le répertoire de Petipa pour bien affirmer la dextérité des étoiles locales. Le ballet soviétique est en effet devenu une vitrine du régime qui l'envoie dans de grandes tournées à travers les capitales du monde. Héritier d'une riche tradition, Noureev était appelé à se fondre dans le moule et à suivre sagement ses camarades sur les planches de Paris ou Londres. Mais avec ce tempérament de feu, rien ne pouvait se passer comme prévu.

    Le vilain petit canard

    « N'oublie pas que tu es ici par bonté et grâce à la charité de l'école ». Cette remarque de « Tête au Carré », de son vrai nom Chelkov, directeur de l'école, ne sera en effet pas oubliée par Noureev. Très vite, il se fait remarquer non seulement par ses cheveux trop longs et trop bruns mais surtout par son esprit rebelle qui le pousse à sortir du rang, sur et hors scène. N'a-t-il pas, une nuit, fait évacuer son dortoir pour pouvoir écouter seul de la musique ?

    « Le gredin attardé » finit par être expédié devant Alexandre Pouchkine, ce professeur qui peut se targuer d'avoir été pendant 28 ans premier danseur au Kirov. Cet excellent pédagogue, d'une grande douceur, encourage le jeune homme à développer son talent en restant lui-même, c’est-à-dire exigeant, méfiant et sauvage.

      

    Grâce à cette alliance des contraires, il devient vite le meilleur élève de l'école et se voit logiquement choisi pour la représenter au concours international de Moscou. Un choix perspicace puisqu'il reçoit le premier prix, à l'unanimité.

    À vingt ans, il peut observer avec amusement le Bolchoï et le Kirov se battre pour l'intégrer comme soliste. Ce sera le Kirov, qu’il juge plus moderne et plus apte à comprendre ses propres innovations. C'est une erreur : on lui reproche de danser non plus sur quart mais sur demi-pointe très haute, on s'agace de son refus de porter des perruques, on le moque d'avoir adopté des collants non plus bouffants mais proches du corps. Quelle impudeur !

     

    Rudolf Noureev et Irina Kolpakova dans « Giselle », 1959.

    Mais le public suit et nombreuses sont les admiratrices qui inventent des subterfuges pour lui lancer des fleurs sur scène. Il fascine le pays, enchante la nomenklatura et s'habitue à être applaudi par Khrouchtchev et son entourage.

    Ne voit-il pas que le milieu de la danse commence à bouillir de rage ? N’entend-il pas les avertissements : « Noureev, ta présence nous pourrit l'atmosphère... Tu es une tache noire sur le corps pur de ce ballet » ? Plus inquiétant, le Service de renseignement soviétique a repéré ses « dérives occidentalistes » et s'attache à l'envoyer en tournée à l'autre bout du pays dès que des « ennemis » de l'Ouest viennent présenter leurs spectacles.

    Non dénué de ressources, le jeune homme parvient pourtant à prendre des cours d'anglais et même à rencontrer la troupe américaine de My Fair Lady« Politiquement faillible », il est tenu à l'œil, et il le sait...

     

    Situation : transfuge...

    S'il fut le plus connu, Noureev ne fut pas le seul à fuir le régime soviétique de façon quelque peu rocambolesque. Militaires et espions, champions d'échecs et patineurs artistiques… La liste des transfuges comporte quelques noms plus ou moins connus mais aucun n’est plus célèbre que celui de Staline. C’est en effet sa propre fille, Allilouieva, qui poussa en 1967 la porte de l'ambassade des États-Unis en Inde pour demander asile, laissant derrière elle ses enfants. Dans le monde de la danse, citons l'exemple de George Balanchine qui put développer les Ballets russes en France après avoir fait défection à son pays lors d'une tournée en Allemagne, en 1924. Cinquante ans plus tard c'est le danseur étoile du théâtre Mariinsky, Mikhaïl Baryschnikov, qui disparaît de la troupe du Bolchoï en représentation à Toronto avant d'annoncer qu'il ne rentrera pas en URSS. Mais c'est surtout Noureev qui restera comme l'exemple même du transfuge, tant l'épisode du Bourget a marqué les esprits. Il fut d’ailleurs le modèle de Claude Lelouch pour la fameuse scène où le danseur Jorge Donn saute par-dessus les barrières de l’aéroport pour rejoindre la liberté, dans Les Uns et les autres (1981).

     

    Rudolf Noureev en 1960, Michael Ochs, Archives, DR.

    « Il y a un danseur russe en bas qui veut rester en France... »

    C'est en 1961 que le destin de Rudolf Noureev va se jouer. Quelques mois auparavant pourtant, on avait décidé qu'il devait payer son insubordination chronique d'une interdiction totale de se rendre à l'étranger. Fini, le rêve des tournées internationales ! Volatilisés, les triomphes à Paris, Londres puis New York ! Il ne fera pas partie de ceux qui ont pour mission officieuse d'effacer l'épisode récent de la baie des Cochons et de redorer l'image de l’URSS à coups d'envols de tutus.

    Mais tout à coup on se rend compte que le danseur étoile numéro un de la troupe est beaucoup trop vieux pour éblouir le public de l’Ouest, fin connaisseur. Ouste ! Et place au fougeux Noureev ! Tout étonné, Rudolf se retrouve donc embarqué pour la France au milieu d'une troupe de 120 danseurs accompagnés d'une belle équipe de surveillance du KGB.

    Ces cerbères ne parviennent cependant pas à l’empêcher de visiter Paris en compagnie de quelques homologues français qu'il a réussi à séduire, tout comme il va séduire dès sa première représentation l'ensemble des critiques qui vont le célébrer à coups de métaphores plus ou moins originales : « Le Kirov a trouvé son cosmonaute ! »« C’est le nouveau Nijinski ! »« Venez voir le Tsar en chaussons ! »

    Rudolf Noureev à Paris l'année de sa demande d'asile, en 1961.

    Mais les dîners au champagne et les fêtes chez Régine commencent à irriter sérieusement le KGB qui piaffe en attendant la fin du séjour parisien. Enfin, le 16 juin 1961, la troupe se présente à l'aéroport, direction Londres. Tout le monde est nerveux, à commencer par Rudolf qui craint qu'on lui réserve un vol sans escale vers la mère-patrie. Effectivement, le directeur du groupe vient lui annoncer qu'il voyagera à part, dans quelques jours, mais qu’il doit faire d’abord une représentation au Kremlin.

    Le piège est tellement grossier que Noureev se précipite pour demander à ses amis français de prévenir au plus vite Clara Saint, une jeune femme avec qui il s'est lié d'amitié et qui connaît André Malraux. Arrivée rapidement sur place, elle lui conseille d'aller se refugier auprès de deux policiers français qui, selon la convention de Genève, doivent assistance à toute personne demandant expressément asile.

    « I want to stay here ! I want to stay here ! » (« Je veux rester ici ! ») s'écrit alors Noureev en se jetant dans les bras des policiers après avoir effectué « le saut le plus long et le plus époustouflant de toute [s]a carrière ». À lui la liberté !

     

    Rudolf Noureev photographié par Richard Avedon pour « Le New-Yorker », 1962.

     
    L'envol

    Dans son Autobiographie, Noureev revient sur l'épisode de l'aéroport du Bourget :
    « Dans la vie, il faut parfois savoir prendre une décision en un éclair, sans avoir eu le temps d’y penser, sans avoir eu le temps de peser le pour et le contre. J’ai souvent connu cela en dansant, lorsque sur scène quelque chose se passe mal. C’est aussi ce qui m’est arrivé par un chaud matin de juin 1961, dans la banlieue de Paris, à l’aéroport du Bourget, alors que l’ombre du gros Tupolev qui devait me ramener à Moscou s’étendait sur moi.
    Cette aile immense me menaçait, telle la main du magicien diabolique du Lac des cygnes. Devais-je me soumettre et essayer d'en tirer le meilleur parti possible ? Ou, comme l'héroïne du ballet, devais-je défier l'ordre pour accomplir une dangereuse – voire fatale – tentative d'évasion ?
    J'avais senti la menace monter durant tout mon séjour à Paris comme un oiseau pris dans un filet aux mailles de plus en plus fines.
    Or un oiseau doit pouvoir voler, comme un jeune artiste doit pouvoir parcourir le monde : pour comparer, assimiler et enrichir son art par de nouvelles expériences. Cela contribue autant à son développement qu'à celui de son pays. Un oiseau doit pouvoir voyager, découvrir le jardin du voisin et ce qui s'étend au-delà des collines, puis revenir chez lui pour enrichir la vie des siens par le récit de celle des autres et par une vision élargie de son art. C'est ce que j'osais faire, et c'est pour cette raison que j'allais être expédié à Moscou [...] »
     (Rudolf Noureev, Autobiographie).

     

    Dame Margot et son « petit Gengis Khan »

    Une nouvelle vie s'ouvre pour Noureev : condamné à 6 ans de prison par contumace dans son pays, désormais riche de ses seuls vêtements et son talent, il doit tourner la page. Heureusement, les propositions de contrat ne se font pas attendre ! On s'arrache en effet le « beau Rudik » qui fait la Une des journaux du monde entier.

    Qu'importe si lui-même se refuse à toute revendication politique comme le reconnaît une fiche des Renseignements français : « Il semble que Noureev soit tout entier à son art », il est réduit par les médias de l'époque à un « saut vers la liberté », à un pied-de-nez contre le régime soviétique. Finalement, malgré les filatures plus ou moins discrètes, malgré les tentatives avortées pour le blesser et mettre fin à sa carrière, il parvient à retrouver un peu de tranquillité au sein du Ballet du marquis de Cuevas.

      

    Désormais libre de ses choix, il se lance dans des paris osés, comme en 1965 ce ballet de Roland Petit, Le Jeune homme et la mort, où il partage la vedette avec Zizi Jeanmaire devant les caméras de télévision. Dans le même temps, pour la première fois, il connaît la passion amoureuse en croisant le chemin du danseur danois Erik Bruhn qu'il a toujours considéré comme son modèle. Mais c'est une Anglaise, Margot Fonteyn, qui devient à 42 ans sur scène le double de Noureev, à peine âgé de 23 ans.

    Reine incontestée de la danse mais proche de la retraite, c'est elle qui choisit de contacter ce Tatare dont tout le monde parle. On assiste alors entre eux à un véritable coup de foudre, mais un coup de foudre artistique : malgré leurs origines totalement opposées, les deux stars parviennent à trouver dans leur art un accord parfait, comme l'a expliqué Noureev : «  Nous ne formions qu'un seul corps, une seule âme […]. Ce n'est pas elle, ce n'est pas moi, c'est le but que nous poursuivons ensemble » qui serait à l'origine de cette complicité exceptionnelle.

    La princesse Grâce invite Margot Fonteyn et Rudolf Noureev à Monaco en 1968.

    Giselle (1962), Marguerite et Armand(1963), Le Lac des cygnes (1964) et ses 89 rappels... Pendant 17 ans, le couple va éblouir le monde de la danse et marquer de sa grâce les scènes les plus prestigieuses. Pour Margot, c'est l'occasion de relancer en beauté sa carrière tandis que Rudolf profite du carnet d'adresses très jet-set de sa partenaire. Le voici à la Maison-Blanche en train de prendre le thé avec Jackie avant d'être invité par Grâce de Monaco sur la Côte-d'Azur. Noureev a atteint son but : il est désormais une des plus grandes stars de l'époque.

     

    Quand l'orage Noureev éclate...

    En 1963, Noureev enchaîne les répétitions de Marguerite et Armand aux côtés de Margot Fonteyn. A cause d'une jaquette jugée trop longue, l'ambiance n'est guère à la sérénité, comme le raconte à son ami Cecil Beaton le directeur de la communication du Royal Ballet de Londres :


    « Depuis le Front Noureev.
    Temps : orageux.
    Dear Cecil,
    Quelle journée de tempête, de rage, de drames hystériques ! […] Le ballet a commencé à 10h30 et dès sa première entrée, on savait que cela allait être joyeux... Il n'a pas tenté de danser quoi que ce soit, traita Margot abominablement, la rabroua, arracha sa chemise (la vôtre) et la jeta dans la fosse d'orchestre […], il donna une telle démonstration de mauvaises manières que l'on tremblait de peur, et nous avons disparu de sa vue dans la terreur et l'horreur à l'état pur... […] Ninette de Valois prit la parole, lui jura que personne, à Covent Garden, n'avait vendu cette histoire de costumes à la presse. […] Il esquissa un pâle sourire, on l'aida à remettre sa chemise et soudain, la tempête s'arrêta... On prit les photos. Margot était de marbre, comme si rien ne s'était passé. Il dansa soudain comme dans un rêve... le soleil était revenu ! »
     (cité par Ariane Dollfus dans Noureev, l’insoumis).

     

    Rudolf Noureev photographié par Richard Avedon pour « Vogue », 1961.

    « Rudi, we love you ! »

    Mais qu'avait-il de plus ? Certes, sa défection à l'aéroport de Paris a fait beaucoup pour nourrir une légende de rebelle tournant le dos aux conventions avec un plaisir non dissimulé. Dans ces années 60 qui refusent de plus en plus le conformisme, les jeunes, pourtant peu habitués à s'intéresser à un art jugé vieillot, se reconnaissent dans cette bête de scène qui est la preuve vivante que l'on peut décider de sa vie.

    On aime ses sauts d'humeur, ses caprices de diva, ses jurons plus ou moins exotiques. On pardonne à ce « Rimbaud des steppes » de frapper ses petites partenaires de ballet et de lancer son verre contre les murs en criant « Noureev ne se sert pas, on le sert ! ». Mais cette insolence faite d'un narcissisme démesuré n'explique pas tout : malgré ce caractère abominable qui lui vaut plusieurs fois de finir au poste, Noureev possède aussi un charisme qui plait aux foules, une sauvagerie dans le corps qui inquiète, une androgynie qui fascine.

     

    À la fois puissant et fluide, il revendique qu'un « homme peut être tout aussi expressif, et aussi raffiné, sans paraître ridicule », qu'une femme. Il bouleverse totalement l'image que l'on se faisait jusqu'alors d'un danseur, simple faire-valoir jugé sur sa capacité à soulever avec grâce sa partenaire d’entrechats. Surtout, Noureev le barbare a su mieux que quiconque imposer une danse si imprégnée de sensualité que ses représentations ont été comparées à des « orgies ».

     

    « Portrait de Rudolf Noureev », Andy Warhol 1975.

    Sauvage, véritable « rock star » de la danse classique, il crée rapidement autour de son nom une véritable Rudimania qui lui vaut d'être suivi par des hordes de fans. Certains de ses « noureevniks », dit-on, auraient consacré tout leur temps libre pendant 30 ans à partager le moindre de ses déplacements ! Dandy, il a également compris l'importance de l'image et joué avec son apparence, passant de la chemise Nehru à l'ensemble en cuir, sans oublier ces bérets qu'il ne quittera plus à la fin de sa vie.

    Il aime surtout mettre à son service cette presse « people » qui l'adore et lui demande de multiplier les séances photos et les enregistrements télévisés. Pour la première fois, les chaînes acceptent de retransmettre en direct des ballets, à condition que « le danseur plus-que-parfait » soit sur scène. Mais la télévision, c'est aussi pour lui une façon de redorer sa réputation et de montrer son humour, comme dans cette séquence mémorable du Muppets show où l'étoile réinvente Le Lac des cygnes au bras de Piggy la Cochonne (1977) ...

    Pour celui qui reconnaissait volontiers être une « canaille », ce succès est une reconnaissance dont il se délecte pour bâtir jour après jour sa légende, l'œuvre de sa vie.

     

    Un intrus

    « Où que j'aille, je suis un intrus. Je suis un intrus en Occident, un intrus dans chaque troupe. Et j'ai cette sensation-là à chaque fois que je m'introduis quelque part. Ce n'est pas agréable. Et pourtant je refuse d'être mis de côté. Je sais ce que je dois faire, je sais ce que je peux donner. J'ai une mission, et je dois la remplir » (Rudolf Noureev, interview au New York Times, 1974).

     

    Noureev dans son appartement du quai Voltaire à Paris, Lord Snodon, s.d.

    L’insatisfait

    Devenu star, Noureev sait s'entourer d'avis avisés pour gérer sa carrière et sa fortune, que l'on estimera à 80 millions de dollars et qui fera de lui le danseur le plus riche du monde. Est-ce par peur du manque qu'il aime par-dessus tout accumuler, que ce soit les maisons ou les meubles anciens ? Son appartement, quai Voltaire à Paris, se transforme en caverne d'Ali Baba, miroir du luxe où il apprécie de s'enfermer entre deux tournées.

    Rudolf Noureev danse en costume sur le toit de l'Opéra de Paris, lors des répétitions de Manfred, Gilles Virgili, 19 octobre 1979.

    Cet homme pressé ne ralentit en effet pas le rythme des représentations, acceptant les invitations de nombreuses troupes au point de jouer un répertoire d'une centaine de rôles... Lorsque l'âge commence à se faire sentir, dans les années 70, il glisse doucement des rôles très physiques à ceux, moins exigeants, de la danse contemporaine. En 1977 il choisit même de tâter du cinéma en acceptant le rôle-titre de Valentino, expérience qu'il renouvelera en 1983 pour le thriller Exposed, sans plus de succès.

    Mais les rumeurs de déclin commencent à se faire entendre : trop vieux, il est temps qu'il raccroche les chaussons ! D'ailleurs, Covent Garden n'a-t-il pas rejeté sa candidature pour diriger le Royal Ballet ? Qu'importe ! Il part pour New York mais Jack Lang le convainc de revenir à Paris en 1983 pour prendre la direction du Ballet de l'Opéra de Paris.

     

    Il était la danse...

    L'hommage rendu à Noureev par son ami Mikhaïl Barychnikov est peut-être celui qui traduit le mieux la personne et l'artiste : « Il est l'un des hommes les plus attachants que je n'ai jamais rencontrés. Son appétit pour la vie et pour son travail était insatiable. Son corps et son âme étaient de parfaits véhicules d'une beauté impalpable. Il avait le charisme et la simplicité d'un homme de la terre, et l'arrogance intouchable des dieux. Entouré de millions d'êtres, il vivait la vie solitaire d'une personne complètement dévouée à son milieu, qui était la danse et uniquement la danse » (cité par Bertrand Meyer-Stabley dans Noureev).

     

    Noureev s’entraînant à Paris, années 1980.

    Un « pop star dancer » chez les petits rats

    Les critiques fusent mais Noureev n'en a cure et s'attache à mettre un grand coup de balai dans l'institution tricentenaire, avec sa douceur habituelle : « Vous pas parler, vous faire » ! Du côté des danseurs, les contestations montent, les retards de répétition se font plus fréquents et les conflits se multiplient.

    Mais le Tatare a d'autres soucis en tête : depuis 1984, il se sait atteint de ce sida qui commence à faire des ravages dans les milieux artistiques et homosexuels. S'il n’a jamais évoqué ses préférences amoureuses, Noureev ne s'en ait jamais caché et a vécu sa sexualité toute libertine avec toujours la même soif de liberté, avant d'être rattrapé par la maladie. Il va alors lancer toutes ses forces dans ce combat, refusant d'arrêter de danser et de faire des projets.

     

    Salut de Noureev à l'issue de « La Bayadère » à l'Opéra de Paris, 8 octobre 1992.

     

    Le voici en 1989, quelques mois après avoir revu sa mère à Oufa, qui foule de nouveau les planches du Kirov de Saint-Pétersbourg. Quelle revanche ! Mais le retour en France est plus difficile puisqu'il doit quitter son poste à l'Opéra pour cause d'absences répétitives et de caractère tyrannique. Il choisit alors de vivre pleinement sa passion pour la musique en devenant chef d'orchestre, mais la maladie est la plus forte et c'est dans un fauteuil que, le 8 octobre 1992, il reçoit sur la scène de l'Opéra Garnier la cravate de Commandeur des Arts et Métiers.

    Il meurt 3 mois plus tard, le 6 janvier, 1993, jour de la Noël russe. Sa dernière folie sera l’hommage que viendra lui rendre le monde des Arts et de la Danse en bas des marches du grand escalier de l’Opéra, où a été déposé son cercueil bercé par le son de la 13e fugue de Bach, une fugue inachevée.

     

    Cérémonie d’adieu à l’opéra de Paris, 12 janvier 1993.

     

     

    Traverser le monde en courant

    Voici un extrait du Second Faust de Johann Wolfgang von Goethe qui fut lu lors de la cérémonie d'hommage à Noureev à l'Opéra de Paris, le 12 janvier 1993 :


    « Je n'ai fait que traverser le monde en courant ;
    J'ai saisi aux cheveux chaque désir
    Laissant aller ce qui ne me plaisait pas,
    Laissant passer ce qui m'échappait.
    Je n'ai fait que convoiter,
    Accomplir mes desseins
    Et convoiter encore ; ainsi, plein de vigueur,
    J'ai passé ma vie dans l'impétuosité, d'abord grand et puissant ;
    Mais aujourd'hui je vais avec sagesse et réflexion. [...]
    Celui-là seul mérite la liberté et la vie
    Qui doit chaque jour les conquérir.
    Ainsi environnés de dangers,
    L'enfant, l'homme, le vieillard passeront ici vaillamment leurs années.
    Je voudrais voir une foule animée d'une telle activité,
    Je voudrais être sur une terre libre avec un peuple libre ;
    Je pourrais alors dire au Moment :
    Demeure donc, tu es si beau !
    La trace de mes jours terrestres ne peut être anéantie dans les Eons…
    Dans le pressentiment d'une si grande félicité
    Je jouis maintenant du plus sublime moment »
     (Johann Wolfgang von Goethe, Le Second Faust, 1832).

     

    Noureev au musée

    Homme de culture et grand collectionneur, Noureev est à l'honneur dans un musée méconnu, le Centre national du costume de scène, à Moulins. 

    Costume de Rudolf Noureev dans  « Roméo et Juliette », 1977, Moulins, Centre national du costume de scène.

    Voulu par le danseur qui demandait dans son testament la création d'« une galerie d'exposition commémorant [son] style de vie et [sa] carrière », ce lieu de mémoire a pu compter sur l'aide de la puissante Fondation Rudolf Noureev qui gère son héritage, et ainsi sauver de l'éparpillement près de 700 objets. 

    On peut y revivre son parcours à travers des documents personnels mais aussi retrouver l'atmosphère de son appartement du quai Voltaire où s'entassaient œuvres d'art et kilims. Le musée renferme également près de 200 000 costumes, accessoires et décors utilisés à la Comédie-Française ou à l'Opéra de Paris. Une visite pleine de couleurs et de dentelles !

    Bibliographie

    Ariane Dollfus, Noureev l'insoumis, éd. Flammarion, 2007,
    Bertrand Meyer-Stabley, Noureev, éd. Payot, 2003,
    Rudolf Noureev, Autobiographie, éd. Arthaud, 2016 (1962) ,
    Claire Dodd, Le Monde du ballet, éd. Bordas, 1994.

     

    Société 3:  Rudolf Noureev (1938 - 1993) - Danser pour être libre + vidéos

     

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    Ne touchez pas à mes week-ends !

     

    «Le vendredi soir, mes week-ends sont remplis de promesses. Ils se présentent comme une longue plage de possibles», écrit notre rédactrice en chef Johanne Lauzon. Mais entre le vendredi et le dimanche, la banalité prend trop souvent le dessus, constate-t-elle.


    Johanne Lauzon de Chatelaine

     

    Le vendredi soir, mes week-ends sont remplis de promesses. Ils se présentent comme une longue plage de possibles. De soupers complices, de sorties nourrissantes… et de petites victoires de nature domestique (le robinet qui coule sera enfin réparé, les fleurs qui attendent d’être transplantées depuis mai seront en terre…).

     

    Société 3:  Ne touchez pas à mes week-ends !

    Photo: iStock

     

    Seulement, je me retrouve souvent déçue le dimanche soir. Et le fichu robinet de la cuisine qui coule toujours.


    Entre le vendredi et le dimanche, la banalité a pris le dessus. L’épicerie, la lessive, le ménage, les corvées autour de la maison et les rides de taxi gratis à mes enfants. Et c’est sans compter les courriels-en-attente-d’une-réponse qui me font sortir du lit aux aurores le samedi.


    Tout ce que je peux échafauder comme rêves, des plus fous aux plus accessibles, s’écroule comme un château de cartes. On ne parle pas ici d’un aller-retour à Londres, mais d’une promenade au Jardin botanique ou de la visite d’une expo. Je cherche à rendre ces deux jours de congé mémorables pour ma famille – bonjour la pression! Une confidence: je ne suis pas à la hauteur. Ou rarement.


    C’est que mes fins de semaine ne m’appartiennent plus. Et je ne suis pas la seule, ai-je constaté à la lecture du bouquin de l’auteure et journaliste torontoise Katrina Onstad, The Weekend Effect (HarperCollins).


    «Travailler plus qu’il y a une décennie est la norme pour la plupart des employés, et ces appareils conçus pour nous faire gagner du temps ne font que nous en arracher davantage. Le week-end est devenu une extension de la semaine de travail, ce qui par définition signifie qu’il n’est plus un week-end», écrit-elle.


    Les frontières entre boulot et «temps libre» s’effritent. La déception nous attend donc au tournant du samedi soir: la maison est un tel bazar qu’on n’a pas invité les amis…


    Bien sûr, nous manions encore la moppe et le plumeau plus souvent que nos chums. Mais ce n’est pas tant une question de partage des tâches que d’attentes démesurées qu’on a envers nous-mêmes. Nous cherchons à distiller du merveilleux dans nos week-ends, à nous rendre tout entières disponibles à nos rejetons. Nous voulons ainsi nous excuser de notre manque de présence, émotionnelle ou physique, tout au long de la semaine, juge Katrina Onstad.


    Quand les parents ont l’impression de ne pas passer assez de temps avec leurs enfants, ils sont plus anxieux ou plus tendus, avance le sociologue Scott Schieman de l’Université de Toronto, qui s’intéresse à la conciliation travail-famille dans le cadre d’une étude échelonnée sur plusieurs années. «Il y a une certaine idée nostalgique autour des fins de semaine, qui devraient rester protégées», a-t-il dit à la journaliste.


    Pourquoi toujours cette peur de ne pas en faire assez? L’entrée massive des femmes sur le marché du travail au cours des 40 dernières années aurait pu se traduire par une chute du nombre d’heures passées avec les enfants. Or, il n’en est rien, selon de récentes recherches menées à l’Université du Maryland. Les mères d’aujourd’hui sont aussi présentes que celles des années 1970, même si à l’époque seulement une fraction d’entre elles travaillaient à temps plein.


    Alors, où trouvons-nous ces heures? Nous grignotons sur le temps de sommeil et de loisir. En d’autres mots, nous négligeons nos propres envies pour donner davantage de temps à nos filles et nos garçons. «Mais pourquoi au juste?» se demande Katrina Onstad, qui fait mention d’études ayant analysé l’agenda de mères. Le temps consacré à leurs enfants de 3 à 11 ans n’a pas eu d’effet sur les succès scolaires ou le bien-être psychologique de ces derniers. La qualité des interactions de la mère avec sa progéniture (chaleur, douceur, sensibilité…) serait d’ailleurs plus importante que le nombre de minutes investies.


    Si la cadette a un entraînement de soccer, il n’est peut-être pas nécessaire de rester là à l’attendre. «Quand ils font leurs choses, faites donc les vôtres. Apportez un livre. Faites une promenade. Et répétez cette phrase: “Je te vois dans deux heures”», lance avec humour l’auteure.


    La journaliste et maman d’une fille et d’un garçon termine son bouquin par un «manifeste pour un bon week-end». Elle nous invite à nous connecter aux autres – en personne, pas par l’entremise des réseaux sociaux –, à faire du bénévolat, à jouer, à explorer la nature, à partir à la recherche de la beauté et surtout… à en faire moins. Moins de magasinage, moins de ménage, moins de supervision d’enfants.


    «Ne faites pas de plan, faites de la place», conclut-elle. Je compte bien mettre tout ça en pratique dès le week-end prochain. Promis, je ne ferai même pas de to do list. En attendant les grandes vacances, je vous souhaite de superbes fins de semaine! Pas trop remplies, de grâce.

     

     

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    C’est pas la faute à Facebook

     


    Facebook est un réseau public depuis 11 ans, Twitter a soufflé tout autant de bougies et Instagram compte sept années d’existence. Il n’y a aucun doute : notre lune de miel avec eux est finie. Mais les réseaux sociaux sont-ils réellement la cause de nos problèmes ? se demande l’animatrice et chroniqueuse Lili Boisvert.


    Par Lili Boisvert du magazine Châtelaine

     

    J’aime les réseaux sociaux. En tant qu’animatrice et chroniqueuse, je m’y fais critiquer quasi quotidiennement, je m’y fais insulter régulièrement, on m’y harcèle et j’y reçois aussi de temps à autre des menaces. J’aimerais pouvoir affirmer que je suis toujours au-dessus de tout ça et que ça ne m’affecte pas, mais ce serait mentir. La vérité, c’est que, comme c’est le cas pour bien des gens, les réseaux sociaux peuvent représenter pour moi une source de stress. Pourtant, je continue de les trouver merveilleux et je reste fermement convaincue qu’ils représentent un progrès social.

    Je tiens donc à les défendre un peu, parce qu’ils sont accusés de plusieurs maux ces temps-ci (j’ai vu ça sur Facebook). On leur reproche beaucoup de choses – l’élection de Donald Trump, favorisée par le déploiement de fausses nouvelles, n’étant pas la moindre.

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook

    Photo: iStock

     

    Je vois aussi de plus en plus de personnes à boutte qui annoncent des retraits temporaires ou définitifs des réseaux sociaux pour préserver leur santé mentale.

    On dit des réseaux sociaux qu’ils créent des conflits, qu’ils sont des vecteurs de haine et d’intimidation, qu’ils forcent la censure des artistes et des humoristes qui y déclenchent des controverses et qu’ils créent des bulles artificielles contre la dissonance cognitive.

    Facebook est un réseau public depuis 11 ans, Twitter a soufflé tout autant de bougies et Instagram compte sept années d’existence. Il n’y a aucun doute : notre lune de miel avec eux est finie. Mais les réseaux sociaux sont-ils réellement la cause de nos problèmes ?


    Reproche #1 La méchanceté

    Il est assez difficile de ne pas remarquer la méchanceté qui sévit en ligne. De toute évidence, plusieurs internautes, anonymes ou pas, sont plus désinhibés sur les réseaux sociaux que dans la réalité. Ils se permettent davantage d’insulter les autres ou de les harceler.

    Il est probablement vrai que la distance créée par nos écrans et nos claviers nous rend moins sensibles dans nos interactions. Toutefois, il faut admettre que l’intimidation et la haine existaient bien avant la naissance de Mark Zuckerberg.

    Et si l’on peut se montrer plus ouvertement méchant sur Internet, on peut tout autant l’être dans la vraie vie, de manière moins directe, mais aussi efficace. La politesse dont on fait preuve dans un face-à-face peut n’être qu’un masque de respect.

    Une personne qui est haineuse dans une section « Commentaires » ne l’est pas nécessairement moins IRL [1]. Elle peut n’être que plus politico-correctement haineuse.

    Or, s’il y a une chose qui m’enthousiasme follement sur les réseaux sociaux, c’est la possibilité que nous avons désormais de documenter la haine à grande échelle comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité.

    Avant, quand une personne subissait un comportement haineux ou discriminatoire dans la vie, elle ne pouvait pas toujours démontrer factuellement ce qui venait de lui arriver, surtout si l’agression était subtile. Maintenant, en ligne, on peut faire une capture d’écran et littéralement compiler les exemples de harcèlement, de haine ou de mépris vécus et les brandir à la face du monde.

    Dans la vraie vie, on ne peut pas photographier la méchanceté. Sur le web, oui.[2]

    Un autre bon côté des réseaux sociaux : des gens qui étaient isolés auparavant peuvent désormais accéder à des communautés en ligne qui ont les mêmes expériences et les mêmes idées qu’eux.

    Si je prends mon cas, par exemple, quand j’ai commencé à être féministe vers la fin de l’adolescence, j’étais la seule féministe que je connaissais. Ç’a été le cas pendant des années, jusqu’à ce que j’entre en contact avec d’autres féministes en ligne avec qui j’ai pu échanger et discuter.

    Je suis convaincue que ce n’est pas un hasard si, ces dernières années, on entend tellement parler d’intimidation, de racisme, de sexisme et d’autres problèmes sociaux. Je suis persuadée que c’est grâce aux réseaux sociaux – qui portent d’ailleurs très bien leur nom.

    Oui, il y a beaucoup de méchanceté en ligne, mais il y a aussi beaucoup de solidarité.


    Reproche #2 Les bulles et les conflits

    Un autre problème qu’on associe aux réseaux sociaux est qu’ils créent des bulles, des communautés qui « pensent pareil » et que les internautes s’en trouvent moins souvent exposés à des idées qui les dérangent. Ils nous éviteraient toute dissonance cognitive (l’inconfort mental qui survient lorsqu’on est heurté dans nos valeurs), qui peut avoir comme effet positif de susciter chez nous des remises en question ou de favoriser notre ouverture d’esprit. Les algorithmes sont pointés du doigt.

    Or, en même temps, on reproche aux réseaux sociaux de générer des conflits à la tonne. Trolls, threads, flaming… un jargon a carrément été inventé pour parler des chicanes en ligne.

    Les deux reproches, donc, se contredisent.

    Si les deux réalités coexistent, c’est parce qu’il y a deux manières d’utiliser les réseaux sociaux. D’un côté, il y a les gens qui les utilisent pour éviter les conflits : ils vont créer des safe spaces, cesser de suivre les gens avec qui ils ne sont pas d’accord et bloquer leurs trolls.

    De l’autre, il y a ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour faire voyager leurs idées le plus possible, qui vont garder leur profil public et tolérer les disputes et les microagressions. L’intérêt (un peu masochiste) de jeter son dévolu sur cette deuxième option est de maintenir la possibilité que chaque publication devienne virale (joie !), mais ça vient aussi avec des inconvénients (se chicaner, se faire troller, etc).

    Nous opterons pour l’une ou l’autre de ces options en fonction de notre désir de nous faire entendre, de l’état de notre santé mentale, de notre seuil de tolérance et de notre réalité socioéconomique (nous ne sommes pas tous égaux devant le harcèlement et les microagressions sur les réseaux sociaux, et certains types de personnes sont plus ciblés que d’autres).

    Cela étant dit, parlons maintenant des médias traditionnels. Car, encore une fois, les bulles contre la dissonance cognitive existaient bien avant l’arrivée de l’oiseau bleu et des pouces en l’air.

    Le fait est que les médias traditionnels ont toujours été des communautés d’esprit. Les salles de nouvelles ont toujours été peuplées d’individus qui se ressemblent (majoritairement des personnes blanches, majoritairement des hommes et majoritairement des gens éduqués), qui ont tendance à penser sensiblement de la même manière parce qu’ils ont des expériences de vie plutôt similaires. Sans compter que les médias sont financés pour la plupart par des intérêts privés et que cela crée aussi des contraintes subtiles en ce qui a trait à leur ligne éditoriale, même s’ils s’en défendent.

    Auparavant, les médias traditionnels représentaient le contre-pouvoir officiel qui donnait de la rétroaction aux grands de ce monde, aux politiciens, aux entreprises, aux producteurs de contenus culturels et aux vedettes. Ils donnaient la parole « au peuple », mais ils exerçaient un filtrage. Ils sélectionnaient avec parcimonie les gens qu’ils faisaient parler dans leurs pages et leurs micros.

    Maintenant, les médias traditionnels ne sont plus le seul chien de garde. N’importe qui avec une connexion Internet peut donner son opinion publiquement, blanc ou pas, homme ou femme, éduqué ou non.

    C’est d’ailleurs cette rétroaction hyper diversifiée qui exaspère plusieurs influenceurs…


    Reproche #3 La censure


    Oui, les réseaux sociaux ont des politiques qui censurent certains messages et certaines images sur leur plateforme où des publications seront supprimées selon des critères arbitraires.

    Sauf que, lorsqu’un artiste ou un humoriste exaspéré crie à la censure parce qu’il se fait critiquer sur les réseaux sociaux, il s’égare. Il n’est pas censuré : il fait tout simplement face à la force de la démocratie au XXIe siècle.

    Les réseaux sociaux sont des tribunes populaires. Ils forment une immense agora. Et lorsqu’une masse critique d’internautes se met à considérer le discours d’un artiste comme inacceptable, parce que les mœurs sont en train de changer, alors l’artiste doit soit s’adapter, soit accepter de déclencher des controverses. Mais si le choix est fait de changer de discours, ce n’est pas de la censure, c’est un calcul coût/bénéfice.

    Évidemment, lorsqu’on fait le choix de lire les commentaires, cela peut être éreintant.

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook


    En 2013, j’interviewais l’ex-animateur de Radio-Canada Simon Durivage et il m’avait dit ceci, qui illustre à merveille le rapport qu’entretiennent plusieurs personnalités publiques avec ces plateformes : « Twitter, on dit que ça nous amène dans la rue avec les gens. Sauf que ça nous amène aussi dans la cuisine des gens. Et les fenêtres sont ouvertes, et on me crie après pendant que je parle. »

    La différence entre le « avant » et le « après » l’apparition des réseaux sociaux, ce n’est pas que les gens ne protestaient pas en écoutant les artistes, les politiciens, les entreprises et les animateurs dans leur cuisine avant les années 2000. C’est juste que les fenêtres étaient fermées et qu’on n’entendait pas…

    Quoi qu’il en soit, que le blâme soit légitime ou pas, être critiqué et trollé, ce n’est pas être censuré.

    En tant que nouveau contre-pouvoir, les réseaux sociaux doivent devenir plus responsables et plus imputables. On doit pouvoir contrer la propagation de fausses nouvelles et connaître les effets des algorithmes sur nos vies. Toutefois, les réseaux sociaux ne sont que des courroies de transmission. Des courroies plus efficaces qu’aucune autre auparavant, que ce soit le téléphone, le télégramme ou la domestication des chevaux… Mais des courroies quand même.

    Or, la cause d’un problème n’est pas toujours sa courroie de transmission. Il faut souvent aller à la source pour repérer la bonne cible : l’humain derrière l’écran. Quand c’est lui le problème, rien ne sert de tirer sur le messager. 

     

    [1] Abréviation de In real life, en français : dans la vraie vie.

    [2] Si vous ne savez pas comment faire, ce sont les touches cmd+majuscule+4 sur Mac et Alt + Print Scrn sur PC.

     

     

    Société 3:  C’est pas la faute à Facebook

     

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    La « toute petite » violence

     

     

    Dans ce récent portrait de l’Observatoire des tout-petits, on y apprend que « près de la moitié des enfants âgés de 0 à 5 ans auraient subi de la violence physique mineure ou des agressions psychologiques répétées au cours de la dernière année. » Une statistique qui a fait sursauter notre chroniqueuse Marianne Prairie.

     

    Par Marianne Prairie du magazine Châtelaine

     

    Je ne peux pas passer à côté d’une importante publication dévoilée par l’Observatoire des tout-petits et qui a beaucoup fait jaser la semaine dernière. Ce premier portrait détaillé annuel des enfants québécois de 0 à 5 ans s’intéresse plus précisément aux environnements dans lesquels ils grandissent. Ce document fascinant regroupe des statistiques qui proviennent de recensement, de données administratives et d’enquêtes sur la population.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Photo: iStock


    On y apprend entre autres que les tout-petits forment 6,5% de la population québécoise et qu’ils vivent majoritairement en ville (81%). Le modèle de la famille dite « intacte » prévaut toujours, 8 enfants sur 10 habitent avec leurs deux parents biologiques ou adoptifs et la fratrie issue de cette union.


    Parmi les faits marquants, notons l’amélioration de la situation économique des familles et de la scolarité de la mère à la naissance, des facteurs qui impactent de façon positive le développement des enfants. On constate également que les pères se prévalent de plus en plus du Régime québécois d’assurance parentale, permettant d’augmenter le bien-être de toute la famille et le lien papa-enfant. Les politiques sociales relatives au congé parental auraient entraîné une hausse du nombre de mères qui allaitent leur enfant jusqu’à l’âge de 6 mois. Ça fait du bien de le répéter, t’sais, d’un coup que certains doutaient encore du bien-fondé du RQAP!

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    Dans les faits préoccupants, le logement inabordable et l’insécurité alimentaire sont des risques à surveiller pour encore trop de jeunes enfants. Environ 94 000 tout-petits vivent dans des milieux défavorisés. Mais ce n’est pas la pauvreté et les familles les plus vulnérables qui ont monopolisé les conversations. Évidemment que non. Même à quelques semaines de Noël. Quand est-ce que ces sujets créent des débats publics, hein?

     

    Ce sont plutôt des chiffres sur la conduite parentale à caractère violent qui ont surpris et confronté bon nombre de parents, et je m’inclus là-dedans. C’est ce que nous apprend l’Institut de la statistique du Québec citée dans ce rapport de l’Observatoire des tout-petits. Près de la moitié des enfants âgés de 0 à 5 ans auraient subi de la violence physique mineure ou des agressions psychologiques répétées au cours de la dernière année.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    Un enfant sur deux, victime de violence? Cela m’est paru énorme, voire impossible! Mais de quoi parle-t-on au juste?


    « La violence physique mineure implique une punition corporelle comme secouer ou brasser un enfant (si l’enfant a 2 ans ou plus), lui taper les fesses à mains nues, lui donner une tape sur la main, le bras ou la jambe ou le pincer.


    Le concept d’agression psychologique renvoie au fait de crier ou hurler après un enfant, de jurer après lui, de menacer de le placer en famille d’accueil ou de le mettre à la porte, de menacer de le frapper (sans le faire) ou encore de l’humilier en le traitant par exemple de stupide, de paresseux ou de tout autre nom de même nature. »


    Quand j’ai pris connaissance de ces définitions, j’ai eu un choc : il m’arrive de faire subir ces choses à mes enfants quand j’arrive au bout de ma patience, de ma fatigue, de mes ressources. Parfois, je crie. J’ai déjà serré des bras et tapé une fesse ou deux. Chaque fois, je me sens tout croche, je me hais et je m’excuse.


    Ensuite, une question m’est venue en tête : « Combien? » À combien d’incidents franchit-on le seuil de la conduite parentale à caractère violent? À combien de tapes ou de cris est-on considéré comme un parent ayant un comportement à risque pour son enfant?


    C’est là que j’ai eu un deuxième choc.


    Pour la violence physique mineure, le rapport indique qu’il suffit d’une fois au cours de la dernière année. Et en ce qui concerne l’agression psychologique, on la considère comme «répétée» à partir de trois fois au cours de la même période.


    Je n’arrivais pas à y croire mais, selon ces critères, je suis un parent ayant une conduite parentale violente. Ma première réaction a d’ailleurs été le déni : nope, nope, nope. Moi, femme éduquée et bien entourée, mère aimante et généreuse avec ses enfants, auteure et chroniqueuse sur la famille de surcroît, je ne pouvais me trouver du « mauvais bord » des statistiques. Je ne suis jamais dans le camp des comportements à risque! Il doit y avoir une erreur! Je ne suis pas violente! Je suis une bonne personne!

     

    J’ai ensuite critiqué la grille d’évaluation, la trouvant sévère, intransigeante et sans nuance. Toutes les tapes sur les fesses ne s’équivalent pas! Il y a celle qu’on échappe et qu’on regrette aussitôt, lorsqu’un bambin en furie nous pousse dans nos derniers retranchements. C’est très différent de la tape comme méthode d’éducation au quotidien.


    La journaliste Mariève Paradis abonde en ce sens dans un billet intitulé « Sommes-nous de si mauvais parents? » chez Planète F. Elle se demande si le rapport ne rate pas sa cible en mettant une pression supplémentaire sur les parents qui emploient des « stratégies éducatives non violentes » la très grande majorité du temps.


    « Il est sain de s’interroger sur les pratiques parentales. Mais je me demande comment communiquer les résultats à la population, sans en venir aux jugements envers les parents. Et comment parler aux parents sans les culpabiliser? Il est difficile de comprendre qu’on puisse mettre dans le même panier ceux qui perdent patience trois fois pendant l’année et ceux qui utilisent la violence (qui cause des traumatismes, des lésions et des séquelles) comme moyen de discipline. »
    Beaucoup de parents ont réagi comme moi en se faisant remettre sous le nez des gestes dont nous ne sommes pas fiers. Nous avons essayé de nous débarrasser de la culpabilité en justifiant ou banalisant la violence (aussi mineure soit-elle) que nous avons employée avec nos enfants. J’ai lu de nombreuses variations sur l’expression « Il ne s’en souviendra plus le jour de ses noces! » Aussi, beaucoup d’appels à un meilleur soutien des parents et à la reconnaissance de leur stress élevé, notamment en ce qui concerne la conciliation travail-famille. Je ne peux qu’être d’accord avec cette dernière demande, j’en ai déjà parlé sur cette tribune.

     

    Mais la culpabilité a continué à m’habiter pendant plusieurs jours. J’ai donc décidé de l’écouter au lieu de la rejeter. S’il y a une chose que j’ai apprise de mon travail avec Maman a un plan, c’est que la culpabilité est une émotion négative et désagréable à ressentir, mais qu’elle est utile. C’est le signal que je fais quelque chose de mal. Et, semble-t-il, que je crois fondamentalement que crier après ses enfants et les taper, c’est mal. Aussi étrange que ça puisse paraître, ce constat m’a rassurée, m’a remis les valeurs à la bonne place, même si mon estime de parent est amochée.


    Et c’est là que j’ai compris pourquoi le rapport de l’Observatoire des tout-petits établit qu’un seul acte de violence mineure, c’est trop. Parce qu’il faut que les parents se sentent coupables de lever la main sur leurs tout-petits, qu’ils sachent fondamentalement que c’est mal et que ça ne se fait pas. Il n’y a aucune violence justifiée, méritée ou acceptable.


    Cette prise de position est nécessaire, surtout en lien avec une autre statistique préoccupante du rapport : 62% des mères et 67% des pères ont une attitude favorable envers la punition corporelle. Les deux tiers des parents québécois pensent que la force est utile, voire nécessaire à l’éducation d’un enfant!

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

    Source: Observatoire des tout-petits, Portrait 2016.


    C’est donc tant mieux si vous vous êtes sentis, tout comme moi, comme le pire parent du monde à la lecture de ces données sur la violence. Aux prises avec ce sentiment, vous êtes du « bon bord » en ce qui me concerne. Et on trouvera des solutions à nos problèmes d’adultes, on s’organisera pour mieux s’outiller devant les crises de nos enfants et le stress dans nos vies. En tant que grandes personnes, on peut le faire et on doit le faire. Parce que les tout-petits, ils ne peuvent rien dire ni s’organiser contre la violence qu’ils subissent, mineure ou pas.

     

    Société 3:  La « toute petite » violence

     

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